La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 12 novembre 2018

Ombres flottées :  pour Thérèse



Ombres flottées...

Actuellement, je consulte des livres de géométrie, m'informe sur la symbolique des nombres, étudie sur photo, la palette de couleurs proposée dans un endroit donné, revois les règles de la composition. Puis je sors de la maison et j'essaie de tout oublier.
Je sais où je vais, quitte la ville pour me rendre à la Coline aux Oiseaux. C'est tout. Pour le reste, ce sera une question de rencontre, sans savoir ce que je vais trouver ni faire exactement.
Une petite demi-heure de marche pour me laver l'esprit, puis cette découverte d'un très beau bassin, animé par un filet d'eau, en cascade. Le lieu m'interpelle. Désert, beau, planté d'essences d'arbres et d'arbustes, effleurés par un vent léger, où je vais prélever de quoi faire une installation flottante, à cet endroit même. Aucune connaissance, aucune théorie n'est présente à mon esprit. Je laisse la main créer, l'esprit prenant le relai. J'éprouve beaucoup de plaisir dans cette réalisation, sans prétention autre que celle d'aller vers le beau.
Le land art ne peut être que spectaculaire, il passe, pour moi, par des instants plus intimes, où, penché sur la terre, agenouillé, dos arrondis, je suis en communion avec les éléments. Pendant ces instants,ces émotions ressenties, peuvent être très fortes.
Roger Dautais
Notes pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Ombres flottées "
Caen - 2009 - Normandie


***


Elle croit que nous faisons le monde

pourtant
c'est le soleil qui caresse
c'est le vent qui parle aux feuillages
et c'est dans la pierre que ricoche
le chant du ciel

Leurs éclats parsèment notre histoire
d'une ponctuation d'oiseau

Écoutez donc.

Alain Boudet

" Quelques instants d'elle"
Éditions Océanes 1988

vendredi 9 novembre 2018

Traces  :   Pour Emily de Wavrechin




Les professeurs sont faits pour les gens qui ne savent
rien apprendre tout seul
Paul Leautaud

Amnésie douce.

Agenouillé parmi les oyats, j'entends à peine le chant de la mer, adoucit par les dunes. Je suis au milieu du monde, installé provisoirement dans la solitude. J'ai avec moi, quelques dizaines de feuilles d'eleagnus, dont le camaïeu naturel, dispersé dans les buissons, m'a intéressé. J'aime me laisser surprendre par la beauté de la nature, dans les moindres détails et me décaler du monde bruissant.
Je vais installer une figure géométrique en partant de la feuille la plus foncée pour aller vers la plus claire. Mon imaginaire se satisfait du peu quand il es beau. Le land art , par sa diversité d'expressions, du gigantesque au plus petit, parle aux gens ou les laisse indifférents. Le siècle nous porte à consommer toujours plus, pour posséder plus. Je ne participe pas à ces mouvements de foule.
Ici, rien de livresque. C'est une installation land art, indéfinie qui interroge. Elle fera partie du délaissé, de l'oublié, comme le sont de plus en plus de nos semblables.De la même façon, elle fait partie du monde et mérite d'être respectée comme une trace d'humain passé sur cette plage immense et déserte de Ouistreham, à deux pas de la route des ferries.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
"Traces " pour Emily de Wavrechin
Ouistreham Calvados - Normandie
Années 2000

