La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 24 septembre 2009


à Francis Eustache,
Professeur en neuro-psychologie, et à son équipe de chercheurs ...





































Dans un seul regard,

Dire
Toute l'humanité
D'un départ
Définitif.

*

Adieu,
Jamais...
Au diable !
Au secours...
Déjà, la fin
De la partie,
S'annonce brûlante.

*

Hier
Tu appelais ta mère,
là,
Au seuil de la Maison-Amnésie,
Tu hésites.

Basculer, perdre la tête
N'est pas évident.

*

Allons ensemble
Encore une fois.
Il est temps de sentir l'automne
Qui s'envole en nous.


La maladie d'Alzheimer continue à faire des ravages dans la population et fait peur, à juste raison. Pourtant, c'est par la diffusion d'informations scientifiques dans le grand public, qu'il sera possible de la dédramatiser. La recherche progresse. Une équipe de plus de 70 chercheurs, oeuvre sous l'autorité scientifique du Professeur Francis Eustache, à Caen. C'est en assistant à sa conférence de cet après-midi, organisée par la Mairie de Caen, et àprès m'être entretenu avec lui qui j'ai pensé à lui dédier cette page qu'il partagera avc ses collaborateurs. J'étais allé, au par avant, visiter le travail du photographe, Philippe Bertin. Installé dans la salle d'honneur de la mairie, cet artiste qui a travaile en équipe, a scénarisé, dans un espace ressemblant à une sorte demanège où sont regroupées les photos d'objets ayant servi à animer des ateliers mémoire, pour des personnes atteintes de cette maladie. On peut entendre par un système de casques, les voix de ces personnes, lien d'humanité indispensable pour nous faire comprendre que derière l'esthétisme, un drame humain, se joue, en grandeur réelle et sans décor.
Je pense à Jean, aujourd'hui décédé, après qu'il ait contracté cette maladie. Il venait dans mon atelier d'Art Thérapie et je constatais chaque semaine que le mal progressait. Un jour de lucidité, il me dit : " Tu sais Roger, parfois, je ne sais même plus que je suis un homme ". A mes yeux, il restait cet homme élégant, cultivé et très aimable, que j'avais commu au début de sa maladie. Et puis, comme beaucoup d'autres, je l'ai vu disparaitre derrière l'horizon, à tout jamais.
Révoltant. Révoltant, cette coupure avec le monde, avec les proches, avec eux-mêmes. Nous passions pourtant de bons moments et même quand, trop avancé dans la maladie, il arrêta de peindre, il vint encore pendant plusieur séance pour être avec le groupe. Après, j'allais le voir dans sa chambre.
Voila 18 ans que je cotoie ces persones âgées, et lorsque l'éqiuipe soignante me coopta, je répondis présent. Des histoires humaines, j'en ai des dizaines à raconter et me direz-vous, quel rapport avec le Land Art.
Cherchez.
Mes spirales, le les nomme "identité" parce que dans ma pratique de soignant, je cotoie des personnes qui ont perdu ou vont perdre la notion d'identité. Ce qui nous rattache à nos origines, à la terre, à l'humanité, ce qui nous définit en tant qu'être, citoyen, c'est bien cette identité. Singularité d'une vie, d'une maladie qui nous sépare du reste de l'humanité et que nous pouvons adoucir par un changement de comportement envers ces malades. Dire que la recherche en ce domaine est plus qu'important, serait insuffisant. Ces chercheurspasent leur vie et essaient de donner un sens à cette dérive, ce bateau ivre chargé de toute la missère du monde et que certains vouent aux gémonies. Il est bien que les responsables politiques s'engagent à soutenir cette recherche, s'ils le font effectivement. Aucune de ces personnes malades n'est capable de comprendre les effets d'annonce, si rien ne se passe après, mais le confort de vie qu'il leur sera apporté par ces moyens financiers, participera au bonheur de l'humainté, si cela existe encore. Roger Dautais

mardi 22 septembre 2009

à mon frère, Jacques...







































État de poésie :toutes choses alentour, en suspens, vibrantes, comme prêtes à parler. Mais nous n'entendons pas la langue. Il n'y a poésie que tant que nous ne l'entendons pas



Roger Munier
Contre-jour


Je n'ai plus de mots, la mariée de Camaret sort de l'église sous une pluie de riz. La fatigue du voyage rend les pierres plus lourdes. Je dois aller chercher les plus grosses au bas de la plage et les remonter, une à une, collées sur mon ventre. Cela amuse les rares touristes présents. Je monte deux cairns pour marquer mon passage. Une année, j'avais élevé trois cairns dans une friche industrielle de la banlieue de Caen, des mastodontes de plusieurs tonnes, et trois mètres de haut. Rien à voir avec ceux-ci, ni avec ceux de Gréoux les Bains, ni ceux de Matmata, et Tunisie, ni ceux de ... C'est toujours pareil, remuer c'est remuer tous ces souvenirs. J'ai l'impression d'avoir commencé une grande série, il y a onze années et que je ne peux achever. Celui dYvonne était le plus beau de mes cairns à feu, mais au fond d'une carrière désaffectée,
il n'avait pas l'élégance des cairns marins.
J'ai toujours en projet la série de cairns à la Pointe du Hoc, en Normandie sur le site des plages du débarquement et ceux de la série des neuf vies d'Aminata, femme touareg, pour le nez de Jobourg. Ces travaux m'attendent, peut-être pour cet hiver. Il y a,aussi l'ïle d'Aix, en Atlantique, probablement, pour le mois d'octobre.
Lorsque nous reprenons la route pour retrouver notre gîte de Locronan, la mariée s'est envolée, pas le riz.

Roger Dautais
D'autres pierres pour demain

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


lundi 21 septembre 2009

à Youenn Gwernig

TIR NA GOZ
( Le paradis des Celtes)

