La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 10 août 2010













Les exilés...

à Youenn Gwernig



Je n'ai pas attendu que la nuit vienne, que les étoiles s'allument avec mon feu de solitude, pour chevaucher ma cavale blanche et retrouver mes rêves. Ils sont venus en plein jour. J'ai emprunté les chemins creux, ceux qui déshabillent les racines des chênes et nous apprennent comment ça fait de respirer sous terre. Je me suis approché des eaux dormantes et j'ai posé dessus des radeaux improbables, avec des cargaisons secrètes. J'ai relevé les traces des sangliers, suivi leur route à travers les maïs mouillés de rosée, débouché dans les friches en lisière de forêts et convoqué mes morts. Il aurait mieux fallu parler aux oiseaux, mieux les écouter dans le silence pour mieux les comprendre. Mais le temps me pressait parfois. J'ai traversé des rivières à gué pour connaitre l'autre rive, celle dont on rêve, parfois, sans espoir de retour. J'ai descendu des fleuves, emporté par l'envie d'aller plus loin. Pris de somnolence, j'ai voyagé en dormant, assoupi dans les gravières, pour ne pas perdre une seconde du spectacle de ces corps charriés par leurs eaux tumultueuses.
Sur les grèves gelées, mes pas ont glissé, sont devenus hésitants mais ce n'est pas l'aurore qui aurait stoppé cette marche dans le vent glacé qui rend morveux. Il me fallait passer au-delà, découvrir la mer dans les brumes, écouter le cri des mouettes perdues, entendre le râle des disparus en mer se fondre dans celui des cornes de brume.
Le mauvais alcool m'éclatait la tête et mes yeux se brouillaient devant la danse du feu de camp. Je n'ai pas voulu attendre que les cendres soient froides avant de repartir escalader les pentes dangereuses des falaises. La vie était en bascule, constamment jouée, déjouée, rejouée. La vie était aussi un piège dont il fallait me tirer pour inventer l'avenir..
Je n'ai attendu ni le jour ni la nuit. Je suis rentré dans le temps de hors, celui des exilés,
des " loin de tout".
Oh ! Ne cherchez pas mon pays, il n'existe presque plus hors de moi. Je m'approche de l'indicible, du grand silence blanc, de la trace presque effacée, du souvenir. J'entre dans le temps et la nature m'appelle. Il faudra des paroles de vent, des marches immobiles, des musiques de sourd pour me nourrir. Il faudra que je te rencontre à nouveau, que je croise tes yeux bleus, pour sombrer encore une fois. Il faudra tout oublier et partir sans idée de retour. Il faudra que l'un rejoigne l'autre et traverse le miroir à son tour. Nous marchons depuis si longtemps ensemble, femme des bons et mauvais jours, qu'ils ne comprennent pas nos tempêtes. Nos inquiétudes sont celles des vieux amants. Il faudrait disparaître ensemble, mais avant vivre l'amour jusqu'à l'usure comme un roc à la mer, n'est pas écrit. Il faudrait à nouveau questionner...
Mais je ne sais plus lire dans les tarots ni dans le marc de café. Les intersignes me parviennent à n'en savoir que faire. Le monde change et me pose des questions sans se soucier. Je deviens cendre. J'arpente la dernière ligne droite.
Hier, j'ai laissé quatre cœurs sur les quais de Lorient. C'était les retrouvailles. La Bretagne me chavire comme à chaque fois. Il devrait être là, le vieux Youenn...Mais il est là, mon vieux, tiens, je te laisse le lire...

Roger Dautais








PELL PELL


Pell,pell a karfen mont
lec'h n'eus trouz na safar
Ul lec'hig sioul e traon ar stêr
e frond ar foenn hag ar vent gouez
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz.

Pell, pelle a karfen mont
dieub ha dibreder
onijal 'vel ur valafenn
e douster avelig an hanv
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz.

Pell, pell e karfen mont
eürus ha disammet
d'en em gavout gant ma zud kozh
e lec'hioù diharz o ene
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz



Youenne Gwernig 1994


Au retour d'un voyage à Lorient, en Bretagne, j'ai décidé de dédier cette nouvelle page du Chemin des Grands Jardins , au poète Breton Youenn Gwernig et à ses descendants. J'y présente une série de travaux sur l'exil ( les 3 premières photos) réalisés la semaine dernière sur la Côte de Nacre, En Normandie.

Roger Dautais

mercredi 4 août 2010











Mes petits bonheurs.




