La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 26 juin 2014

La route aveugle  :  pour Marie-Claude
Mandala  an Alré : pour Stéphanie Lenouvel
Passer son chemin : pour Erin
Le conteur de vagues :  Pour Louis Bertholom
Les déraisons : pour Olivia Quintin
La ligne verte :  pour Jacques Thomasaint.
La mémoire grise :  pour Alain Jégou
Les silences verts  de Carnac : Pour Sabine de Freitas
Les braves  : Pour Rick Forrestal
Brève rencontre :  pour Marie-Josée Christien
L'arc de  mer : pour Claire Fourier
Les cris de Brec'h : pour Denise Scaramai
Les  liens du sang : pour Danièle Duteil
Les cerises de Locmariaquer : Pour Édith et Maud


La route aveugle.


aux poètes.


Il  y a des jours  où je ne traverse  plus rien, ni  l'air du temps ni  même ma rue. Je suis stone et bien ainsi. Je prépare  mon prochain voyage.
Entre  l'utile et le nécessaire,  préférer ne rien emporter et trouver ce qu'il faut sur place. La route pourvoira. Je voyage léger, sans références et traverse la forêt de Crac'h,  plein sud.Les arbres s'en foutent des grands discours. Ils sont là  pour accompagner les vents de  mer lorsqu'ils se perdent  jusqu'ici, quitte  à leur  montrer le sens du retour  lorsque la mer se retirera,  loin d'eux. C'est tout.
J'arrive sur la plage Elle est déserte.
Personne  n'imaginerait  un  piano sur cette grève,  moi, si.
 Inutile d'insister la page jeunesse est définitivement tournée  pour  moi, pas celle de  l'imagination.
Devant  moi, des  milliers de  pierres. Personne  pour les ordonner, personne  à qui  obéir, rien que la présence de la mer qui les brasse et les  polit les unes après les autres  pour apaiser leurs jalousies.
La météo s'impose dans les conversations depuis des semaines. S'il faut choisir dans ce  flot de paroles, alors, je préfère le silence de la mer et ses bascules de  marée qui remettent tout en question, au  bleu d'un ciel vide et immobile.
Des pierres, seulement des pierres et puis après  l'effort,le silence de la mer, seulement le silence  pour les recouvrir. Croire en ler présence,  même invisible et revenir  plus tard pour des retrouvailles ,dans le chaos des grèves.
Je vis différents passages de  mon existence dans une lumière diffuse. Je suis en sursis, déjà habitant  l'autre  monde.
D'un chantier sur  l'autre, je fais des rencontres. Ils me demandent  d'où je suis, comme  pour se rassurer. Je leur répond que je suis du monde et que je m'en vais de ce pas, vers  l'autre. Ils passent leur chemin.

Elle m'avait dit : tu verras, c'est un  homme tout  à fait bien. Oui, mais rencontrer  un poète n'est pas une sinécure. Il faut montrer patte blanche. J'ai la  peau brune, tannée  par la route. J'attends toujours sa réponse. Ah! ces postures de  poètes fonctionnaires qui  leur assurent la reconnaissance des cadres de catégorie A. La hiérarchie est  plaisante dans la nature. Elle est  pleine de  bois  morts dans la vie.
Cette canicule devient pesante pour pratiquer le land art. Je rêve d'une  pluie enveloppante qui demande  un peu de courage pour l'affronter. De cette  pluie qui tombe oblique, prend le gris de la mer, vides les plages. Elle resserre les idées et fait aller  à  l'essentiel.
Entre les pierres et  moi se joue la partition du  jour. Je retiens trois notes  : dépouillement, dénuement, détachement. Qu'ai-je  à faire dans ces beaux salons  mondains qui s’ouvrent  à  moi ? Rien.
Je suis fasciné par la beauté tranquille de  l'étang,  à peine effleurée par une brume de chaleur. Vivre au seuil des mondes invisibles, tendre  l'oreille au silence habité de ces  lieux , s'impose. Basculer dans l'irréel, le rêve éveillé, et croire que je suis bien là, vivant, capable d'avancer encore,  me rassure.
 Quelques très jeunes merles m'ont accompagné dans  ma dernière sortie  à Locmariaquer.Ils  picorent dans la laisse de  mer et se déplacent dans  un mouvement  fluide, plus  près de la course que du vol. On dirait des petites  poules.