J'ai vu l'étoile polaire, ce matin, et Orion, Cassiopée, les pléiades. Allumé ? non, j'étais aujourd'hui sur notre terrasse, à six heures. C'est de là que je salue le monde, tous les matins. Après je peux vaquer...
Les étoiles me ramènent à l'enfance, si troublée, su dure, à mon père, aussi, qui m'emmenait dans la nuit noire de son grand jardin et m'apprenait les étoiles. J'avais très peur,à cinq ans, en 1947On est petit, à cinq ans !. Ça fait loin quand même. Mais la mémoire marche bien, c'est une sorte d'ascenseur. J'ai continué de lever les yeux au ciel. Maintenant, après les bondieuseries, je crois que le ciel nous présente suffisamment d'espace pour y développer notre imaginaire. Pas besoin de se battre pour savoir quel est le meilleur dieu.
Hier, avec Marie-Claude, nous avons rencontré un couple de commerçants à la foire de Caen, lui, Tunisien de Nabeul, elle, parisienne, mariés depuis plusieurs années. Ils vivent six mois ici, six mois là-bas. Nous leur avons acheté de la vaisselle et parlé de land-art.
Ah, je me demandais pourquoi je vous parlais de tout ça. Il se pourrait bien qu'un de ces quatre, nous retournions en Tunisie et comme son épouse, qui est aussi photographe a parcouru la Tunisie du nord, au sud et d'est en ouest, elle nous indiquera des sites. En attendant, nous avons parlé de Matmata et de mon travail là-bas, cet hommage aux tombes berbères disséminées dans la montagne.
L'orientation, c'est vital, c'est même une fonction très abîmée chez les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, dont, en passant, c'est la semaine où l'on médiatise et communique sur ce sujet. A suivre, on manque de bras. Je côtoie ces personnes depuis 18 ans, je peux en parler un peu. Que vous soyez landartiste ou retraitée dans une institution, c'est toujours une difficulté supplémentaire que de se perdre.
On s'est perdu plusieurs fois, dans notre voyage en Bretagne,cet été. C'est vrai, nous ne faisions pas la course sur l'autoroute. Là, on vise entre les deux glissières de sécurité et c'est tout droitça évite de se perdre, on va vite, mais on ne voit rien. Non, c'était à pied, à Lanleff, ou sur l'île de Bréhat, ou sur la presqu'île de Crozon. Mais, c'est tellement beau et puis c'est tellement notre pays que nous n'allions pas nous plaindre. Les gens l'oublient, je suis Breton et Marie-Claude, aussi.
Donc, nous avions fait un voyage de 7 jours pour réaliser des installations land art, légères, très" dans le mouvement du voyage" et en changeant plusieurs fois de site, par jour. Nous somme donc passés par le Menez Hom, haut lieu Breton . Dominant la baie de Douarnenez, il nous permet, dans un 360°, d'embrasser toute la campagne environnante, depuis son sommet. Fin août, nous n'étions que 4 ou 5, de quoi apprécier le calme par un temps légèrement couvert mais sans vent.
Je me sentais, collé à cette montagne, plus Breton que jamais, j'aurais voulu gueuler dans l'espace "Gwerz an Harluat", la complainte de l'exilé, de Youenn Gwernig. J'aurais voulu rentrer en terre, exactement là-haut et ne plus entendre toutes ces attaques, pas ceci, pas cela, pas comme ça, trop de ceci, horsain, fac totum. Ah oui, même avec 7 ans de latin-grec, je ne connaissais pas cette insulte, car dans la bouche de cette garce, c'était employé pour m'écraser. Elle n'a pas réusssi.Alors, j'ai ramassé des pierres blanche, avec Marie-Claude, cette femme qui me suit et prends des photos sans ma permission. Puis je les ai arrangées, semées,comme on sème des petits pois, mais avec un brin de fantaisie, en rond, en couronne, comme je l'avais fait, quelques jours avant,dans les chaos du Gouet. Le cercle, le symbole parfait, toujours au nombre d'or, bien sûr. Le cercle qui unit, l'anneau d'alliance. Une pierre, une femme, une pierre, un homme, une pierre, un enfant,une pierre, un mort, une pierre, un vivant, une pierre, un chant, une pierre, une voix, une pierre, une hermine, une pierre, une pipe en bois, une pierre, une guitare, une pierre, Anne, une pierre, Youenn,une pierre une cornemuse, une pierre, une bombarde, une pierre, Gilles, une pierre, angèla, une pierre une gaïta, une pierre,Alan, une pierre, une harpe, une pierre, Yvon, une pierre, Lucien, une pierre, Nolwenn, une pierre, Hugo, une pierre, Léone, une pierre, Auguste, une pierre, Marie, une pierre, Fanny, une pierre, Tony, une pierre, Vincent, une pierre, un silence, une pierre, Marie-Claude,une pierre, la mer, une pierre, la terre, une pierre, le feu, une pierre, l'air, une pierre et le cercle est fermé. Mes vivants, mes morts, tous en haut, tous en bas. Pas un qui ne manque à l'appel et rappelés ce matin pour cette fin de nuit sous les étoiles, pour ce "Kan ha diskan ".
J'ai reçu tant de pierres pour mes fautes, qu'elles soient d'orthographe ou de conduite, que je les utilise maintenant pour monter des cairns. Même l'humour gène mes détracteurs et pourtant ce très jeune blog se développe vraiment très bien. Cela m'indiffère, ces contre-louanges, et les louanges ne font pas grandir, il faut marcher entre les deux,comme je l'ai écrit à un copain, ce n'est pas eux qui m'auront, c'est la vie,comme ils seront un jour, rectifiés, eux aussi, malgré leurs rêves d'immortalité. Ça peut quand même pourrir la vie, ce genre de moralisateurs. Il suffit de ne pas se laisser faire.

Je vais continuer à vous montrer des réalisations de cet été, à vous parler de Gwernig, Xavier Grall, Yvon Lemen, Kerouac, Guy Allix et peut-être un jour d'un homme discret et très connu, que je suis allé visiter plusieurs fois chez lui, Jean Rivet et, aussi, un autre jour, de François, vous savez, De Cornière. Bon mélange. Je vais encore me faire allumer, un ouvrier, un artisan ne parle pas des gens de lettres.
Mais, je vous les présenterai tout en continuant à choisir des poèmes du monde, en langue du pays, histoire d'ouvrir la fenêtre et d'élargir l'horizon.
Youenn, elle est pour toi la couronne de pierres blanches pour que tu la partages avec le Menez hom. D'accord ?
Kenavo

Roger Dautais

Photographies du Menez Hom Marie-Claude Dautais août 2009



dimanche 20 septembre 2009

àGuy Allix,
tout simplement..


