Le ciel est menaçant. Je viens de terminer la cueillette des fleurs qui me seront nécessaires, dans un terrain vague situé en pleine ville. Elles sont ainsi, les villes, qui bâtissent, démolissent, évoluent et laissent de larges friches qui s'offrent à moi pour des installations éphémères. D'ici, je vois passer les bateaux qui sortent de l'écluse d'accès au port. Je marche à l'affût d'un endroit qui m'inspirerait et je trouve une tache rouge de brique pilée qui fera l'affaire. Je commence par installer une spirale de baies rouges, entourée à gauche par du lierre et à droit par un semais de fleurs mauves cueillies sur un buddleïa, le fameux arbre aux papillons. Au passage" j'épingle" une de ses fleurs avec des graines de coquelicot.
Les nuages s'accumulent au-dessus de ma tête. Je suis en immersion dans les bruits de la ville, murmure et bruits de klaxon qui s'échappent des rues avoisinantes où les voitures circulent. Pourtant, je suis seul au beau milieu de cette friche. No man' s land que personne ne franchira, le temps de ma présence, ici. Intéressant comme situation à condition qu'elle ne s'éternise pas.
Je termine ma spirale et monte sur les restes d'une très large dalle en béton armé qui devait recouvrir le sol et recevoir des bâtiments. Elle a échappé aux démolisseurs. Devant moi, dans cette dalle, un rectangle en creux d'un mètre par vingt cinq centimètre et de quinze centimètres de fond, dans le quel est posé un morceau de bois vermoulu. Ce trou devait très probablement recevoir l'un des piliers des hangars qui existaient ici, avant la démolition. On dirait une petite tombe, où bien encore, un totem que je vais orner. Ce travail est très intéressant. Il me permet de lier le passé de cette zone portuaire aux essences de fleurs présentes, qui poussent et colonisent ce terrain vague. Je termine le tout par un entourages en éclats de pierre de Caen.
Je réalise ensuite une composition dans un cercle avec des buddléïas ( non montrée, ici). Il commence à pleuvoir. Après cette période de sècheresse, je revois la pluie avec plaisir. Je retrouve mes souvenirs de jardiniers que je partageais avec mon père, sans craindre l'averse quand il fallait terminer un travail.
Je commence à élever un cairn qui sera mon dernier travail car la fin de journée s'annonce. Je reviendrai demain matin pour le terminer.
Dans ce long chemin parcouru à pratiquer le land art depuis tant d'années, je m'efforce de m'inscrire dans l'oubli de mes travaux passés. Je ne voudrai comme référence que l'instant du travail. Mais la raison s'envole et le rêve devient, réalité. Je sais bien qu'il y a plus de passé accompli que de futur à parcourir. Il y a tant de choses vécues et la solitude a tendance à faire remonter tout cela. Oublier est impossible.
" Tiens, je me souviens, dans ce petit parc aux bambous, les bancs étaient tous vides, ce jour là et j'avais amené avec moi quelques globes récupérés dans l'éclairage urbain que la ville avait changé. La lumière était particulièrement douce sur le tas de sable, un peu dorée. Je suis sûr que vous avez déjà vu ça, une lumière dorée. Et j'avais posé tout simplement ce globe diaphane sur le sable puis posé en travers, des sarments de branches de cornouiller rouge, en travers. Cela m'avait suffi pour y voir le monde, la planète. Rien que ça...et j'en avait ressenti un vrai bonheur.
C'est rare les journées où tout se passe bien. En début d'après -midi, je rejoignais cette friche lorsque j'ai rencontré une poule d'eau, écrasée au beau milieu de la route. Impossible de m'arrêter avec la circulation. J'ai regretté de ne pas l'avoir enterrée plus dignement. C'est si triste, un oiseau mort.


Roger Dautais








Tu te caches parmi les ruines de l'eau.
*


Je te suis
au-delà des autoroutes
de l'autre côté
des cartes routières.
Je lis ton nom
dans les passeports
à l'encre invisible.
Je t'entends dans le silence
au milieu de la respiration des horloges.
si je t'oublie lorsque les gens
clouent des pankakes aux sols
mettent le feu aux maisons de poupées
& égorgent les rivières avec des matelas
je me souviens de toi, parce que
les sternes migrant trois semaines
peuvent dormir dans les airs
& le requin doit bouger pour respirer
je veux te donner l'or de mon esprit
& l'argent de mes cuisses
c'est lorsque le hibou
dans mon crâne se réveille & s'étire
après des rêves qui ne se
dissolvent pas dans la lumière du soleil
c'est le corbeau
rapportant une bague égaré
c'est la colombe retournant à l'arche
c'est ce qu'ils
ont peint sur le mur des grottes
l'estomac en plomb de la naissance
l'engin de lumière dans un battement de cœur.


