La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 16 janvier 2013

Nid au coeur de l'été
Chaman
Flotaison d'été
Joncs et buddleïas
Dérive
Mandala sur la route
Orient

Grandespirale de Ouistreham

Alliance
Franchissement

Pour Youenn Gwernig : cairn sur le Menez Hom

Liaison sur l'estran
Exil


Un incident technique me privant de la possibilité d'accéder à mes fichiers de travaux récents, je présente  une page non prévue  mais qui j'espère vous conviendra malgré tout.



aux lecteurs du Chemin des Grands Jardins...

Je ne suis pas particulièrement tourné vers le passé  mais je constate que depuis bientôt 14 années, je n'ai pas fait que de la figuration dans le monde du land art. Pourtant, je sais que je passerai sans la moindre reconnaissance officielle. Est-ce  bien là, l'essentiel quand déjà, certains des "experts de l'art" en charge de cette fonction,  ont passé. L'important aura d'avoir conquis  un public large et divers, du plus jeune au plus âgé, avec parfois le plaisir de travailler avec eux.
Tous mes voyages  à  l'étranger m'ont permis de pratiquer le land art auprès de personnes n'en ayant jamais entendu  parler, de confronter les cultures, d'échanger sur le plan artistique avec une richesse humaine et une fraternité que je ne connaissais  pas en France.
Je conserve, après ces nombreuses années de partique, hormis un physique  parfois  mis en difficulté,  la même fraîcheur, la même envie de découvrir, ce que la nature peut m'apporter. J'aime marcher, me déplacer dans le paysage et en  particulier sur les plages,  pour me mettre à sa disposition. Rien n'arrive si je ne suis pas d'abord dans cet état d'esprit, dans ce dénuement, sans idée  préconçue. L'inspiration me surprend alors que je pensais être au bout d'un processus de création. Il faut être prêt. Il faut de l'humilité dans la démarche. Il faut tout  oublier pour retrouver le nouveau geste, dépasser  l'aspect d'une pierre et lui prêter une autre vie éphémère,  parce que le rêve est présent. L'enfance est  là, en moi, qui se réveille, avec ses douleurs, ses errances. C'est elle qui mêne la danse parfois et je suis encore,  à 70 ans, ce petits garçon aux genoux écorchés qui  joue dans les ruines d'une guerre dont on  porte des cicatrices, toute sa  vie.
On nous demande de me justifier sur mes choix, mes symboles présents dans une oeuvre qui avance, au jour le jour, sans plan de carrière. Il  m'appartient de réaliser ce que je ressens, en puisant dans mes souvenirs, avec ma sensiblité. Ce qui  m'échappe dans ces gestes et créations,c'est mon inconscient qui parle et je le laisse parler. Je préfère perdre une partie  plutôt que de renier ce que je suis et certaines confrontations avec des extrémistes  m'ont laissé sur le carreau. L'important est de se relever.Je ne pense  pas qu'une vie d'artiste soit de vivre en paix mais plutôt de la préparer et cela, forcement, se paye cash.
J'aime partir. J'aime le voyage, qu'il soit lointain  ou  intérieur, ce déplacement  m'est de plus en plus nécéssaire pour continuer  une vie libre, sans rien oublier de ce qui se passe autour de moi.
L'ouverture de ce  blog me permet aussi d'autres contacts, toujours  plus nombreux, dont je vous remercie. Je lis avec intérêt et attention chaque commentaire. Ils m'ont apportés depuis ces années, beaucoup d'amitié et de chaleur humaine, ce qui prouve que le land art est aussi  un art de communication et d'échange.
J'espère être en mesure de vous présenter de nouveaux travaux la semaine prochaine.

