La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

dimanche 10 juillet 2011







Tout est vanité et poursuite de vent
l'Ecclésiaste





à Gilgogué,
homme debout dans la tempête



Les apnées du cœur sont mortelles. Sur la route du matin s’enroule, seul, le destin ouvrier. Il déchire et décolle la pulpe. Il mord la chair rose et s’en va sous la lune. L’errance est commencée. Bleu, jaune, rouge. L’ornière annonce le virage. Orange, c’est le quartier des amours prolétaires aux fronts couverts de sueur. L’indigo des yeux a frappé au fronton et le poing s’est levé sur l’arc en ciel. Le jour se lève, violet, dans les âmes en peine.

Les « hier » ont rejoint la toile blanche. La chouette effraie lit le journal de bord. J’ai su parler, autrefois.

Ils ont fermé le moulin à gueule. Ils ont suivi le cortège et jeté une poignée de terre sur l’indifférence. Une veuve d’usine pleure. Au quatrième, une lucarne jaune veille sur la ville en pleine nuit. Elle repasse seule. Elle est femme et ne sait plus choisir.

Trois coups ont sonné au tympan. Le coq a chanté. Aussitôt, les soleils se sont levés, les aurores, aussi. La nuit n’est qu’un rideau, une vie à boire. Ton sourire se remplit de terre. Tes orbites sont des pots de fleurs. Il est, l’éternité, ici. Les marguerites poussent un soupir.

Le printemps tourne la page et les Roms en errance, poussent sur les trottoirs les enfants de l’enfance sacrifiée.

Aux frontières labiles, une fraternité en lambeaux fredonne l’internationale : C’était le genre humain.

Voilà demain et son cortège de mémoires amnésiques. Les cerisiers du japon, en fleurs annoncent de belles jeunes filles.

Il faut peindre pour espérer vivre.

Roger Dautais

Le moulin à gueule

En Normandie, 0h01, le 31 Mars 2011



Les images Land Art sont pour Stéphanie S

et le texte ci-dessous, aussi



tout petit livre comme ça

Elle griffonna deux lignes au dos d'une carte de visite :le bonheur , désespérément d'André Compte-Sponville. Je la regardais écrire, et lu, rapidement.

-Lisez-le.

ajouta la jeune femme en me souriant

Elle aussi, me dis-je. Pourtant si jeune. Je ne comprenais pas.

J'ai hésité quelques heures puis je suis allé l'acheter dans la première librairie qui se trouva sur mon chemin.

- Un tout petit livre comme ça

me dit la vendeuse, en faisant le geste de le tenir entre pouce et l'index. Je la suivi machinalement dans les rayons. Elle parlait.Je ne l'écoutais pas

J'étais à nouveau dans le bureau de S.

Je la voyais, grande, élégante, attentionnée, cultivée, secrète, avec des mains faites pour l'écriture. C'était aussi cela, l'humanité que de continuer à montrer le chemin.

J'ai gardé l e livre une semaine dans ma sacoche. La philosophie, ce n'est pas fait pour les ouvriers, d'emblée. J'ai laissé le désir monter et je me contentais du plaisir d'avoir acheté quelque chose d'important qui m'échapperait dès que j'ouvrirai les pages. Et si je ne comprenais rien. Je lui dirai quoi?

Guy, me parlait aussi bien de Caton que de Camus, où d’Annie Ernaux et le fait qu'il soit agrégé de lettres ne m'impressionnait pas, puisque nous étions frères dans la tourmente. Sa façon de raconter la littérature m'enchantait. J'avais l'impression de revivre ces parenthèses d'enfant, entre les coups de mon père et les contes de mon Oncle, celui qui conduisait des gros camions. J'aimais écouter, apprendre, répéter les histoires. J'aimais écrire. Jamais je ne fus fait pour subir, être enfermé, privé de nourriture, humilié ni courber l'échine, mais quand on est si petit, où se trouve la solution ?

Je n'ai jamais été un hercule. Aussi mal nourri, je me développais mal.

Je grandissais lentement.Mes attaches de bras restées très fines, mes mains, également, bien que calleuses, du temps de la terre dure et du pain sec.

