La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 13 mars 2010


Aux silences habités...



Cosmogonie

.../
Le vent se tait au seuil de l'Absence

L'Absence, au seuil d'un autre vent

La Lune navigue sur les nattes d'osier
Plus fraîche, ce soir

Femme
Qui rassemble la nuit
Dans les esquisses de tes mains
Ton pollen s'enfle au-dedans
De l'Invisible

Rien qu'un nom
Une constance .../


Théophile Obenga

Poète africain né au Congo en 1936


Création Land art : Roger Dautais

vendredi 12 mars 2010




Dans certains cas, c'est la nature de ce que l'on est incapable d'exprimer

qui donne toute sa valeur à ce que l'on parvient malgré tout à exprimer

Pierre Reverdy



Photos : Réalisation d'un ensemble de "guetteurs de marée" non loin du phare de Gatteville, dans la Manche, en Normandie.


Le choix d'un lieu, réside plus dans la concordance d'une émotion avec le paysage, d'une certaine disposition d'esprit avec l'envie de créer que d'une démarche longuement prévue à l'avance. Je me suis toujours senti "inspiré" par une foule de détails que sans doute personne ne relevait à ce moment et entrainé dans des construction indéfinissables autant qu'impossibles à finir dont je savais pertinemment qu'elles étaient vouées à une disparition plus ou moins proche. Dans ce lieu, je mesurais ainsi la petitesse de ces colonnes face au phare de Gatteville, sans pour autant trouver ce geste ridicule puisqu'il était un don à la mer. Je garde en moi, la certitude que les pierres ont une mémoire et par tant, qu'elles sont capables de revivre ces instants partagés ensemble sur l'estran à marié basse. C'est dire si le land art m'emmène bien loin des entiers battus et parcourus par le rationalistes.


Roger Dautais



Avoir la folie modeste.

Au carrefour de l'intranquillité--quel besoin
de bon sens.

La sensation d'avancer, il faut s'arrêter pour
l'éprouver. La sensations d'être là--elle--s'avérera
par le seul truchement de l'absence.


Philippe Denis
" Notes lentes "

mercredi 10 mars 2010



à Raymond A.
aux siens, disparus tragiquement

à Roselyne Bosch, pour son film" La Rafle"




La fille de moi...


Ils m'avaient dit : " votre fille est trop prolixe...réduisez...réduisez et nous publierons. Elle en était arrivée là, lorsqu'ils l'ont arrêtée. Réduire était son obsession d'écrivain. Ils l'ont emmenée à Beaune la Rolande. Au départ du camp pour l'autre, le 20 décembre 1942, elle ne pesait plus que 38 kilos, déjà atteinte par la peste brune. Ils ont fait le reste...elle ne reviendra plus.Je me la représente avec son matricule 634542 et son étoile de ficelle que je lui avait offerte pour l'avoir toujours sur elle, pliée dans sa poche, afin de la reproduire ailleurs et penser à moi. Vivante, aujourd'hui, elle aurait suivi la voie ferrée avec moi.Elle aurait dit, comme autrefois: carré, cercle, angle, trois. Nous aurions ri, ensemble et tracé le carré, le cercle, l'angle, avec les pierres blanches du ballast puis déposé trois autres pierres blanches, comme signe de passage.
Sa boucle de ceinture, un quignon de pain au barbelé, une pierre déposée sur l'aiguillage, voilà ce qu'il me reste d'elle, voilà ce qu'ils ont fait d'elle, les réducteurs de rêve.