Qui a mis ces cerisiers sauvages sur la route? Je fais  une provision de ces  fruits rouges succulents.Les cerises sont petites, charnues et colorées. Pendant trois jours, je vais renouveler  ces cueillettes et les compléter de joncs, de tiges de fougères, des dernières fleurs de digitales de la saison, de fleurs des champs diverses. Le tout sert à réaliser de petites installations géométriques. Simple exercice où  j'exprime le bonheur de jouer avec les formes, les couleurs du temps. Cela me permet de me libérer de  l'angoisse qui parfois me saisit, par la simple contemplation d'une œuvre aboutie qui  mène  à la sérénité.

Vers Locoal-Mendon, je trouve  un chantier d'abattage pratiquement abandonné. Cet effacement d'une partie de la forêt sent la mort. De grands arbres entassés en vrac, tête-bêche, les os brisés, me font penser  à un bûcher expiatoire. Je vais travailler au  pied d'un arbre abattu, resté en contact avec sa souche. Je veux trouver le moyen d'exprimer la vie dans ce  lieu sinistre. Je vais le faire  en réalisant une spirale avec les écorces de cet arbre. La simple volonté de faire naître cette forme dynamique le ramène  à la vie de manière éphémère et relance son  histoire de sujet. Je le sauve provisoirement d'un anonymat mortifère. Je pense  à Thomassaint, Jégou, Pélieu, Quéré. Sont-ils  oubliés aussi ?

Je reprends la route aveugle avec  une seule envie : vivre.


Roger Dautais



Allée couverte du Miniou
( Guiscriff)

à  mon père 

Charpentées de détresse
mais raidies jusqu'à  l'extrême
ces  pierres
guettent
plus que leur part d'infini

Marie-Josée Christien

Un monde  pierres  2001
BLANC  SILEX 
   ÉDITIONS



" J'aime tout ce qui s'écrit sur le silence,
                  l'immobilité,
  L'écriture est alors  l'imperceptible
                  mouvement,
L'à  peine audible respiration d'un infini,
      Un  instant attentif  à  l'homme. "

                                                                          Paul Quéré
                                                                        ( 1931-1993 )

mardi 17 juin 2014

Le tambour de Brec'h :  pour Gwenola Guernic
Entre les deux  mondes  :  pour Youenn Gwernig
Sasa 's song  : pour Sasa Saastamoinen
Les âmes en peine de Lampedusa : Pour Rick Forestal
Boîte  à  mémoire en ria d' Auray : pour Leeloo
Les cinq raisons d'être ici : pour Marie-Josée Christien
Le guetteur de marée : pour Grégory Goffin
La pierre blanche : pour Florence Arrighi
Le solitaire de Carnac :  pour Karine Maussière
Le rappel de la Jegado : pour Isabelle Jacoby
Le solitaire du Loc'h  pour Ana Minguez Corella

Fenêtre sur Loc'h :  pour Mémoire de silence

Ty  Bihan song : Pour Fumiyo Suko
L'annexe de Kerplouz : pour  Moun B.

Le  monde ne vous attend  plus
il a pris le large
le monde ne vous entend  plus
l'avenir lui parle.
Gaston Miron



à Marie-Claude


Lundi...
Le printemps s'effiloche, j'en ai fait autant ces dernières semaines. Au creux de la vague  ! J'ai fini par poser ma vie devant l'atlantique pour qu'il me répare. Lorsque je regarde  l'océan, impossible de  l'imaginer souffrant de quoi que ce soit, parcouru de frontières, cousu comme un corps d'opéré. Et  pourtant ...

