La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 16 janvier 2010





Les règles du grand Jeu...





Tu as l'impression que ta vie peut s'écrire sans effort, que de respirer, se nourrir, se déplacer suffirait pour exister, et voila qu'une envie de s'inscrire dans l'éphémère te prend. Alors, rien ne compte plus que d'exécuter cette dictée intérieure. Et rêveur impénitent, je n'échappe pas à la loi du genre, rien ne compte plus pour moi. Rien, sauf la mer, le bruit des vagues, la plainte lente et criarde d'une mouette agacée par ma présence, la course avec le soleil couchant qui mange ma spirale, l'inquiétude d'être dans le vrai officiel, l'orage qui menace et ce bout de ficelle dans le fond de la poche, dont il faut, obligatoirement faire quelque chose pour exister, là, dans la solitude du lieu. Inimaginable ce chantier à ciel ouvert, sans murs, sans frontières, sans but précis, inimaginable de mener cette vie improbable, et pour combien de temps. C'est toujours le mouvement perpétuel de la vie avec ses imprévus qui l'emporte et me laisse là,devant mes questions. Il faut si peu de choses pour que demain n'existe pas et si peu de choses, aussi pour rêver le monde autrement.
Demain, si je peux, je prendrai la route pour voir où elle me mènera, demain, je trouverai bien quelques pierres à monter en équilibre.Demain, je trouverai d'autres sables désertés par la mer, pour y tracer une autre spirale. Demain, mon bout de ficelle me rappellera l'enfance fugueuse et les caches de la vieille rivière, là où nous devenions indiens entre deux feux de solitude. Demain, j'inventerai pour toi, des rêves de quatre sous et demanderai à la terre d'arrêter de trembler pour que les enfants du monde puissent toujours y tracer des marelles. Demain, s'il y a demain, je continuerai le land art, pour exister à ma façon.


Roger Dautais
" Bout de ficelle "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 15 janvier 2010



Au peuple Haïtien...



Nègre colporteur de révolte tu connais les chemins du monde depuis que tu fus vendu en Guinée une lumière chavirée t'appelle une pirogue livide échouée dans la suie d'un ciel de faubourg
.

Jacques Roumain




.../

Nous rebâtirons
Copan
Palenque
Et les Tihuanacos socialistes
Ouvrier blanc de Détroit péon noir d'Alabama
Peuple innombrable des galères capitalistes
Le destin nous dresse épaule contre épaule
Et reniant l'antique maléfice des tabous du sang
Nous foulons les décombres de nos solitudes.
Et nous brassons le mortier des temps fraternels
Dans la poussière des idoles.




POURTANT

je ne veux être que de votre race
ouvriers paysans de tous les pays...
ouvrier blanc de Detroit péon noir d'Alabama
peuple innombrable des galères capitalistes
le destin nous dresse épaule contre épaule
et reniant l'antique maléfice des tabous du sang
nous foulons les décombres de nos solitudes
Si le torrent est frontière
nous arracherons au ravin sa chevelure
intarissable
Si la Sierra est frontière
nous briserons la mâchoire des volcans,,
affirmant les Cordillères
et la plaine sera l'esplanade d'aurore
où rassembler nos forces écartelées
par la ruse de nos maîtres
Comme la contradiction des traits
se résout en l'harmonie du visage
nous proclamons l'unité de la souffrance
et de la révolte
de tous les peuples sur toute la surface de la terre
et nous brassons le mortier des temps fraternels
dans la poussière des idoles ."


Jacques Roumain, citoyen Haïtien( 1907-1944) Homme de grande culture, il fut essayiste, ethnologue, journaliste, il écrivit de nombreux articles. En tant que Poète il laisse derrière lui : Bois d'ébène, Défense de la Race Noire, et comme romancier : la Montagne ensorcelée, le Fantoches, la Proie et l'Ombre,Le Gouverneur de la rosée.