Roger Dautais

" La fille de moi" Récit de fiction





Il y a cinq ans, en plein hiver, je longeais cette voie ferré, pratiquement désaffectée, lorsque me sont remontés des souvenirs de marche, identiques, accompagnés de ma file Fanny, en Bretagne. Nous aimions fabriquer ces figures géométriques, entrer dans ce rituel, devenant ritournelle et repartir à l'aventure. Trente ans plus tard, toujours attiré par ces voies ferrés, je n'ai jamais réussi à me débarrasser de ces images de trains emportant les déportes vers leur sinistre destin. C'est sans doute, pour conjurer cette peur que je m'arrête et fabrique de petites installations éphémères, marquant mon passage. J'ai pratiquement écrit ce court texte présenté, ci-dessus, in situ. Quelques temps après cette création filmée, et présentée ici, je rencontrais Raymond A. seul rescapé avec son frère, de toute sa famille ( plus de 40 membres) de la Rafle du Vel' d'Hiv du 16 juillet 1942, dont il est devenu le président National. Je lui ai montré mon travail et nous avons très vite sympathisé. Je vous avais raconté comment, après, il était venu par deux fois, alors que j'évoquais les victimes du 6 juin 1944, sur les plages de Normandie, et ceux de la Shoas, représenter la communauté israélite. Un jour, il me demanda de l'accompagner au cimetière Américain de Colleville sur Mer, non loin de la plage d'Omaha Beach, pour déposer officiellement, pendant la cérémonie du D.Day, la gerbe de son association de mémoire des rescapés de la Rafle duVel 'd'Hiv, ce que j'avais ressenti comme un grand honneur, et une marque de son amitié, et de reconnaissance pour mon travail.
Et puis ce matin, jour de sortie du film La Rafle de Roselyne Bosch, j'étais à installer mes trois petits vidéo et je les mettais en ligne, avant même d'y joindre le texte "La file de moi " arrivait sur mon blog le commentaire d'Epamin.( Je vous laisse le plaisir de le lire).Je me suis dit : "vraiment, elle me connaît bien" et en même temps, j'ai ressenti ce commentaire comme un encouragement à publier ce texte. Il faut savoir qu'à chaque fois que j'évoque la Shoas,sur Le Chemin des Grands Jardins" je ne reçois pas que des encouragement, loin de là, ce qui me vaut, maintenant de prendre quelques précautions.

Roger Dautais


jeudi 4 mars 2010






La clé de Florence
...


Il m' arrive parfois de créer une figure géométrique et de la reprendre dans différents endroits. En l'occurrence, je créais celle-ci le 15 juin 2005, sur la côte de nacre et lui donna un peu plus tard le nom de Clé de Florence. Je l'utilisais par la suite, sur différentes plages normandes pour demander la libération de Florence Aubenas, et de son chauffeur Hussein, retenus en otage cette même année, en Irak, pendant plusieurs mois.
En quatre photos, je peux revivre cette prise de possession de la Clé de Florence par la mer, qui devait la recouvrir, ce jour là, en moins d'un quart d'heure. Merveilleux spectacle éphémère partagé avec deux ou trois personnes qui arpentaient la jetée d'où j'ai pris ces photos.



dialogue avec mon Père
qui repose en terre Bretonne.


Je n'aurais
pas voulu
m'éloigner
de lui sans lui dire
combien je
l'aimais.
Maintenant
qu'il dort
je continue
à le lui dire
et
il me répond.

"Regarde le printemps
mon fils
il contient
tous nos rêves.
Je t'ai montré
comment passer la porte
jusqu'à la fonte des neiges.
Entre dans mon jardin
nous serons ensemble
pour les fleurs prochaines,
toi, pour les cultiver
et moi pour les nourrir"

Roger Dautais

mercredi 3 mars 2010


L'échelle des jours, en Mars...et ses douze raisons


Ainsi se nomme mon installation qui culmine à deux mètres. Bien peu de chose devant la tempête qui nous est annoncée, même si, pour le moment, seul le vent prédit le mauvais temps. Dans ce genre d'installation réalisée en un peu moins de deux heures, il faut maîtriser deux choses, l'équilibre et le poids ds pierres. La tempête des derniers jours a désensablé une grande partie de l'estran et fait apparaître des centaines de très grosses pierres sur lesquelles il me faut progresser pour aller à la recherches de celles nécessaires à l'élévation de l'échelle des jours. J'ai donné le nom à cette création, il y a une dizaine d'années en décidant qu'elle comporterait 7 niveaux représentant les sept jours de la semaine. Parfois, comme ici, je la termine par une colonne de petites pierres. Ses douze raison l'accompagnent en silence, mi revenants mi-vivants ou survivants provisoires, et attendent le déchainement des flots qui va tout remettre en ordre, ici et continuer de dévaster la côte de nacre, sur 50 kilomètres comme annoncé. A la folie prétentieuse des hommes bâtisseurs et cupides, la mer apporte une terrible réponse et reprend son territoire sur les polders.
Je quitte l'estran, le dos brisé par l'effort et les mains usée par les pierre, en me posant l'éternelle question...pour combien de temps, encore, ce drôle de jeu de construction éphémères ?

Roger Dautais




La tristesse
n'est pas mon métier
Mais comme elle est rare
la joie pure !