Les hommes s'occupent  bien de lui faire des misères, de le convoiter, de l'occuper, de le vendre et il s'en sort  bien. Je me dois d'en faire autant.
Vers  l'ouest s'étend  une grève gorgée de  pierres toutes plus belles les unes que les autres. Elles deviendront  un alphabet entre mes mains pour de futurs  poèmes de  pierres à composer sous un ciel indifférent  à mes  mouvements.L'avenir ,  il me faut  l'inventer dès aujourd'hui, dans le peu qu'il  me reste et la machine repartira. Cairn après cairn, je délivre ma vie.
Mardi
L'ombre la  plus banale est impossible  à fixer et reste  libre de son mouvement.Il faudrait attacher le soleil pour  y arriver, mais décrocher la lune est déjà si difficile. Je ne suis pas fait pour les exercices de style, trop rebelle. Je dois savoir et ne pas  oublier qu'aux yeux des critiques,  on est réduit  à presque rien.C'est dans ce rien que je dois trouver mon territoire, ma raison de vivre et la garder  bien vivante jusqu'au  bout. L'esprit de rébellion  jusqu'au bout et comme le terminus est en vue, ce devrait être possible.
L'incessante arrivée des jeunes vagues rythme mes gestes. J'aime ce silence habité de roulements de  pierres, d'éclats d'eau de mer quand elle rit, complice.
Au travail, sans trop me noyer dans les détails. Mes yeux font le tri sur la grève. Ils estiment le volume, le poids, la complémentarité des formes de chaque pierre devant être  posée sur l'autre. J'entre dans le chant, je deviens  musique et l'immense  océan reçoit ces cadeaux-cairns, satisfait.
J'aime composer l'unique et  l'éphémère.Devenu  pierre, je me fonds dans la nature, suis mon inspiration et la traduis en silence avant de me retirer.
Mercredi
Les routes cardinales et paysannes m'ont ouvert la voie d'une mémoire qui s'enmauve. Comme si la Jégado avait prévu de  baliser le pays tout entier de hautes digitales accrochées sur chaque talus, en signe de...
Jeudi
Un merle présent et caché, chante le printemps finissant. Il me fait penser  à l'enterrement de mon  père, inondé du soleil froid hiver, sous  un ciel immense et trop  bleu tandis qu'on le descend dans sa tombe. Je me suis toujours dit qu'il avait aimé ce chant du départ.
On parle trop de la mort comme  une éventualité alors que chaque jour, elle est notre plus fidèle compagne. Ce va et vient ailé entre les deux  mondes n'est qu'une répétition  générale, un appel  à bien s'entendre. Mon  père st maintenant présent dans chaque chant du  merle.
Jeudi
à Serge Mathurin Thébault

Lorsque j'ai quitté les alignements de Kermario,  à la sortie de Carnac, les menhirs dansaient autour du "Grand". J'ai pris  à droite dans la forêt et sur la route de Gouyanveur faisant halte près des étangs jumeaux,  protégés du soleil par les châtaigniers et les pins maritimes. L'herbe est drue. Sur cette herbe du printemps qui  borde  l'étang aux grenouilles, je n'ai rien fait. Ni marché, ni  posé la main pour cueillir quelques  fleurs. Rien !
Je n'ai fait que vivre dans ce bonheur de contempler son  incomparable couleur se reflettant dans l'eau, comme  le chant du merle. Je me suis éloigné avec  l'impression d'avaoir vécu le meilleur de ma journée.

Vendredi
Le temps s'étire. Foisonnement de mémoires vertes au méristème des fougères en crosse qui  me parlent d'avant.Une cavale blanche traverse les brouillards épais de mes pensées  obscures, surgie de  l'autre  monde.Sabots ailés, couverte de voiles aux couleurs de  lune, irréelle et  présente, l'inconnue est passée comme  l'éclair en forêt de Baud.
L'apprentissage de la nature demande toute une vie et plus, pour  peu qu'on ouvre la porte au merveilleux du rêve éveillé.
 Sous chaque feuille le début d'un songe.

