La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 3 avril 2014

Spirale Terraqué ( Carnac) :  pour Eugène Guillevic
Spirale Terraqué : détail. ( circonférence, environ 45 mètres )
Startijenn : pour Annaïg Baillard
Love in landscape :  pour Marie-Claude
Le passage du temps : pour Camino roque
Karnag blues :  pour Marie-Josée Christien
Medium and spiral :  pour Patrick Lucas
Éclats de cœur : pour Tilia
Les chemins d'or de Ty bihan :  pour Ana Minguez Corella
Fest deiz : Gwenola Gwernig


Cicatriser les mémoires :  pour Fanch Kerouac

Un trou dans le ciel  : Pour Lucie Albertini

Exil  : Pour Isabelle Jacoby


à Eugène Gullevic 

Le chant de Ty Bihan



Qu'est-ce qu'un mort peut bien penser d'un cadeau ? 
Je pars avec cette idée en tête, d'honorer cet homme, non en écrivant un livre de  plus , ce dont je serais bien incapable mais de travailler sur ses traces, avec ce que je sais faire de  mieux. De Guillevic,je ne peux retenir que mes bonheurs de lecture. Je n'aime pas toutes ces études menées sur les auteurs, sur leur œuvre, disséquée, découpée en  rondelles de saucisson. Je préfèrerai toujours ces rencontres, d'un livre  à  l'autre, d'un  lieu  à  l'autre, lui ayant servi de cadre de vie.
Pendant une dizaine de  jours, je vais  donc faire  plusieurs voyages  à Carnac, sa ville natale. J'y suis déjà passé  pratiquer le land art mais, là, cette fois, la quasi totalité de  mon travail se fera  ici.
Je veux  oublier la difficulté que j'avais eu à trouver sa petite maison natale, nichée dans une ruelle sombre du centre ville. A  l’office de tourisme, une jeune stagiaire m'avais dit : je ne connais  pas, je ne sais  pas. Dans un  bistrot situé  à 50 mètres de sa maison, j'avais entendu  : "qui ça ? Gullevic, connais pas y doit pas venir boire un coup  ici,  on connait tout le monde". Bon, je leur avait brièvement expliqué, un  poète, malgré tout, célèbre, et de  plus né ici. Réponse, dans un éclat de rire général  : "nous  on s'occupe pas de ça ! "
Célèbre, c'est vite dit, pas  pour tout le  monde et voilà qu'un autre ami me disait, " tu sais, Guillevic,  il est un peu au  purgatoire".
J'aurais peut-être dû choisir Slatan,  là, au moins. Mais le foot, c'est  pas  mon truc.
J'ai donc cherché sa maison et je l'ai trouvée. Certes, pas un château, mais une maison tout de  même, avec une petite cour attenante. Pour ce qu'il avait été heureux dans sa  petite enfance, je ne crois pas qu'il y revenait souvent. Qui sait. Par contre, à Carnac, oui,  il y revenait souvent. 
Alors  j'ai parcouru  à nouveau les principaux sites mégalithiques  : Le Ménec, Kermario, son géant, Kerkado, le tumulus St Michel, le bourg, de  long en large,  puis la côte, par le chemin des douaniers, depuis la plage de St Colomban, celle de Ty Bihan et jusqu'aux  limites du Men Du. 
Marcher, cela va  bien,  mais  un  jour,  il faut bien se poser et attaquer le travail.
9 heures, Plage de Ty Bihan. Je descends dans  l'arène . Il fait 4° et je n'ai pas très chaud.Je vais réaliser  une spirale  à marée basse. Au Nord, le bourg de Carnac, la maison de Guillevic, au sud,  l'Océan Atlantique, en  mémoire, Pélieu, Jégou, Thomassaint,  à  l'Ouest, Gwernig, à  l'Est,  un  pâle soleil qui  m’accompagnera  jusqu'à la fin de  l'exercice.
Le sable est damé,  luisant, argenté, un peu essuyé, mais malgré tout, compact. Encore  un dur moment  à passer car  il résistera  bien.
Je suis  à peu  près seul, ce qui me permet de travailler plus tranquillement. La plage est en légère pente et cette déclivité suffit  pour trouver des densités de sable différentes sous le pied  ce qui se traduit par  plus de difficultés  pour  moi. Si je veux obtenir une belle régularité, je dois en tenir compte  pour compenser  mon tracer par un appui  plus  ou  moins insistant au moment  où mon  talon gauche creuse l’unique sillon. Le sable chante bien et la mer  lui répond, courtes vagues, tempo  lent mais appuyé,  il  n'y aurait plus qu'à y  poser des paroles  et naîtrait " in situ " Le chant de Ty bihan ". Pour ces instants de bonheur intense, je donne  une grande partie de ma vie et je me sens tellement petit dans cette immensité, mais aussi,  rattaché au grand univers qui  me parle ainsi au  plus profond de  moi. Etre une parcelle d'univers,  une poussière d'étoile et s'en rendre compte.
Je termine fatigué mais heureux du résultat. Je vais réaliser  un  prolongement de cette spirale , vers le soleil levant, pour célébrer le printemps,  puisqu'il débute aujourd'hui. Une germination, des volutes en forme de crosse de fougères,  un clin d’œil  à la nature qui se réveille.
Je monte sur la falaise. Je sais que le regard de Guillevic s'est posé sur cet  océan. Je le regarde  à  mon touR, puis je vois cette spirale, de haut, je lui en fait cadeau, aujourd'hui.