Parfois, je pleurait de rage en poussant des brouettes de fumier dans ce jardin maudit de l'école normale. Je rentrais le soir à la maison, si brisé que je ne pouvais même pas lire une ligne du journal. Je pleurais de me voir détruit ainsi, physiquement, par des gens qui méprisaient tout travail manuel au nom des Droits de l'Homme. Une vraie honte.

Je suis resté ouvrier lorsque je pénètre dans un bureau, avec le besoin de m’essuyer les pieds avant d'entrer, lorsque la rencontre est belle, et celle de tout casser lorsque l'interlocuteur vaniteux n'a d'autre chose à partager que son savoir de crapaud abâtardit par les conventions.

Je lis Comte-Sponville avec délectation et garderai ce livre, probablement aussi longtemps que durera en moi, la mémoire de ce geste d'amitié souriante et ces quelques mots d'accompagnement "lisez-le".

Parce que notre été reste de douleurs, de mémoire d'accident, d'impossibilité de faire mieux, dans cet océan d'indifférence argumentée, il convient de plus en plus de poursuivre cette route, à la manière de Kerouac, Gwernig, Grall, Glenmor, sans se soucier de savoir si nous sommes là pour plaire. Vivre est tellement difficile dès que l'on s’éloigne du troupeau bêlant.


Roger Dautais




Tu me voulais ici, ramassant les cadavres, j’étais, ailleurs, parti, je récoltais la vie .Monts d’Arrée, Menez Hom , Mené Bre, sentes sacrées Bretonnes, sous mes semelles usées, j’ai gravi vos pentes, perdues de pluies et de vents. J’ai attendu Orion, dans des ciels improbables, rencontré Andromède, la tête dans les bruyères. J’ai cueilli les blés d’or, foulé le lin, tissé mes rêves. J’ai bu l’eau de nos fontaines de granit, agitées par trois salamandres d’or. Ta voix m’est apparue, soudaine, présente. Il faisait nuit, je récoltais, encore. L’aube venue, j’ai rejoint les cadavres et l’étoile fleurie, tombée dans les marais. Le piano des anges s’est accordé une pause puis nous a fait danser dans les marais de Brénilis.

Roger Dautais

« Rêves d’hier pour demain »

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

mardi 5 juillet 2011
















à Linda Ellia

aux douze élus...


La mort, c'est le regard des vivants,
Elie Wiesel






Le bols chinois achetés autrefois au Bon Marché, s'entrechoquent sur la toile cirée de la cuisine. Dehors, la nuit pâlit.
Les ripeurs ramassent la merde.
Ils sont tous black dans cette équipe du matin. Une poignée d'anges nous affleure dans le ciel. Paris cache ses travelos chez les bourgeois dépravés. Rue Gît le Cœur, les pavés gardent le souvenir de souleries américaines. A l’hôtel du même nom, on affiche complet
Pierre
et de De Saint Jean ont ouvert un cubi de rosé de Provence à cinq heures ce matin. Ils râlent devant la fenêtre ouvert, sur les courants d'air, sur l'odeur des ordures, sur le RMI qui tarde, sur l'éduc avec sa gueule de petit loubard qui leur pompe l'ai avec sa morale à deux balles.
Leurs vrombissements de moulins à gueule, c'est le vent qui se charge de les énucléer.
Aveugles dés-ailés, avinés et avachis sur la table, petits Pégase, ils tentent quelques envolées et retombent dans le marigo.
- eh ! deux singes, fais voir ton bouquin du jour.
- Je t'ai déjà dit, Pierrot,ne m'appelle plus deux singe, mon nom c'est De Saint Jean.
- P.D.
- Quoi ?
- P.D.... De Saint Jean, pourquoi pas de Sacré Coeur de Montmartre, aussi. T'as pas honte de ton faux blaze, moi, je sais que ton vrai , c'est Henri Legrix. Alors moi, je t’appellerai deux singes et pis c'est tout.
- Et pis c'est tout. Tu sais même pas causer mon pauvre Pierrot. Allez, ressert moi un verre, on est à peine chauds.