jeudi 8 novembre 2018

Lieu de  mémoire  :  pour Marie-Claude



.../De 'île de Stuhan aux Sept îles

L'imprévisible se découvre mieux au contact du sauvage, de ce qui m'échappe et c'est à la mer que je vais le chercher. Je parcours le tombolo qui m'éloigne du continent. La marche, la fatigue, l'oubli tricotent ici, une nouvelle vie, jusqu'à perdre pied.. Résumer ma vie à cet instant s'écrit en un mot : souffrance. Je dois la dépasser où passer à autre chose. Si je n'ai rien à gagner dans ce récit de vie, il témoigne que mon retour au land art, passe par cette réalité et non par une autre voie
Le passage vers l'Île change au rythme étonnant des marées. A cette heure, l'île se fait engloutir en grande partie par les flots. Et si j'y restais, qui viendrait me chercher dans ce lieu totalement désert. ? Pratiquer le land art ici, n'est pas sans danger. Il faut le savoir. Un flot impitoyable, poussé par le courant de la Jument, se charge d'effacer toutes les plages. Il reste à peine deux mètres entre l'eau et le trait de côte. Juste de quoi choisir entre les pierres rescapées pour élever quelques cairns.
C'est ici que je trouve le bonheur, près de mes pierres. Chaque cairn est un cri, une victoire sur les flots.
Ici, je remets mes angoisses à demain. Mon corps transpire, éreinté par l'effort. La fatigue s'installe, m 'épuise. Encore une pierre, une autre. J'abandonne le reste des pierres aux flots gourmands. Ne jamais oublier le vent libre et cinglant de l'hiver qui souffle du large et me glace le corps. Il est vital, je le respecte, il construit ma mémoire pour le temps d'après qui approche.../
Roger Dautais
Notes de land art pour la route 75


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
htp://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Lieu de mémoire " pour Marie-Claude
Bretagne Sud - 2014


*



Plages lointaines
larges suaves
échouages d'horizons
commencement de la mer.

Robert Fred
Cascades
Éditons Gérard Guy

lundi 5 novembre 2018

Pour Florence Arrighi
Miz du....../


Je me suis jeté à corps perdu dans cette pratique du land art. Ce que je donnais à la nature, elle me le rendait, avec ce sentiment d'être pleinement vivant et à ma place.
J'ai appris à élever des cairns immenses, à côtoyer des fleuves, à travailler sur leurs rives. J'ai foulé les sables de mille plages, en France,à l'étranger. J'ai compris les saisons qui me passaient entre les mains, comme les années normales, assez détaché de cette notion de vieillir, sans le regretter. J'ai pris des risque physiques, j'ai connu des blessures sans jamais en vouloir à cette nature qui me remettait en place. Et puis est venu le temps où l'on s'aperçoit que marcher, est plus difficile, escalader, plus dangereux encore, porter lourd, impossible, parce que le corps ne suit plus. On dirait que la ligne droite va s'arrêter, mais qu'avant, il convient de la parcourir jusqu'au bout, le mieux possible et c'est ce que j'envisage de faire.
Alors, j'ai décidé d'aller confier tout cela à la mer, car je la sais d'une immensité capable d' absorber toutes les mémoires de la terre.
Quoi de mieux qu'un temps d'hiver, froid, pluvieux et venteux pour réaliser ce souhait avant de rentrer à la maison. C'est ce que j'ai fait, les yeux dans les vagues blanches déferlantes, bercé par cette petite musique intime.
Le vieil homme et la mer, oui, je sais...mais cette fois, j'ai emprunté à Hemingway, une conclusion qui me va bien. ce soir, avant de retrouver tous les miens en Bretagne.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création land art de Roger Dautais
" cairn en revenant de Kervillain " pour Florence Arrighi *
Bretagne Sud
* http://les-galets-de-nonza.blogspot.com/

*



ENTRE NEIGE ET NUIT

Entre neige et nuit
je glisse murmures lents

l'émanation des ombres
volutes, flammèches, fumerolles
mes aspirations

Tout ce qui s'efface
apparaît disparaissant

ainsi cet arbre, ainsi ton corps
ma main

évasive, soulevée, reperdue

à la lisière du gris
calme ouvert.

Ida Jaroscheck
extraits de " Survivances de la neige" Inédits

samedi 3 novembre 2018

Cairn de  l'espérance


à Karine Kergroac'h.


J'ai souvent l'impression de me cogner la tête contre les murs. Il me faut toujours répondre, expliquer, ceci ou cela, le pourquoi de telle lumière, le choix d'une pierre et non d'une autre,la symbolique de la forme, mon goût pour le silence et la solitude des pierres..
La réponse n'est pas possible. Je tente simplement, dans ce qui m'est encore possible d'exprimer, de rester en équilibre entre l'imaginaire, le réel et l'espérance.
J'ai la passion de tout ce qui vit, tout ce qui bouge, tout ce qui pèse, tout ce qui vole, tout ce qui rayonne dans la nature. Je ne possède rien d'autre.
Comment voulez-vus expliquer cela dans un monde consumériste.
Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