Roger Dautais

mercredi 13 janvier 2010







à Marie-Claude, Epamin', Flo, Michelle et Jo
ces toutes nouvelles créations


Et puis en ce jour de deuil Haïtien, parce que j'aime ce peuple, sa culture, sa musique, sa littérature, ses peintres naïfs dont je me suis souvent inspiré pour faire travailler mes patients dans mon atelier d'art thérapie, j'ai choisi deux poèmes de Jean Metellus pour illustrer cette page:

Telle une houle brûlante

Impérieuse, insidieuse

La douleur

Captant et captivant toute l’énergie

Comme pour refouler un souvenir

Rappeler un égarement

Un manque d’attention

Une négligence

Un geste inachevé

Ou quelque oubli méprisé malgré ses spasmes

Semblable à un rappel

À la sanction de quelque légèreté

Ou d’une simple indifférence

La douleur plaide

Non pour le pardon de la faute commise

Mais pour la résurrection de l’esprit engourdi

De toute une aventure enfouie

Menace avec véhémence

La main frileuse et fragile

Généreuse comme une terre de promission


Toujours en alerte

La douleur

S’étend, se propage

Irradie et se fixe

Sans raison

Portant son message du centre de la paume

Jusqu’au bout des ongles

Effleurant os et cartilages

Tendons et articulations

S’essoufflant sur une ligne pour gagner un mont

Raclant le revers

Visitant les phalanges

S’assouplissant dans les plis

Où elle jette ses aiguilles

Pour s’éparpiller tout d’un coup

Comme une poussière aveugle

Sur des doigts mille fois meurtris par son passage

Et son spectre invisible

Investit tout l’espace de la main

Bonheur indicible de l’homme délivré

Délivré du doute grâce à la foi

Grâce à l’espoir

Grâce à la tendresse liée à la magie

À la magie suprême de la félicité

De la félicité qui s’exhale dans l’enchantement du Verbe

Du Verbe qui accueille tous les trésors

Ces trésors qui jaillissent des prières

Des prières qui labourent mes jours et mes nuits

Nuits distillant des oracles

Jours dessinant le chemin de l’avenir

Dénombrant les dentelles des mystères

Comptant les pas de danse

Danse de l’homme en fête

Dans cette fête où se perd sa douleur

Grâce au répit qui le rend à la vie


Jean MÉTELLUS

dimanche 10 janvier 2010






Il faut accepter de passer par des moments où l'on est incapable d'être créatif. Plus on accepte sincèrement, plus ces moments passent vite.


Etty Hillesum.



à Etty...
Les oiseaux de silence ont survolé la plaine, leurs yeux rivés sur une mer invisible. Ils palpent l'air glacé de leurs ailes. Je marche dans la neige depuis une heure. Il n'y aura rien d'autre que ma trace dans cette friche industrielle faite pour l'oubli des saisons passées... rien d'autre que ma trace et celle d 'un lapin de garenne, au moins aussi doué que moi. Le spectacle est en l'air, entre les flocons qui reviennent et un ciel plombé.
A ces oiseaux de silence, je leur demande d'emporter mon meilleur souvenir, loin d'ici, en Bretagne, vers celui qui s'éloigne définitivement, étranger à ce monde devenu trop blanc.

Roger Dautais

jeudi 7 janvier 2010





à Léa, Janine, Henri


Demain, c'est promis, je continue
...