Dans le silence de la cuisine, on entend le rires des Ripeurs , en pause.

- T'as vu les deux politicards hier à la terrasse comment qu'ils nous reluquaient. Faudrait qu'on prenne au moins une douche par moi. ça attire l'odeur. On doit sentir le rat crevé.
- Oui ça, n'empêche qu'à la terrasse, ils cassaient du vieux, ces bobo-parigo, drapées dans leur dignité de gauche.
-Le pauvre a toujours payé, Pierrot, gueulé, et bandé pour le riche. Regarde, nous, avec le Lotoman.
- Tu veux dire le mec qui gagné au loto la semaine dernière.
- Moi, je dis Lotoman ça veut dire le man du loto. T'as pigé man, avec ta cervelle de moineau. Faudrait un peu plus regarder la télé, man.
- J'dis rien, j'connais pas l'allemand.
- Écoute-moi , tête de pioche, Lotoman, s'il veut se faire incinérer, par exemple, alors là, c'est du beau du lourdingue qui pèse dans son larfeuille. Si y veut, y peut.
Toi, pauvre parigo, si tu veux te faire incinérer et jeter à la mer, tu peux pas, parce que la mer c'est trop loin et que en plus, t'es trop con. Tu comprends.
- Dit comme ça, je comprends. Sert moi un verre.
Pierrot l'avale cul sec et dit :
-quand -même, ça doit brûler les pieds.
- J'connais les mecs du cinérateur, des fois, je vais écluser avec eux. Une fois, ils sont tombés sur un client plein oseille, mais chiant. Il voulait faire brûler son vieux et le transporter en Mer d’Iroise,qu'il disait. Tu penses, les gars, il sont tous tiré au moins 15 ans de centrale avant de bosser au cinérateur, alors, faut pas se foutre de leur gueule. Ils savent bien que la mer d'Iroise, c'est des conneries de riche. Y ont encaissé le blé du client et ils ont été vider l'urne sur un tas d'ordure. Tu vois la méprise. Tu vois ça, comme me dit mon beau-frère des douanes: toi qui dans ta vie n'a fait qu'ouvrir fenêtres du 5ème étage, aux rebelles qui te barraient la route de la légion d'honneur, pour les voir s'écraser sur le carrelage du patio, ça la fout mal.
- Pour quoi tu me dis tout ça.
-ben, le mec sur le tas d'ordures, c'était un D.R.H.
- c'est dur à entendre. Sert moi un verre. Moi aussi, j'ai choisi ma disparition !
- Ta gueule, p'tit tas d'm.... Ici t'es chez moi, homme du monde, rue Gît le Cœur. Et le monde, il est à moi. Je suis a poil, certes, mais tellement envie claquer la gueule à tous les larbins de ton espèce pour leur apprendre à danser la rumba. T'as vu le cul de Margot, quand je dans la rumba aux DeuxHémis. C'est par pour ton serein,, une femme comme ça.
-Tu la payes !
-Quoi !
- Tu payes
- Sale con.
- possible, mais tu la payes.
- Tu devrais pas dire ça, Voisin.
- Pourquoi Voisin
- Tu vois bien que c'est pour rire.
Les deux hommes sont dans un état d'ébriété avancé.
-C'est quoi ton livre Deux singes
- un livre de philo le bonheur désespérément de andré Comte-Sponville
- oh , la vache...Et tu lis çà ?
- Ben non, c'est pour faire plaisir aux pouffiasses qui chassent le rebelle pour les mettre dans leur pajot.
- Tu l'a volé où.
-j' l'ai pas volé, c'est un ange qui me l'a offert. Si t'avais vu le châssis, mon pauvre nabot, même monté sur une chaise, t'aurais encore été trop petit. Alors, tu vois, tu peux t'écraser. Tiens, passe moi l'autre cubi, on a séché celui-là.
-Eh, dis donc, Pierrot, tu peux pas enlever la merde que tu as autour du cou?
- Quelle merde?
- étoile de Jude.
- Pauvre mec, connais-tu au moins tes origines de blond filasse? T'es un bâtard de louve romaine.
- Ils en ont laissé de trop des mecs comme toi. Il faudrait recommencer, les camps, les douches et puis les fours, non de Dieu. Des mecs comme toi, y en a trop sur terre.