Tom Cusson ( poète Américain de la Beat Beneration )

*" You Hide among ruins of water "



samedi 31 juillet 2010












Avant d'oublier de respirer...






Parfois, j'ai eu la drôle d'impression d'être entré par effraction dans cette immensité. Mes yeux n'avaient pas suffi à comprendre où j'étais et ce qui m'attendait. Par deux fois, m'a-t-on dit, javais tenté de passer la tête au travers des barreaux du lit de fer, puis j'avais renoncé. Quand il m'avait pris par les pieds et suspendu à bout de bras comme un lapin sanguinolent,j'avais poussé un cri. A partir de cet instant, il me restait à vivre. J'en suis resté à peu près là, pas tout a fait éveillé, tâtonnant dans la grande Nature et cherchant ma positon dans l'espace.
Mille fois, dans ce voyage, la lumière faillit s'éteindre et ma boussole rien d'autre qu'un pitoyable spectacle m'entrainant dans le fin fond des abîmes.
D'apnées en hésitations, de respirations en pauses, j'ai gravi le chemin. Mon corps se prêtait aux travaux les plus durs. J'ai bêché, retourné, creusé, ensemencé la terre, comme un paysan. J'ai pleuré sur mes mains trop petites et mes bras grêles qui n'étaient pas faits pour ça. Mon dos s'est cassé sous la charge. J'ai trimardé, trimballé, porté beaucoup trop lourd, pendant de trop longues années. J'étais aspiré par le lupem-prolétariat et je ne voyais plus le jour. C'était écrit dès ma naissance, il faudrait gravir tout le temps ce chemin de vie, dans la peine.
J'ai tiré le grand rideau qui occultait une nature sublime. J'y suis entré , aveuglé par tant de beauté. Je m'y suis perdu.
Les horizons se succédaient. Le sables des déserts m'appelaient pour des marches sans fin sous un soleil harassant. Les chemins de montagne et les sentes rocailleuses m'inspiraient des cairns sauvages. Le plages Maghrébines me dictaient des pages d'écriture à même le sable, et des spirales géantes.
Mais la solution n'était pas à ma portée, ni dans la peinture, n i dans la sculpture, ni dans le land art, ni dans l'écriture.
La solution était dans le voyage permanent qu'il me fallait poursuivre, inventer, encore et encore, sous peine de perdre la respiration, le souffle, la vie.
Je ne sais pas si elle viendra de gauche ou de droite, si elle frappera à la tête, ou m'attrapera par les pieds, la camarde. Ce que je sais, ce que je vois, ce que j'entends, c'est toute sa litanie de mots mielleux. Ils ne sont prononcés que pour tendre le piège, pour me ramener au départ. Franchir, le miroir, je l'avais voulu, puis j'en étais revenu par miracle, mais maintenant que le probable, le certain même, approchait, qu'il était là, avec la vieillesse programmée, en cadeau, je n'avais plus envie de partir avant l'heure.
Quitter cette bande de petits cons merdeux, rivés à leurs places, à leurs diplômes à leur carrière, bien au chaud, faisant la pluie et le beau temps, ne serait pas bien difficile. S'il n'y avait qu'eux !
Oublier que le parcours n'aurait été que parallèle, vécu dans les chemins de traverse, avec des fortunes de mer, derrière des hauts murs, parmi les cris et sans grande reconnaissance, ne serait pas impossible. Mais ne plus voir tes yeux bleus qui avaient tout connu, tant pleuré, tant aimé, ne rentrait pas dans le domaine du possible.
Je ne sais s'il me reste un seul jour ou dix mille jours à vivre. Je ne sais si je marche dans la bonne direction. Je ne sais si mes yeux verrons la lumière jusqu'au grand départ. Ce que je sais, c'est que je t'aime mieux qu'au premier jour et veux t'emmener aussi loin que mes forces le pourront.
Demain est inscrit dans les pierres, le sable, la terre, le feu, l'eau et le vent. Demain est complainte le soir et parole d'amour au petit matin.
Demain, tu le vois là-bas. Le soleil levant, il est pour toi, mon amour...Cadeau à la vie à la mort.