Roger Dautais





Demain est là
Avec son cortège
De charitons chamarrés
Etrange cohorte
Etrange danse
Des jours noirs
Qui avance
Entre les épais buissons
Des souvenances.
Les mots s’accrochent
Aux portes closes
Des rues désertes dépavées.
Les fosses de l’An Neuf
Sont ouvertes.
Ils reposent sur le dos
Les gisants aux yeux
Terreux.
Ils interpellent la nuit
De leurs cris de glaise :
« Le  monde est beau,
Le monde est beau ».
Mais il n’est plus
Qu’une poignée de terre
Gelée sur leurs ventres de sapin vernis.
Enfouis, les souvenirs
De bombance et de ripaille.
Nos reliques délitées s’effilochent
Et la fraternité
Rejoint le lexique des mots déchus,
Exsangue.
Le jour saigné à blanc
Rêve d’un été plus clément. Un rêve chasse l’autre.
Les fosses recouvertes
Nous danserons
Sur nos bonnes intentions.
Nous rejoindrons l’étrange cohorte
Des veuves noires avides
D’amour et de vin de paille.
Une herbe rase
Comme une mémoire amnésique
Recouvrira nos restes
Sous la lune que
Trente Sabbats ne suffiront
A raviver. 

Roger Dautais
Aux ombres, l’An Neuf.
 en Normandie. 2013



 Les coings et le soleil ont jauni
Les étoiles sont plus brillantes
Et la lune est déjà plus froide.
La mer d’automne gémit après un amour perdu
Quand elle se retire battant le rivage.
Déborde du fond de moi le regret de l’été passé
Comme du papier déborde l’encre.

 Ataol Behramoglu
www.recoursaupoeme.fr/poètes/ataol-behramoğlu

mercredi 9 janvier 2013

L'échelle des jours : Pour Henri Droguet
Accompagnement
Zen
Guetteur de marée
Paroles rouges : pour Marie-Josée Christien
Trois soeurs
Mémoire d'hiver
Cartographie des lieux
L'attente:  Pour Shulamit Adar
Voie sans issue :  pour Edith et Maud
Résonance vitale
L'aile
Les pierres



Le cadeau...

à Vincent,  mon fils




L'école de voile est fermée comme toujours  à cette époque de l'année. Je ne verrai pas  Le Havre, aujourd'hui. L’horizon est plat et bouché. Le bruit de mes pas sur la route gravillonnée, fait écho et brise le silence. J'ai choisi de marcher  vers le Nord-Est. J'arrive sur la plage, pas un souffle de vent, en malgré les 5°, j'ai  l’impression qu'il fait presque doux. Il  y a quelques semaine, un sable fin avait tout recouvert. Aujourd'hui, je retrouve ce chaos naturel de très grosses  pierres qui ont été découvertes  par les dernières marées. C'est  un changement total du paysage. Je m'engage dans ce véritable " casse-pattes"  pour rejoindre  un autre endroit au pied des falaises,  à quelques centaines de  mètres où je trouverai des pierres  moins lourdes. La mer joue avec l'estran et pousse de très petites vagues devant elles,  à peine audibles.Ici, tout  a été nettoyé, comme  poncé, algues arrachées, par les plus fortes marées de Décembre. Les roches sont nues sur une bande de 50 mètres de large, et presque  à perte de vue.
L'endroit  me plait. Je pose  mon sac et monte le premier cairn. Le calme du grand large  m'inspire. J'ai la main, je le sens. Je trouve très facilement les points équilibre. Je monte,  pierre par pierre. Mon regard cherche alentour la suivante. J'évalue la taille,  le poids sans oublie la forme qui doit "coller" au reste. Si la base est bonne, le cairn  tient debout. Le pierres respirent entre mes doigts. Elles me parlent, je les écoute. 
C'est  un rituel qui  m'isole temporairement de  l'environnement, un véritable échange entre elles et moi, qui s'établit  jusqu'à l'achèvement. Je retiens ma respiration et respectueusement, je prends du recul  pour contempler ce cairn qui  me fait l'honneur de tenir debout. C'est beau.
Je vais ainsi travailler  plusieurs heures, sans répit autre que de  petits déplacements,  à  l'écoute d'une inspiration qui nait des lieux. Je suis transporté dans un autre monde.
Je me déplace vers  le Nord-Est, croyant atteindre  les grottes creusées dans les falaises,  lorsque je suis arrête par un ensemble de trois grosses pierres qui me permettraient de  monter,  une "Échelle des jours". C'est un cairn, qui comporte sept strates séparées  par  un  espace laissant passer la lumière et que je compare aux jours de la semaine. Particularités, c'est difficile  à monter, c'est lourd, compte tenu de mon état de santé ,c'est compliqué de trouver l'équilibre à chaque étage et en cas d'écroulement, ça peut être dangereux. Pourtant, je me lance. Je calcule bien toutes les trajectoires au plus court, pour ramener les pierres  une par une au pied du cairn. Pourtant, porter ces lourdes pierres sur  un sol aussi instable est  périlleux.  Je souffle bien pendant l'effort  pour ménager mon cœur. Les étages montent. Je me retrouve  plusieurs fois  les pieds dans  l'eau, jusqu'au mollet. C'est froid ! L'équilibre est  précaire et je dois  le  trouver  en  prenant le grand à cairn  à bras le corps grand cairn en  me servant de tout  mon poids comme  point d 'appui. Une véritable danse! 
Lorsque  je le coiffe d'une dernière pierre, je suis complètement épuisé mais heureux. Je mets quelques  minutes  à reprendre  mon souffle. Je m'assoie  pour le découvrir avec  un peu de  recul. Il s'inscrit si bien dans ce  paysage marin gris-vert. Je mange quelques dattes,  bois une gorgée d'eau et apprécie ce calme plat tout en récupérant quelques forces.
. Depuis Noël,  à chaque sortie, j'emporte dans mon sac  à dos, un livre offert par mon fils, Vincent: En Bretagne, Ici et là. Il  me tient compagnie et  j'ai décidé de faire  un cadeau à  la mer, lui offrir des poèmes de Henri Droguet. Je lis à voix haute  pour elle,  pour le cairn,  et  pour le plaisir de le faire:
" Un perpétuel ressac/ froisse et saque les thalles /rameux de goëmons/ ponce  un roc   et le vent"...
Temps consacré, temps sacré de la poésie qui s'en va rejoindre les éléments dont elle est  née. Il ne me manque rien au bonheur  lorsque je quitte cette plage. Bientôt, je retrouverai celle que j'aime et qu m'attend. Sans elle, serait-je encore ce que je suis...

