La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 19 février 2013






Breizh
L'adieu au renard

Direction
Petite spirale au corps  mort
Les forces vives : pour Guy Allix
Survivre au nombre  : pour Audrey

Tourner la page :  à Louis Bertholom
Exil :  Pour Patrick Lucas
Cairn aux coquelicots: pour Ana Mendieta
La répétition : Pour Katelen
Paroles rouges : Pour Marie-Josée Christien
L'été comme  il va : pour Salomé Guadalupe
Le soleil de Joshua : pour Marty
Mandala :  pour Marie-Claude
Juste avant la nuit : Pour Erin
Alliance :  pour Denise Scaramai
Neuf raisons  pour changer d'âge :  pour Bob Bushell

BLOG EN PAUSE



L'adieu aux sables...
C'est  au fleuve que je laisse  le soin de m'amener jusqu'à elle : la mer. La mer que je sais être  là, quittant l'estuaire  pour quelques heures, mais présente derrière les dunes d'oyats que je vais franchir,  une  à une. C'est, aujourd'hui, une journée  particulière,  un adieu écrit dans les sables,  à ce pays d'emprunt,  où j'ai vécu  presque trente ans, sans être autre chose qu'un étranger :  un horsain. Ainsi  nous appelait-on,  lorsque nous sommes arrivés de Bretagne. Mais je ne regrette rien au  moment de quitter cette terre.
Il fait beau,  pour une fois, comme une trêve dans ce long hiver gris et pluvieux. Le souvenirs défilent, liés  à ce paysage où je cherchais une solution à cette solitude imposée. Les gisants, les cairns, les étoiles, les carrés d'été, les marches interminables, les jours de tempête, les chutes, les blessures parfois, la laisse de mer et ces bois flottés qui furent mes prétextes  à vivre mieux.
Pour commencer la marche,  j'élève deux petits cairns en offrande aux lieux, puis je reprends  mon chemin. J'aperçois, à quelques dizaines de  mètres, une forme animale, couchée sur la grève. C'est  un  jeune renard mort déposé  par la marée  haute.Je décide de  lui donner une sépulture et, ne pouvant creuser le sol, trop compact, je le recouvre de bois flottés que j’entoure d'un cercle de sable. Sans ce dernier geste, je ne partirai  pas tranquille. Je quitte la zone marécageuse et  j'arrive sur la grande  plage qui borde la rive droite du fleuve. Je décide de tracer  une petite spirale autour d'un tronc d'arbre,  histoire de me mettre en jambes et je la prolonge d'une flèche  donnant la direction de la marche  à suivre. Quelques centaines de  mètre plus loin, je recommence  l'exercice autour d'un magnifique tronc d'arbre blanchis  par l’eau de mer , qui sera certainement repris  à marée  haute et déplacé d'endroit.
Mon objectif est d'atteindre le  plus important des bancs de sable de l'estuaire. Lorsque j'arrive sur les lieux, je suis  seul. Imaginez ce banc de sable s'étirant sur  400mètres de long et une centaine de  mètres de  large, légèrement en forme de dôme, éclairé  par  un soleil généreux pour la saison. La mer est calme, pas très loin de moi. Vers  l'Est, j'aperçois, Le Havre, Trouville, et  plus proche, Houlgate. Vers  l'Ouest, le port de Ouistreham. Un Ferry embarque une kyrielle de poids  lourds en partance  pour l'Angleterre.
L'endroit est idéal  pour tracer une dernière spirale avant notre départ. Le sable est souple, débarrassé de ses pierres qui  m'avaient gênées  il  y a quelques semaines. Ici, dans l'estuaire, marqué par de forts courants, la mer fait le  ménage, déplace les bancs de sable, remue les pierres, les emporte  ou les déposes selon son humeur.
Je plante mon talon  gauche dans le sable, conscient de le faire  ici,  pour la dernière fois. Le sable se  fait agréable, complice, amical, comme s'il  comprenait.. La spirale se déroule parfaitement car je maîtrise bien le geste. Bien sûr,  je souffre des jambes et du dos  car  l’exercice reste très  physique, surtout  à 70 ans passés, mais je tiens  à réussir  au mieux cette dernière spirale et jusqu'au bout,  je m'applique dans sa réalisation.
Lorsque je me redresse, pour la contempler, inscrite dans ce paysage sauvage,  à vingt mètres de la mer, bien présente, encore  pour quelques heures sur ce dôme, je me dis que j'ai atteint  mon  objectif. Elle sera le trait d'union entre la Normandie que nous quittons bientôt et la Bretagne  où nous partons vivre avec Marie-Claude. Et je décide aussitôt d'appeler cette spirale : Breizh (Bretagne). Le soleil décline et sa lumière rasante est parfaite pour faire ressortir les ombres et lumières de cette spirale de 45 mètres de circonférence.
Je prends quelques  photos puis je pars, sans me retourner. Dans quelques heures,  la mer  l'aura recouverte entièrement et ce sera bien ainsi. Une dernière fois,  j'aurai donné le meilleur de  moi-même et fait  pour le mieux. "Elle" fera le reste.
Sur le chemin du retour, je pense  à celle que j'aime et qui prépare avec moi, le retour au pays.