Les ripeurs,adossés au mur, terminent de manger leur casse-croûte si disant que rien n'est jamais gagné sur cette terre qui donne toujours le meilleur d'elle-même à ceux qui croient la posséder. Ils reprennent leur place sur les marche-pied métalliques à l'arrière du camion benne. Le chauffeur met le diésel en route. ça enfume les gars, ils râlent. Le camion s'ébroue comme un chien de chasse sortant de l'eau.
Dans la cuisine, les bols chinois s'entrechoquent sur la toile cirée. De saint Jean s'est endormi sur sa chaise et ronfle tête renversés. Pierrot, allongé sous la table, nage dans sa pisse, secoué par sa deuxième crise épileptique de la nuit. Les camps lui auront au moins servi à cela, être le douloureux témoignage d'un peuple sacrifié. Un rayon de soleil éclaire la scène. Une petite étoile veille et se souvient.


Moïse Clément



Innocentes voix d'enfants amenés à l'abattoir, vous hantez mes nuits. Vous êtes des revenants revenus, des rêves nus de résurection. Peuple sacrifié des rafles, je suis de vous comme la sève de l'arbre que l'on abat et qui s'accroche à la vie par la racine oubliée. Clément, Klebert, Kaufman, Weill, Anisten, Shleusen, Rosenfeld, Moraïm, la petite musique de nuit s'envole et les violons du bal jouent pour vous , pour moi, la Chacone de Bach. Plutôt mourir que de renoncer.
Terres cendres que nos mémoires foulent dans ce voyage en pyjama rayé, barbelés entourant des plaines vides, appels obsessionnels des gênes, mon âme délitée s'accroche en lambeaux sur chaque barbelé.


Dans convoi N° 1 commençant la déportation des juifs vers les camps Nazi,
il y avait
Peter Blosh,
Osias Blumenfeld
Abraham Bocian,
Salomon Bouaniche,
Lucien Branbowski
Maurice Beresniack
Leijb
Armand Blexman,
Chaim Biderman,
Jankiel Bregman
Abraham Bernaum
Szerel Botlevi


Dans la si poignante exposition de Linda Ellia des inconnus, des artistes célèbres, des étrangers ont été prié de s"exprimer sur les pages d'un livre écrit par Hitler MEIN KAMPF. J'ai retenu cet écrit d'une main tremblante

exterminer l'autre,
le différent
le basané
le Juif,
le communiste,
le tzigane
handicapé
et c'est signé AILE.

Pas un été ne passe sans que l'on ne me parle de la couleur de ma peau. Basané, manouche, arabe, Juif.
Tout y passe qui me blesse et me flatte en même temps. Rien n'est apaisé de ce côté si l'on prête bien attention.
La couleur qu'il faut avoir, est bien la blanche.

Je trouve que cette nouvelle exposition ne fait que renforcer en moi cet état de veille, de témoin de mon temps qui passe, de l'ignominie des attaques anonymes. On peut vivre dans un champ de mine , mais faut savoir aussi que l'on peut y laisser sa peau à chaque pas. Les usines de fabrication de mines anti-personnel sont-elle aussi indispensables au paysage que le désert s'installant dans leur sillage?
Je pense que non.
La guerre ouvre la porte à toutes les ignominies.

Monter une telle exposition, après un travail titanesque, fait preuve d'un courage qui va bien au-delà de l'imagination d'une artiste, si douée qu'elle soit. C'est de la conscience de l'humanité, toujours en danger qu'elle parle au nom d'un peuple que fût exterminé par la volonté d'un peuple barbare, aveuglé par la propagande nazi d''Hitler.
Il faut absolument aller la visiter au Mémorial Pour la Paix de Caen. Il faut en parler autour de soi. Elle y est présente pour quelques mois. Prix de l'entrée 5 euros.

samedi 2 juillet 2011











à Oxanna,

sur le route de Saint Saint-Pétersbourg
Swing Mama joue du Boris Vian




Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux:c'est le suicide. Juger que la vie ne vaut ou ne vaut pas d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Albert Camus.