Roger Dautais




Quelques paroles
sauveront
Peut-être encore

quelque chose qui bruit
comme la vie
qui creuse 
 lentement

quelque chose qu bruit
qu'on n'entend  pas.

Marie-Josée Christien
 http://mariejoseechristien.monsite-orange.fr
http://www.mondeenpoesie.net/2012/12/marie-josee-christien-revue-spered.html


PETITS PAPIERS (SOLILOQUE)


Un  perpétuel ressac
froisse et saque les thalles
rameux des  goëmons
ponce  un roc       et le vent
prend le large et malmène
la calcifiée débâcle  le labour
démantelé du ciel en démesure
qui fait merveilles
sur la mer  à n'en  plus finir abolie
par  l'ombre désirable éperdu-
ment natale
à nue  mâture on s'y livre
à la voracité...la hâte
hérissée de l'obscur


*


L’œil bouillant
l'impossible feu
chétivement trafique
et gratte à la ténèbre

funestes  portes     liquides clartés
crépine de brume  à  la nuit
ça pioche noir et dur

et l'on s'en va rêvant-
dérêvant z'à vous vives bacchantes
furibonds faunes     fraîches
nymphes    Silènes rubiconds plus  ou
moins ivres et couronnés d'épis
de  myrtes et de romarins
le sel au feu jeté
nos thrènes et nénies râlés
vous serez  menés et perdus
aux  bords de l'Orcus bitumeux


*


Celui qui veille pour qu'un feu l'illumine
gâche ses nuits :
il ne tirera  pas de lait du bœuf
il ne tondra pas la pierre

Henri Droguet  
 6 Janvier 2007
 http://www.gallimard.fr/Contributeurs/Henri-Droguet
 http://www.maulpoix.net/Droguet.html

jeudi 3 janvier 2013

Cairn du  jour de l'An
à côté de la plaque
Grande spirale de Merville-Franceville
Méridienne
Sœurs de septembre
Anneaux borroméens
Pour Raymond, simplement.

Sans issue
Composition  hivernale
Dérive violette
La déchirure
Mandala
Juste avant la nuit






à celle que j'aime...