Roger Dautais 

                                  BLOG EN PAUSE

Cette pause   va me permettre, de faire le  point, de reprendre des forces et de  préparer ce changement de région. Si tout va bien, je le reprendrai dans le courant du printemps prochain, avec des créations nouvelles  à vous présenter.
Je remercie les 110600 lecteurs qui m'ont rendu visite jusque là. Vous pouvez déposer des commentaires si vous le désirez, je les lirai avec  un  grand  plaisir et j'y répondrai également. Je ne vous oublierai pas, ayant bien l'intention de vous visiter sur vos blogs respectifs.
Permettez_ moi de reprendre des textes de deux  poètes  et amis qui  me sont proches pour de multiples raison et dont la poésie m'aide  à vivre. Il s'agit de Marie-Josée Christien et de Guy Allix que je remercie  sincèrement.




Je presse le pas
vers l'oubli
qui ne s'éteint pas

Jusqu'à l'épuisement
je passe mon chemin

Je m'absente
à son indifférence.


Marie-Josée Christien 2011


***


Je m'exile du vertige
et retourne au silence
d'où je viens
hors d'atteinte
de la griffure des mots

je m'absente
à son indifférence

en cercle hors d'atteinte.

Marie-Josée Christien 2011


mariejoséechristien.monsite-orange.fr/poesie / index.htl



Effraction

1
Il s'en faut toujours de peu

Mais venir  jusqu'à terre
Là  où le fleuve s'insurge
Où la lave s’apprête
2
N'écrire ne vivre
Que dans l'effraction

Là est la seule demeure...
Passagère
3
Tu ne seras que  là-bas
A terme
Dans ce dépôt de toi
Jeté sur l'horizon

Dans l'espace de ce dedans
Qui  n'ose le présent

Dans l'espace de ce magma lourd
Qui  t'affole et  crispe

Et te rend à ton silence.

Guy Allix

SURVIVRE ET  MOURIR  -
 ROUGERIE mars 2011

 http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/guy-allix

samedi 9 février 2013

La tendresse des pierres
Le guetteur noir
Cairn du vent
Cairn des brisants
Dialogue

Énergie orientée
La marche vers la mer
Exil
Méridienne

Globules rouges
Croire  à la vie
Silhouette
Ensemencer  l'hiver


La tendresse des pierres...