Roger Dautais

Le Chemin des Grands Jardins. 31 Juillet 2010


La spirale présentée ici a été réalisé ce matin sur la plage de Ouistreham, en Basse Normandie, à marée montante. Circonférence : 45 mètres environ.






Démunis


Le moment : l'aube, ou lorsque l'obscurité brille
L'espace: la porte interdite de ta demeure
Je sais Il n'y a plus d'autre temps
Que celui-ci Plus d'autre espace
Que celui-ci


Moi L'égaré pendant que ma propre
Mort me sert de guide
Moi Le mendiant


Je déploie mon tapis de prière devant ta porte
J'appelle tes mains
Et les choses disparues
Et les heures soudaines perdues


J'appelle la lumière la liberté
J'appelle les mots que jamais
Ne seront au rendez-vous.



Refîq Sabir ( 1950 Kurdistan )

dimanche 25 juillet 2010











Aux voyageurs, à leur étoile...




Rien n'est facile. Je pense à ceux qui un jour m'avaient écrit pour "nettoyer mon blog" des étoiles de David trop présentes à leurs yeux et des gisants, " de mauvais goût" selon eux. Et je les ai ai écouté, en partie, écœuré par ces bonnes âmes qui , je pense, rêvaient d'en faire autant dans la société. Ainsi le land art ne leur échappait pas et en cela, ces censeurs me confortaient dans ma démarche : je faisais bien partie de la société. Il en faut de peu pour être jeté aux orties. Il suffit de classer le conformisme aux oubliettes et c'est vous que l'on enverra dans un cul de basse fosse. En ces temps de propreté à tout crin, les artistes ont rarement été épargnés. Il reste cependant le moyen de poursuivre son chemin à condition de ne pas concourir pour un prix assurant la fortune, ni pour une sculpture en bronze immortalisant votre personne. Et ça tombe bien, ce n'est pas ce que je cherche. Voici donc revenus sur cette page, une étoile de David et un gisant de pierre, au nom de la liberté d'expression.

J'ai soulevé ds pierres sans compter ma peine et la vie est passée comme ça. Trop simple d'abandonner si le chemin est en pente, deux vies suffiront à le gravir. Je t'entends, mon amour, absente, respirer en moi et ton souffle rythme mes pas. C'était bien avant, me dis -tu,
c' était le passé. Rien n'a survécu, sauf la mémoire. Tu lèves tes yeux bleus au ciel, tu le sais pourtant bien, elles n'ont pas laissé de traces dans le ciel, les hirondelles en partance, simplement, dans ton cœur. Dans le désert, le jour se lève. Le chamelier panse ses bêtes. Je t'y emmènerai bientôt compter les étoiles. Garde espoir, demain, c'est déjà presque fait. Le temps de s'arrêter une nuit , c'est tout. Tu le sais bien aussi, elle hésite à tomber à cause du soleil puis elle allume ses étoiles, la nuit. Ne t'en fais pas pour moi, dans l'usine le labeur pèse sur les bleus, ici, ma peine est libre. Je ne sais plus parler, j'ai donné ma voix aux oiseaux. Je marche dans le silence en les regardant voler. Manœuvre, je m'écorchais les mains et le mur s'élevait, droit. Je suis resté à son pied, endormi pour toujours. L'âge, je n'en n'ai plus besoin. Il me suit partout. C'est devenu un ami invisible. Avec moi, il te manquera toujours un sou, jamais un bonjour,mais ta vie se terminera ainsi.
Les heures s'égrènent, je m'écarte de ma vie, le temps d'oublier que demain arrive. La terre me cherche. Je n'ai plus le sens de la marche. Il faudrait penser à creuser, bientôt. Une poignée de cendres, un souffle de vent: conclusion d'une vie bien remplie.


Roger Dautais







(Bremen)


A-t-il touché la foudre
nuque et cheveux de pierre
l'ange au regard de cathédrale
le visage fléchi
vers son propre miroir
dans les décombres ?

La vile est comme un bruit
qui se répand
avec les murs
déshabille ses ombres

Le ciel
éventre les fenêtres
son épaule de lumière s'accroît avec
le vent

La cendre
sur les briques
sur les chaussures l'ombre des avions.



Bruno Berchoud
L'ombre portée du Marcheur (1998)

mercredi 21 juillet 2010












In memoriam...