Eh, Fanch,
t'en as perdu combien cette nuit ?
- sept.
- Putain...Y'avait du brouillard sur Brénnilis ?
- Oui, et puis le temps était à l'orage.J'étais descendu du Menez Hom, où j’attendais l'orage et je les avais trouvées bien agitées dans l'enclos. Quand c'est comme ça, il leur faut du large.
- T'as vu le départ?
- Oui, c'est la Louison qui emmenait. Elle a éclaté les planches de l'enclos avec ses sabots. J'ai vu son regard menaçant, comme si elle ne m'avait jamais connu. Elle s'est cabrée en hennissant.Elle a faili me tuer.
- Putain, tu crois que ça recommence ?
- Quoi ?
- Ben, ta malédiction ?
- Je crois. J'ai vu les intersignes. Aussitôt, j'ai arraché deux grands poignées d'herbes longues. Je les ai croisées puis nouées puis jetées sur le sabot des autres...Rien à faire. Elles sont toutes parties vers la mer, vers le soleil levant.
- T'as retrouvé les talismans de l'Africain.
- Un seul.
- Putain, un c'est tout! Tu sais pourtant qu'il ne reviendra plus, l'Africain. Il t'avais dit de bien les nouer autour de leurs cou.
- J'ai retrouvé Sido sur la tombe des sa mère. Tu sais bien, Fanch, que j'enterre mes chevaux debout et que je cache les tombes.
- Je sais.
- Sido, elle avait retrouvé l"endroit. Elle grattait la terre avec son sabot. Ils sentent des chose , nos chevaux.
- Après , elle parlait...
- t'avais bu ?
- ouais, comme d'habitude, un ou deux litres. J'sais pas au juste.
- C'est pour ça que t'es allé trainer sous l'orage, mon pauvre Youenn. Alors, il s'est passé quoi, après, au juste.
-
- Je me suis approché de Sido. Elle pleurait.
- Ça pleure pas un cheval !
- Mais si, ça pleure.
- t'as pas de chance Fanch, toutes tes juments blanches, en une nuit. Et les autres, alors ?
- Lulli, elle était remontée à la chapelle sur le Menez-Hom.
Maximine l'accompagnait. Elles étaient entrées dans la chapelle, elles avaient forcé le tabernacle et elles étaient en train de bouffer les hosties, comme si ça avait été du foin.
- Oh, la vache...T'a fait quoi
Ben, j'ai bu un coup de pinard, histoire de me remettre les yeux en face des trous.
Après, j'ai laissé faire,vu que le Bon Dieu, je le connais pas de trop, mais je sais qu'il aime pas qu'on s’occupe de ses affaires. Je les ai laissé faire leur communion solennelle en me disant que peut-être après....Il pleuvait dru. J'ai fini mon pinard et je suis redescendu vers l'étang maudit de Brennilis.J'en ai retrouvé trois, nouées, noyées, les yeux exorbités, la langue bleue, comme le petit Bagotin de Kergrist, qu’était venu de Paris, en vacances chez nos voisins. C'est terrible les noyés, encore pire que les pendus.
On avait eu les bleus pendant huit jours à emmerder tout le monde,dans le village, a foutre leur nez partout. Moi, à l'époque, je fricotais avec la bande à Gilles Gounez. On était sympathisants de FLB et l'attentat du Roc Keruon. Ils nous l'avaient tous mis sur le dos.
Les gendarmes en avaient profité pour se rencarder sur les milieux autonomistes. Le gamin, il était remonté du fond, au bout d'une semaine. C'est moi qui l'avait découvert en allant soigner mes juments. Je l 'avais choppé avec ma fourche et remonté sur l'herbe. Tu connais, Fanch, je parle toujours en regardant les morts, et bien là, j'avais pas pu. J'avais regardé ma Lulli, une de mes juments blanches. Après j'avais parlé au gamin.
Bon, j'vois bien qu'en a rien à foutre. Tu m'écoute pas.