Je fais semblant de vivre
L'effort est louable
puisqu'il faut absolument
payer de retour
cette chienne de vie


Abdellatif Laäbi
Poèmes périssables

samedi 27 février 2010








à mon père...

Je ne me suis pas retourné sur tes derniers pas. Le chant d'un merle, sous un ciel bleu, en guise d'adieu...Après, le soleil m'était devenu, insupportable, comme la nuit ou les paroles au téléphone. Je ne trouvais plus de place pour la vie, pour respirer à nouveau, pour avancer un peu. Je n'ai plus voulu faire de traces, dire au monde ma vie, expliquer mon chagrin. Je suis passé un instant de l'autre côté du miroir avec toi avec l'envie d'y rester. J'ai perdu jusqu'à mon ombre au soleil de midi et puis, ce matin, mes doigts se sont mis à gratter la terre comme autrefois, ensemble. J'ai redonné vie à ta plante en me disant que tu étais sans doute, un peu dedans, maintenant. Lorsque j 'ai eu fini de tourner en rond, comme un fauve en cage, j'ai repris le chemin de la côte, pour aller voir la mer aujourd'hui. Je ne regarde plus l'horizon de la même façon. Je ne tourne plus mes yeux vers l'ouest, comme avant, lorsqu'une petite pluie fine et glacée, me parlait du pays et de toi et le cri des mouettes m'indiffère.
Devant le va et vient,comme tu disais, des ferries dans le port de Ouistreham, je me suis approché du chenal et j'ai commencé à rouler deux grosses pierres pour le assembler. Elles m'ont servi de socle pour élever un cairn à ta mémoire, le premier depuis ta disparition. Il est probable que la grande marée de 112 prévue pour cette nuit, l'emportera, mais il me fallait bien recommencer, retrouver le geste de cueillir des pierres, de me recueillir, aussi, auprès de cette mer à qui j'ai déjà tant confié. Puis j'ai repris la route sans être tout a fait certain d'avoir vécu une réelle reprise, juste d'avoir rendu hommage à mon père que j'aimais tant et qui n'es plus.


Roger Dautais


S'attise la nostalgie
du rythme et du vent
par ces journées
immobiles où il n'est
plus d'abri de répit
d'espoir de crépuscule
tandis que des monceaux
de lumière inutile
noire se déversent
sur la vie comme
assommée et que sous
des ciels métalliques
aux trop vastes étendues
l'envol ne peut être
que dissolution


Charles Juliet
" Fouilles "

mardi 9 février 2010


à Duo duo...


Tu prends ton stylo et je prends la route. Qui écrira le juste, qui se trompera en route. Sur la même planète, nos créations divergent et pourtant elles seront absorbées par le tout Univers.
Tu parles de poisson dans ton poème, j'en "fabrique" un qui sera mangé par la mer. C'est un jeu d'ombres et de lumières pour qui saura lire entre les lignes.


Roger Dautais





Nuit noire quand la mer devient bleue



mère du pneu___phare
rêvant au sein du réel

tous les poissons sont dits" kilo"
la rive est gangrenée par la tristesse du pêcheur

____pas de kilos
le sable laisse un écho

la lune aspire sa lumière en retour
sur la vile l'humeur des icebergs

Guyane française____tu accepteras.


Duo duo, poète chinois
extrait de Poèmes de Saint Nazaire 2008

lundi 8 février 2010





Pré carré pour un frère....




Vous voyez bien qu'il est encore temps. Il est toujours temps de raconter des histoires. Mais celle-ci, elle sera sans paroles, juste trois images et juste offerte à mon ami Raymond, sur son lit d'hôpital. Vous en ferez ce que vous voudrez des symboles que vous ne comprenez pas. Lui au moins, il les connait, et il connaît mes intentions fraternelles à son égard. Pour les autres, cherchez dans mes archives de blog vers le 17 juillet, vous devriez trouver une réponse.


Roger Dautais




à Grégory Goffin,
Africain de cœur ce très beau poème



Nait qui meurt
Meurt qui nait
C'est la loi de la vie,
Belle de tous les temps,
Juste pour finir.
Nait fort qui meurt
Meurt faible qui nait fort
Un naufragé chante sa joie,
Le corbeau en rit
Le naufragé le tue.
Le lion le venge.
Le naufragé fini
Le lion meurt de faim.
Rien, dit le sage, ne nait
Rien, dit le fou, ne meurt
Vivre dit le poète, c'est naître ou mourir


Yéo Pancrace Ténéna
Poète de la Côte d'Ivoire né en 1979

dimanche 7 février 2010




au hasard des routes...