La mer sera haute dans trois heures lorsque je mets les pieds sur l'estran. Elle a fait un bon nettoyage de sable et découvert un très grand nombre de pierres. Ici, pratiquement pas de touristes, juste des chiens en balade et moi, de temps en temps. Il ne faut pas troubler la tranquillité du parisien de passage. D'emblée, je sens bien la construction d'un cairn, assez trapu, puisque la base fait quatre mètres cinquante de périmètre, ce qui est déjà beaucoup. car je vais l'élever jusqu'à une hauteur de un mètre quatre vingt. Je travaille avec de très grosses pierres et au bout d'une demi heure, j'ai utilisé tout ce qui peut l'être. dans un rayon de dix mètres Après, cela devient plus difficile,. Il me faut aller de plus en plus loin et porter ces grosses pierres une par une en assurant chacun de mes pas sur un sol dangereux. C'est à cause de le mer que tout cela arrive. Le dialogue s'établit dès que je la vois. Je travaille pour elle. Elle m'encourage de son bruit sourd produit par les vagues. Elle approche, je la regarde...Quel spectacle. J'aime travailler en sa compagnie. Parfois je m'arrête pour souffler. Je regarde l'horizon. Je pense à lui depuis qu'il est parti. Je garde cette dernière image, de lui, allongé dans son beau costume gris. Je lui parle aussi du bon temps lorsque nous étions à travailler ensemble dans le jardin, parfois sans dire grand chose, juste dans les gestes d' horticulteur. Tu m'apprenais la taille des arbres fruitiers, puis le bouturage, les greffes, les semis. C'était passionnant. On regardait les saisons passer. Il fallait bien s'y plier. A qui d'autre veux-tu que je pense aujourd'hui alors que je termine ce cairn et que la mer vient le cerner pour l'emmener dans ses souvenirs. Pour qui ferais-je le choix d'autres travaux à présenter ici,et que voudrait dire cette photo d'oyats peignes comme des cheveux par un vent de noroît. Tu sais bien que les souvenirs sont comme la marée, ils vont et viennent. Ils t'envahissent et puis, ils disparaissent. Ça dépend des jours, des heures. On ne les commande jamais. Certains départs, tu les encaisse, tu fais comme si rien n'avait existé avant. D'autres, tu te les prends en plein cœur et c'est très dur de les digérer. Je sais bien qu'il fallait que tu partes, mais je ne m'y fais pas.Tu sais bien , aussi que j'ai toujours fait ça, offrir mes travaux , les dédicacer, parce que je trouve que c'est mieux ainsi. Hier, c'est à toi que je pensais en travaillant, aujourd'hui c'est à toi que j'offre ce cairn, Papa.



Roger Dautais






à Marie-Claude...

Je ne possède que le temps qu'il me reste à vivre. Est-ce trop ?





Je contemplais les oyats peignés
comme des cheveux
par le vent de Noroît.




Sous la pleine lune
une carpe koï
me regardait, rouge sang.




Ici l'été bascule
dans les blés couchés
L'alouette élève sa joie dans le ciel.




Le rossignol chantait
déjà les blés murs se couchaient
les beaux jours, aussi.




J'irai dans les nuages
boire la rosée divine
en attendant la pluie.




Roger Dautais
le 26 juillet 2010 en Normandie




vendredi 16 juillet 2010











Le cairn du poisson mort...