C'est le jour de l'an. Je quitte mon quartier désert, sous  un ciel plombé. Il est neuf heures. J'ai décidé, hier, d'élever un cairn pour honorer le jour de l'an. J'ai  peu de temps devant moi et je sais  où trouver des pierres sans perdre trop de temps. Je rejoins la rive gauche du canal dont les eaux affleurent le haut des rives. Je gare ma voiture non  loin de l'ancien terminal minéralier d'une usine métallurgique entièrement démontée  pour être reconstruite en Chine, après transport en cargos. Le monde est bizarre. Il n'en finit pas de détruire des outils de travail et de laisser des hommes sur le carreau.
 Je travaille souvent dans ces  lieux,  pourtant inhospitaliers et dangereux parce que j'y suis relativement tranquille. L'eau du canal est noire. Un couple de foulques s'y ébroue en toute quiétude. Je franchis la route qui relie la grande ville  à la mer et borde  le canal. Un enclos complètement affaissé  par le passage des chasseurs, me permet de rentrer sur le chantier de concassage de béton et autres gravats qui a remplacé une partie de l'usine. C'est une vision de guerre, de chaos, d'enchevêtrement de fers  à béton, que me transporte aussitôt dans un autre monde. Je dois progresser  lentement, à cause des fers qui sont de vrais pièges. Passé ce premier obstacle, je découvre le plateau technique et ces différents  monceaux de béton concassé dont je ne peux rien faire. Le sol est détrempé, boueux, glissant. Il n'est pas rare de voir des sangliers traverser ces lieux, et leurs empreintes nombreuses  marquent le sol. J'aperçois, ce que je cherche: une petite montagne de pierres rouges qui feront mon affaire.
Je travaille dans le silence des lieux. Je commence  par disposer au sol,  une couronne de pierres d'un  mètre de diamètre, que je remplis ensuite de plus petits cailloux. Je peux  monter  un cairn, pyramidal, cylindrique  ou conique. Je choisis cette dernière forme. Je travaille courbé en deux, et mon souffle est un peu court.Je choisis chaque  pierre avec attention et respect Je fais de nombreuses poses, car, après avoir élevé ce cairn  jusqu'à 1,30mètre, j'aurai déjà déplacé du  poids!
Le cairn s'inscrit bien dans l'environnement. Petite  montagne au pied de la grande. Demain,  il sera découvert  par les ouvriers du chantier qui ne manqueront pas d'en discuter.

2 Janvier. L'idéal,  pour bien commencer l'année, après ce cairn, serait de réaliser  une spirale sur la côte. La mer est basse, cet après midi et je m'y rends. Arrivé sur les lieux, je m'équipe chaudement car il fait 7°. Ce sera encore moins, face au large, avec ce léger vent de nord est. Je traverse le petit kilomètre de dunes, recouvertes d'oyats, de rivières asséchées  à marée basse. Je monte sur la dernière dune  pour contempler le paysage. Devant  moi, une très grande cuvette comparable aux baïnes du sud ouest, garde prisonnière l'eau de mer. Je comprends, aux postes de tir creusés  dans le sable que les chasseurs s'en servent comme d'un gabion naturel. Chacun s'exprime comme  il  peut. Plus au large, la mer chante sa chanson.
Je m'installe sur  un glacis en pente après avoir inspecté le sable. En  partie haute, j'aurai du sable très souple, vers le milieu,  un sable  plus tassé, et vers le bas,  mélangé avec des cailloux, donc  plus dur. Cette spirale qui fera 48  mètres de circonférence, sera difficile  à réaliser, j'ai passerai une heure et demi à la tracer..
Je commence par planter  mon talon gauche au centre choisi et je creuse le sillon avec ce pied, en le reculant, de 30 cm  à la fois,  pendant que l'autre jambe assure mon équilibre. Bien que je connaisse parfaitement ce geste, répété depuis 14 ans, ce qui en change la difficulté est lié  à  l'âge, au corps qui s'affaiblit et à la forme physique  du  jour. Dans cet exercice, c'est ma volonté qui guide mon avance, et le plaisir de la réalisation ne vient que très tard, vers le 20ème tour, à contempler cette figure. Les derniers tours sont extrêmement longs  à boucler, d’autant que la plage est en pente. J'offre cette spirale  à la mer. Je prends quelques  photos et je la laisse  à sa vie très éphémère. Je pense  à Marie-Claude qui  m'attend et je prends le chemin du retour vers la maison
Je suis prêt, maintenant  à entrer dans cette nouvelle année.