"Cairn de l'espérance" à Karine Kergroarc'h
Carnac.
Bretagne sud - 2015

jeudi 1 novembre 2018

Flottaisons d'août  "  pour Pastelle.
Voir le monde autrement…

Cette force intérieure qui me vient du vécu, se heurte aux résistances nocives qu’il me faut contourner. Je veux parler des idées noires.
Il n’est pas question, au moment des installations land art d’exhumer de l’éparpillement des idées quelque ersatz sans saveur.
Représenter le monde avec ce que l’on a comme moyen, ce que l’on trouve et s’en tenir à ça, voilà ma conduite.
Appréhender avec mon corps, le vertige de la non-compréhension. Repartir avec une foule de questions qui se perdront dans dans le brouhaha du monde, suffit à me construire une espérance.
Les images représentées, ici,avant d’exister, se sont composées lentement : paysage, lien,eau, lumière, fleurs, comme un zoom, à l’envers qui amène les composants à la chambre noire.

Boîte à idées où se mêlent l’amour, la déraison, la colère, l’espoir, le silence. Un capharnaüm indescriptible.
Le temps se dilate. La main transmet, exécute, reprend, pose, hésite, traduit ma pensée.
Je quitte cette situation inconfortable et nécessaire à la création.
On voudrait tout dire en un geste. Il faut accepter ce manque, ces imperfections, ces scories de l’imaginaire.
Demain, je reprendrai la route kaléidoscopique, jusqu’à la rivière qui mène à la mer.

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Flottaisons d’août " pour Pastelle
Région de Caen - Normandie -2007


*
 
 
Le temps  pour toi
me semble recourbé
Forme échouée,  un  peu
le  poisson  mort rendu par le filet.
 sa gueule bée sur  un son
étouffé.
Michel Dugué 
" Tous les fils dénoués "
 Editions Folle Avoine 2014

mercredi 31 octobre 2018

Passion d'estran  : pour Marie-Claude



Notre mémoire est hors de nous,
dans un souffle pluvieux du temps.
Annie Ernaux

pour Liza Chavez

Après cette période furieuse qui a fait de la casse sur les côtes, la mer reprend ses marques. Elle respire, présente et calme.Les grands pins abattus par la tempête, ont été débités sur place, dans le petit bois qui jouxte la plage, puis chargés sur de gros camions.
Il me fallait retourner à la mer, par beau temps et parler d'amour. Parcourant le pierrier, j'ai choisi deux pierres qui semblaient faites pour s'aimer. Je les installées, face à la mer, et lié, avec un cordon rouge. Amour -passion , longue route à deux, comme celle parcourue avec ma femme, depuis 52 années. Je n'avais rien à ajouter. D'ailleurs, ces pierres ont tout de suite attiré l'attention, des promeneurs, les photographiant depuis le chemin des douanier, du haut des falaises.
J'ai eu beaucoup de plaisir à les laisser vivre cette passion d'estran, face à l'océan.
Roger Dautais.
Notes de Land art pour la Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Passion d'estran " pour Marie-Claude.
Bretagne Sud

Beaucoup de mes photos land art se baladent sur le Net " empruntées " par des blogueurs qui veulent me rendre hommage à leur façon, et c'est en général assez bien fait. Cela me fait plaisir, bien sûr. D'autres fois des inconnus, créent à partir de mes images. C'est le cas aujourd'hui. Je n'imprime jamais un citation directement sur mes photos, mais,que faire ? Et puis Montaigne, ça me plait bien. Alors, à mon tour je me suis servi de ce montage pour le présenter aujourd'hui.
Merci à cet inconnu d'avoir enrichi ma création.
Bien amicalement.
Roger Dautais

lundi 29 octobre 2018

Salutation au soleil  :  à Marie-Claude



un jour avec, un autre sans...