Je ne peux malgré tout oublier La Baie de St Jean, dans la ria de Crac'h , quelques kilomètres au  nord,  à vol d'oiseau. Je passe  par le grand dolmen de Luffang, en fait,  une allée couverte de 25  mètres qui a perdu ses pierres de couverture, mais reste un  lieu magique. Je ne me sépare jamais de  ma boussole qui  me permet de  m'orienter et de me situer dans la géographie de la région. Lorsque j’arrive sur le site, un concert de corbeaux, m’accueille. Ils ont niché en grand nombre dans les pins maritimes. Je commence  par de petites installations, très colorées, déstructurées, histoire de casser les codes de la géométrie. Cela se rapprocherait  presque d'un travail de peinture. Puis je reprends les formes  plus classiques du  mandala. Je ne tiens  pas à  m'enfermer dans un style quelconque. Je pense avoir le droit de revendiquer  une liberté d'expression totale.Le chant des oiseaux s'est amplifié. Ils  me montrent ainsi qu'ils  m'ont repéré, jusqu'au moment  où ils comprennent que je ne leur veut aucun mal et leur cacophonie cesse d'un seul coup.
Je pénètre dans l'allée de Luffang. Terre d'ossements aurait dit Guillevic, terre de recueillement, terre sacrée aussi. Faire le  lien entre le vivant et le mort. J'ai cueilli  mes fleurs d'or,sur la route, et je ramasse des brassées de  bois  mort au pied des pins, ainsi que des aiguilles de  pin, très vertes, que la tempête aura fait chuter. Je descends avec le tout au milieu de  l'allée et je travaille  à genoux pour plus de  précision. Une belle émotion  me traverse et là aussi, je me sens faire partie du lieu. Des merles,  plus paisibles on  pris le relais des corbeaux.

Lorsque j'arrive en Baie de St Jean;je vais rester très longtemps  à contempler cette immense  plaine d'eau où  nagent quelques oiseaux de  mer. Le calme est  imposant et je vais  monter un seul cairn en cet endroit avant de rejoindre le Gisant de St Jean. Réalisé cet hiver, tout est resté en place, mais la forme du corps s'est aplatie et les tuiles rouges se sont enfoncées dans le sable. Je ne me vois pas,  pour  l'instant, le déranger et je réalise deux petites installations  à ses pieds avant de reprendre la route.

Mardi, onze heures quinze, tu es de  plus en plus en retard, me dit Serge, en continuant de lire son journal. Serge Thébault est un  poète Alréen,  à part entière,  un auteur reconnu,  un  homme pétri d'humanité. J'ai fait sa connaissance il  y aura bientôt un an,  lorsque je suis revenu habiter en Bretagne.  Nous avons sympathisé et pris  l'habitude de nous rencontrer,une fois par semaine. Nous parlons de la vie qui va, de la poésie, bien sûr. C'est ainsi qu'il m'a confié avoir été l'ami de Guillevic pendant de nombreuses années. J'ai appris sur  lui  plus que par tous les livres que j'aurai pu lire, lui ayant été consacrés. Cela m'a rapproché de ce  poète  oublié par trop de gens et c'est ce qui m'a décidé  à lui rendre hommage, aujourd'hui.

Roger Dautais




Spirale 

Je sais qu'amenuisant
Durant  mon aventure
L'espace que j'enclave

Je sais que tournoyant

Autour de quelque chose
Qui est moi-même et ne l'est pas,

Je finirai par être
Ce  point auquel je tends :
Vrai  moi-même, le centre

Et qui n'est pas




Cercle

Tu es un frère
On peut s'entendre

Fais  moi pareil,
Enferme  moi.

Réchauffons nous, 
Vivons ensemble
Et  méditons.