 L'hiver est long. Je ne suis pas sorti depuis une semaine, faisant avec une santé moyenne et un moral  du même  acabit qui accompagne le tout. Sentant mes forces revenir, je décide de rejoindre la  côte pour les tester et les mettre  à l'épreuve. Il fait froid et humide avec  un 2° au-dessus de zéro. Je traverse la plaine au  nord de Caen. Elle borde le littoral et s'élève doucement jusqu'à découvrir  un  large paysage marin qui s'étend au Nord -Est jusqu’au Havre, situé  à 60 kilomètres et sur le Nord-Ouest, la suite de la Côte de Nacre et ses villages les pieds dans le sable. Lorsque j'arrive sur la plage choisie, un vent du nord glacial me saisit. Pour un retour au métier, c'est un bon retour tonique. Dès que je mets le pied dans le sable, je trace une petite spirale dont le but est  de mobiliser mon énergie pour la suite de la journée. Il fait trop froid  pour continuer à créer. J'entreprends de marcher, marcher,  jusqu'à ce que je me réchauffe. Je commence par remonter vers l'Est.La plage est immense et vide. Aucune âme en  peine sur cette grève que la mer vient de quitter  il  y a deux heures  à peine. Le sable s'essuie par les petites rigoles d'eau de mer qu'il retient et  lâche,  on dirait,  à regrets. A vrai dire, je pense surtout au froid et aucune idée d'installation ne me vient d'emblée. Le soleil fait quelques apparitions entre les très beaux nuages qui tapissent le ciel tout en épargnant l'horizon. Le paysage est  grandiose et j'y suis bien malgré le froid. Un sentiment de liberté nait en moi,  à chaque fois que je marche dans ces immensités de sable. J'oblique vers la mer et marche encore un bon quart d’heure avant de retourner vers ces masses sombres aperçues tout  à  l'heure au niveau de l'estran. J'arrive dans un champ de pierres,  plutôt  petites mais qui  me donne immédiatement envie d'élever quelques cairns.C'est alors que je découvre des morceaux de fer  rouillés, sortant du sol, sur lesquels se sont  collés de petits coquillages. Étranges formes qui  peuvent se transformer  en redoutables pièges  pour les baigneurs  à marée haute. Impossible de les arracher  ni de les ébranler. Je devine que sous le sable, elles font partie d'objets métalliques assez grands. Des vestiges de la guerre ? Je ne sais pas. Nous sommes ici sur les plages du Débarquement  du 6 Juin 1944 en Normandie, secteur Anglais de  Gold Beach. 25000 Anglais  y débarquèrent et perdirent 113 hommes le Jour J. Comment l'oublier?
J'ai  à ma disposition, ces ferrailles jaillies du sol et des  pierres.C'est peu et suffisant  à la fois. L'équilibre de la grosse  pierre de base sur ces ferrailles  me demande du  temps et de la patience. Je travaille  à genoux pour avoir plus de précision dans le geste.
Cela se joue au millimètre près et il est facile de comprendre que le reste du cairn doit progresser pierre par pierre, toutes posées avec délicatesse. Je réalise ainsi cet ensemble que j'appelle : dialogue, car je l'imagine bien  naître entre ces deux cairns perchés. Et  puis les autres vont suivre, de plus grande taille avec des pierres nettement plus lourdes que je dois manipuler avec précaution, sur de petites distances  pour ménager ma santé. Mais enfin, en prenant des précautions, ça va.
Le soleil est caché derrière les nuages. La lumière faiblit aussitôt et la température également. Je suis gelé. Je fais des aller-retour sur l'estran et je découvre deux pierres dont les formes  m'intéressent. Je les prends et m'aperçois que, collées ensemble, elle me donnent l'impression d'avoir  des sentiments de tendresse, l'une pour l'autre. Je me souviens d'avoir gardé une longueur de cordeau rouge dans  mon sac à dos et je m'en sers pour les lier comme  on  peut l'être par des sentiments. Il  me reste  à les déposer sur une roche, face  à la mer. Je m’assois et regarde, simplement. Je trouve cette scène très belle. Manque le soleil pour la lumière. Cela arrive souvent mais je lui en veux pas. Quelques minutes  plus tard,  les nuages le dévoilent et j'ai  juste le temps de réaliser quelques  photos avant qu'il ne se cache, cette fois définitivement. Je pense alors  à la tendresse des pierres et à leurs histoires que nous devrions parfois copier.

Roger Dautais



Cible
L’oiseau sauvage nous épiait, nous
qui étions deux à reconsidérer,
inertes, le chemin parcouru dans la chair.
Les villes intérieures, les bagages ficelés,
le manque de mouvement, simplement
l’idéale stupeur d’aller en reconnaissance
au fond, au tréfonds, sans qu’il soit
question d’agonie, de perte ou de noirceur
inutile.
Je procédai aux derniers préparatifs, sous
l’œil fixe de l’oiseau noir
qui vole et qui fixe, conscience exilée
toujours égale à ce que nous projetions d’être.
 