C'est un noisetier , un coudrier comme aurait dit mon grand père en le saisissant de ses mains calleuse, pour me l'apprendre.
Il est sur ma route, cet arbre,dans le bois, et j'imagine de construire une sphère avec ses branches souples. Une sphère qui m'accompagnerait pendant toute une année, traversant les saisons, les lieux, l'histoire de ma vie, aussi. Il faut que je m'y mette. Evaluer, mesurer,couper, courber, attacher, lier. La mare est là qui m'attends pour faire tremper le bois. J'aurai voulu le connaitre, Grand père, jardinier du château et sourcier de son état. Il m'aurait appris le maniement de la baguette de coudrier. Mais voilà, il est parti avant mon arrivée sur terre. A chaque fois que je travaille ce bois, je pense à lui, là-bas, en Loire Atlantique. Des le lendemain, j'emporte la sphère vers un endroit ou je sais trouver un saule de bonne taille qui me procurera des branches souples et solides pour continuer ce travail de vannier. Je travaille à l'ombre. La sphère devient un bel objet. Je me dirige vers l'estuaire de l'Orne. Lorsque le fleuve se retire, je peux écrire sur les glacis des berges. Il ne faut pas tomber, le courant ne le pardonnerait pas. Le land art se marie bien avec l'écriture et puis associer cette sphère au voyage du poète que fût et reste Youenn Gwernig, parti vers les Amériques réaliser son rêve, c'est quand même pas mal, n'en déplaise aux classificateurs qui trouveront mon rapprochement, inepte, iconoclaste. Mais le vers d'un de ces poème An Diri Dir ( c'est du Breton, les escaliers de fer), je l'emploie comme une maxime depuis le début des années 80. Ces adorateurs de Kérouac soixantehuitards dirigeants, qui roulent en 4 x 4 et nous disent comment faire pour être dans le coup, me le reprochent.
" Car il faut que chacun compose le poème de sa vie"
pas mal comme programme, non ? Guy Allix, cet autre poète authentique, oui, je suis en recherche d'authenticité, comme d'autres, d'un Mac Do, que Guy me pardonne de le rapprocher de la mal bouf, parle d'avoir appris avec une ville " à marcher sa voix". Rien de drôle, Woody Guthrie, apprenait le Boogui woogie, le cul assis sur le plancher des trains qu'il prenait, au vol, comme tous les" Hobbo " de 1929 dans le grand sud Américain pour fuir Dust Bowl, la misère du monde, la poussière, le vent, sècheresse tueuse de femmes, d'hommes et d'enfants. Ah, c'est beau la Nature et les petits oiseaux, mais bon Dieu, ce n'est pas que ça. L'urgence nous apprend ces choses, le rythme, le détachement, le souffle, en fait, c'est la vie, pour sauver sa peau, poursuivi, l'homme s'allège et garde le souffle, le rythme, le détachement des contingence. Un peu comme les sans papiers de Sangatte.
Un type m'avait qualifié de poète urgentiste, croyant m'insulter, j'avais trouvé ça, génial. Allix est un urgentiste des mots. La quintescance, l'essence, la fragrance des mots, il connait,il est de la race de seigneurs libres, des sans terre, des Gwernig. Tenez, lisez, pendant que j'écris dans la marne, quelques unes de ses lignes :

.../
Tu reprends voix dans la révolte
Tu reprends vie
Tu reprends cri

Poussé le premier mot
Arraché du sang véritable
Le poème t'avoue dans un autre lieu
Moment propice d'une irruption de vivre
d'une éclosion de souffle


Ton seul pays au dedans de ton corps étonné.../


J'ai pris cela à l'intérieur d'un poème dédié à Andrée Chedid. Ce n'est pas rien, respect au passage, Madame.

Ce don des mots, ce jaillissement de l'inspiration transcendé par une fugurance qui dépasse Allix, oui, il est bien au-dedans de ce pays où le seul repos ne peut être que la mort ou la maladie.

Le land art est pour moi, écriture dans le grand livre et tant pis pour les puristes, ce n'est pas fait pour eux. Ils sont tellement en avance, les pôvres !
Le PORTAIL DU LAND ART et son équipe de journalistes, présente et défend cet art et vous
m 'y retrouverez en catégorie pro, en très bonne compagnie. Je veux leur rendre hommage également, car nous y sommes invités, nous les artistes, gratuitement et fort bien présentés. Il suffit de chercher ROGER DAUTAIS,c'est moi et vous trouverez des détails sur ce voyage de la sphère . Cette fenêtre ouverte sur le monde m'a permis de me mettre en relation avec des artistes Américains, Canadiens, Marocains, Tunisiens, Italiens, Suisses, Allemands, Belges et bien sûr, Français. C'est un bon résultat et c'est gratifiant. Qu'ils en soient remerciés par les visites que vous leur ferez. Ils sont en lien sur mes sites préférés.

Vous voyez, le voyage,quand on y met le pied, c'est parti, déplacements, travail, installations, photos , videos, rencontres. Regardez ce qui s'est passé avec Amba Till, nous travaillons à un livre commun. Justement elle en parle de" Grand Bleu l'Extr'aime" dans son blog du Monde. C'est en lien également sur mon blog, dans les préférés, ça fait partie du jeu, le mélange des genres, le risque, la vie., en somme.
Vous voyez bien, je n'en ai pas fini avec cette histoire de land art et il faut bien que je vous la raconte.
Un jour, je vous parlerai des VACHES NOIRES, de rencontres, au pied des falaises de Villervilles, en Normandie. C'est pas loin de Deauville, vous vous souvenez chabadaba chabadaba, de Claude Lelouch , mais avant, je reprendrai le récit, pour l'achever, de mon voyage en Bretagne avec une Bretonne aux yeux bleus, Marie-Claude, ma femme. Hier, elle pratiquait le Land Art avec moi, au pied des Vaches Noires, entourée d'un groupe de 80 personnes.

Roger Dautais
" Pages d'écriture nomades "

Je vous recommande vivement l'oeuvre de Guy Allix, vous le trouvez en bibloithèque, chez les bons libraires. Le livre dont j'ai cité quelques passage : LE DERACINE chez ROUGERIE 1997 mais il en a écrit pleind'autres depuis. Recherchez le sur Google.

jeudi 17 septembre 2009

à Loulou et Jean A.
Amis Normands, sur le chemin...





L'irrémédiable joint ses forces

Tenaille ton nom courbe ton souffle


Le temps fulgure et t'étonne.

Guy Allix. Le déraciné.