Eugène Guillevic

Du domaine 1977
Euclidiennes   1967  Gallimard

            ***


Guillevic 

Guillevic aimait Rimbaud
mais ne l’idolâtrait pas
Guillevic lisait Ady
mais ne le sanctifiait pas

Guillevic tonnait Trakl
mais ne le magnifiait pas

Il aimait  à me dire
" le poème est au-dessus
 de celui qui écrit
 tant dans sa promesse
que dans son  prolongement.


La  poésie

A guillevic

Je pose  la question unique :
              c'est quoi  la poésie ,

Il  m'invite  à boire le vin
             comme  une cérémonie
             en humant le nectar
             en  humectant mes lèvres de son  parfum
             en le laissant glisser lentement
             le  long de  mon  palais
             jusqu'au fond de ma gorge.

Ahuri, je regrade  mon interlocuteur.

          " C'est ça la poésie
            rendre  le sacré
            à chaque geste de la vie."





Serge Mathurin Thebault
GUILLEVIC
Éditions Gérard Guy

Suivez l'actualité poétique de Serge Mathurin Thébault dans les dominicaux sur sa page Facebook

www.facebook.com/serge.thebault

lundi 24 mars 2014

La grande tribu :  en hommage  à Youenn Gwernig
Les  jours heureux :  à Marie-Claude
Tombolo blues :  pour Gwenola
L'étranger bienvenu :  pour Sadaya
Ô  Ria :  pour Claude Pélieu
L'heure unique et solitaire :  pour Anne Le Maître
Embarquement  pour l'autre  monde :   pour Tilia
Chaque seconde rouge versée ici :  pour Annaïg

Double règle du marais :  pour Bagghia Shree
Toul  chignaned : pour Serge Mathurin Thébault
L'équerre et le chemin :  pour Christian Cottard
Gémellité pentue : pour Erin
Fleur des 7 Îles : pour Mari-Loeiza
La seconde vie de  l'arbre : Pour Marie-Josée Christien
Boîte  à  mémoires nues : pour Anne des ocreries


Aux trois filles de Youenn Gwernig,
 Annaïg, Gwenola et Mari-Loeiza en toute amitié *


Comment je suis passé de  l'hiver au  printemps...