Fabrice Farre
http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/fabrice-farre

mercredi 30 janvier 2013

Parole de silence
Jeu de massacre
Petite mémoire
Récit 42 : Pour Raymond, seulement
Témoin gênant
La trace
Grande spirale de Merville-Franceville
La vie discrète
Impression d'hiver : pour Moun
L'heure  unique
Ondes courtes : Aux métallos
Les guetteurs
Guetteur de marée : pour Isabella Kramer


Je ne suis qu'un passeur de sens qui voyage entre deux mondes.
R.Dautais


Le jour d'après...

N'ayant  pas la patience, ce jour  là d'attendre que la mer  monte, je la quitte et prends la route, direction plein Sud. Après une demi-heure de trajet, j'arrive sur ce que j'appelle "le  plateau des âmes en peines", vaste étendue de friche  industrielle qui plane au-dessus de la grande ville voisine , comme  un  reproche permanent. On ne rase pas  une usine métallurgique et ses hauts fourneaux sans casse humaine. J'ai toujours aimé les lieux qui se révoltaient contre  l'injustice. Vingt ans après cette fermeture dramatique  pour des milliers d'ouvriers, j'entends encore la longue plainte du beuglant annonçant la coulée, accompagnée de  cette lueur rouge,perçant la nuit, visible de chez nous,  à plusieurs kilomètres de  là.Je me souviens des luttes ouvrières, des grèves, des drames provoqués  par cette fermeture,  puis du démontage de l'usine, emportée pièce par  pièce, jusqu'en Chine  à grands renforts de cargos. En hiver, la silhouette du grand réfrigérant, continue à témoigner, de sa masse  imposante,  dernier survivant de cette histoire, tout en maudissant ces casseurs d'usine.Comment rester insensible à ces histoires d'hommes que le vent colporte sur ces terres sacrifiées. Comment ne pas capter cette mémoire qui suinte toujours du sol? 
La neige s'est accrochée par plaques sur ce plateau. Je me suis agenouillé dans ce grand espace  vide pour réaliser  trois mandala dans ce désert pollué, en souvenir de ces
métallos, Français, mais aussi étrangers, Russes, Polonais etc. ayant trimé ensemble en ces lieux maintenant désertés. Oubliant le froid, mon âge et mes vieilles douleurs, je dispose avec précision, des ronds concentriques de baies rouges cueillies dans un cotonéaster. Suivent les feuilles taillées aux ciseaux, les chatons de noisetier, les brindilles. Les heures passent et lorsque j'aurai terminé mon travail,  à la tombée de la nuit, je n'aurai rencontré personne. Un dernier regard au grand réfrigérant que la nuit ne va pas tarder  à envelopper et je reprends la route.

Le jour d'avant...

Voilà deux jours que la neige s'absente par endroits. Je me dis qu'il doit en rester encore un peu sur la côte. Je prends la direction de Cabourg et je m'arrête au hasard, dans la petite station balnéaire de Merville-Franceville. La plage est immense et balayée ce jour là,  par un vent glacial. Il fait -3°, ce qui veut dire un  ressenti de -6°. La neige s'est accrochée aux dunes, s'appuyant sur les oyats.Je remarque, sur la plage, une longue trace d'un tracteur s'avançant vers la mer. La neige s'est accumulée dans les ornières. J'aimerais réaliser une spirale qui tiendrait compte de cette mémoire blanche, en forme de tracer rectiligne qui relie un passé récent à la mer.
Je me demande  pourquoi je continue d'être attiré par ces immensités désertiques et pourquoi,  malgré le froid, je me bats  presque tous les jours de cet  hiver pour tracer  une spirale de  plus. Spirale que personne ne verra probablement avant que la mer ne la recouvre.C'est peut-être le goût de la solitude, celui de l'effort aussi, un  peu de la continuité dans le chemin parcouru et surtout la présence de la mer qui m’enchante et me calme  à la fois.J'aime cette  mer qui me rend  libre et me renvoie aux jours heureux vécus en Bretagne.Et  puis,  il faut dire que je n'aime pas les foules ni ces masses de gens agglutinées dans les grandes surfaces, avides de consommer toujours  plus.Je les fréquente le moins possible C'est donc par goût de l'évasion que je suis devenu, voyageur.
Une phrase de Dan Ar Braz me trotte dans la tête : Rien ne nous appartient. on appartient  à cette terre sur laquelle nous vivons". J'aime assez cette idée et je m'en rapproche chaque jour un  peu plus. C'est ainsi que, accompagné  par elle, je désigne un endroit comme devant être le centre de ma future spirale et je plante mon talon droit dans le sol. Il  me sert de soc de charrue et c'est lui qui va tracer la figure jusqu'à la fin. Je déroule le sillon avec difficulté. Le sable est souple mais truffé de pierres qui font dévier  mon  pied.Contrôler, l'écart et  le parallélisme du sillon  me demandent de gros efforts physiques. Je souffre des jambes,  à la limite des crampes car il fait très froid et mes muscles se contractent. Malgré toutes ces difficultés, la spirale est bien équilibrée. Elle "tourne bien ". Elle sera  même un  peu plus grande que d'habitude. 49 mètres de circonférence, une belle  pièce  ! De plus, j'ai réussi ce que je voulais. Elle intègre  bien la trace  de neige. Ce rapprochement  me va car il dynamise  mon installation qui semble rejoindre la mer. Je termine mon installation, complètement frigorifié  mais heureux.