Youenn, ne l’écoutait pas. Il imaginait ce petit corps flottant dans la mare qui depuis était devenu la mare aux diables. Déjà avec cette putain de Centrale nucléaire qui empoisonnait le pays, après le petit Bagotin et puis maintenant les juments de son cousin. Pour sûr que le Bon Dieu, il se trompait la-haut et que jamais il ne foutrait plus les pieds dans ses putains d'églises pour écouter ces putains de curés.
L'africain, je l'avais amené ici. Il avait conjuré le mauvais sort et empoché beaucoup d'argent. Ça avait marché jusqu'aux très fortes pluies. Je crois que son truc, ça ne marche que dans son pays sec.
Ici, la mare elle s'est rechargée de maléfices avec les premiers orages. C'est normal. Il y a trop d'électricité à tomber dans ces eaux noires. A chaque orage, la mare, elle brille et elle attire mes juments. Cette fois encore, elles sont arrivées à triple galop. Elles sont entrées dans l'eau jusqu' au ventre et elles sont mortes debout, les yeux grands ouverts.
Pourquoi on meurt les yeux ouverts, vu qu' après ça sert plus ?
- J'sais pas. Moi, j'ai peur de la mort. Je touche jamais un mort.Il parait que c'est froid.
Youenn regardait son cousin avec un sentiment d'étrangeté. Aurait-il été lui-même un peu sorcier, ou bien, un ami des morts.
- T'a fait quoi ?
- J'ai descendu dans l'eau glacée. Je leur ai parlé à mes juments, vu qu'elle étaient déjà au pays de l'Ankou. Je leur ai demandé des poils de leur crinières blanches et elles m'on dit de couper. J'ai coupé trois poignées de poil avec mon couteau et puis, je leur ai fermé les yeux, pour pas que leur âme, elle descende dans l'eau.
- Oxana, le plus ancienne, m'a dit : au revoir, petit homme. Puis elles se sont enfoncées toutes les trois dans les eaux brillantes et irradiées de l'étang de Brénnilis.
Aux Cavales blanches, il faut des champs de rêves, de grands espaces et des avenirs larges come des nuits de buveurs. Même mortes, elles continuent leurs courses et certaines deviennent des licornes..
Tu es trop croté, cousin, pour comprendre tout ça. Trop crotté et pas assez fou.
Pas assez fou!

Comment pouvait-on parler ainsi. Des fous, il en avait entendu parler, Youenn Gwernig, Glenmor, Angela Duval, Xavier Graal. Tous d'inutiles personnes qui ne faisaient rien de leurs dix doigts, qui écrivaient, qui chantaient, qui parlaient et mon Dieu, c'était bien que ces gens là soient morts. Encore, pour Angela, il voulait bien lui pardonner un peu d'écrire des poésies, du coté du Mené Bre car on lui avait dit qu"elle travaillait la terre. Mes les autres...des anges maudits!
Si tout le monde avait été pareil, qui c'est qui aurait ramassé les foins , curé les vaches, vidé les fosses à purin. Et ces bons Parisiens, comment auraient-ils été servis dans leurs belles maisons de vacances. Pour sûr,ce cousin là méritait ce mauvais sort à dire des méchancetés pareilles.

- Tu sais Paletot, je sais pas si j''aurai du te dire tout ça.
- J'aime pas quand tu me dis " paletot", ça me rappelle que j'étais mal habillé à ma petite communion.
- Tu sais, paletot, repris Fanch, mes juments, elles devaient rejoindre le grand Tout. C'était écrit et Malika, la fille du Meuyot me l'avait prédit en Août. Elle étaient désignées. D'ailleurs aucune de devait s'en tirer. La septième de mes juments blanches, je l'ai retrouvée dans le lavoir à Marie-Annick. Etalée de tout son long, vidée de son sang et baignant dans une eau rouge. Elle avait le ventre gonflé et la tête posée sur la pierre plate des lavandières, naseaux écartelés, yeux grand ouverts, mon petit livre de Camus entre les dents.
- Quoi ?
- Une coïncidence sans doute, un truc sur le suicide.
- Tu vas me dire que tes juments lisait, aussi ?
- Écoute ça. Il jour, je les avais vues rassemblées, dans la plaine, et assises sur leur derrière, faisant cercle autour d'Oxana qui leur lisait du Camus.
-
Tu dois boire beaucoup, cousin ?
- forcément !
- Forcément quoi ?
- ça aide.
- alors voila ce que j'ai vu et entendu :

Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux:c'est le suicide. Juger que la vie ne vaut ou ne vaut pas d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. Albert Camus.