Le soleil est apparu, franc, oblique, venant de  l'Ouest, bien  longtemps après que les eaux du golfe  n’eussent recouvert la phrase de Youenne Gwernig : " car il faut que chacun compose le  poème de sa vie ". Je venais de  l'écrire dans le sable du tombolo rejoignant les sept îles au continent,  à marée basse. Ainsi se déroula la partie la  plus importante  du dernier jour de mon soixante et onzième  hiver, sous  une pâle  lumière.
" ce sera  un  jour sans  lui "  m'étais-je dit en arrivant sur la  plage. Cela ne m'avait pas empêché de faire une  longue pause pour observer ce paysage du golfe qui gardait, comme seule la Bretagne sait le faire, le  même caractère magique quelque soit le temps.Les  îles, cela ne manquait  pas dans les parages, avec des noms de rêve Er Runro, Radanec, Gavrinis, Île de la Jument, Île aux moines,  pour les  plus proches des sept îles où je me trouvais. 
Comme  hier, des oies  bernaches se tenaient à une vingtaine de  mètres du bord,  plus nombreuses, cette fois, trente, peut-être quarante, indifférentes  à ma présence. L'écho de  leur  bonheur et de leur tranquillité, m'atteignait. Courant avril, elles s'envoleraient jusqu'à la Sibérie,  pour certaines d'entre elles. Qui n'a pas rêvé de les accompagner en vol  jusqu'au lac Baïkal ? Assis sur une roche, je suivais le vol sur place de deux goélands, face aux vents d’ouest, bien établis, maintenant et qui refroidissait l'atmosphère. Habituellement  beaucoup  plus nombreux,  ils  profitaient de  l'espace au maximum. Deux sternes vinrent s’ajouter au tableau et se posèrent à quelques  mètres de  moi,  pour bricoler dans les goémons et gagner  leur croûte.
Je m'étais juré de passer de  l'hiver au printemps, en marchant. Marcher comme d'autres écrivaient, marcher ma vie pour éviter une catastrophe. C'est si vite arrivé lorsque le moral vous quitte.
Une spirale de  plus s'inscrivait parfaitement dans cette volonté de faire. Elle était  pour  moi, comparable au voyage, avec  un début et  une fin. La concentration, je l'avais, l'application et la force  physique, aussi. Restait  à atteindre le lâcher-prise qui me permettrait d'ouvrir la  porte aux rêves. Tout allait vite dans la décision, la mise en route. Tout sauf l'avance des travaux  puisque  mon  pied gauche, servant de soc de charrue, avançait de 30 centimètres  à chaque pas. Rien de plus. Sachant que le tour final ferait au  moins 45  mètres, ce geste se répéterait 140 fois la  manœuvre, simplement  pour le boucler.
La mécanique cerveau-corps tendu-pied, fonctionnait bien et la fatigue se fit sentir  normalement, avec des  crampes aux jambes.
La machine  à rêves se  mit en route avec  une kyrielle d'idées, parfois  noires,  plutôt agréables et en  grande quantité. Sous un soleil caché et un ciel enveloppant, un  peu gris, stressant, pas question d'abandonner car à force d'attendre que les idées viennent, tu te fais envahir par celles des autres !
C'est comme  ça, qu'une fois de  plus, j'entrais dans le  monde Youenn Gwernig. Je revoyais cette veillé chez Anne Vanderlove , en compagnie de Gilles et de Marie-Claude à Kergrist, au pied du Méné Bré. Ses deux dogs endormis  près de la cheminée, Anne avait chanté après le diner, avec sa voix inoubliable, si touchante. Nous avions ensuite  parlé  poésie :Angela Duval, Youenn Gwernig. Puis elle  m'avait offert un de ses  livres An Diri Dir (les escaliers d'acier) poèmes  trilingues écrits aux États Unis, lors de son exil. La vie de cet homme ressemblait  à une légende, une vie incroyablement riche que j'avais aimé, par la suite , croiser dans son  œuvre. Et  puis,  il y avait surtout cette phrase que j'écrivais  le plus souvent dans les sables " Car  il faut que chacun compose le  poème de sa vie", faite mienne, comme une sorte de direction  à suivre, ce que je faisais maintenant depuis 35 ans.
Je l'écrirai encore en ce dernier  jour d'hiver dans les sables du Golfe du Morbihan, pour que la mer  la prenne, l'apprenne, l'engloutisse et la répète  à l'envi au  plus  loin qu'elle  puisse  l'emporter.
J'ai tourné ma spirale en un  peu moins d'une heure quinze. J'ai sorti ma boussle de  ma  poche afin de  matérialiser  un axe Nord/Sud. Je pouvais ainsi, me positionner dans l'espace, dans la géographie du pays.  J'ai chois 3 grosses  pierres , une serait le gnomon du centre, les deux autres, le nord et le sud.
Je suis allé ensuite chercher des pierres pour les positionner sur la circonférence et définir douze  points d'orientation.
 Tout cela avait  pris du temps. La mer arrivait, me cernait par l’ouest et le nord et elle était  à deux mètres de  moi lorsque j'ai commencé  à écrire la phrase de Youenn. Ce jour  là, elle fut la plus rapide. Le temps de prendre quelques  photos, elle avait englouti la moitié de  mon  travail..
J'ai donc recommencé  à  l'Est de la spirale et cela s'est terminé comme  la première fois. Je m’imaginais  oiseau planant, suivant cet  océan en train d'envahir le golfe, contournant les îles, arrivant aux sept iles, lisant  à  l'aveugle les sables bretons, la phrase de Youenn, avant de la digérer, de la garder en  mémoire de vagues, comme  un cri du cœur,  un poème flottant, un écho qui s'accrocherait au temps,  à  l'usure des marées, jusqu'à en devenir un  lei-motiv, dans chaque  houle, chaque tempête, pour rappeler aux hommes que  rien n'est perdu tant qu'il reste un poète pour chanter la vie.
J'avais envie de cette transmission par la mer, pour le dires aux trois filles de Youenn Gwernig, Annaïg, Gwenola et Mari-Loeiza,elles  qui venaient de  l'autre coté de  l'Atlantique, avec une âme de  poète, avec tant de souvenirs de leur  père. Je voulais leur dire et le faire passer  par ce rituel de la spirale, en toute fraternité.
S'en suivit l'éclosion de la fleur des 7 îles qui serait ma dédicace  pour Mari-Loezia.
Fleur née entre la laisse de  mer et le trait de côte,  à l'abri des vents comme  une douce  intention poétique.

Le premier  jour du printemps, je l'ai célébré en réalisant des offrandes flottées, sous  l'aulne et le noisetier, avec l'eau de source comme  médiatrice, car  l'esprit de  mon grand-père paternel habite les sources du pays. Il faisait froid  mais mon esprit était en paix et joyeux.
Les  jours suivants passèrent par les tombelles de Kernours en quette du souffle,  puis au pied du chant des  morts , par la grande diagonales des cendres, alors que le vents jouait sa  musique dans les pendrions de bambous.,  pour faire  mon offrande-cairn  à la ria.
Il  m'a suffit , afin de clore cette série de  petits voyages en direction du rêve, de passer le  pont noir, suspendu au-dessus du Sal,  pour aller saluer l'âme des bateaux au cimetière marin, en  bordure de forêt. J'y ai trouvé le calme de  l'heure  unique entre deux giboulées et le chant de  l'arbre  mort pour ses voisins dont les carcasses reposent pour leur éternité sur la vase de l'anse.
L'année  pouvait continuer.