Je me souviens d'un temps où je ne pouvais plus rien faire d'autre que de très petites installations. Blessé, une fois de plus, je me traînais de rééducation en zones de friches industrielles, et de marais en plages vides, comme un animal fragile. Je ne savais plus comment dire la vie. Les soirs de brume, revenant de mes travaux de land art qui n'intéressaient personne, je me demandais si j'avais plus d'intérêt aux yeux des experts en art que le clochard à ceux des passants. Regardant sa sébile, je me disais alors : tu es encore moins.
En cela résidait probablement mon reste d'humanité :être poussière d'univers, en marche... vivant, créant mais pour combien d'années.
Il m'a fallu aussi oublier d'attendre quelque chose, oublier qu'il y a plusieurs mondes dans le monde de l'art, et me persuader que cette marche solitaire ponctuée d'installations multiples ne prenait sens que la par la durée de l'expérience: 12 années à ramasser des cailloux, bâtir des étoiles pour les accrocher aux branches, douze années à tracer des spirales, tresser du lierre, voir flotter dans l'eau du canal la chevelure d'une ampélopsis vichii, à jouer avec les nombres, la géométrie, l'ombre et la lumière, les saisons, le doute, la recherche de ma vérité dans un land art toujours à redéfinir. Bien sûr, ça fait beaucoup mais ça continue à ne rien représenter aux yeux experts de la chose artistique.
Je vais vous dire que dans une société où l'on meurt de froid, sous un pont ou sous une petite toile de tente aux portes de Paris, ce que je vis a bien peu d'intérêt. Pour le moment, j'aime l'idée d'aller dans ma vie, le plus loin possible pour savoir comment cela se passe quand on est réellement vieux.
Entre temps, j'organiserai encore des expo et signerai sans doute de beaux projets, mais ce ne sera jamais la véritable réponse à cette cécité officielle à laquelle je me suis habitué.
Demain, j'aimerai revoir Matmata, le sud Tunisien, refaire du Land art avec les bèrbes du sud marocain. Demain j'aimerai retourner à la Cabo san Vicente, et retrouver mes frères portugais, carriers, demain je voudrai retourner dans les pentes du Grand Saint Bernard, installer sur les ïle Borromées, en Italie retrouver le chemin du Matterhorn en Suisse. Demain j'aimerai découvrir la Corse, demain, je voudrai qu'il soit, voyage, jusqu'à la fin en compagnie de Marie-Claude et oublier tous ces gens qui m'oublient.


Roger DAUTAIS
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

mercredi 6 janvier 2010




Una tarra ci hè


Una tarra ci hè per voi
Di lacrime d'invernu
D'ore chi vanu in darnu
E' di luce chi piglia fine
Toccu Sittembre, dolce cunfine

Una tarra ci hè per voi
Di sarre impaurite
Di caghji annant'à e dite
Omi in tana è frastoni
Quandu s'eincroscanu i toni

Una tarra ci hè per voi
Fragata da l' arsure
Brusgiate da e cutrure
Spusalizia d'Eternu
Tra notte è fede, e infernu

Una tarra ci hè per voi
Di mare, monde è disertu
Di sfide è danni à ch'ùn hà apertu
E calle di l'amicizia
Una tarra ci hè...Divizia !


Ce chant monte vers le ciel, emportant les voix Corses du groupe A filetta. à travers elles me parvient l"âme du peuple Corse et j'ai voulu leur rendre hommage en consacrant mes premières créations de land art de l'année 2010.




Inquiétante montée de pierres,
fragile équilibre,
éphémère voyage
s'élevant
comme un chant polyphonique,
fait de strates,
de vies minérales
éternelles,
comme si la mort
n'existait
qu'en songe...
Comme si la Terre
n'allait pas
tout ramasser
et la Mer,
tout brasser
avec les amours,
les naissances,
les départs,

les vies dures,
les jours sans pain...
Comme si le paradis
n'était pas un mirage,
mais qu' il fallait y croire,
à l'aube,
comme au temps de Pitchipoï,
malgré les nuits
sous la neige, et le froid qui tue,
aussi...
C'était quoi,
ces pierres arrachée
dans le froid de l'hiver
à l'estran,

entre deux vagues
sur une plage vide,
l'instant d'une marée...
Un équilibre,
un acte d'amour
un cadeau
un don à la Mère Nature,
un pont, entre mes rivages
et les galets de Nonza..
.Cela ne changera pas
le cours des choses,
ni l'exil d'Adil,
ni l'adieu de François
à son Afrique noire,
ni le froid persistant
de l'atelier de Driss
ni les larmes d'Ali
sur son pays en ruines,
ni sur ma peine
de voir partir mon père.

Mais il y a
dans ce chant de pierres
mon attachement
à la terre, pas à la violence,
mon attachement à la mer
pas au naufrage des guerres,
comme une sorte
de langue
secrète
à partager
entre

Bretons, Basques, Inuits, Corses,
une fraternité de poésie,
de pierre levée,
muette, brute, primitive,
minérale

qui veut dire,
présence,
trace,
vie,

partage,
émotion,
fraternité
dans une nature libre et respectée...


Voilà ce que voulaient dire ces pierres à tous les Corses qui liront ces lignes, afin de rendre hommage à leur peuple et à leur culture.


Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

lundi 4 janvier 2010





Avancé dans la clairière de l’indicible
Presqu'à fleur de rêve
Comme une étoile perchée du silence
Comme la fièvre tamisée de l'amour
Comme un regard qui s'ouvre enfin

Avancé dans la clairière de l'indicible
Le doigt posé De l'éternité

Et cet homme qui l'a vu
Ne s'en remettra jamais
A la loi des hommes


Guy Allix




D'hier, il me reste le souvenir de quelques pierres soulevées, dans le froid glacial de Janvier,
d'hier, j'ai cet autre souvenir d'une flaque d'eau, morceau de ciel tombé ou fenêtre ouverte, sur les planches en bois d'une paserelle ne menant à rien sinon, une frontière. D'hier, encore cette étoile construite de mes doigts engourdis par le froid, encore et déposée comme un espoir de voir les hommes, abatre le mur de la honte et se réconcilier à Gaza... D'aujourd'hui, il me reste la lecture d' un poème de Guy Allix pour commencer l'année.
Que les vagues de la mer nous apportent une à une des temps meilleurs de fraternité, de créations, de silence aussi, dans ce brouhaha du monde qui ne se cherche plus et court à sa perte.

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

samedi 2 janvier 2010




Aux silences...
ces âmes d'autistes qui se balancent dans le vent comme des branches de chataignier



Ce matin, bien avant le lever du jour, une voix de femme me parvenait au travers de mon poste radio.Elle me posait une drôle de question : que devient le blanc de la neige quand elle fond?
Je ne sais pas si vous avez essayé de discuter avec une voix de femme sortant d'un poste de radio...Impossible. Pourtant cette satanée question me trotta dans la tête jusqu'au moment où j'attrapais une feuille de papier pour écrire ceci et lui répondre à ma façon.
Je pense que le blanc de la neige, quand il fond se transforme essentiellement en silences. Ces silences sont ensuite répartis selon un pur hasard, en grands, longs, petits et courts silences.C'est à ce moment qu'ils prennent vie, âmes d'autistes se balançant dans le vent comme des branches de châtaignier. D'autres s'accrochent aux partitions des musiciens et permettent à la musique d'exister, aux rossignols de chanter.
Certains silences sont si petits, si minuscules que l'on ne les distingue pas plus qu'un homme sans fortune, c'est vous dire, si à notre époque, ils passent inaperçus.
Il y a des silences d'amour, qui se disent avec les mains, du bout des doigts, ceux que l'on pose sur une page blanche et qui resteront muets toute leur vie.
Entre nos pas, pendant les heures d'errance et de marche, ils sont là, les silences. Lorsque s'inscrivent en nous les rythmes, lorsque naissent les images et que les mots arrivent comme marée montante, ils sont toujours là, les silences, faits du blanc de la neige fondue. Ailleurs, dans les terres noires, sous le craquement du sol gelé qui tord les chevilles, sous le harcèlement du vent qui mord, et l'amicale présence de ma chienne fidèle, nous les avons oubliés, nous ne les entendons pas plus que le temps qui passe et se fait silence à son tour.
Un jour, il nous semble que tout blanchit, même nos cheveux, même les paroles les plus ténues, les plus clairsemées, les plus rares. Alors, on se dit qu'il est peut-être venu, le temps d'entrer dans le silence des autres...Ceux qui nous ont précédé, sur la terre.
Je regardais mon poste de radio, silencieux, comme une carapace de tortue, posée sur mon buffet et je n'entendais plus la voix de cette femme me posant cette drôle de question :
Que devient le blanc de la neige quand elle fond.
Je me suis approché de la fenêtre pour regarder la neige tomber en menus flocons. Je n'aime pas la neige, elle me rappelle de très mauvais souvenirs, mais j'aime le silence de l'hiver et la voix de la radio quand elle me réveille.
Demain, au petit matin, j'irai à la rencontre de ces silences glacés qui me rappellent mon enfance. Demain l'hiver m'apprendra la vie et l'espoir reviendra peu à peu.

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS




La Bretagne, parfois...si différente des cartes postales...