Ce poème du siècle dernier, 1997, semble oublier les flonflon de l'an 2000, et la dansede feu de la Tour Eiffel, pour nous parler de la vie, telle qu' elle se présente, éphémère, dans sa nudité
Je répondais, hier à un jeune homme qui s'étonnait du mal entrepris à réaliser des installations de land art, suivi de l'abandon des ces "oeuvres" qu'il ne s'agissait pas, en fait, d'un abandon, mais d'une distance. A ceux que le blabla de l'art contemporain "bassine" et qui remplissent leurs blogs de points de vue vaseux sur le land art et prétendent que lever le bras ou faire cueillir une marguerite à un enfant pour qu'il la pose sur l'herbe, est de l'art, voire du land art, je dis,qu'ils se trompent. C'est parfaitement leur droit, mais de là à en faire une tribune, c'est un peu fort. La vie de chacun se déroule avec un parcours dont il sera comptable à la fin de la partie. Que des expériences humaines douloureuses trouvent leurs solutions dans la pratique d'un art, au point d'en devenir, le socle, c'est le cas pour moi, au nom de quoi, ces personnes se permettent-elles de juger. Certaines situations vécues sont initiatiques et transforment tellement les êtres concernés, qu'elles valent tous les diplômes de la terre. Ceux-là mêmes à genoux devant l'art aborigène Australien et qui revenus en France, refusent de partager la table de restaurant de la cantine du lycée avec un prof. de dessin, parce qu'il n'est pas agrégé, comme eux, m' intriguent par leur humanisme à quatre sous. Ceci dit, le land art, art pauvre, art marginal, art rebelle, on entend toute sorte de belles choses, est justement un art de retour aux sources qui dans mon cas, se veut libératoire. Libératoire d'énergies, propre à me garder en bonne santé, ça compte, lien, avec la Nature, Outil de communication intergénérationnel avec mes semblables, monnaie d'échange, laboratoire expérimental, "in situ " de ma propre vie, ma propre finitude, ma sénescence débutante. Qui s'arroge le droit de me juger la-dessus ? Distance ne veut pas dire , abandon, bâclage du travail, car avant la distance, il y a la compréhension de la Nature, le choix du site, l'inspiration, le choix des éléments, l'installation Land Art, proprement dite, le travail de prise de vue photographique, le tournage vidéo, ou télévisé le choix des photos, la publication de celles-ci, les expositions, les conférences, le travail avec les écoles, les lycées, les facultés, le même travail, mais à l'étranger, et puis dernièrement, ce blog., qui fait partie de la sélectio Nationale du PORTAIL DU LAND ART( à voir sur Internet Non, c' est trop facile de vivre sur des échasses et de mépriser qui se trouve sous son horizon. Tout n'est pas"bling bling". land artiste, je suis aujourd'hui et peut-être demain, mort. Alors, pourquoi garder, conserver, compter, thésauriser. Je comprends que certains voient la vie comme cela, mais qu'ils foutent la paix aux artistes. Je voulais dire à ce jeune homme de bonne famille que personne ne détient la vérité et que cette apparente vérité doit être éclairée pour ceux que la lumière n'éblouit pas. Nous avons tellement parlé de cela avec mon ami Jean, grand initié, âgé de 80 ans , sage et poète, architecte, pendant toute sa vie, ayant oeuvré à la reconstruction de Caen, ville martyre, de France, ville rasée, par les bombardements de 1944. Le détachement, il connait. Malgré son grand âge, il est venu me voir tant de fois sur des réalisations "in situ". Jamais il ne s'est étonné de voir la mer monter, et engloutir mon travail de land artiste. La mer, c'est sa vie de monter et descendre, ici au rythme des marées. Il ne manquerait plus que ça, de l'arrêter avec mon travail. De plus, il sait que le rêve subsiste dans le cerveau de l'homme. Qui sait faire rêver son prochain n'a pas totalement perdu son temps sur la terre. "onéreux" de ces peintres qu'ils Je laisse aux pseudo- critiques, aux intellectuels imbus et obtus, le plaisir d'être contents d'eux-mêmes et je retourne à mes spirales, les mêmes (quelle honte) qui me permettent de dire mon identité dans les sables . Qu'ils m'expliquent les peintures monochromes ( toujours les mêmes, quelle honte) des grands peintres contemporains et, ce qu'ils font dans les coctailsexècrent. Il faudrai que je me fasse sponsoriser par don pérignon, le faisant couler à flot, il abreuverait mes détracteurs, dans le vents d'Armorique. Lisez l'oeuvre de Guy Allix, elle ne se rattache à rien, tant elle est libre, rebelle, forte et...tout simplement humaine. Elle m'aura permis de répondre à ce jeune homme soucieux, mais je ne suis pas certain de l'avoir convaincu.
Roger Dautais
La monaie de la pièce
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Les photographies de Marie-Claude Dautais, de la série Breiz 2009, représentant mes créations land art réalisées à cet effet ont été sélectionnées par Amba Till, poète et auteur Français(voir sur Google), avec 45 autres photos, pour illustrer son prochain recueil de poésie
GRAND BLEU EXTR'AIME,
que j'ai le plaisir de réaliser avec elle. L'édition de ce livre dont elle présente des extraits dans son blog , le chemin d'agouée http://ambatill.blog.lemonde.fr
est prévue pour la fin d'année 2009.