Roger Dautais




INVITATION

I am inviting you, dear Humanity
on the time and day you like
(pipers are always playing)
to a party without tuxedo
come on naked, come on naked
I want you
to come on naked
and dance in the ballroom of my heart.

Well, this is my invitation
I think nobody will come
but day and night
and this is my pledge
I’ll keep my door unlocked.
PEDADENN

Ho pediñ a ran, Denelezh ker,
d’an deiz, d’an eur a blijo deoc’h
(dalc’hmat e son ar sonerien)
d’an abadenn hep dilhad sul
deuit e noazh, deuit e noazh
fell a ran din
ho kaout noazh
da zañsal e sal va c’halon.

Ma setu va c’hartenn gouvi
krediñ a ran ne zeuio den
met noz ha deiz
ha sed ul le
e vano dor va zi debrenn.
INVITATION

Je vous invite, chère Humanité,
au jour et à l’heure qu’il vous plaira
(il y a toujours des sonneurs de service)
pour une réception sans habit de rigueur
venez nue, venez nue
il me faut
vous avoir nue
pour danser dans la salle de mon cœur.

Eh bien, voici ma carte d’invitation,
je pense qu’il ne viendra personne
mais nuit et jour
et ceci est un vœu
il n’y aura pas de verrou sur ma porte.
Youenn Gwernig
Les filles de Youenn Gwernig  viennent de réaliser  un formidable travail de  mémoire  pour  honorer leur père et faire  mieux connaître son  œuvre puisqu'il n'est plus de ce  monde 

   PEDADENN - INVITATION  CD et Vinyle 33T 
"La Grande Tribu"  chante  Youenn GWERNIG  
Douze chansons pour un hommage en famille avec les amis.

www.gwernig.com   pour les retrouver
  lagrandetribugwernig@gmail.com  pour leur écrire
    

jeudi 27 février 2014

Fleur de  Kerpenhir : Pour Marie-Claude
L'adieu :  à  Jean Clément
Cair,n de la sérénité : pour Kris Marty
L'écho de la mémoire : Pour Ali Badri
La parole donnée : à Marie-Josée Christien
L'appel de Méaban  : à Pierre Boyer
Les trois frères de Locmariaquer : à mes frères Jean-Pierre et Jacques
Hommage aux Pierres Plates : Pour Elena Nuez
Libération  : pour Pastelle
L'enchantement des cupules : Pour Camino roque
Le bout du tunnel : Pour Thibault Germain
La  métempsychose des fougères :  Pour Isabelle Jacoby
Les cinq raisons de  l'heure dite : pour Remei
Le chant de fumiyo :  Pour Fumiyo Suko