Voilà deux jours qu'une pluie fine et tenace tombe sur la région. En début de semaine, j'ai tenté une sortie. Marcher par un temps pareil rend difficile la moindre installation. Je laisse passer la nuit et le lendemain matin, une légère accalmie me redonne espoir. Je prends la direction des plages.
Dans le chemin creux qui mène aux grèves, j'aperçois la mer, calme et au bas. Avec un coefficient de 94, elle aura bien dégagé l'estran. Mais sur ces côtes, le paysage est à découvrir au dernier moment car les empierrements peuvent disparaître sous des tonnes de sable, d'une semaine à l'autre.
Je marche plein nord. L'air marin me fouette le visage. Il ne fait que 3 degrés et je vais travailler les mains dans l'eau. Aujourd'hui, pas de spirales possibles, tout le sable est mouillé, trop tassé. Je vais donc monter des cairns. Aujourd'hui, j'ai la main et trouve facilement les points d'équilibre. C'est un vrai plaisir que de choisir chaque pierre, l'apporter au lieu choisi et monter le cairn, face à la mer.
Je change d'axe de marche et remonte vers l'est. Je croise quelques marcheurs emmitouflés. Ils me saluent. Sur mon trajet, je trace une figure géométrique dans le sable mouillé. Elle s'intègre bien au mouvement laissé par la mer, en se retirant, d'ici.../

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/ "Salutation au soleil " pour Marie-Claude
Normandie - 2008


*



L'arbre fait le mort
tout l'hiver
sous la voix d'oracle
du vent

Il observe en silence
le fond du monde par ses racines

Il nous enracine dans le ciel vide.


Marie-Josée Christien

Les extraits du temps
(Les éditions sauvages )

samedi 27 octobre 2018

"Eros et Thanatos"  pour Jacques Vico +



Pour moi, le land art... une nécessité, une urgence.
R.D.

... Il arrive que les lumières éclairent notre part d'ombre et nous voici réconciliés avec le monde alentour. Hors cadre, la vie nous attend, nous échappe à chaque tournant. Qu'une page blanche survienne dans notre nuit et le vacarme des incertitudes recommence, incessant. Il questionne l'inconscient. La lumière propose, l'objectif fixe, écarte, élude. Restent les mémoires à oubli. Ainsi va la vie.
L'oubli règle à peu près tout et parfois, dans notre propre vie, il nous englobe dans sa béance.
Roger Dautais


Notes de land art pour La Route 75
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot. com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Éros et Thanatos " à Jacques Vico
Saint Germain Blanche Herbe Normandie 2008


*


" Gracieuse
en ces vieux gestes
l'aube essore
avec soin la mer

Le soleil met à la baie
sa nappe bleue
sans une tâche de temps
de guerre de marée noire

Bien peu répondent
a l'invitation
accordent au jour
des yeux prêts au regard "


Anne-Josée Lemonnier *

Falaise de proue 2003

* http://www.barapoemes.net/archives/2017/11/06/35840850.html

mardi 23 octobre 2018

Mémoires empilées  :  pour Erin



En confidences d'automne...

.../Le premier cairn se dresse sur une base assez lourde que j'ai du mal à porter. Ce travail de force me plait . Il sera suivi d'un travail de recherche d'équilibre, plus fin, plus subtile. La mer déroule de petites vagues blanches qui viennent me mouiller les pieds. Il y a beaucoup de pierres, des milliers, mais chaque cairn est particulier. Les pierres me parlent, je les sens, les choisis, à l’œil, puis les tourne, les retourne, les palpe, les lave, les essuie, une à une. Il faut qu'elles se plaisent, qu'elles s'accordent, qu'elles s'entendent. Et puis, elles 's'amourachent, vivent leur vie de cairn, et m'oublient. On dirait qu'elles sont la à pour une éternité. Et c'est long une éternité de cairn. Elle se terminera dans l'éphémère d'une volonté suprême et finira par enlacer la loi universelle de l'entropie, rejoignant la foule des pierres anonyme qui jonche la plage.
Je suis heureux comme un enfant qui retrouverai un peu de liberté après l'école.../
Roger Dautais
Notes de Land art pour La Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Mémoires empilées " pour Erin
Luc sur Mer - Normandie


*


Nue
Frileusement venue,
Devenue elle sans raison, ne sachant
Quel simulacre de l'amour appeler en image
(belle d'un doute inachevé
vague après vague,
et comme inadvenue aux lèvres), ici
d'une autre qui n'est plus
que sa feinte substance nommée


Miroir, abusive nacelle,
eau de pur silex.