Encore une fois, le choix de mes installations avait du se faire sans réelle intention, dans une marche en traversant un parc et puis, sur une grève pratiquement déserte. On y trouve une spirale en aiguille de pin et une petite partie d'une série de lettres que j'ai continuée de réaliser pendant des semaines en variant les lieux d'installation et les matériaux utilisés, ici par exemple, des algues.Tout ceci est du passé. Il reste des traces dans ma mémoire, parfois rien, et pour vous, des photos. Pourquoi ne pas les montrer. Ce matin j'étais à l'ouvrage, sur les docks, dans le froid mais j'ai décidé de garder mes images pour plus tard. Qu'est-ce que ça change, aujourd'hui ou demain. Le plus important reste l'envie de créer, malgré le vide, malgré l'indifférence des jours de ma vie qui défilent au compteur. Sans doute une raison de plus d'être au monde, d'exister dans cette fureur, cette course au profit. Je n'ai jamais bien compris ce qui me poussait à expérimenter une pareille vie d'artiste que j'avais d'ailleurs imaginée, être beaucoup plus courte. Comme quoi, on peut se tromper.


Roger Dautais



Imprégnation


on nait on vient
dans le sens de la douleur
mais au fond ça passe
ça fait ce que ça peut
dans le vif

de ça on parle
comme si on avait le temps
une idée solide
comme si le besoin de traces
était l'objet du désir

on écrit
pour que ça change
que ça devienne
trame d'ombre de lumière
et quoi d'autre que la vie ?


Claude Held


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 5 février 2010






à l'inconnu de Merville
...




Je marche sur cette immense plage en direction de Cabourg. Je suis la trace d'un sulki, les pas du cheval, les deux traits parallèles des roues qui s'enfoncent à peine dans le sable me font pense que le jockey doit être vraiment léger. Au plus loin que porte ma vue, pas d'attelage, mais j'aperçois, au-delà de Cabourg, Deauville et Trouville. Plus à l'est et au large, le port du Havre. Il arrive dans cette baie de Seine de voir des super tanker, à la queue leu leu, s'approcher du terminal pétrolier d'Antifer. En me retournant, j'aperçois le Ferry de Ouistreham, à quai.
je me réjouis à l'avance de ce dur travail J'ai choisi cet endroit pour tracer une belle spirale et je me réjouis à l'avance de ce dur travail tant de fois répété, sans ressentir la moindre routine. Elles sont tellement différentes les unes des autres, tellement "vivantes". Aujourd'hui la lumière est particulièrement douce, avec cette qualité propre à la côte de Nâcre, qu'elle couvre d'or ce sillon creusé avec mon talon. Ne suis-je pas cheval et charrue dans cette entreprise... rêve de microsillon ou de disque d'or ?
Je suis aux trois quart du tracer, dix huitième tour...éviter de compter avant 10 à 12 tours...pour le moral. Une jeune femme s'approche de moi. Elle reste à une dizaine de mètres, sans parler. Regarde le geste lent du pied qui s'enfonce dans le sable et trace le sillon. Elle s'éloigne sans un mot.
Je termine le vingt quatrième tour, le plus long, environ 45 mètres. Un homme s'approche. Il me salue:

- Bonjour
- Bonjour
- Je vous ai reconnu
- ah ?
- Nous nous sommes rencontrés au pied des Vaches Noires, les falaises de Villerville ( non loin de Deauville) lors d'une sortie "fossiles". Vous vous souvenez ?
- De la sortie, il y a deux ou trois ans, oui, très bien, mais de vous, non.
- C'est bien ce que vous faites.
- Merci
- Vous habitez Hérouville.
- Quelle mémoire.
- Vous m'aviez donné une carte, vous êtes landartiste. Votre carte, je la vois tous les jours, je l'ai collée sur mon frigo pour ne pas oublier
- C'est vrai...et vous êtes allés sur internet
- Non, je n'ai pas internet et en plus, je n'en veux pas. Je quitte la France dans quelques temps, définitivement. Je me souviendrai de vous. Allez, au revoir.
- Au revoir et bon voyage.