Samedi
Je remonte, pieds dans l'eau, la rivière du  Loc'h dont les eaux retenues par le barrage d'amont ont retrouvé un chant apaisé. Je suis en territoire des truites. Sans les voir, je les pressens, je les respecte. Au cour de ces instants vécus en immersion qu'aucun  bruit né de la vie moderne, n'atteint, je  trouve l'essentiel de ma recherche  :  l'équilibre.

Dimanche
Se nourrir d'un regard échangé avec le merle, la grive. Écouter le chant de la  pluie qui bat les terres noires. Manger les nuages avec appétit. Caresser l'herbe mouillée. Entendre le silence du temps qui  passe et décompte les secondes de ma vie,  puzzle de petits bonheurs qu'il faut vivre intensément
Je marche dans les  pas du grand Youenn * et me répète sa  phrase "Car  il faut que chacun compose le  poème de sa vie ".

Lundi
 Salut au soleil du champ des martyres, le tambour du monde a battu la chamade. En écho, le bodhran de Keneig vibre sur les rivières du Loc'h et emporte les âmes en  peine dans une transe païenne. La mémoire amnésique s'enmauve. Le souvenir de la Jégado n'est plus qu'un cercle  immortel.
Au centre,  l'étoile retient cinq gouttes de sang remontées d'une terre noire, gorgées des cris étouffées des suppliciés.

Mardi
Mon pays s'ébroue, respire entre deux spasmes, devisant du passé, rapiéçant le futur. Des plus épaisses forêts jusqu'aux rivages découpés en passant par les brandes piquantes sous le soleil ardent, une colère sourde se répand. La nature complice refuse de se soumettre à  la décision Jacobine. Bretonne elle était, Bretonne elle restera. Cinq nous étions cinq nous serons.


Roger Dautais

*Youenn Gwernig,  à découvrir  pour ceux qui ne le connaissent pas encore :
http://gwernig.com/


Lieux communs

Personne  n'y  peut rien
mais les objets mais les choses
personne  personne
mais  il était une fois toutes les fois
jamais toujours et  pourtant

océaniques

le nous de toi
le nous de  moi

Gaston Miron
L'homme rapaillé
Éditions François Maspéro 1981

samedi 31 mai 2014

La clé des runes :  pour Marie-Claude
La clé des runes ( détail ) Baden
Les sacrifiés ( de la série Exil ) : pour Guy Allix
La  pierre  à feu : pour Marie-Josée Christien
Signal :  pour Mylène Gauthier
Transparence de Toulbroc : pour Marty
Le chant d sacré de Penmern  :  pour Amandine Durez
L'éternel retour des akènes à Kervazo   :  pour Cécile Guillard
Epidemic story : pour  Erin
Stone ans spirit  : pour Tilia
Les trois  mondes  :  pour Sylvie Méheut
La vie, la mort en forêt : pour Camino roque
Le voyage immobile : Pour Danièle Duteil

Le grand silence :  pour Rick Forrestal
La porte de Baden :  pour Elena Nuez

Aux  faiseurs de pluie, 
aux souffleurs de vent
aux sourciers,
aux conteurs de Bretagne...