lundi 14 septembre 2009





à Lee L. de la rue Froide à Caen

Nous voici donc, au coeur du problème. Pourquoi donc aller déranger des pierres sur une grève et vouloir leur donner un sens ? S'il s'agissait pour moi, de m'arrêter au fait d'empiler des pierres, en effet, je ferais mieux de stopper tout de suite. Mais le monde est fait de telle sorte, que, roi ou gueux, il faut bien un jour quitter le trône!
Ni courtisan ni homme de cour, mais de la race des naufrageurs qui allumaient des feux de détresse, le long des côtes Bretonnes et partaient à gravage ramasser ce que la mer restituait du butin, je me contente des restes pour en faire un festin de roi.
Cette année là, notre falaise fût généreuse, qui me rendit à la plage des tonnes et des tonnes de pierres, dans des éboulements dus au travail de sape de la mer. Cette mer que nous adorons tant, aurait-elle, elle aussi, un caractère rebelle, parfois ?
En ces lieux dangereux,( j'ai toujours gardé à l'esprit qu'un éboulement subit pouvait me tuer comme il avait tué, quelques années au par avant, un couple de scientifiques venus là, chercher des fossiles pour les besoins de leur métier. Paix à leur âme.
Que ce soit au bord de la mer, sous des falaises, dans des carrières vertigineuses, dans les estuaires, sur les rochers, dans les îles, au Sahara, dans les déserts de pierres africains, tout est danger qui nous guette. Mais qui ne vit pas dangereusement de nos jours. Regardez les pauvres traiders( Excusez ce pléonasme) comme ils risquent de tomber, parfois même, par les fenêtres. Le monde est violent, vous savez.
J'ai monté sept cairns, je vous l'ai dit, en mémoire de Morgane qui m'avait suivi partout où j'allais, sans rien me demander. Parfois, elle s'échappait sur les grèves et réapparaissait au bout d'une heure, trempée, fourbue.
Elle se perchait toujours dans les roches, comme une chèvre. Elle me regardait de ses yeux un peu triste. Moi, je savais sa jeunesse, son drame, semblable au miens. Nous étions devenus, des semblables. Alors, quand j'ai recueilli son dernier souffle, une partie de moi est restée avec elle.
Les cairns, ça raconte ma peine et que ça.
Pas la peine de philosopher, d'examiner, de faire l'exégèse de l'oeuvre, de prendre un ton pincé, d'emprunter un langage abscons, d'en trouver le symbole, de les qualifier d'art phallique ou je ne sais quoi, d'obus...Ai-je bien entendu ?
J'ai le sens de l'humour.
Ces cairns m'ont pris trois semaines de ma vie, offertes à Morgane qui m'avait donné onze ans de la sienne.
C'est simple, s'ils ne sont pas bien assis, bien montés, quand on arrive à un mètre cinquante de haut, vous avez la réponse, les pierres craquent et ça s'écroule. Il faut alors recommencer, ailleurs. Demandez à Goldsworthy, il en parle, de l'écroulement, de la perte, de l'entropie. Un landartiste est sans doute pour cela plus sensibilisé à la fragilité d'une oeuvre, d'une vie, tout simplement.
Nous ne sommes, ni des sauvages, ni des fous, ni des marginaux. Bien au contraire. La vie d'artiste, je ne sais pas ou elle est exactement pour moi, puisque je ne connais que ce mode de fonctionnement. C'est ma façon, d'être au monde, d'aller, vers la conclusion de l'histoire, sans tomber dans le panneau. Il y en a assez qui s'en chargent pour nous dire comment on doit faire pour vivre. Ce qu'il y a de bien dans le land art, c'est qu'il y a plus de gens à en parler, à écrire dessus, qu'à le pratiquer. Nous sommes donc, relativement tranquilles. A part dans mon groupe PLAGES DE LIBERTÉ, avec ses artistes Américaine, Canadienne, Anglaise, Coréenne et Française, je n'ai jamais vu un tel rassemblement de landartistes sur les Côtes Normandes. Nous avons fait la preuve que travailler en international, ça marche, ça attire des gens. Cela ne change rien à l'image du landartiste que je suis.
Un type qui empile des pierres restera tout le temps étrange. Et si l'art qui ne sert à rien,servait justement à nous arrêter un peu dans cette course folle à la consommation, au profit, à condition de ne pas, lui non plus, tomber dedans ? S'il nous faisait nous questionner sur ceux qui le pratiquent, j'aurai l'impression de ne pas avoir perdu ma vie, totalement.
Il me reste quelques belles années devant moi, pour trouver une conclusion, tout en douceur. Quelques voyages, encore, des rencontres, humaines, du travail, un peu de repos, et cela ira bien.

Roger Dautais

Série des Morgan's cairns

Note : Lee, Française d'origine Coréenne, est une des 5 artistes intervenantes de PLAGE
DE LIBERTE. Elle a participé à la performance du 5 juin 2008 Du Sang, des Cendres et des Larmes, sur la plage d'Omaha Beach, en Normandie, en compagnie des autres artiste de ce groupe que j'ai formé en 2006. Lee, est peintre, plasticienne et tient un magasin de souvenirs coréens où elle expose également ses oeuvres

dimanche 13 septembre 2009


à Manu Looten,
aux initiés, sous les étoiles...





Rêves

J'ai enterré mes rêves entre les joncs
Par cette onde nageait un poisson d'acier
De vieux idéaux s'enfoncent en la fange
Adieu le rêve où je n'étais que Feu.
Les plus claires prunelle virent au sombre
Aux funèbres chansons du vent
Ah je m'émulsionne en cendres
Et mon décès déglutit l'eau glacée ...

E.LOOTEN 1974, poésies presque posthumes.


Elle me parla d'occurrences. Je les convoquais. Paroles écrites, vie tourbillonnante, cri de vague, balancement des nuits. Elles sont bien là, qui nous parlent, nous lient, nous relient, bien au-delà du silence.

Roger Dautais
" Ne rien ajouter à la nuit, elle dort ."


LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Emmanuel Looten
(né à Bergues en 1908 - mort à Juan-les-Pins en 1974) est un poète, dramaturge et critique littéraire et artistique français.

Il est le père d'Amba Till, auteur de romans et poètesse, vivant à Biarritz, pays de son enfance.
Nous préparons, ensemble,un recueil de poèmes,
Grand Bleu Malade Extr'aimes
Ils seront illustrés par des photographies de mes créations land art, choisies par Amba Till, à cette occasion . Nous vous annoncerons, ici, la date d' édition de ce recueil.

Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, découvrez Amba Till sur son blog
Le chemin d'Agouée http://ambatill.blog.lemonde.fr/

Photo 1 : alignements mégalithiques de Lagadjar, région de Morgat, Presqu'île de Crozon, en Bretagne. Comptant une centaine de Menhirs, dont la forme anthropomorphique n'est pas sans inspirer l'imaginaire de qui les approche. De cet ensemble remarquable, se dégage, harmonie, force et magnétisme. Haut lieu druidique, j'ai chois de l'assembler aux paroles d'Emmanuel Looten. Une occurrence parfaitement justifiée. R.D.

samedi 12 septembre 2009

aux aveugles...

A la question :
- qui êtes-vous?
je voudrais répondre :
- je suis un être, un être humain.
Je voudrais que ma réponse me rende " semblable", m'intègre au monde, m'identifie, sans rien ajouter.
Être emporté par la vague, jusqu' à l'autre rive.
Tourner une dernière spirale pour rejoindre le tourbillon cosmique. Prendre le soleil pour témoin. Dire au monde que j'existe, semblable aux autres êtres.
Mais est-ce encore possible, en ces temps de contrôles permanents ?
Où sont les frontières de l'art, les barbelés protecteurs de privilèges, que je les efface.
Il faudrait inventer une parole, un geste, une attitude, pour sauver ce qui reste.
Il faudrait, simplifier le monde.
Il faudrait, aimer mieux.
Vous me rêvez, oiseau muet, je ne suis qu' un rossignol.


Roger Dautais dit " an eostig "

Le land art, bien sûr, mais sans oublier de regarder notre monde tel qu' il est

aux oracles...

" Nous sommes des abeilles de l'invisible. Nous butinons éperdument, le miel du visible pour l'accumuler dans la grande ruche d'or de l'invisible"

Ces quelques lignes de Rilke, nous lient, nous relient, de l'aurore à l'aube, d'un chemin à l'autre. Comme une vibration invisible, une fragrance de l'air, elles disent si bien l'avenir, déjà écrit, déjà contenu dans le Tout.

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


Land art : Roger Dautais
Le voyage de la sphère
Normandie 2005


Aux danseurs du Cercle Angela Duval et du Cercle de Plouha...