Roger Giroux
L'arbre le temps.

lundi 22 octobre 2018

Gemellité  : pour Océanique




La source du temps

Silence, le plus digne hommage !
Quel tumulte d'amour emplit jamais le très profond silence ?
Victor Segalen


Parenthèse ...
Le land art me relie à l'humanité, à l'histoire du monde et me permet d'être moins seul. Il me permet aussi de dire ce que personne ne voudrait entendre autrement. C'est un dialogue entre la terre et moi, entre la mer et moi dont il s'échappe quelques bribes pour les oreilles attentives. Pour le reste des gens, c'est un amusement, une occupation, à la manière des saltimbanques , des peintres ,des chanteurs, des poètes qui à leurs yeux ne servent pas à grand chose.
Ceci n'est pas très grave, je poursuis un chemin d'expérimentation de ma propre vie et j'en suis le premier spectateur. Je me souviens de la phrase de Youenn Gwernig qui disait : "car il faut que chacun compose le poème de sa vie" et cela me suffit comme programme.
C'est dans l'humilité d'un art comme le land art et dans sa pratique quasi journalière que j'inscris ces mots. Penché vers la terre, le dos courbé, je me dis qu'un jour elle arrivera bien par finir de m'accueillir. Je ne suis pas pressé, seulement, prêt.
Roger Dautais
Notes de land art pour La Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Gémellité " pour Océanique
Côte Nord du Calvados
Normandie -


*



Yeux de silence.


J'écoute tes yeux de silence
Brandir ce que tu n'oses dire
Brave espoir
Tu exerces ta profession
En intimidant les audacieux
Pour comprendre l'importance
De la couleur des eaux inaccessibles
De la foudre corporelle
De la création d'un cosmos
Où se pavane la liberté
Comme les doigts entremêlés
Regardant un dialogue confidentiel
Argenté de thèmes édifiants
De soleil brûlant
D'essence étincelant la mesure
Pour que ravive le printemps
Royaume des soucis impuissants
Que le sourire pervenche
Écoute avec des yeux de silence.


Mohamed Attaf (Algérie)

samedi 20 octobre 2018

Paroles rouges  :  pour Marie-Josée Christien


.../
Et la vie passe s’efface, existe, malgré tout.
Ce sera bientôt, les cernes d'hiver, les jours gris, les pluies incessantes, lavant les terres noires de la Pointe du Roselier. Ce sera aussi, les longues nuits solitaires passées à hurler comme un loup. Il restera, malgré le temps, malgré les routes empruntées, à suivre les souvenirs de l'été.
Il restera à retrouver les pas des voyageurs de l'au-delà, et puis leurs voix qui répéteront sans cesse :
Dans la mémoire des routes,
il y a toujours des bruits de pas
des matins ensoleillés,
d'autres pluvieux,
des pierres sèches
et d'autres recouverts de mousse.
Et je reconnaitrai ta voix défunte et je me dirai, tiens, cette fois, c'est elle qui m'invite à entrer dans la mémoire des morts. J'y entrerai et je reprendrai la route.
Personne ne m' empêchera de descendre au cœur du fleuve, d'y noyer ma peine, d'en retirer les pierres nécessaires à l'élévation de trois cairns. Ainsi se mêlent souvenirs défunts et vie difficile, pour exister un peu.
Roger Dautais
Notes de land art pour La Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http::rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Paroles rouges " pour Marie-Josée Christien 2007


*


Nous cheminons tous
oubliant que nous fûmes bercés
sur des chemins de terre
éclairés de néons


La route familière
s'efface sous une brume intense.



Nous marchons cependant
car il faut bien aller
quêtant les étincelles d'amour
dans le flux des saisons.

Eliane Biedermann

jeudi 18 octobre 2018

Occurrences Celtes   :  à Christian Cottard
 
 
Il est des jours de travail ordinaire qu'il convient d'offrir
à la nature, afin que l'invisible prenne le pas sur le réel...
R.D.


Dans les plis des mémoires empilées se nichent la foule des rêves stratifiés. Je tire le fil d'Ariane et traverse le temps jusqu'au rivage.
L'apaisant chaos de pierres me parle. Ici est passée la tempête et la rondeur des pierres en est la preuve. Un goéland perché sur les rochers, porteur d'âme en peine, m'indique le lieu du travail.
Entre le silence de la mer et les dires hystériques des sternes, je retrouve mon pays.
J'avance doucement vers la conclusion. Ici, l'espace me délivre. Je n'ai plus à supporter mon tumulte intérieur.
En écho, la voix de Driss, disparu : " demain sera un autre jour".