Le triangle de  Gourvanzeur


Après ce long hiver  éprouvant, semé de tempêtes et de doutes, irais-je ainsi, droit devant moi, jusqu'à ivresse de  l'absence ?  Faut-il aller tutoyer les zones d'ombres de la mémoire et prendre le  plus obscur des intersignes comme  une révélation,  un cap à suivre ? Marcheur inguérissable, bardé de certitudes trop  floues pour qu'elle deviennent  un  jour autre chose que des pensées inutiles, je charge  à nouveau ma vie future de  m'apprendre tout en  matière de land art.
L'assemblage des vides est, certes passionnant et la matière première ne me manque pas.Chaque trou de mémoire est  une chausse-trappe qu'il faut savoir éviter pour continuer  l’aventure. Entre la  leçon non apprise, les livres que je  n'ai pas  lus, le  montage couturier des manques et des vides  peut me faire une belle couverture pour le reste de  l'hiver, façon patchwork.
Je cherche des silences pour cimenter l'amitié qui se délite, je rêve de retrouvailles souhaitables sans jamais les réaliser et  puis, au bout du compte, je reprends  le rythme des  jours ouvrés.
A  moi les cueillettes sans fin de  pierres  à assembler,  pour garder la main, sans autre programme. Cela me paraît acceptable pour le moment.
Je trouve dans ces répétitions de travaux de  quoi aller  plus  loin, quitte à en faire parler les chemins creux qui  je nomme les muets, les taiseux.
"Quand la musique est belle", chante Goldman...Belle, belle belle
Oui mais, quand la musique n'est plus là,  présente, évidente,  il faut bien se  mettre  à  l'ouvrage et attendre que la nature vienne réveiller en moi, cette envie qui sommeille.
C'est ce que j'ai vécu, dans le triangle de Gourvanzeur.
 Imaginez  un carré de nature de 300mètres de côté, tracez une diagonale et, dans le triangle de droite, vous trouverez ce qui  m'a inspiré, ce  jour  là. Tout d'abord, trois routes passantes, dont une en  herbe. Un étang qui s'échappe  par le Nord, passe sous la première route, débouche dans  un lavoir ancien, envahi  par les herbes sauvages. Un  ruisseau nait de ce  lavoir, côtoie une petite source maçonnée, et rejoint un second ruisseau,  plus  important. Leurs eaux mêlées passent sous la deuxième route, herbue, celle-ci et se jettent dans  un troisième ruisseau, vers le nord-Est. Dans ce territoire triangulaire, tout n'est que flux , eaux  mêlées, routes, passages, échanges, frémissements, chants de  merles, vie, renaissance. Il ne faut pas en sortir, se fier au  magnétisme du  lieu. Je démarre  mes travaux au nord,  puis je rejoins, le sud, explore  l'ouest et  l'est. Je saisis chaque instant, entre dans le rythme, installe,  installe et  installe encore, oubliant  l'heure, le jour, le temps. Mon  histoire du  jour, est géométrique, parle d'Orient, de  prison, d'évasion, de  métempsychose des fougères acajou. Tout ceci se  mène dans le calme d'un travail soutenu et solitaire qui  me  conduit à  l'oubli à  l'occultation du reste.
Plus de paysage,  plus de pays au-delà de ce triangle, simplement des perceptions, des  ombres, des  eaux  limpides et leur mémoire  à portée de mains, des pierres solidaires, une herbe qui  sent encore  l'hiver et les cadavres de centaines de cupules que le froid et  l'humidité auront noircies, calcinées, préparées  à la disparition dans  l'humus, au  pied des grands chênes.
L'intensité de ces partages avec la nature accueillante, ce jour  là, en  mouvement, est vécue comme un voyage sans fin où les rôles s'inversent. Je me sens  porté par  l'idée naturelle de me sentir  moins  important que la plus petite des brindilles, la moindre  pierre au fond de  l'eau. Toute ma vie résumée dans ces instants rares et sacrés, comme  une approche du bonheur partagé entièrement avec la nature,  lorsqu' aucune autre pensée ne s'accroche,  lorsque le lâcher-prise devient  l'essentiel.

Il y a toujours au autre jour.
Le dolmen des pierres plates de Locmariaquer, fait face  à la reine des solitudes. Méaban, en  Mor Braz, garde toute son attirance sur  moi avec ce grand  menhir, gardien des lieux, amer  pour tout marin venant de  l'Ouest et faisant route vers la Pointe de Kerpenhir. Je ne passe jamais devant  lui sans  lui adresse  une tape amicale et visiter ce remarquable dolmen de 25 mètres de  long
 Méaban , je rêve de cette île dont la silhouette me rappelle celle de Césembre au large de Saint-Malo. C'est donc, tout  à mes pensées d'exploration que je me lance dans une série de cairns qui vont me valoir, ce  jour  là, de belles rencontres. A part le poids des pierres  bien sûr, je n'ai aucun  mal  à les élever en cairn,  à trouver les points d'équilibre entre elles, malgré un vent qui souffle très fort et m'en bascule au passage,  deux  ou trois.
Je suis très inspiré par ce  lieu et je raconte mes histoires,pierre après  pierre.
Lorsque le vent se fait trop  insistant, je me déplace  vers la  pointe de Kerpenhir. Je gare ma voiture  à trois cent  mètres du menhir de Kerpenhir. Imposant par sa masse,  il est isolé de  tout autre mégalithes, et maintenant que je le connais, chacun de mes passages  vers la  petite  plage du golfe, passe obligatoirement par  lui. Longeant une très grande haie de fusain, j'en prélève quelques feuilles  pour  un travail ultérieur. Après avoir franchis, non sans  mal,  un pré inondé, je fais un arrêt près du grand Menhir, le salue et retrouve, quasi  intacte, la  pagodes des quatre vents,  montée, avec du bois, entre  lui et la mer. Elle a résisté aux grosses  tempêtes. Une fierté pour elle et  pour moi.
Je ne vais réaliser que deux  petits installations sur la  plage,  où le vent a encore forci. L'une d'elles  porte le nom de Fleur de Kerpenhir. Sur le chemin du retour, je me réfugie sous un immense  mimosa en fleurs, en attendant que la grêle cesse !