Fest Noz,

Girondes, elles nous emmènent vers le pays des mères noires. Elles nous charment , elles nous enlèvent. Nos danses rassemblent et parlent à nos corps vieillissants. Elles disent l'amour, au corps à coeur et la révolte lorsque nos pieds, soulevant la poussière, scandent une transe collective. Ici, la Bretagne exprime sa fierté d'être, dans le silence des mots. C'est la fête. Les sonneurs et les accordéonistes ont apporté l'alibi dans leurs étuis à musique. Nous ne faisons qu'un seul corps et le soir vient nous envelopper doucement. Le soir tombe sur le temple romain de Lanleff. De l'autre côté du mur, le diable a tremblé dans sa source. Nulle femme ne viendra, ce soir, lui vendre son enfant pour quelques louis d'or brûlants.

jeudi 10 septembre 2009





aux, conteurs et poètes de mon pays...La Bretagne



Au cours de siècles derniers, la forêt a toujours développé chez l'homme, une tradition de mythes et de légendes et celle du Huelgoat n'y a pas échappé . C'est au cour des Monts d'Arrée, en Bretagne, que l'on trouve un site dont l'origine remonte à des millions d'années. D'énormes roches granitique(d'origine éruptive), se sont trouvées empilées, les unes sur les autres, dans un chaos fantastique. Sous cet amas géant de pierres,coule la rivière du Gouet
On accède à ce lieu, sans transition. Quittant les rives paisibles du lac qui borde le bourg, après avoir traversé une petite départementale, nous plongeons dans le chaos. Il faut se glisser, se faufiler entre ces énormes cailloux et frotter notre peau à la rugosité de la pierre. Sur près de 2 kilomètres, nous descendons une vallée assez sombre et arborée . Nous découvrons un lieu magique, ce qui a donné naissance aux légendes. La Grotte d'Arthus ( comprenez, Arthur, oui, le Roi Arthur, figure légendaire des Chevaliers de la Table Ronde. Cette grotte recélait, selon la légende, un fabuleux trésor gardé par des démons qui traversaient les airs sous forme de feux follets. Le roi Arthur avait découvert ce trésor au Val sans Retour, en pleine forêt de Brocéliande, grâce à Merlin l' enchanteur(Chrétien de Troyes). Nous progressons et découvrons, La Grotte au Diable, Le gouffre de la légende de Dahut, fille du Roi Gradlon et cause de l'engloutissement de la vile D'Ys. On dit encore, que la Princesse Dahut, transformée en sirène, venait jusqu'à ce gouffre, par un très long souterrain, partant de la Ville d'Ys, pour chanter et couvrir de sa voix, les sanglots de ses amants.
Le ménage de la Vierge, la Mare aux Fées et enfin Le Chaos, oeuvre, selon la légende, de Gargantua, terminent la série des "lieux dits, avant que le Gouet, ne retrouve son cours, apaisé, au fond de la vallée.
En écrivant ces lignes, je pense à Amba Till*, auteur de romans et poète, avec qui j'ai longuement parlé de toutes ces légendes et dont l'imagination fécondes est proche de ce monde enchanté, même, si elle en parle différemment.
Nous nous sommes arrêtés à l'endroit où je ressentais le plus d'émotion, sans doute, à cause de la belle lumière qui éclairait ce chaos, face au Ménage de la Vierge. Aidé de Marie-Claude, nous avons ramassé une quantité suffisante de petites pierres blanches pour réaliser, symbole dit "Noeud Borroméen " et que les Borromés Famille de la renaissance Italienne, avait choisi pour orner le fronton de leur palais, construit au milieu du Lago Maggiore sur "Isola Bella"( Lac Majeur). Cet emblème héraldique, choisi par eux, comme symbole fort de la cohésion de leur famille, semblerait provenir d'une culture, plus ancienne, plus "Nordique" , probablement Suédoise. Le Noeud Borroméen est aussi connu, sous d'autres noms , tels que Le Triangle d'Odin ou le Noeud de Tué. Il a également été étudié par les psychanalystes et, dans un autre genre, largement repris dans les graphismes Celtes.
Je l'ai découvert lors d'un voyage en Italie, en compagnie de Marie-Claude, sur Isola Bella, en visitant l'un des palais des princes Borromée. Le lieu est paradisiaque et les capitaines de Vaporetto du lac, inoubliables !
Cette installation m'a permis de revivre notre voyage en Italie, mais aussi de revoir en pensée, les lieux dans lesquels j'ai reproduit, en land art, cette figure géométrique. Ici, au beau milieu du chaos, je voulais rendre hommage aux lieux, et aux hommes qui continuent à nous faire rêver, je parle, bien sûr, des conteurs et des poètes. Mon enfance fût peut-être sauvée, grâce à eux, en partie, tout du mois. Je leur devais bien cette installation.
Être de passage à Hueogoat, c'est pour moi, marcher sur les terres de Youenn Gwernig, natif de cette bourgade. Poète, chanteur, musicien, auteur compositeur, sculpteur. Je me souviens de ce livre trilingue An Tridi (Breton-Anglais-Français) écrit pendant son exil (volontaire) aux Etats-Unis. C'est la chanteuse Anne Vanderlove et son mari Gilles, qui me l'avaient offert, au temps, où, dans leur petite maison de Kergrist, non loin du Mémé Bré, nous parlions de ses chansons, Gilles Servat, Glenmor, Xavier Grall, devant un feu de bois. J'ai prête ce livre. je ne l'ai jamais revu et j'allais dans l'intention de l'acheter à Huelgoat. Je ne l'ai pas trouvé. Dommage. Il paraît que l'une des files de Youenn est peintre. Qu'elle le sache un jour, ces lignes sont aussi pour son père.
On ne dit jamais tout avec des mots, avec des pierres, parfois, cela peut se faire.