Me voici confiné dans un atelier de montage pour la post production d'un film documentaire( je me répète) sur la maladie d'Alzheimer, et ça tombe en pleine période de vacances. Rien à dire, c'est le jeu. Pendant ce temps, au lieu de crapahuter en Tunisie, comme prévu, si j'ose dire, je suis privé de désert, cantonné en Basse Normandie. Je m'offre une belle parenthèse dans ma pratique du land art, m'échappant de temps en temps pour réaliser des créations, par ci, par là. Voici par exemple un cairn que j'ai réalisé pendant cette période de disette, avec un grand plaisir, sur la rive gauche de l'Orne. Le précédent élevé à 50 mètres de celui-ci a été détruit et tellement éparpillé que c'est signé. Que faire contre la bêtise ? En descendant dans le lit du fleuve, je constate que le niveau des eaux a baissé et découvert une grande quantité de pierres. Je découvre aussi, la carcasse d'un poisson desséchée, resté en suspens sur une grosse pierre. C'est décidé je vais lui consacrer mon travail de l'après midi et cela s'appellera :
Le Cairn du Poisson Mort.
Je rassemble de grosses pierres que j'assemble en couronne, au raz de l'eau. Le terrain est glissant. Je dois assurer tous mes pas avant de les transporter. Après avoir construit un mètre, je dépose le poisson mort au cœur du cairn et continue l'élévation. Je fais une deuxième pause et je le lie au paysage en déposant des orties d'un très beau vert et quelques lianes, puis je recouvre le tout. Ces rituels sont très importants car ils donnent un sens à ma présence et à mon travail. Je continue l'élévation et donne une forme de dôme au sommet du cairn. Il est très beau, placé, le pied dans l'eau du fleuve qu'il va garder jour et nuit jusqu'à ce que quelqu'un se mêle de son destin. La tranquillité énerve toujours la agités. En même temps, je ne demande pas l'éternité pour mes travaux. Ils ne sont pas fait pour ça mais posés ou déposés dans la nature comme des offrandes. Les autres installations sont plus anciennes et ceux qui les ont déjà vues les reverrons. Je pense aussi en les représentant à mes nouveaux lecteurs, dont beaucoup d'étrangers qui connaissent moins mon travail. Je souligne au passage qu'il y a plus de légitimité de ma part à les représenter que de me faire "emprunter" des photos par des indélicats pour leurs blogs et qui se les approprient ! Quand on me demande de le faire, je réponds toujours oui, mais cette façon qui est aussi un des inconvénients d'internet, est rarement critiquée, moins que de montrer plusieurs fois ses créations. J'aime relire de beaux textes, des poèmes, écouter des chansons et il ne viendrait pas à l'idée d'écrire à un chanteur: "eh ! Remballe ta chanson, on l'a déjà entendue".
Certains détracteurs ou critiques, eux même "créateurs" ont trop le sentiment d'inventer l'eau chaude tous les matins et je m'en amuse. Je pense qu'un peu de modestie ne ferait pas de mal à ces petits maîtres. J'aimerai assez les confronter à mes patients Alzheimer pour qu'ils comprennent qui ils sont face à eux, et à quoi sert leur superbe. La vie n'est pas faite que de jeunesse et de neuf, de création permanente.
Qu'ils soient l'eau vive d'un fleuve, certes, mais sans les rives, sans ces éléments qui bordent ces mouvement de force créatrice, ils ne s'inscriraient dans rien. On ne peut nier le monde pour ensuite se l'approprier quand ça arrange. L'élitisme à tous crins, c'est bien beau mais à la longue, ça saoule ! Un peu d'humanité fait autant avancer que cette avidité de certitudes et ces jugements à la hache.
Pour le reste de mes installations vous trouverez une spirale maritime, de petits cairns guettant la marée, des flottaisons colorées, un jeu d'objets trouvés dans une mallette au bord d'une route couvert de coquelicots. J'avais aimé la découvrir et je m'étais longtemps demandé qui l'avait abandonnée, en bon état. Le hasard de la découvert pour un jeu de roulette. Très étrange. Et pour terminer, cette boule transparente que j'avais promenée pendant quelques semaine au hasard de mes marches pour la mèler à une nature si différente de la sienne.
Ce matin , je travaillais dans mon atelier d'art-thérapie et comme je le fais depuis novembre 2009, j'ai filmé mes patients pour les besoins de mon documentaire, car il me manquait certains plans, aidé de Jean Jacques, mon cadreur, présent toute la journée pour d'autres prises de vue. Cet après midi, nous avons enregistré une interview assez longue où j'explique ma démarche d'artiste passant par cette belle expérience humaine. Je vous raconte cela car je vous avais promis des informations concertant ce documentaire. C'est fait.
Dans les jours qui viennent je vais pouvoir un peu m'échapper de ce travail et retourner au land art qui me manque beaucoup. Alimenter mon blog en images n'est pas un problème, c'est le temps qui me manque. J'aime aussi en consacrer une partie à la lectures de vos blogs qui me passionnent aussi. Pour ce soir, je vais m'arrêter ici.


Roger Dautais







L'infini


J'écoute la montagne
Elle me parle de l'océan
Et l'océan raconte
L'histoire de la plaine
La nature met en scène
La légende de l'homme
Et quand j'écoute la terre
Elle me parle de l'univers
Les mystères me bercent
Ils m'endorment. Je suis l'enfant
Quand toucher enfin
Aux frontières de l'inconnu.


Sêrko Bêkes ( 1941 Silêmani )

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.