Des pierres, des bois flottés, des plumes, des sternes, l'éclat des phares, le soir en mer. Des falaises à suicide lorsque les flots t'attirent, des chemins creux, des lichens roulés en boule, de larges fougères liées par un jonc. La trace des vaches dans le pré, la mort d'un pêcheur de palourdes, des ciels en eau, des eaux en nuages, des passeurs aux barges qui racontent la honte des touristes, des fois.Des vieux qui parlent de la terre, des vies de misère, et des gamins morveux dans la cour de la ferme. Une grand mère à l'écoute et qui râle après ces putains de mâles qui ont sauté ses filles et puis se sont tirés, après. Le vol immobile des oiseaux de mer face à l'océan. Des murets de pierres sèches, des routes qui se croisent au calvaire. En été , en somme, chez des petites gens, où nous tâchons d'être bien.

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 1 janvier 2010



Signes d'une vie qui passe...

à Angela Duval

Longtemps mon écriture a cheminé dans une sorte de brouillard, d'incertitude. Je me souviens qu'alors, je signais tout de "LA ROUTE AVEUGLE", puis ce fût, "l'OBSIDIENNE DES MARGES," et "SUR LA ROUTE DE BARATCHVILLI " avant de prendre "LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS". Trente années vécues, parcourues loin des Université, écoles ou autres courants littéraires, juste un court passage à la société de poètes et artistes français(SPAF) où je ne me sentais pas plus à l'aise que dans un salon. Si je n'ai laissé guère de traces dans les anthologies, ni pris souvent la parole dans de savants colloques, j'ai toujours fait, grâce à l'écriture et la poésie, de belles rencontres., côtoyé la poésie chilienne, argentine, arabe, géorgienne, chinoise, espagnole , italienne, russe et vu mes textes traduits dans ces langues puis envoyés dans ces pays. Était-ce acceptable qu'un prolétaire puisse ainsi se rapprocher d'une culture ne lui étant pas destinée. Je n'avais pas le temps de me poser ce genre de questions. Mais, bon Dieu que ça faisait du bien. ces lectures de poètes. Chacun parlait depuis sa vie, et ces vies là me sont restées comme des phares éclairant ma nuit. C'est pourquoi, en cette nuit loin de ma Bretagne natale, c'est à Angèla Duval, connue grâce à Anne Vanderlove que je rends hommage en publiant ce poème.

Eus va Gwele

Teir doenn c’hlas o leinoù ruz

Ur groaz houarn en oabl ludu

War lein an doenn uhelañ

he c’hinvi gwer

Laboused-mor o prederiañ

war an amzer

Ur skrevig louet e benn stouet :

Kroazazeuler.

En-dro din ’met sabad ha foar

Repoz n’hellan

Ha dremmoù ruz ha dremmoù koar

Palez ar boan

Klemmoù. Klemmoù ha garm ha rec’h

Anken ha nec’h.

Boudiged mistr o gouelioù gwenn

A zeu a ya

Mousc’hoarzhoù laouen war o dremm

’Klask hadañ joa

’Klask hadañ joa gant had ar Spi

’Klask hadañ Feiz, gant ar Garantez.

Angela Duval

Lannuon, miz Here 1966

Et puis ce texte qui parle de la disparition inévitable de tout être cher, retrouvé dans l'un de mes cahiers. Comme je rêve de les retrouver sous un autre aspect.


Métamorphose

Au dernier
jour
les oiseaux
du matin
m'ont appelé.

Comme toujours
l'immuable lever
m'a remis
en place

J'ai retrouvé
la trace
de ses pas,
refroidie
par la nuit

La trace
s'arrêtait à la mer
mais
je ne pleurais pas.

Ses pas me disaient:
Il est dauphin blanc

Au dernier
point du jour
les oiseaux
du matin
me l'avaient
rappelé.

Roger Dautais avril 1985

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

jeudi 31 décembre 2009





à mon père...



Ici,

les pierres
et là, l'oubli.

Ta main tenue,
Je sens la vie
qui va,
se bat,
s'en va.

Sous le lichen,
la mémoire

me dira
si j'avais
raison
de te savoir
mortel.



Comme tu aimes

dire,

chuchoter
tes dernières forces
et nous,
t'écouter.

Qui de l'un

ou de l'autre
saura jouer
le tour
de s'absenter
pour de bon.




...
La consigne


Oh,

ce n'est
pas si grave,

un mot
avalé...
une retenue,

un peu plus
longue

de ton souffle...
mais surtout,
ne pas déranger

le monde
qui festoie.
Voilà belle mort,

enfin.
..


Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS





à Cat, Nefertiti, Gypsy, Karine, Stuki, Lilia, Yasmine, Claudy, Cendres, Virginie, Aurelie, Michelle, Lee, Elizabeth, Rosy, Jacques, Yvon, Valentin, Jean Jacques, Jean-Claude, l'autre Jacques,
Jo, Grégory...

Rien ne justifie que je déplace des pierres, pour les empiler, les mettre en rond, que je fasse flotter des fleurs de liseron à l'envers, que je porte une étoile autour du cou et tresse des feuilles d'iris sauvage pour en faire de petits radeaux à coquelicots. Non, vraiment rien, et c'est pour cela que le land art me plait et qu'il est devenu une grande partie de ma vie. Je préfère ça à passer mon temps au ball trap, par exemple et puis cela me permet en cette fin d'année d'offrir ces quelques photos en guise de voeux à mes amis .



Eh bien, ça y est, nous voilà au bout du bout, à la veille d'une bien bonne et heureuse. C'est long, une année, surtout si vous essayez de faire le compte en jours, semaines, heures, secondes. Essayez...Quasi impossible. Ainsi passent nos saisons, et pourtant...il s'en passe des choses dans une année.

Tenez, regardez ce défilé: des salons du livre, de l'auto, du mariage, de la mode, du bricolage, des vacances, de l'agriculture puis des pèlerinages à faire pour sauver son âme, Lourdes ou Lisieux selon ses moyens. Et les journée, ah ! les journées : de la musique, du beaujolais nouveau, de la femme, des maraîchers, de Hallowenn (enfin c'est pareil),de l'ouverture de la pêche, sans oublier celui de l'ouverture de la chasse, heures possesseurs de la carte, que dis-je,du sésame, C.P.T ( Chasse Pêche et Tradition) des commerçants heureux, des mêmes en colère, du vélo, du jour le plus long, du jour de l'an (celui-la, c'est pour demain). Il y a aussi les fêtes, des Pères, des Mères, des Oncles, des Tantes, des enfants, la fête des lampions au 14 juillet, la fête des rois et des boulangers qui se font de la galette avec. Il y a les rassemblements extraordinaires des éclipses, avec ses vendeurs de lunettes à gogo, et puis les dates d'ouverture spéciales, les dates de fermeture spéciales, les heures d'ouverture spéciales par décret ou par ordonnance, il y a aussi, pendant l'année des semaines Sainte et des semaines commerciales,ce qui est pareil, des heures solaires que l'on déplace arbitrairement et que l'on nomme heure officielle, ce qui fait beaucoup rire les vieux Bretons de l'Ile de Sein, réfractaire aux décisions d'énarques promus. Les changements d'horaires se font sur simple injonction du Grand Mamamouchi chargé d'économiser le temps qui nous sera imparti pour mettre nos pendules à l'heure.
Dans une année, il peut y avoir des couvre-feu chez les maires zèlés, des armistices à fêter, des jours de défilé militaire, des déclarations d'impôts à faire, des impots à payer avant le... C'est vrai, la vie, quand même, c'est pas simple. Il n'y a plus guère que les distri-bank à ne plus s'en faire de nos jours. Visités par des amis, chaque jour, ils s'épanouisent aux carrefours des rues, dans leur sollicitude dorée, le ventre rempli de billets jusqu'à la gueule, faisant le bonheur des gagnants.
Avec un tel programme, pratiquer le Land art devient de plus en plus incongru et inutile. Aussi je m'empresse de continuer cette pratique quasi clandestine et transgressive avant qu'un énarque bien inspiré ne vienne codifier cet art et proclamer un jour du land art, des semaines à respecter par saison, un permi à points pour la pratique, une autorisation préfectorale pour vaquer, une distance à respecter entre l'horizon et la ligne de côte, un cota de pierres à soulever au m2, un sens de la marche, un prélèvement codifié de feuilles mortes, un cubage d'eau à respecter en cas d'emploi, des essences de bois à ne plus employer, une heure pour les photos avec flash, une autre pour la photo sans flash. Bref, dans ces moment de pleine liberté d'expression, il convient, sous peine de demande de justification, comme un fan me l'a demandé, de ne plus employer n'importe quel symbole sans une autorisation de ce dit "fan". Nous ne serions alors pas loin de la lettre anonyme ou du coup de fil à qui de droit pour faire rappliquer sur le champ, une camionette de "bleus" chargés de redresser le contrevenant à l'ordre moral.
Personnellement, je ne me suis jamais( ou presque) senti en danger dans ma pratique de landartiste. Que ce soit, sur les Iles, en montagne, à la campagne, en France ou à l'étranger, ma pratique fut plutôt bien accueillie. C'est plus sur internet, dans ce merveilleux monde des bloggers, que me sont arrivés des attaques, quasi virulentes, souvent déplacées et qui terminèrent toujours là d'où elles provenaient : des poubelles.
Je remercie encore tous mes lecteurs, le Portail du Land art aussi, qui m'ont permi de signer de beaux contrats et de réaliser de très beaux projets dont le film long métrage qui m'occupe en cette période et dont je vous ai parlé. Bonne année à tous, amoureux du land art ou simples visiteurs dont j'ai apprécié l'amical passage et à l'année prochaine , ce qui ne devrait plus tarder maintenant.