Roger Dautais

Le noeud Borroméen du Huelgoat

Amba Till: Rmancière et poète Basque , résidant à Biarritz. Je prépare pour la fin de l'année 2009, avec elle, un recueil de poèmes qui sera illustré par des photos land art, reprenant mes création. Vous pouvez la retrouver sur son blog http://ambatill.blog.lemonde.fr
à Hugo de Queven,

Mon cher Hugo
Si tu étais venu avec nous, à la Montagne Saint Michel de Brasparts, dans les Monts d'Arrhée de Bretagne, cet été, je t'aurai montré comment s'élève un cairn avec trois fois rien. J'avais gravis cette montagne et mes vieilles jambes me faisaient mal. Pourtant, devant un tel spectacle, il ne me serait pas venu à l'idée d'en repartir sans honorer les lieux. C'est au pied de la chapelle dominant la montagne, et sur le flanc nord que je l'ai élevé. Les cairns, c'est comme si tu voulais dire à quelqu'un que tu aimes : tu vois, je suis passé par là et j'ai pensé à toi. Là-haut, on pense d'abord au vent, car il est fort, on pense à l'air pur, on pense à la terre et l'on pense qu'ici, le feu du ciel doit être impressionnant, quand l'orage éclate. Après, tu tournes autour de la chapelle et tu regardes à l'est : le lac de Brénnilis et sa centrale nucléaire qui ne sert plus à rien ! Puis au sud, c'est une forêt, après tu regardes à l'Ouest, et par beau temps, comme hier, tu aperçois la Rade de Brest et avec tes jumelles, tu vois parfois, le catamaran d'Olivier de Kersauzon. Vers le Nord, très loin, enfin, pas tant que ça, 50 kilomètres à vol de mouette, Nord précieux et à ne pas perdre quand on est marin, c'est la baie de Morlaix.
Bon je reviens au cairn de Saint Michel de Brasparts, il est signé de ton grand-père et en plus de l'avoir dédié, aux vent, à l'air pur, à la terre rocailleuse et au feu du ciel, il porte ton nom
Cairn de Hugo de Saint Michel de Brasparts. Tu te souviendras, si un jour tu vas là-haut, même si les pierres blanches sont retombées sur le sol, elles seront à jamais imprégnées de cette histoire. Ah, j'oubliais, tu sais, le nouveau conte Bulle, une petite tzigane au pays de Celtes, illustré avec talent par Céline Lenoir(comme Muze et Potiron au Pays des Mille lacs), je l'ai écrit et situé géographiquement, autour de la Montagne Saint Michel de Brasparts. Tu verras, il est drôlement sympa. Patiente quelques mois et je vous l'enverrai à la soeur Nolwenn et à toi.
Tu vois, Hugo, écrire des contes pour les enfants, c'est bien, mais le land Art, c'est bien aussi. Ca sert aussi à dire aux gens qu'on les aime.
Ton Papy Morgane

Roger Dautais
"Lettre à notre petit fils, Hugo"

Cairn Hugo de Saint Michel de Brasparts

Photos :Marie-Claude Dautais
août 2009, pour

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

mardi 8 septembre 2009

à Gwénola et Marie, de Landévennec


Le réel ne se construit qu' à la faveur de l'oubli. Oubli de ce qui précède et s'effondre, forme ce terreau de ce qui sera.

Roger Munier
Contre jour

"Il me plait d'élever toutes ces pierres durant mes voyages. Je sais que leur destin est de retourner d'où elles viennent, comme moi et c'est rassurant. L'éphémère est contenu dans l'intention, l'avenir le confirme.
Encore voir le soleil se lever, encore partir, encore marcher en compagnie des pierres, longtemps...Le rêve à accomplir".
Roger Dautais


Netra all

Didrouz an aveliou kouezet
Mor sioulet

Gand pasianted
Emn em led ar zioulder

Ostiz didrouz
Ar mêziad frank

ha ne 'z-eus netra kén
Netra all

Nemed an dastum
Euz an êzenn-ze

A had he mouez
War mor-braz ar galon

Rien d'autre

Sans bruit les vents tombés
Mer apaisée

En patience
Se répand le silence

Hôte discret
Du vaste paysage

Et il n'y a plus rien
rien d'autre

Sinon le réceptacle
De cette brise

Semant sa voix
Sur l'océan du coeur

Jean Pierre Boulic
"Le chant bleu de la lumière
Kan glaz ar sklêrijenn "


Photos et installations Roger Dautais

Bretagne 2009 Région du Sillon du Talbert
et Presqu'île de Crozon
aux marins-pêcheurs de Ouistreham...




Je prends la direction de la grande plage et longe l'immense parking où se garent les poids lourds en attente d'embarquement sur le Mont Saint Michel, fleuron de la Brittany Ferries.
Sur mon chemin, je rencontre une belle pierre. Ce n'est pas au programme mais j'adore l'école buissonnière. L'idée d'un cairn, balisant ma route, se concrétise. Je pars à la cueillette et ramène, une par une, les pierres dont j'ai besoin. Il est petit, ce cairn, grand comme un enfant, pas plus, mais tellement fière d'allure. Une offrande au soleil levant de la planète bleue !
Faut-il se perdre souvent pour trouver l'inspiration !!!
Je reprends ma route et longe le chemin de ronde, grillagé et bardé de barbelés, du port de commerce de Ouistreham. L'immigration clandestine n'est pas souhaitée dans ce territoire. Que vaut la vie, quand, revenant de l'autre bout du monde, avec un sac plastique pour tout bagage, il faut jouer le restant à pile ou face en franchissant un double réseau de barbelés. Pourquoi cette partition du monde et qui orchestre une telle injustice ? Jamais je ne pratique le land art dans cet endroit sans penser à ces sans papiers qui passèrent des semaines dans les dunes de cette plage, démunis et transis de froid, cet hiver là, espérant, malgré tout, faire la traversée vers l'Angleterre. Le vieux Charles, spectateur et voisin de cette misère du monde, quittait sa maison, proche du lieu, traversait la route pour aller leur porter un peu de nourriture, et des couvertures. Simple geste fraternel et de pûre humanité.
Un jour, ils furent chassés, manu militari.
Loin
du land art, tout ça, mais c'est la vie.
Au bout de ma route, de grands empierrements adossés au parking, descendent en pente abrupte vers la petite plage qui me donne accès au site.
J'ai pris une demi-heure de retard, et la mer, qui monte sans m'attendre, comme elle a raison, borde le glacis où je vais opérer.
Je tâte le sable de mon talon. Il est souple, mouillé, parfait.
J'exécute ma spirale, sous un beau soleil. Le vent, une petite brise fraîche, m'accompagne dans mon travail. Un évènement va précipiter la disparition de ma spirale. La grande écluse du port, vient d'ouvrir, libérant une quantité de petits bateaux de pêche qui font la course pour être les premiers sur zone. La pêche aux maquereaux et bars a aussi ses rois de la vitesse. Ici, pas de radar. Suivent, plus lents, majestueux, la flottille des chalutiers qui va déclencher une succession de vagues d'étrave. Elle viennent s'échouer sur la petite plage et recouvrent la spirale en quelques minutes. Quel spectacle, je ne m'en fatigue pas.
Je filme la scène pour vous.
La mer monte sérieusement. Il est temps de reprendre le chemin du retour. Une fois n'est pas coutume, je vais dédier cette spirale aux marins-pêcheurs du port de Ouistreham. Un salut amical au commandant du Mont Saint Michel et à son équipage.