- T'as entendu ça ?
- Ouais, j'ai entendu.
- Et t'en penses quoi ?
- J'en pense que j'ai plus de chevaux, Youenn. Je suis dans l'errance, je bois beaucoup. Et quand je bois beaucoup, ils sont tous là, mes morts blancs.
Je voudrais partir sans revenir ici. Je voudrais retourner au pays de Michelle, à Los Angeles. Je voudrais retrouver les vieux house-boat de Sausalito. Il faut que je retrouve Malika et sa horde de chevaux sauvages.
Je ne suis plus fait pour vivre en Bretagne. Je suis fait pour la route, pour les désert de Matmata Tunisiens, les canicules de la Vallée de rois, en Egypte, ou pour me perdre à Tafraout dans le sud Marocain.. Toi, tu fais partie de ceux qui restent mourir où ils sont nés. Moi, je suis déjà mort, c'est pourqui tu ne me comprends plus.
Au large, un canot de la SNSM se battait centre la forte houle pour sauver deux vies dans les roches de la pointe du Raz.

Roger Dautais
.

dimanche 26 juin 2011


















Aux vents,

à qui donc pourrais-je mieux m'adresser à cette heure de solitude?



Lorsque sera terminé la chevauchée fantastique

voilà donc mes vœux pour les temps à venir...





Il s'est couché
sur le petit côté de sa vie
de banc public
Il ne regarde plus
il n'écoute plus
le chant
des étoiles.
Sa main pend
vers le sol
les gens passent
devant l'endormi
la soirée
s'avance
il meurt doucement
dans l'indifférence
d'un monde
délité.


Elle m'a ouvert la fenêtre du douzième. En bas, un parking fraîchement repeint. Allez-y Monsieur Septime, nous vous attendrons en bas pour souhaiter vos soixante dix ans. Ce qu'Ana Mendieta avait fait, je pouvais bien le faire, après tout, autant connaître l'univers d'un oiseau. Le sol noir est monté très vite. Ils ont nettoyé au karscher et fait des retouches de peinture blanche sur les N° de place du grand parking.
Vous comprenez, je lui avait déjà dit de ne pas se pencher. C'est terrible lez vieux, ils n'obéissent plus à rien.
Ils m'ont emmené vers la morgue et lavé comme il faut puis recousu. Cette année, je suis le troisième oiseau à quitter la cage.
La directrice vient de recevoir les palmes académiques. Il faut dire que c'est mérité. Les temps sont durs pour elle. On vient de lui annoncer une pénurie de graines pour ses pensionnaires. La vie est trop injuste pour les gestionnaires.



Je veux me retirer comme la mer se retire, sans cesser d'exister. Je veux expérimenter l'espace, l'estran, le vide supposé qu'une telle disparition engendre.
Petite mort aux enfers des vivants autistes et sourds. L'orchestration de notre vie par des inconnus ayant volé la barre du navire, ne me convient pas.
Les navigations hauturières m'importent d être vécues en homme libre comme la simple descente de caniveau par un bateau de papier, semblable à mes rêves de gosse pauvre .
Il faut, chaque jour, garder le cap malgré la tempête, malgré le encalminements.
Nul bravo ne doit m'atteindre plus que le plus vil des crachats.
Être libre libre de vivre nu, habillé d'une seule vie. Dire et puis se fondre dans le bruit du monde qui va bien et consomme à gerber. Redire ma même chose que le monde n'est pas que cela. Voir revenir les Oies sur le Saint Laurent, observer la sieste des truites, à l'ombre. Comprendre ceux à qui la Place appartient. Ne pas être dupe du mensonge de Saint Étienne. Croire que la sècheresse des bénitiers est due à la canicule. Voir mourir un vieux. Cueillir une poignée de roseaux et en faire un nid. Dans ces courants d'air et de vie, savoir que sa cigüe se répand pour sauver les apparences et le déhanchement sexy de la directrice ouvrant les fenêtres du douzième étage.
Plus que dix et nous auront atteint le quota