L'homme s'est éloigné vers l'ouest de la plage puis a disparu dans les dunes. J'ai pris mes photos et je suis remonté vers les dunes. En quittant la plage j'ai écrit un dernier mot non loin des oyats qui avec le vent laissaient leur trace sur le sable.

Ces rencontres sont tellement diverses autour de mes spirales que je pense en faire encore quelques unes cette année.


Roger Dautais


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

jeudi 4 février 2010



Points de vue...





Faudrait que se terminent au mouroir
Litanies, souffles et râles ostentatoires
Par où est venue cette vie à demi-écrémée
Qui n 'est que fluide étrange
Dans la bizarre épopée.


Avec le simulacre de la fuite
Le mot devient accoudoir


Au fil ininterrompu du ruisseau
Les genoux écaillés taisent
le passage des plaies d'été
Le soleil fait mine de disparaître
Pour luire à nouveau
Sans objection autre
Dans l'infini de ce qui nous conduit au monde.


Slaheddine Haddad,
poète contemporain, Tunisien

mercredi 3 février 2010





aux coureurs de grèves





Je m'étonne des vagues, si petites, du vent présent, ici, qui disperse ou rassemble la colonie de mouettes en partance. Je m'étonne du goût du sel sur mes lèvres gercées par le froid, de mes doigts rougis, engourdis. Je m'étonne de ces pierres si nombreuses, impossibles à compter. Je m'étonne de cette idée de cueillir des pierres comme des fruits. Je m'étonne de les assembler, aujourd'hui et de les empiler comme des petites pagodes reprenant des gestes mille fois répétés. Je m'étonne de mes pas, de leur trace dans la grève. Je m'étonne du soleil rouge basculant derrière la dune, annonçant une nuit encore plus froide.
Je m'étonne et pourtant, je suis bien en vie.
Alors, pourquoi ne pas continuer à s'étonner du monde.


Roger Dautais


Land art : Petits travaux de plage Côte de Nacre.Normandie 2 février 2010

Les textes et photos land art ne sont pas libres de droit.
Renseignements : roger.dautais@numericable.fr

mardi 2 février 2010



à Suminoto, fils du Soleil Levant
...





Ce n'était pas cette plage, ce n'était pas à cette saison, il y avait eu cette cavalcade de chevaux dans les vagues, puis leurs naseaux bouillants au dessus de nous. J'avais tracé une première spirale sous les yeux ébahis des deux vielles japonaise qui l'accompagnaient. Puis une deuxième en direction du soleil levant. Il m'avait observé, en silence, avant de commencer lui même à transporter de lourdes pierres qu'il allait chercher presque dans la mer pour les remonter à ma hauteur. Il avait aligné son installation, sur mes spirales et le soleil levant. J'avais tracé un cercle à Ana Mendieta puis planté en son centre, une branche de saule que je courbais et lestais d'une pierre, afin d'obtenir une courbe parfaite. Je lui avais raconté la vie de Mendieta, sa fin tragique. Il m'avait dit' qu'alors, elle était maintenant avec nous, dans ce cercle et qu'il ne pouvait, lui, y pénétrer, à cause de son caractère sacré. Tout s'était passé ainsi parce que je l'avais rencontré à Caen, et grâce Julien, un ami interprète ayant vécu 10 années au Japon, j'avais réussi à l'inviter sur une des plages où je travaillais souvent, pour réaliser une œuvre commune, dédiée au soleil levant.
Cet artiste qui pratiquait aussi le land art au Japon s'appelle Suminoto. Je me souviens avoir parlé de la poésie Japonaise avec lui. C'est un peu en son honneur que j'ai choisi ces quelques HaÎku

Roger Dautais



Faisant de la quiétude
mon seul compagnon –
solitude hivernale

Hashin


Dans le clair de lune glacé
de petites pierres
crissent sous les pas

Kyoshi


Avec pour seul chapeau la lune
Je voudrais tant partir!
Ciel du voyage.

Tagami Kikusha

dimanche 31 janvier 2010






Jeu de lettres, à terre
...*

aux effilocheurs de temps.




J'ai donné
à la terre
des mots
pour la nourrir.
La mémoire
est présente
l'instant d'une pensée.
Un bas brouillard
tire le rideau
vers le large.
Les premières pluies
lavent la neige
sur le sable.
Il me reste à jouer
la fin de la partie
avant la nuit.
Au large,
les ferries emportent
des bribes d'amitié.
La corne de brume
attire l'attention
des marins
restés à terre.
En mer,
la nuit sera
agitée
comme mes souvenirs.