Roger Dautais



dimanche 6 septembre 2009

à toi, femme fidèle,
tant aimée...

Eprouvés par les précédents jours de marche et de voyage qui nous ont fait traverser la Bretagne de l île de Bréhat jusqu'à la presqu'île de Crozon, nous allons ensemble, Marie-Claude et moi, de site en site, d'émerveillements en surprises.

La Pointe de Dinan, nous apparaît, telle qu'elle est, sous le soleil, sauvage, dominant la mer d'Iroise qui a sculpté ses falaises abruptes.
Dans la première partie de l'ascension, en partant du niveau de la mer, nous gravissons une pente abrupte dont le sol ressemble à un parterre multicolore de bruyères, d'ajoncs et de fleurs sauvages. On voit bien que cette flore, cette végétation rase a du lutter contre vents et tempêtes et s'acclimater au rude climat Breton pour s'accrocher à la roche. C'est un vue rarissime, une pure merveille de la Nature, un ravissement que nous partageons à deux.
Au sommet d'une première crête, le sol devient "caillouteux" et glissant sous le pied. Dans un pareil endroit, découvrir cette immensité à la fin de la course avec une vue imprenable sur la Pointe de Dinan, nous fait poser le sac à dos et contempler le spectacle sans dire un mot.
L'idée me vient d'élever un cairn dans ce lieu et de le dédicacer aux marins.
Je l'explique à la page du 5 septembre 2009, dans un texte qui accompagne une courte vidéo tournée "in situ ".
La pointe de Dinan se révèle être pour nous, un
véritable lieu de méditation, de vie rude, de résistance pour tout le vivant.

/...*Marteze aman
E stoum c'hoaz.../

Peut-être ici
Résiste encore...


Roger Dautais
" Marche d'approche"

samedi 5 septembre 2009

La mer d'Iroise, ce jour là, nous offrait la vue paisible des ses eaux calmes. Comment, malgré tout, ne pas penser aux terribles tempêtes qui sculptèrent, pendans des millénaires, les côtes de la presqu'île de Crozon. Nous avions décidé, Marie-Claude et moi, de marcher vers la pointe de Dinan. Cette avancée fait face à la mer d'Iroise et regarde les fameux Tas de Pois, de la pointe de Pen hir, au nord ouest et le Cap de la Chèvre, au sud. Beau temps et légère brise nous accompagnent. Nous approchons du site et gravissons une pente asssez raide couverte de bruyères en fleurs et d'ajoncs sauvages. C'est un ravissement pour les yeux. Nous atteignons la crête et obliquons vers notre gauche pour accéder la Pointe de Dinan, par un sentier caillouteux et instable. Nous nous élevons encore un peu jusqu'à découvrir une large vue dégagée sur la mer, avec , face à nous, les Tas de Pois, trois gros rochers en enfilade détachés de lafalaise et qui surgissent de la mer. Sur notre droite, le chateau, , sa porte en arcade naturelle creusée par la mer et la Pointe de Dinan, blanche, escarpée, sauvage, puissante. Elle force notre respect.
Je décide d'élever un cairn "in situ " et je trouve un pierrier, à une vingtaine de mètres du socle choisi, un gros rocher blanc. Le terrain en pente ne facilite pas la tâche et il vaut mieux assurer ses pas, car une chûte dans la falaise, serait probablement la dernière, pour moi.
Ce cairn de dimension modeste, me prend une heure pour l'élever. Il est petit, trapu, collé à la pente, bien assis et s'intègre au paysage.
Aujourd'hui, de retour en Normandie, je décide de dédier ce cairn, aux équipages des Vieux Gréments de l'association VOILES ECARLATES de Cherbourg, commandés par l'ami Gérard Bourdet. En dehors du très beau travail de conservation du patrimoine naval de la Marine en Bois, Gérard Bourdet et ses hommes s'investissent dans l'aide aux jeunes en difficulté et en particulier dans la réinsertion de jeunes délinquants, accueils et encadrés sur ses bateaux par des marins bénévoles.
Cette association est basée à Cherbourg et je vous conseille de la découvrir sur son site VOILES ECARLATES

Roger Dautais
Cairn à la Pointe de Dinan Août 2009

vendredi 4 septembre 2009


Kan

Diskenn 'ra an deiz
Ha sourral <>
En amhoulou

Kement tra a steuz
'Vel gwisket
Gand eur c'hwezadenn

War an hent
E teu eur c'han

Kalon ouz kalon
A-dreuz d'an divent

Beteg talbenn uhel an noz
Mezza voce e klever ar mor braz


Jean Pierre Boulic

Traduction

Chant

Le jour baisse
Et dans l'ombre
Bruisse le vent

Tout s'efface
Comme enseveli
Dans un souffle

Un chant vient
Sur le chemin

Coeur à coeur
Croisant l'infini

Jusqu'à ce haut tympan de la nuit
L'océan s'entend mezza voce.



Douze musiciens animent, ce soir d' août 2009, le fest noz de Lanleff*. Au pied du temple romain, derrière le mur de la fontaine du diable, une ronde de 300 danseurs foule le sol poussièeux de la cour. Nous sommes, Marie-Claude et moi, littéralement aspirés par ce mouvement . Priés et invités par les danseurs, nous entrons dans la danse. Corps serrés, coudes au corps, c'est une humanité dansante qui serpente, tourne en cadence et exprime sa joie.Tard dans la nuit, nous nous laisserons emporter dans un rêve scandé qui emballe nos coeurs, pour notre plus grande joie. Après tout, nous sommes Bretons, tous les deux, amoureux de la Bretagne, et nous ne savons pas danser. Qu'à cela ne tienne, les danseurs du cercle Angela Duval, nous ouvriront le cercle, sous la plus belle voute étoilée du monde. C'est à la mémoire de la poétesse Angela Duval et à tous les danseurs de ce cercle, venant de Paimpol que je dédie cette page.
L'installation land art, réalisée sur l'ile de Brehat, en Août dernier, montre un groupe de danseurs de pierres, qui envoûtés par la musique celtique, nous invitent à les suivre dans une An Dro jusqu'à l'horizon de leurs rêves.

Roger Dautais
" Nuit celtique "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


*Le bourg de Lanleff, petite commune
d'à peine 150 habitants, est situé au sud de Paimpol, dans les Côtes d'Armor de Bretagne. Ce lieu reposant et verdoyant, possède un comité des fêtes très dynamique. Celui-ci organise des fost noz, gratuits, pendant les mois d'été, le jeudi soir. Je vous invite à les rejoindre pour vos prochaine vacances.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.