Moïse Clément

mardi 21 juin 2011
















à Elena Nuez

en toute amitié



Nadie es profeta en su tierra


Bicocacolors...et puis tu te réveilles en ce monde à part qu'est celui des femmes. Matrice universelle, mécanique sensuelle du rêve masculin, mystère attirant que je ne comprends toujours pas . J'ai cherché la solution de bicocacolors. Je me suis perdu dans un arc en ciel. Mon rêve est une absolue dissolution de l'âme.
Je me suis laissé bercer par la mélodie des harmonies proposées par Elena. Je me suis dit : qu'elle me parlait d'ailes. Tel Pégase, je me suis envolé. On connait la suite de l'histoire. Les passions ne sont pas faites pour vivre mais pour mourir.
L'enchantement s'est incarné, pourquoi le nier. Le jour se lève, Elena travaille et charme sans le savoir. C'est pourquoi, je lui dédie mon travail de ce jour, pour l'honorer, bien humblement.

Roger Dautais



Bicocacolors


J'ai dansé sur ton ventre, douce amande rose. Tu as ouvert les yeux. Ta peau noire d'être née sous les tropiques, irréelle caresse hantait mes nuits héroïne. Caresse illusoire entre tes lèvres, appelée par de longues sucions de rêves insanes, ma sève devint réalité. La terre s'est ouverte sous mes pieds. Un cimetière entier marchait" tombes ouvertes et courants d'air fétichés."
Des os les plus blancs aux trépassé bleuis du fond des abers, cette danse macabre célébra nos noces d'or.
Un ibis célébrait les dieux du Nil.
J'ai porté l'anneau d'or à mon oreille en signe de serment. J'ai épousé la route noire, celle qui saigne, cogne et tape. Le tambour du monde a donné le départ de la sarabande sous la voûte étoilée. Orphique négritude, sous quel tropique le cancer m'envahissait de ses remords? Je devins le clochard céleste de Jack K.
Nu comme un nouveau-né, j'ai appris l'amour sans frontières, sans couleurs de peau.
Demain, je serai sans doute vivant, puisque tu me l'as demandé, mon frère. Les soleils noirs ont brillé toute la nuit d’errance et j'ai donné mon corps supplicié à l'asphalte de Dakar. J'étais mendiant, gargouille statufiée, néant incarné. Le gouffre de la descente vertigineuse, en apnée. D'amour ou de haine, puisqu’il fallait mourir, autant l'abîme du plaisir dans les veines.
J'ai éclaté les frontières du désert de Matmata, repoussé les rêves de magrébines charnues et marché plein sud, vers la perdition.
Ma peau est devenue noire. J'ai vu les fauves dévorer la gazelle et le sage se taire sous le baobab pour que règne la loi de la nature.
J'ai choisi le plus beau de mes rêves. J'ai allumé le feu. Je suis tombé dans un profond sommeil éveillé. Initié, je me suis levé , yeux hallucinés, brandon brûlant en main. J'ai percé la plus belle, la plus improbable, la plus rebelle des nuits, comme une femme qui s'abandonne et se donne.
Ô paroles divines sorties de cette bouche ourlée. Il n'y avait plus qu'à mourir, traverser
l'Achéron, rejoindre les morts-vivants.
Il est temps d'éveiller les morts, frères Marabouts. Il est le jour de crier aux couleurs du temps, revenues danser dans les braises des passions. Il est l'heure unique de la plus belle des nuits africaines. Brisez vos chaines qui vous rattachent au vieux continent. Aimez le monde dans sa diversité.
Douze sébastes en vol ouvriront les portes de l'Orient et l'étoile guidera mes derniers jours.

Un vent de sable recouvre lentement, jour après jour, les crimes des blancs, mais la mémoire ensile les âmes des disparus.
Puisses-tu en safari,ne plus jamais fouler le sable autrement qu'un grand cimetière où dorment tes frères de couleur.



Roger Dautais

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.