Le jour même.
C'est un  jour noir, un  jour dont le ciel pèse lourd sur les épaules et mange la lumière. Le vent est déjà levé mais il forcira certainement dans la soirée. C'est  maintenant qu'il faut y aller.Je vais me rendre sur le plateau de Colombelles où l'hiver m'attend. Je pars du canal, traverse un  premier terrain vague,  puis  un second et j'oblique vers le Nord. J'entends au  loin, les bruits de la ville mais  il  n'y a personne dans les parages.Je longe  un  bosquet de buddleias fatigué par les coups de gel successifs .J'atteins un ancien pont métallique rongé par la rouille et dont le franchissement n'est pas conseillé  à cause de son état. Avec des précautions de chat sauvage, ,je l'emprunte et franchis l'ancienne voie ferrée,  puis  le fleuve qui courent dans la vallée au pied du plateau,  sur lequel je débouche après avoir escaladé un dernier terrain très pentu. Le grand réfrigérant me toise. A sa droite, un bâtiment industriel en ruine sert d'exutoire aux taggers de la région.  Ce lieu est  insalubre. Très rapidement je suis transit de  froid et je décide de  marcher avant toute chose  pour me réchauffer.Je ferai  une très grande  boucle autour de ces deux "ruines industrielles et j’installerai, en route. L'ambiance est glauque, digne d'un polar de Stephen King. Le peu de lumière me ferait croire que la nuit tombe. Il n'est que 15 heures.
Saurais-je raconter ces heures  où je m'absente d'elle alors que la vie n'en finit pas de s'user. Je suis  un  oublié du temps, un voyageur  immobile happé par des installations éphémères.Je ne suis qu'un passeur de sens qui navigue entre deux mondes.
Ma mémoire s'absente aussi, me déleste des soucis du quotidien et me permet de créer, jour après jour dans cette apnée volontaire.
 Je vais ainsi commencer par une spirale de graviers noirs, avec en toile de fond, le grand réfrigérant. Quoi de mieux que ces ondes sorties du sol pour envoyer ce message au monde : Respectez  les hommes et conservez nos outils de travail. Puis j'obliquerai vers l'est et trouverai de la neige autour d'une mare pour réaliser quelques petites installations dont l'étoile de mon ami Raymond qui repose en paix mais reste toujours vivant dans ma mémoire. En quelques heures, je termine le tour de ce  plateau désert et j'élève  un dernier cairn pratiquement au pied du grand réfrigérant. Belle rencontre.Je pense que cette nuit,  ils se parleront. Avant de reprendre le chemin du retour, j'entre dans l'enclos du grand  réfrigérant.Immense cathédrale de béton, sans toit. C'est un univers de courants d'air, de poutrelles de béton armé, avec un sol jonché de gravats, à  moitié inondés.Spectaculaire et un  peu effrayant  à la fois. J'y ai déjà crée des installations  mais ce soir, il fait trop noir, et je suis fatigué par ce froid intense. Je n'ai  plus qu'une envie, marcher. Et c'est ce que je fais en direction de la maison  où m'attend celle que j'aime.