- Vous faites quoi dans la vie ? 
- La nuit je voyage et le jour, je me déplace;
- et à part ça ?
- Vous voyez, je fais des spirales. 
Rencontre un peu tendue ce matin au  pied de ma dernière spirale avec cet homme qui  me quitte  là, brutalement ( après avoir pris quelques  photos), sans un mot de  plus, déçu des  mes réponses.
Comme dirait Brassens," les braves gens n'aiment pas que  l'on suive une autre route qu'eux".
Je n'avais pas  l'envie de  lui dire que je pratiquais le land art depuis  longtemps ni même que celle-ci reprenait un tracer ancien. En 2005, j'avais crée  une figure  à peu  près semblable, mais  plus grande  pour attirer l’attention du  public sur le  plages Normandes  où je militais pour  la libération de Florence Aubenas, et de son chauffeur Irakien, Hussein, enlevés en Irak en janvier de cette année  là.
Il faut dire que, pratiquer le land art, c'est s'entendre dire presque en  permanence, que cela ne sert  pas  à grand chose. Dans un sens, c'est vrai, si ce n'est que beaucoup d'autres personnes s'intéressent  à ce qu'ils voient, trouvent la démarche intéressante et partagent un instant de leur vie avec moi et ça fait une  moyenne.
Cette nuit, j'ai voyagé et les  lieux-dits Toubroc, toulvern, toulindac se trouvent sur ma route étoilée. Je cherche l'instant  où, au travers des  pins maritimes, je vais découvrir la mer. J’arrive au tombolo des sept îles, je tourne  à droite sur cette petite  plage en arc de cercle d'où la mer s'est retirée. Je choisis  ce  lieu, je trace ma spirale. Je l'entoure d'un cercle  ouvert  vers le sud par un  long couloir. Dans ce nouvel espace je trace quelques symboles runiques  : protection, perpétuel retour, mystère, esprit, vérité, feu, harmonie...etc. Ils se chargent d'énergie autour de la spirale et sont libérés sur la  plage, par ce couloir, pour être "digérés, ensuite par la mer. Un simple jeu ? Plus qu'un  jeu,  un  lien avec un certain passé. Le rapport entre la mer et la terre passera par là, aujourd'hui.
J'ai  parfois le sentiment d'habiter en  lisière d'une lumière vitale dont la flamme vacille et qu'il faudrait peu  pour qu'elle s'éteigne. Rien ne peut donc jamais suffire à calmer  un questionnement intérieur.  En ce qui  me concerne, j'ai trouvé une solution , je suis un rêveur éveillé, à tort  ou  à raison, cela devient un art de vie.
Au cœur du vivant, j'invente autour de ce qui n’est plus, de la trace, de ce qui échappe. Ah ! le chant des  morts lorsqu'il se joint à celui d'un soleil pâlot abandonnant la  partie! Il reste encore  là une possibilité de création  ultime.
 Ce jour la, sur une plage de  Locmariaquer, la pluie a chassé les promeneurs et je suis seul sur un champ de  pierres. Comme la mer recouvre en  partie les plus intéressantes, je décide de transporter une dizaines d'autres pierres très blanches, du sable vers  l'estran. La pluie a cessé  mais le vent s'est levé. La manœuvre me prend  une bonne  heure et beaucoup d'énergie. L'océan est gris. La lumière passe difficilement au très vers des nuages et on se croirait  à la lisière des deux mondes. l'île de Méaban est dans les brumes 
Je compose mon tableau. Des silhouettes  allongées, des têtes rentrées dans les épaules. Il  y a des hommes, des femmes, quelques enfants.  Au départ, ils sont éparpillés, puis je les déplace, les monte sur un rocher. Chaque équilibre est  à calculer, parfois, contrarié par le temps. Ils sont maintenant, tous ensemble, regroupés. Regroupés face  à leur destin d'immigrés,de sans terres, de sans papiers. Je rassemble toute leur dignité d’humains dans ce dernier tableau qu'une légère brume vient entourer. Je suis au comble de l'émotion. Pourquoi un tel destin?
D'autres sorties sont  plus légères, ensoleillées. Les  noms de  lieu chantent dans ma tête, Talouët, Kervalh, Kervazo, Kergouarec. Mais toujours cette nécessite de rejoindre l'inconnu, le limès, la zone amnésique, ce besoin de dépouillement des savoirs pour retrouver  un fraîcheur d'être, celle de partager  l'air du  pays avec les faiseurs de pluie, les souffleurs de vent, les sourciers, les conteurs, ceux qui vous racontent  le  parfum  des fleurs quand elles ne sont  plus là.
Ce n'est sans doute rien que tout ce temps perdu aux yeux de certains,  pendant mes  journées, en  pourtant, c'est bien là que se fait l'alchimie entre une pensée et un acte,  une transformation du  monde. C'est aussi un témoignage de vie plus près de sa conclusion que de son début,  où les frontières entre le rêve et la réalité sont devenues des espaces de  liberté que je ne retrouve  plus ailleurs.