Roger Dautais
Notes de land art pour la Route 75

Photo : création land art de Roger Dautais
" Occurrences celtes " pour Christian Cottard
Côte Sud de Bretagne
 
 
***


Donne toi à l'espace
Il est ta nature

Qu'il te déchante
Ou te reprenne dans les airs

Il est de pluie tu es de rêve
Tu danses sous la mer
Au doux chant des baisers

Quel regret a porté ta mémoire.

Brigitte Maillard

* http://www.mondeenpoesie.net/ ainsi que les autres blogs créés et animés par Brigitte Maillard avec talent et humilité !

lundi 15 octobre 2018

Rachis  : au Docteur Missoury


Tiré de l'oubli...

.../Je vous dis, la vie de land artiste, ce n'est pas fait pour ceux qui traversent dans les clous. C'est vraiment pour ressentir les choses. C'est fait pour sentir, voir, écouter, toucher et goûter la vie au milieu de la nature. C'est d'emmener avec soi tous ceux qui l'ont quittée. C'est chanter la vie, simplement ça, chanter la vie libre dans la brume naissante qui un jour ou l'autre remonte de la mer pour effacer les falaises à suicide.
J'ai repris la route vers les côtes, avec en tête cette phrase de Norge :
" Tout ce qui existe un instant existe toujours".
Mais alors, mes souvenirs...
Roger Dautais

*

à Myriam Montoya

Ne rien regretter
Ni le gel, ni le sol rugueux
Ni le dos cassé au travail
Se courber seulement,
Devant la Nature.

Roger Dautais

D'autres poèmes dans l'Anthologie subjective de Guy Allix
guyallix.art.officelive.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Rachis " cairn en côte de Nacre
au Docteur Missoury

vendredi 12 octobre 2018

Spirale océane  :  à Marie-Claude
Au nom de l’alchimie du hasard…

J’ai beaucoup étudié le land art avant de le pratiquer. Il me fallait comprendre ce que j’allais donner à ma vie, comme nouvelle orientation, dans cette expérience unique et singulière.
J’avais 55 ans
Fallait-il crouler sous une production d’images de masse où alimenter ma propre réflexion ?
Maintenant, je peux dire, sans me tromper qu’en prenant la route chaque jour,les éléments extérieurs ont changé ce que j’ai créé en vingt ans.Cette alchimie du hasard, alimentée, sans cesse, par le paysage, les vents, les intempéries, les marées, a fait entrer dans le jeu créatif  , la notion d’imprévisible et cela me plaisait.
Lorsque j’ai choisi le land art, emboîtant les pas d’Ana Mendieta,j’ai quitté la foule et je suis rentré en résistance contre cette production de masse.
Je me suis mis dans l’incapacité de vivre sans la pratique de cet art difficile.
J’ai appris que la matière organique,contenait en elle, l’imprévisible et ça me rendait heureux .
Le sable de mer, si souvent travaillé dans mes spirales, change de texture, d’une plage à l’autre, de couleur, d’aspect physique, sec ou mouillé, fin ou granuleux.
Lorsque je réalise une spirale, je ne sais pas où elle m’amènera, physiquement, mentalement.
Pour obtenir un résultat vu sur cette photo,il m’a fallu, apprendre, expérimenter. Et pour expérimenter, il faut pratiquer.
C’est pourquoi, devenu handicapé, provisoirement, je me suis fixé comme objectif de réaliser la même spirale, qui scellerait mon retour au monde du land art.
J’approche de ce rêve. Encore quelques mois de soins et cela deviendra, j’espère une réalité..
Je me suis fixé comme règle de vie d’aller chercher l’impossible, non pas dans la possession matérielle, qui est vaine, selon moi, mais dans un ailleurs philosophique où le dépassement de ce qui est atteint, devient moteur et créateur d’espoir.
Qui peut se permettre de juger la raison de vivre de l’autre, même si c’est souvent la règle dans les réseaux sociaux ?
Le temps pour moi, n'est plus à la polémique. Il me reste simplement à prouver, dans les mois qui viennent avant de conclure, que je marche correctement et que j'ai retrouvé la force physique de tracer une dernière spirale.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

" Photo : création land art de Roger Dautais
" Spirale océane " * à Marie-Claude
Etel - Morbihan - Bretagne


***




Cercle

Tu es un frère
On peut s'entendre

Fais moi pareil,
Enferme moi.