Le  jour d'avant la tempête
La météo  annonce deux jours de répit dans le mauvais temps et j'ai repéré, sur ma carte IGN  une  plage de Locmariaquer, encore  inconnue de  moi, et dont la courbe me paraît  intéressante pour y réaliser des spirales. Je  m'y rends,  bien que le vent  n'annonce rien de bon. Pour une fois, le soleil est de la partie. La  plage est en effet, très belle et porte le nom de Saint Pierre. Tout le  monde a eu le même réflexe,  il fait beau, on va  à la mer. Si  bien que pour la spirale, je ne me vois  pas la réaliser dans cette ribambelle de gens et de chiens en liberté. Sur la partie  la plus  à  l'Ouest de la grande  plage,  une dune dessine un terrain plat où je trouve des centaines de  pierres étalées. Un marcheur  me  montre d'où elles viennent. Un muret de  pierres sèches  a littéralement  été soufflé  par le vent, que la météo  à annoncé avec des  pointes de 120 à 130km heure. Une catastrophe  pour l'environnement,  un bonheur  pour le land artiste que je suis, en attendant la reconstruction du mur !
En deux heures trente, je monte le  Cairn de la sérénité ,sans savoir,  même avec une belle assise et son 1,40 mètre de  haut,  il tiendra  longtemps en place. Une fois terminé,  il est pris en  photo par beaucoup de marcheurs.
 J'aurais encore été mis en difficulté  pendant cette période avec une météo décidément, difficile et je ne peux pas dire que j'ai repris  un rythme normal dans mes sorties,  mon  travail. Cela se fera  dans les  jours  ou les semaines  à venir, mais comme d'habitude, dans l'acceptation de la nature, telle qu'elle se  présente et dans la patience.

Roger Dautais





On se croit en pays connu
Mais c’est tout le contraire ;

Tout s’efface à mesure
Que le temps se perd.

On aura mal su
Ce qu’est le présent 

***

Depuis les premiers jours jusqu’à plus tard
Jusqu’à demain
Quelle continuité ? Je me souviens
De peu d’images, de quelques moments parlés :
Comment ne pas croire
À du tissu déchiré ?  

***

 Dans la proximité de la mort, forcément.
Et tous ces gestes qu’on dirait lancés depuis notre enfance
Sont devenus de la peur
À cause de l’obscure énigme du monde,

Mais du vivant qui s’affirme, encore
Dans la proximité de la mort, maintenant.  


James Sacré publie Donne-moi ton enfance,
 Éditions Tarabuste.  

mardi 18 février 2014

Love story : Pour Marie-Claude
Jour de colère :  Pour Serge -Mathurin Thébault
Hommage au cimetière marin : pour Isabelle Jacoby
L'écho des morts :  pour François Esperet
La marotte : pour Camino roque
Signe de  piste : pour Lamprini Lamprinou
Les aiguilles vertes du Bono : pour Elfi
Mémoire d'enfance  : pour Salomé
Juste  à flot  : Pour Monika Swuine
Le signal : pour Sadaya
Comme  une amitié : pour Tilia
Tutoyer le ciel : pour Joelma
Solitude habitée  à Carnac : Pour Lu Pelieu




Jours de colère et paix retrouvée...