encore une fois
rassembler mes souvenirs

akènes au vent


***

les silènes ploient
sous la brise matinale
soudain me reviennent
nos courses folles sur la dune
nous n'avions pas quinze ans

***


ayant quitté les miens
le vent
à mes côtés

***

refermer la porte
pour que la nuit n'entre pas
paroles feutrées

***

maison à vendre
la branche de seringa
ploie sous les fleurs
un peu de leur parfum
au creux de ma mémoire


Danièle Duteil


J'ai rencontré Danièle Duteil à  l'occasion d'un interview auquel j'ai répondu  pour sa revue  littéraire L'Etroit chemin. Nous avons sympathisé et  j'ai voulu,  à  mon tour,  faire connaître son œuvre de  poète aux lecteurs du Chemin des Grands Jardins en présentant ici, quelques  haïkus et tankas dont elle est  l'auteur.

http://letroitchemin.wifeo.com/page-03.php 
 https://www.facebook.com/daniele.duteil

mardi 20 mai 2014

Terre d'espoir  : aux rescapés de Lampedusa
Les  guetteurs de Ty bihan  :  pour Norma
Ty bihan song : pour Gwenola Gwernig
Tout  à gauche : pour Martine Grunenwald
La cabane du  pêcheur  : pour Anne Lemaître
Éloge de la lenteur  : pour Denise Scaramai

Toul Chignaned : Pour Serge Mathurin Thébault
L’apparente sérénité d'un lieu sanglant  : Pour Ana Minguez Corella
Rotation  : Pour Isabelle Jacoby
Boîte  à mémoires :  pour Guy Allix
La diagonale orange  : Pour Christian Cottard
Le rêve éveillé : Pour Chrystelle Martinez
Le guetteur de marée en ria :  Pour Véronique Brill
La porte du Sud  : Pour Claude Pélieu et Alain Jégou


à Marie-Claude.


Passer entre le visible et  l'invisible 
et trouver dans cet espace indéfini, la liberté de créer...