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

mercredi 30 décembre 2009





Créations land art Roger Dautais : INSOLITUDES



à Melany, Manue, Sylvie, Françoise, Laurent, Geco, Maurice, fidèles lecteurs:


Insolitudes...



Oui, je sais...zéro sur vingt pour avoir inventé encore une fois, un mot insane. Alors voilà :

Les insolitudes sont des instants de bonheur suspendus entre d'insolites certitudes et d'insolentes solitudes.
Franchement, me disent certains, quelle perte de temps que d'inventer et d' inventer sans cesse. Oui, c'est vrai, je pourrai rejoindre un parti où l'on inventerai à ma place et occuper sainement mon temps libre...mais, je ne suis pas attiré par les meetings. Alors, que faire ?
Je peux imaginer le temps qu'il me reste à vivre. Je peux même le diviser par dix, cent ou mille et parfaitement me tromper dans un sens ou dans un autre. J' utile ce temps qu 'il me reste, étant seul ou presque, à ne pas calculer cette éventualité. Mais, il est impossible de ne pas y penser. Faire fortune avec ça me paraît très aléatoire. D'ailleurs, j'ai suffisamment travaillé pour ne pas être riche à la fin de mes jours. A moins d'un accident..Chez moi, l'argent a toujours été accidentel.

J'ai tellement perdu de temps en pratiquant le land art que je me suis souvent demandé si je n'étais pas à m'inventer une nouvelle vie, une vie parallelle. Mais non, c'est bien la suite du commencement du début ! Avec l'âge, bien sûr, ça fait désordre.
Pourtant,j e ne pense pas cela et continue à arpenter les saisons, de petites trouvailles en dégringolades et de reconstructions en réussites. C'est vrai, ça prend un peu plus qu'un Dimanche après-midi quand on a le temps,(certains s'en contentent et brillent avec ça comme des astres du land art. ça les regarde!) Toutefois, j'y prends tellement de plaisir que j'ai vraiment envie de continuer. Toujours envie de faire ce livre de land artavec ce photographe de Cherbourg, puisqu'il me le propose. Ce sera en Normandie où je réside, entre les plages du Débarquement et le Nez de Jobourg. Disons 120 km de terrain de jeu. Un paysage, un pays, que j'ai eu la chance de survoler, pour les besoins de mon film PLAGES DE LIBERTE en 2006 , à bord d'un Bel hélico bleu ciel. Franchement, pas étonnant que je me sois encore retrouvé au pied de la Pointe du Hoc, côté est, au printemps dernier pour élever quelques guetteurs d'histoire avec de magnifiques pierres qui ferait pâler de jalousie, l'amie Véronique Brill, de Marseille. A pied, ce terrain est aussi très sympa à parcourir, quoique vraiment accidenté. Il faut prévoir de bones chaussures de marche.
Bref, s'il me reste un peu de temps sur mon calendrier personnel pour réaliser tous ces projets, je le garderai pour aller admirer la mer. C'est encore là que je suis le mieux en compagnie de Marie-Claude.
Allez, bonne fin d'après-midi,

Kenavo

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.