Mes  jours s'écoulent au rythme des tempêtes. Parfois, je me sens ce vieil homme qui ne compte plus sur  l'avenir, parfois, je redeviens l'enfant que j'étais. Du haut de  mes cinq  ou six ans, je ne pouvais imaginer  ni désirer vivre aussi longtemps. Au fond, le jardin de  mon  père n'était qu'un  prétexte à l'évasion permanente. Mon enfance rétive s'ensauvageait chaque  jour dans les serres horticoles remplies de palmiers et entre  les châssis de forçage, embués de chaleur.Marcher sur leurs verres délicats était, bien sûr, naviguer au  long-court, mais aussi, s'assurer de  longues heures de  punition au cachot, en cas de casse.
Lever les yeux au ciel, par la lucarne, n'était que folle espérance car  il ne me répondit jamais. Preuve  pour  moi,qu'il était vide !
Je suis resté ce rêveur, parfois doux, souvent triste et je n'ai fait, comme marionnettiste, que saisir l'invisible par quelques fils de coton  pour qu'il m’apparaisse et sombre ensuite  à son tour, dans  l'oubli, sans regrets.
Me voici revenu, en ces jours de colère et de tempêtes, au croisement des impossibles, dans ce paysage perdu où la faille  s'ouvre pour me conduire brutalement à  l'essence de la pensée. Vertigineux.
Pendant ce face  à face,  il ne me restait d’autre solution, dans ces instants que de suivre mes instincts et dilapider au plus vite l'angoisse dont je suis richement  pourvu.
Je me suis fait une raison, passant entre les averses pour rejoindre mes territoires. Ils n'étaient que désolation, inondation des  terres, mer en furie, vents tempétueux. Tout s'en mêlait.
Il fallait être  là, en Baie de Saint Jean, faussement encalminée, territoire du gisant, pour écouter le vacarme de ces protestataires ailés. La dilatation des  cris d'oiseaux de mer, possédés  par des succubes et refoulés dans la Ria par les orages, emplissait les  moindres  creux du ciel, nichés entre les nuages.
J'aurai pu penser...
Mais, dans ces cas  là,  pour moi,  penser , n'est jamais suffisant.Il  me faut penser avec les pieds, avec les mains.
Alors, durant ces quinze  jours derniers,  on  m'aura vu à Carnac, dans les alignements, à Kerpenhir, au Fort Espagnol, dans la forêt de Crac'h, dans la baie de Saint Jean, dans la Ria d'Auray, Sur le Loc'h, au pont romaoin de Brec'h, au cimetière marin du Bono. Et dans cette riche errance, j’allais trouver des répits pour cueillir, ramasser, entasser,bâtir, équilibrer, creuser, tracer. Tout n'était donc pas perdu.
Je me souviens de vrais face  à face avec un océan atlantique, gris, au ventre secoué de spasmes. Comme  il  portait en lui des souvenirs de tempêtes fracassantes. Comme ses vagues gardaient en elles, une belle force,  un rythme de bastringue, de quoi animer  un bal pour les péris en mer.
Oui, je me suis battu, mais,  à la loyale et le seul enjeu de la partie était de faire tenir un  ou deux cairns, dans l'écume et les embruns.
 On ne peut lui en vouloir  à cette mer. Elle est chez elle.
Et  puis, dans ces cas  là,  il faut essayer de faire bien son travail. Cueillir les  plus belles pierres de la côte, souvent les pieds dans l'eau, rattrapé  par les vagues. Au  mieux, elles seront,  lourdes,  lisses, rondes,  pour la base. Et  puis  on  monte le cairn. Il faut avoir le sentiment que c'est bien comme  ça, qu'une pierre de plus ne changerait rien à la vie de ce cairn, si ce  n'est d'y mettre fin dans l'immédiat.
Voilà  à quoi l'esprit s'accroche, au simple détail,  à  l'inutile qui fait naître le beau geste, face  à  l'océan, en dépit de  l'indifférence des gens qui  promènent leur suffisance.
Nous avons tous vécu, sous des trombes d'eau, dans l'eau en folie, dans le débordement des rivières,  l'inondation des routes, des chemins creux, des terres agricoles, des friches, des maisons, des forêts. Ce n'était pas suffisant de faire le concours de la  plus belle vague en  photo. Non,  il y avait la réalité de  neuf tempêtes consécutives, de la côte rongée par l'océan, des pêcheurs cloués dans les ports, d'une économie chamboulée.
Ce fut une vrai souffrance des hommes, du paysage. 
Ce que j'ai  pu ramener comme travaux, ne sont que des création  toutes porteuses de ces moment difficiles.
Parce que, s'est rallumée en  moi cette petite flamme d'espérance, ce besoin d'enchanter à nouveau, ce  pays,  mon pays, la Bretagne.


Roger Dautais



Dialogue

Le rocher n'a pas son pareil
pour dialoguer avec  l'océan

Cela se fait sans  mots

Cela se  fait
Après  une lente étude
de la caresse.

Serge Mathurin Thébault
" A.A "  Editions@rt.chignaned
Collection " École alréenne "




La voix basse est voix tombée
Et n’attend nul rédempteur

L’existence délabrée
Défaisant chaque couleur

Seuls quelques mots délavés
De la vie d’avant demeurent

Quand le temps s’est effondré
Un vers au ras du malheur

Palpitant et disloqué
Feint de faire entendre un cœur


On met sans rien réparer
La douceur face à l’horreur


Olivier Barbaran
Élégies étranglées Champ Vallon 2013





 "Quel que soit leur langage
J’ai toujours compris tous les chants
Rien en ce monde
De tout ce que j’ai pu boire et manger
De tous les pays où j’ai voyagé
De tout ce que j’ai pu voir et apprendre
De tout ce que j’ai pu chercher et comprendre
Rien, rien
Ne m’a jamais rendu aussi heureux
Que les chants
Les chants des hommes"



Nazim Hikmet

Membres

Archives du blog

Qui êtes-vous ?

Ma photo
Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.