* Lors d'une marche, j'ai trouvé un jeu de scrabble dans la nature. Je l'ai promené longtemps dans mon sac à dos et puis un jour, je l'ai utilisé dans de minuscules installations. J'ai fait ça pendant un bon moment, perdant des lettres de l'alphabet, les unes après les autres. je ne sais plus ce qu'est devenu ce jeu. Un souvenir, comme toute chose.


Roger Dautais

samedi 30 janvier 2010



Élargir l'horizon d'une marche sans rien oublier du monde...



En direction de la mer,
à la croisée des chemins bordés d'oyats qu'un vent cinglant et glacé, couche puis relève, trouver le point central d'une question.
Pourquoi ici ?
S'arrêter justement, là, attiré par le magnétisme de l'endroit.
Sur deux axes perpendiculaires, tracer douze pieds. Faire de même dans les espaces intercalaires.
Du bout de la canne ferrée, rejoindre les petites traces, dessiner une cercle le plus parfait possible. Creuser ce cercle au talon.
Se reculer et du haut d'une butte, le regarder inscrit dans ce paysage maritime.
Avoir envie de l'accompagner d'autres cercles, plus petits, en direction de la mer, puis reprendre la marche dans le froid et rejoindre la plage.
Choisir un endroit idéal et partir pour une heure trente de traçage d'une spirale offerte à la mer.



Roger Dautais

jeudi 28 janvier 2010





Flottaison d'été
...


Il arrive que la lecture d'un poème vienne colorer ma journée et se poser auprès d'humbles installations éphémère, depuis longtemps oubliées, pour mon plus grand plaisir. J'aime à vous le faire partager.



Ce n’est pas une affaire d’épaules
ni de biceps
que le fardeau du monde
Ceux qui viennent à le porter
sont souvent les plus frêles
Eux aussi sont sujets à la peur
au doute
au découragement
et en arrivent parfois à maudire
l’Idée ou le Rêve splendides
qui les ont exposés
au feu de la géhenne
Mais s’ils plient
ils ne rompent pas
et quand par malheur fréquent
on les coupe et mutile
ces roseaux humains
savent que leurs corps lardés
par la traîtrise
deviendront autant de flûtes
que des bergers de l’éveil emboucheront
pour capter
et convoyer jusqu’aux étoiles
la symphonie de la résistance.

Abdellatif Laäbi

Poète marocain né à Fez en 1942

mardi 26 janvier 2010




To the sea...



La mer commence à monter et le site choisi pour ma spirale reste problématique. Il faut faire attention à l'encerclement. La température est de zéro degré mais le vent de force 4 rend pénible ce genre de traçage car le froid tétanise les muscles de mes jambes. Le site représente un glacis orienté à l'est et je suis accompagné par un coucher de soleil, pendant tout mon travail. Le vent chargé de grains de sables me cingle le visage. En voilà au moins pour une heure et demi, car la configuration de la plage se présent sous la forme d'un glacis avec une pente à 15 degrés, sur la partie haute. Le sables est de densité inégale, souple mais très humide dans le bas de la spirale et plus sec dans le haut. Il est toujours très difficile d'obtenir un tracer régulier sur un terrain en pente et la partie " remontante" demande un vrai effort, mais je l'ai choisi pour la beauté du site et son côté sauvage. Le pied qui trace doit s'enfoncer comme un soc dans le sable, de manière régulière et pousser le sable du talon, tout en remontant la pente et en gardant le parallélisme du sillon. Un bel exercice de maîtrise acquise par de nombreuses années de pratique.
Je termine cette spirale, fatigué mais heureux d'avoir tenu jusqu'au bout, malgré le froid, malgré le vent et malgré mon âge. Le vent s'est emparé de mon travail et commence à recouvrir le recouvrir d'une poussière de sable blanc, comparable à de la neige. Dans une heure, elle sera probablement toute blanche. Je quitterai cette plage sans rencontrer âme qui vive, après avoir tracé dans le sable les mots habituels To the sea.
Après le vent, c'est bien la mer qui reviendra remettre tout en place, comme si je n'étais jamais passé par là, comme si je n'existais pas. Tout l'intérêt d'une telle pratique dans l'absolue gratuité du geste.



Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

lundi 25 janvier 2010



Expression de la liberté
...