Roger Dautais




Si chaque fois que

Si chaque fois que
je sue je te perdais je serais rendue
à bon port :
tu ne reviendrais point dans
ma gorge le matin mais
suaire de toi sur mon
drap.


se ogni volta che
sudo ti perdessi sarei
a buon punto :
non torneresti in
gola la mattina ma
sindone di te nel mio
lenzuolo.

Elisa Biagini

 http://www.elisabiagini.it/online/


Rien ne dit
la source
ni la fougère
ni  la mousse
ni  la salamandre amie
de  l'ombre
Je sais l'endroit
à mi-pente
de la rue Anne
et le garde
secret
comme un serment
fait  à  mon  père
disparu.

Roger Dautais

mercredi 23 janvier 2013

Le présent orangé au passé
Sur la route de Balbec
Équilibre :  pour Brigitte Célérier
Diagonale gelée
Cohabitation des saisons
Petit signe aux migrateurs
pour Marie-Josée Christien : Attachement:
Évolution
Pour Guy Allix : Une fois dit
La Terre, elle souffre...
Voluptueux silence
Le guetteur de l'ombre
Le voyage de la sphère : à Denise Scaramai

à Guy Allix, fraternellement


Sur la route de Balbec, l'adieu des bois flottés

J'ai pris la route de Cabourg. Le soleil perce la couche de nuages en fin de matinée mais il  reste pâle.La radio nationale est en grève. Je profite d'un flot continu de musique.Je roule depuis  une demi-heure. J'aperçois le phare de Ouistreham.,  puis la mer, au bout de l'estuaire. Je gare ma voiture sur le bas côté et je prends le chemin  qui borde  la réserve d’oiseaux de Sallenelles.
Devant  moi s'élève une digue qui masque les marais servant d'abri aux migrateurs. Trois oies décollent de la zone humide dans un  lourd battement d'ailes. Elles volent en  ligne  puis modifient leur formation avant d'amorcer  un long virage  à droite. Elles survolent tout le marais  puis reviennent droit vers  moi. Le spectacle est impressionnant. J'observe très bien leur bec orangé et ce long cou très reconnaissable..Elles obliquent vers l'Est et prennent la direction de Balbec.Sans doute rejoindront-elles le canal pour s'y poser et nicher  plus tard.
Le chemin est boueux, glissant, à cause des dernières marées qui l'auront recouvert. J'arrive au niveau d'un ancien cairn qui a un  peu souffert, mais reste reconnaissable. Je pose mon sac et j'entreprends , sans trop de mal de le retaper.Les pierres ont été jetées  à terre, mais elles restent  à portée de main, ce qui est bien  pour  moi car elles sont lourdes. En 45 minutes, tout est en ordre. Avec ce genre de pierres,  il faut bien assurer chaque calage car elles sont lisses et glissantes. On, est toujours  à la limite de l'éboulement.
Je quitte les lieux, reprend  ma marche et arrive bientôt sur la plage. La configuration des lieux évolue sans cesse, comme souvent dans les estuaires. La plage est parallèle au fleuve et borde le  marais de la réserve. Elle commence en pointe  et va, s'élargissant, vers le port de plaisance, déserté, l'hiver. PLus de sable fin. La mer  a y dépose des alluvions et bientôt, ce ne sera  plus qu'une grève glissante. L'estuaire s'envase chaque jour.
Je longe le mur en traverses de rails de chemin de fer, qui retient la dune et la protège contre les coups de boutoir des  marées les plus fortes. A l'extrémité Nord de ce mur, je découvre une énorme souche d'arbre déposée par la mer à  l'endroit même  où,  il  y a quelques années, je commençais ma série de"Gisants de Sallenelles".
Je décide de travailler, ici, en souvenir.Ce lieu ne m'a pas encore tout dévoilé de sa force.
Je vais orienter ce gisant Est-Ouest, la tête au soleil levant, les pieds au soleil couchant. Je travaille  à genoux. Il  prend forme et sort du sol. Le dialogue s'installe. Malgré  moi, la tête s'est inclinée vers la gauche et je ne le vois que debout. Je trouve ce dernier geste, touchant. Il humanise mon gisant, bien que je ne cherche pas  à faire ressemblant  mais simplement  à évoquer  une forme capable de s'exprimer toute seule. Quelques marcheurs, passent, s'arrêtent en silence  puis continuent leur chemin. Qu'en  ont-ils pensé. Est-ce que, comme  pour moi, cela les renvoie  à leur  propre questionnement sur la mort? Le soleil baisse déjà et je dois terminer avant la nuit. Je pars  à la recherche de bois flottés afin de constituer  un enclos autour du gisant. Une porte  ouvre cet enclos vers  l'Ouest, vers le fleuve qui va  à la mer. Tous ces signes mis en  place sont comme  une sorte d'adieu donné au gisant  par des  bois flottés. L'adieu des bois flottés: le grand départ. Il  manque quelque chose,  un geste,  un dernier. Je dépose trois oranges  à ses pieds que le soleil réchauffe de ses derniers rayons. Si  j'étais  musicien, je lui composerai de la musique.
Une femme accompagnée d'un gros chien, s'approche de l'installation. Je n'aime pas les gros chiens, d'abord parce que j'en ai été victime et qu'en  plus,  ils peuvent te ruiner un  travail en quelques minutes. Tout se passe bien. Elle me questionne car elle a vite compris de quoi  il s’agissait.
- "C'est toujours aussi triste" me dit'-elle?"
Je lui répond que non et je lui explique ma démarche d'artiste, de la part de ma vie qui se joue ici, des voyages, des saisons, de  l'âge qui me transforme et qui avance.
Elle comprend mieux.
Un  long cordon sort des pieds du gisant passe la porte et s'en va vers la mer comme  pour leur indiquer le chemin  à tous les deux. La rencontre se fera forcément et pas obligatoirement telle que je l'aurai  imaginée.
Je me lève et  lui souhaite bon voyage. Tout est fait. Tout est dit.
Je reprends le chemin du retour. Le soleil touche l’horizon. L'instant est sublime et  j'aimerai le partager avec celle que j'aime et qui  m'attend.