Eugène Guillevvic

Du domaine 1977
Euclidiennes 1967 Gallimard

Réchauffons nous,
Vivons ensemble
Et méditons.

Eugène Guillevic

Du domaine 1977
Euclidiennes 1967 Gallimard

jeudi 11 octobre 2018

«  Flottaisons  » aux flaneuses


" Vous n'avez pas de morts, pauvre ami, pas du tout ?
Venez que je partage les miens, avec vous".
Georges Brassens


Mise au point...

De fantomatiques habitants des réseaux sociaux me disent agonisant. C’est faux. Je suis simplement sur la liste d’attente. Je m’écarte de ces glissements sémantiques malfaisants. Ils ont vite fait de vous enterrer vivants. Je milite pour la vérité nue de la pierre qui apostrophe et garde sa liberté d’être elle même. Suis-je un voleur d’images impénitent ou simplement un voyageur doué d’un sixième sens ?
L’Arte Povera m’inspire et j’aime l’extrême précarité d’un merle en hiver. Son chant, né de si peu, est une merveille. Je tente en vain, de l’imiter, dans la retenue des moyens.
Toutes liquidités libertaires abandonnées, je laisse les sponsor qui tentent l’aventure,à leur funeste sort.
J’assiste à une fantastique dégringolade d’idées. Mais laquelle saisir ?
Pourquoi ces flottaisons, au cœur de l’été ? Pourquoi pas une une noyade et qu’on n’en parle plus.
Le soleil se crispe sur les lentilles d’eau. Il se morfond, disparaît, m’endeuille puis revient. Il éclaire la scène. Incroyable résurrection dont je profite.
Roger Dautais


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
«  Flottaisons  » aux flaneuses
Hérouville-Saint-Clair - Normandie 2007




« l’hiver
les serpents
dorment »

Daniel Biga *

https://www.babelio.com/auteur/Daniel-Biga/167476

mercredi 10 octobre 2018

Les amants de  l'estran  : pour Marie-Claude




Voir le monde autrement…

Cette force intérieure qui me vient du vécu, se heurte aux résistances nocives qu’il me faut contourner. Je veux parler des idées noires.
Il n’est pas question, au moment des installations land art d’exhumer de l’éparpillement des idées quelque ersatz sans saveur.
Représenter le monde avec ce que l’on a comme moyen, ce que l’on trouve et s’en tenir à ça, voilà ma conduite.
Appréhender avec mon corps, le vertige de la non-compréhension. Repartir avec une foule de questions qui se perdront dans le brouhaha du monde, suffit à me construire une espérance.
Les images représentées, ici,avant d’exister, se sont composées lentement : paysage, lieu ,eau, lumière, fleurs, pierres, sable, vent, comme un zoom, à l’envers qui amène les composants à la chambre noire.

Boîte à idées où se mêlent l’amour, la déraison, la colère, l’espoir, le silence. Un capharnaüm indescriptible.
Le temps se dilate. La main transmet, exécute, reprend, pose, hésite, traduit ma pensée.
Je quitte cette situation inconfortable et nécessaire à la création.
On voudrait tout dire en un geste. Il faut accepter ce manque, ces imperfections, ces scories de l’imaginaire.
Demain, je reprendrai la route kaléidoscopique, jusqu’à la rivière qui mène à la mer.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" les amants de l'estran " à Marie-Claude
Côte de nacre - Normandie - 2007

mardi 9 octobre 2018

Mémoires .     Pour Tilia




J'ai rejoint le silence...

Je ne sais pas si ce que je fais, se partage. Cela peut se partager mais pas avec tout le monde. Je ne crois pas. Certaines de mes urgences, sont si fortes, si personnelles, qu'une fois traduites, je crains l'overdose.
L'essentiel n'est pas dans le détail de chaque travail, il est bien dans l'inscription à long terme et dans cette envie de vivre ainsi, loin du tumulte.
J'ai rejoint le silence, mon silence. J'attends le prochain départ, avec le désir d'oublier tout ce que je sais du land art, tout ce que j'ai déjà fait ,avec l'intention de laisser la Nature me proposer, d'autres pistes, d'autres inspirations.
Probablement, je continuerai à vous montrer quelques unes de mes créations, si tout se passe bien. Je sens si souvent le courant d'air de la porte de sortie dans mon dos. Désormais, ce ne sera pas long.
Enfant, j'aimais l'école buissonnière. je n'ai pas beaucoup changé. La tentation est trop grande, pour rentrer dans le rang.
Roger Dautais
Notes de Land art pour la Route 75