Je n'ai relevé ni  les routes et chemins,  ni  les  heures sombres, ni celles  où la flamme ne brillait  plus, ni les jours  ou je ne suis pas sorti  pour en arriver  là et dire, malgré tout : je continue. Mes les voici réunies  pour vous, les choses inutiles comme  on  me dit si souvent et qui me tiennent en vie. Lorsque  mon  pays fait le  plein de touristes, alors commence  pour moi, la saison de  l'évitement et je me sens  un peu obligé d'aller voir ailleurs, si je peux me protéger du brouhaha,  trouver un peu de tranquillité, non pas que je déteste parler, mais si je ne fais que  ça, ce qui  m’arrive parfois, le travail n'avance pas.
 Trop de beau temps me tue. Je préfère l'alternance, avec des journées  plus rugueuses,  plus venteuses qui dégagent les côtes  font sortir les voileux qui animent  l'océan. N'étant pas dans une  forme  physique excellente , j'ai réduit mes sorties consacrées aux cairns qui demandent quand  même  un  peu de force. Je me souviens de cette  journée  passée  à Carnac, justement par  vent bien établi, annoncé  à 30 nœuds où je me suis bien amusé avec  lui.
Élever  un cairn dans ces conditions est assez sportif, voire drôle, car ce vent ne se gène nullement  pour le basculer  au  moment le  moins attendu et  pour en rapporter 4  ou 5 en  photo, qui ne soit  pas trop  mal,  il faut en élever quatre fois plus, ce qui  malgré tout, reste fatiguant. D'autant plus que par un tel vent,  il faut choisir des  pierres très lourdes  pour établir la base,  monter l'ensemble, en gardant un certain  poids et terminer pas trop haut , par du plus léger. Un cairn d'un  mètre cinquante qui s'écroule, ça peut faire très mal si bien que je  le regarde toujours avec respect, lui parle et le remercie de tenir en équilibre, quand cela se fait. Qui ne connait pas ce dialogue, qui  n'a jamais entendu le chant des  pierres, ni vu leur respiration par grand vent, ne connait  rien ! 
Je ne parlerai  pas de  poésie de  l'instant  pour ne pas faire bondir les experts ! ah ! les experts ! Si  on ne les avait pas. Personnellement je ne les écoute ni ne les consulte. Alors qu'ils définissent le lieu sacré de la poésie, c'est leur affaire, pas la mienne. Et  puis, avec  l'impression de comprendre  pour vous,  ils arriveraient  à vous faire creuser  votre  propre tombe,  pour gagner du temps et de  l'espace vital,  pour eux, les élites !
J'ai ainsi cherché sur cette côte Bretonne située entre  l'Île de Stuhan et Porh Saint Guénhaël, situés  à l'Est et  à l'Ouest de Carnac, de quoi composer le  poème de ma vie, comme  le disait si bien le grand Youenn Gwernig, avec les  pierres les  plus belles, les  plus vivantes, les  plus  à même de raconter, témoigner,
parler du  monde  comme  il va. Et  là je pense  à cette installation de la série Exil, appelée Terre d'espoir dédiée aux rescapés de Lampedusa, dont bien peu de journalistes parlent quand  il faudrait dénoncer ce scandale tous les jours.
Je me suis réfugié dans les ria, suivant le jusant, écoutant le chant de la  mer s'accorder  à celui des  oiseaux. J'ai découvert des cabanes de  pêcheurs, abandonnées et lieux de  mémoire d'un  travail ouvrier disparu avec la crise.J'ai aimé travailler dans leurs traces Sous les chênes, les tapis d'akènes qui saignaient la vie par  milliers, ont donné naissance à des arbrisseaux, nés dans l'écarlate  pour tenter l'aventure de la vie.J'éprouve  une certaine tendresse  pour ces jeunes arbres, tandis que dans  mon corps, bat  un tambour du  monde, déjà usé, incarnation d'une vie offerte par mes parents, il  y a si  longtemps. Vous savez,les instants  où jaillissent mes  morts dans mes pensées,  pour s'incarner dans un souffle de  vent,  un chant de  merle  ou de grive, pour l'avoir déjà évoqué ici , me paraissent sympathiques et je les sens, fréquentables, aimants. Ils m'accompagnent un bout de chemin avant que je n'aille les rejoindre.
Passer entre le visible et  l'invisible et trouver dans cet espace indéfini, la liberté de créer, c'est trouver le fil conducteur qui  mène aux petits  bonheurs.
Les sources de Kernours, de Brec'h,  les rives du loc'h, le Champ des martyres ont accueilli cette retraite forcée des plages et vous avez ici le résultat de  mon  travail en terre de solitude.
On me demanda  un  jour si les titres donnés  à mes installations, avaient un sens. Oui, bien sûr et je le fais en pensant à ceux  auxquels je les dédie mais aussi au  lieu,  à  l'instant de leur fabrication, cela ne fait qu'un tout.
Je vous remercie de votre fidélité au Chemin des Grands Jardins dont le  rythme de  parution a un peu diminué. Sachez que je suis toujours heureux de vous  lire et  que je réponds  à chacun.

Roger DAUTAIS




Exil

il reste à se souvenir du chemin
il reste à retrouver le passage
il reste à s’attacher de ces temps d’ici, calmes
quitte à perdre sa voix

mais je reste, échappée

un voile s’est déchiré depuis longtemps, il pend, calme
et me laisse en suspens
le désir de départ évanoui
englué de brouillard
reste une vibration sourde et ces temps d’ici, calmes
il ne fait pas vraiment nuit
c’est-à-dire pas vraiment
il fait semblant de jour
c’est-à-dire je me perds
c’est-à-dire ne pas dire
quitte à perdre la voix
il reste que je reste
avec un visage sans bouche
sans pourtant reconnaître le tranquille du temps
car il ne se peut pas
car il ne se peut plus, sans bouche
voix décentrée
sans…

sang

jusqu’au vide


Brigitte Mouchel
" évènements du  paysage " 

 Éditions Isabelle Sauvage 2010

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.