J'ai créé cet ensemble cet après midi, sur une plage normande, en pensant à tous ces réfugiés Kurdes débarqués en France, dernièrement pour y tenter une autre vie.



Quand un enfant pleure, nous dit un oriental, sa mère comprend d'instinct s'il a faim, s'il a soif, s'il a froid ou s'il a mal. De la même manière, lorsqu'elle chante une berceuse pour endormir son enfant, elle souffle instinctivement l'esprit de l'amitié, de l'amour et de la beauté.

Nul doute que les petits enfants kurdes débarqués la nuit dernière clandestinement sur les côtes Corses, et il y en avait de très petits, auront entendu leur maman reprendre cette berceuse kurde traditionnelle dont voici un extrait:


.../ Je chante une berceuse pour mon enfant chéri
Pour que le vent du nord vienne caresser ses cheveux
Je chante une berceuse du fond de mon cœur
Pour que mon enfant s'endorme sur un oreiller de fleurs.
Ma berceuse est douce et son oreiller est fait de plumes d'oie
Une caravane joyeuse et pleine de couleurs arrive de loin.
Tu es venue pour assister à un mariage

Et donner un doux baiser à ta mère .../


Bienvenue et bonne chance à eux.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


dimanche 24 janvier 2010





car les saisons n'ont rien effacé...



Sept cent
lieues
nous séparent
le rêve
nous
assemble
dans
le
gris
de l'hiver.

Tes cris
d'enfant
tes chants
joyeux
l'éclat
de ton
regard,
un tourbillon
de vie
anime
la maison.

Je pense
un jour
reprendre
le voyage,
traverser
la mer
aborder
sur l'île
retrouver
ton sourire
déposé,
là,
sur une
marelle
de sable.

J'aimerai
à nouveau
tes yeux
d'enfant,
ton rire
à cloche pied
tes cris
de joie
sur la marelle,
ta main
dans la
mienne,
rentrant à la maison.

Mais
sept cent
lieues
nous séparent.

Il faudrait,
ici,
raccommoder
les mots,
écrire
une musique
chanter
nos retrouvailles.

Mais
sept cent
lieues
nous séparent
depuis
si longtemps
que je suis
devenu
vieux.



Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 22 janvier 2010




au-delà des murs, subsiste la mémoire...



Trois
ombres
deux bruits
un tour
pour rien

Ici
l'espace
se libère
entre
les
barreaux.

Le cri,
cette écriture
jetée
à la rue
s'écrase contre
les murs.

Il faudrait
la clé
tournée
à l'envers
pour ouvrir,
l'abcès
et décrocher
l'homme.

Il faudrait
courir
après l'absurde
et diner à sa table.

Il faudrait
quitter
l'enceinte
pour de bon.

Il faudrait
franchir
le chemin de ronde
le dernier mur,
et marcher
comme si
de rien n'était.

Il faudrait
retrouver son souffle,
oublier la peur
sous la lumière
jaune et blafarde.

Il faudrait
en arriver là,
dans chaque
rêve.

Mais trois ombres,
deux tours de clé
et puis le rien
qui s'installe,
Ici.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS




à Marie Claude...



Je marche depuis deux heures sur ce chantier d'autoroute et tout est déjà là. Pourtant, je vais me mettre à construire une installation, malgré l'orage qui devrait me faire songer à rentrer. Ce n'est pas les pierres, ni le vent, ni cette impression de chantier déserté, ni le temps que je vais consacrer à monter cet équilibre éphémère qui me fascine, mais, c'est de vivre le tout, l'instant unique, seul. C'est aussi de me sentir vivant par ce geste un jour de plus. Difficile d'imaginer qu'il faudra quitter tout ça, quitter la lumière du jour et ces longues marches, ces dialogues avec la pierre, ces extases devant la beauté de la nature, pour laisser la place aux suivants et pourtant, c'est la loi du genre. Carpe diem !




Signe après
signe
s'élèvent
les pierres
dans
l'espace
désigné
comme,
libre.

D'azur,
de bruit,
d'oubli
de désir,
le silence
se défait
se délie,
se dédit.

Maintenant
il est
debout
le rêve
et toi
tu viendras
le dévorer
de ta
bouche
rose.

Signe
après
signes
nous
aimerons
l'espace
qui
nous
étreint.
Le vent
s'envole
comme
le
souffle.
Il est
temps
de quitter
ce monde
qui
ne comprend rien

Roger Dautais

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.