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com

Photo : création de Roger Dautais
" Mémoires " . Rive gauche.
Pour Tilia , étoile du Chemin des Grands Jardins.
Caen - Normandie 2007


*


je manque de répartie ça c’est depuis
longtemps surtout quand le cœur fait un
boucan à l’intérieur c’est peut-être que les
mots ne sont pas à la bonne place il
faudrait les faire refroidir et moi mes
mots ils sont toujours un peu trop dedans
émus.

Albane Gelé

Extrait de Aucun silence bien sûr

lundi 8 octobre 2018

Cairn sur  l'estran  :  pour Marie


 Les mots sont dévastateurs.
Un mot vous sauve, un autre vous tue.
Amélie Nothomb.


J'ai affronté ma mémoire jusqu'au bout,ce matin d'automne.Tête vide, tel un rôdeur sous la lune, j'ai recherché une solution vers la mer. Elle monte vers moi, sans pitié. Mixture remontée des abers pour me sauver du reste. Je me serais assis en dehors de ma peau, sans ce viatique.
Par crainte d'étouffement, j'ai craché des cauchemars les plus noirs et suis descendu au pierrier.
La mer folle brassait les pierres à grand bruit. J'ai attendu que ce tintamarre me fasse tout oublier et abattre ce cairn comme on fait pour un chêne, en fin de vie.
Roger Dautais

Photo : création land art de Roger Dautais
" Derniers instants " pour Marie
Cairn sur l'estran.

http://marie-aupaysdesimagesetdesmots.blogspot.com/

*


Noyau central

Lorsque les mots parviennent à leur sommet
Ils ont déjà brûlé
Le texte s'écrit
Dans les ponces et les basaltes
Je ne sais rien e ce que je suis
Je ne connais que les scories
Où va le doigt sur le chemin des signes
Obstinée à la phrase
Puisatier du verbe
Je n'ai de lien qu'avec l'opaque

Consumée- c'est toi qui portes le feu.

Claude LOUIS-COMBET

"Petite géologie du cœur " in Le Petit Œuvre Poétique.

samedi 6 octobre 2018

Cairn en Bretagne  :  pour Océanique


Vie et mort d'un cairn...

J'ai toujours voulu voyager plus loin que ne promet une terre où je marche.
Enfant, atteindre l'horizon était peine perdue, mais, y accrocher mes rêves, me rendait curieux, me maintenant en vie.Un jour noir passait plus vite que son bruit. Dans les terres noires,chaque pierre remontée du fond, laboure les pièces de pâture, les plus ingrates.J'étais cette pierre. Suis-je en mon pays devenu étranger, quand l'identité se calcule en biens de toute sorte ? Que pèse une poignée d'ajoncs, une poignée de cupules, les dernières fleurs de buddleïa, les fruits d'une rosa, la grappe d'ampélopsis, ou la feuille de
figuier ?
L'eau s'enroule lascive autour des pierres moussues, du Loc'h. Plus au sud,
en bordure d'atlantique, de l'estran..elle lèche ,salée, les premiers sables de l'estran.
Nuits blanches entre Orion et Cassiopée. Blondeur des rêves, présents, blés lascifs, mèches rebelles.
Mes vertèbres ont tenu. Mes souffrances, aussi. Loin de sa parole, ma vie se déroule, silencieuse, transformée en nuit glacée. Les traces mnésiques engrangent l'histoire d'un vieil homme, quittant la terre, jour après jour.
Entre mes mains, celles qui vont chanter la vie, face à la mer et l'attente de pied ferme. Le cairn vit et attend la marée. Plus tard, en une seconde d'éternité, tout sera dit et projeté au sol.
Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
http://rogerdautais.blogspot.com/

Photo : création land art de Roger Dautais
" Cairn en Bretagne " pour Océanique
Carnac - Bretagne

*


L’homme prendra modèle sur la terre
La terre prendra modèle sur le ciel
Le ciel prendra modèle sur la Voie
La Voie, elle se modèle sur le naturel.

Lao Tseu – Tao te king

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.