Tout ceci se passait la semaine dernière. Depuis, le froid s'est accentué, la neige est venue, repartie, puis la pluie et toujours le froid. Je suis sorti travailler dans ces conditions, continuer à baliser mon chemin de petits  ou  grands signes que la nature aura digérés. Rien n'est facile en cette saison mais la démarche vaut d'être vécue. On ne peut  toujours être dans une jeunesse éternelle ni dans  un été qui n'en finirait pas. Il faut faire avec, avancer vers l'inconnu, l’échéance.La finitude n'est pas qu'un mot !
 Je vous montrerai la suite de mes travaux puisque certains sont déjà sur cette page.
Merci à vous qui êtes chaque semaine,  plus nombreux.

Roger Dautais



 Poèmes en sursis


Il gravera ses pauvres cris dans le vent d’hiver
Et nul n’y répondra que cet immense mépris
Plus froid que le vent
Plus lourd encore que le rocher de Sisyphe
Il n’y aura pas de répit avant le terme
Mais ce seul souffle saccadé et urgent
Cerné par le gel et qui tentera
Un mètre de plus encore et malgré tout
Pour porter la vie au plus loin de la vie
Même quand il se fait très tard
Même à l’heure définitive.


***


Tu sais que la parole vient de loin
D’un pays étrange
Dont tu n’entends au juste la langue
Mais dont tu répercutes l’écho indéfiniment
Tu sais que la parole vient de loin
D’un pays étrange
Dont tu n’entends au juste la langue
Mais dont tu répercutes l’écho indéfiniment

***

Et après tout qu’importe la fin
Tu es venu ici-bas
Pour inscrire ce qui naît
Tu es venu ici-bas
Pour vivre un court instant
Ce qui n’a pas de fin


Guy ALLIX
 http://www.recoursaupoeme.fr/po%C3%A8tes/guy-allix
 http://poussierevirtuelle.over-blog.com/article-poemes-de-guy-allix-52132718.html

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.