Roger Dautais





Passage

Entrer dans la matrice
souterraine
y espérer
la lumière

en naître soudain
dans le vagissement des vagues
protégé du vent
par la mousse et la pierre

dominer les eaux et les terres
de la cime cyclopéenne de ce
sein de menthe

respirer les îles embrumées
au-delà des lits de sables

et laisser le soir apaiser
lentement
l'infinie douleur d'être
au monde


Jacques Thomassaint

Retrouvez cet auteur  : http://thomassaint.over-blog.com/10-index.html
                                   http://editions-mutine.over-blog.com/pages/Jacques_THOMASSAINT-338454.html

mercredi 19 décembre 2012

To the sea

Guetteur de marée

La souffrance de la terre

L'ultime arrimage des 436 mémoires


A la croisée des chemins

Exil

A Raymond , seulement

Ode au figuier vert

Pour Denise Scaramai :  Cercle d'amis

Lac de Lebisey

Neuf raisons  pour changer d'âge

à Karine Maussière : Serpent sur le Biez

Fratrie

Mémoire amnésique
à Mozhgan Mostafavi
Avec mon amitié



 En quête d'une terre Bretonne

Demain, je foulerai la terre de mes ancêtres. Je dois aller saluer la mer avant de la quitter. Il fait un temps de chien depuis une semaine. J'aime marcher sous la pluie. J'ai garé ma voiture,  à l'entrée d'une petites routes de terre battue. Elle mène  à la mer. Je suis  un  peu fatigué et mes pas sont courts comme ma respiration. Je marche entre les marais  à gauche et une zone de dunes de sables couvertes d'oyats. La route s'arrête et fait  place  à un chemin  bordé d'arbres couchés parles vents dominants. La zone est déserte. Promis, je ne ferai rien d'autre que de voir la mer,  l'écouter et lui  parler si elle veut bien  m'entendre. Je n'ai ni sac  à dos,  ni carnet pour prendre des notes, ni appareil photo. J'ai  un simple bâton de marche, ferré qui  me suit depuis 35 ans. Avec son pommeau ganté de cuir, cette canne en hêtre a moins vieilli que moi. Cadeau d'un ami  Breton disparu très jeune.
Je franchis la dernière dune  qui borde une immense  plage de la côte de Nacre  où le vent règne en maître incontesté. La plage est couverte de galets sur  cinquante mètres,  puis d'un sable fin qui va jusqu'au sable  mouillé. La mer est à deux cents  mètres, roulant de petites vagues  blanches nerveuses et courtes.
Je connais cette musique. Elle m’accompagne souvent lorsque je travaille sur les côtes. J'oblique vers le nord-Ouest et longe l'estran.
 J'avais 56 ans  lorsque je me suis mis  à pratiquer le land art, sans l'autorisation de qui que ce soit, un sacrilège pour certains. Demain, je fêterai mes 70 ans. Jamais je n'aurais cru  y arriver tant les coups durs me sont tombés dessus, pendant cette période. A chaque fois, passés et digérés, je reprenais la route,  pour me garder en vie,  pour renouer ce lien si fort qui  m'attache  à la nature depuis le 20 Décembre 1942. Déjà,  à  l'époque,  il n'était pas donné de vivre. Naître en temps de guerre n'était pas  un cadeau et il fallait aussi, avoir  un  peu de chance.
Je me suis je té  à corps perdu dans cette pratique du land art. Ce que je donnais  à la nature, elle me le rendait, avec ce sentiment d'être pleinement vivant et à  ma place.
J'ai appris  à élever des cairns immenses,  à côtoyer des fleuves,  à travailler sur leurs rives. J'ai foulé les sables de mille plages, en France,à  l'étranger. J'ai compris les saisons qui  me passaient entre les mains, comme les années normales, assez détaché de cette notion de vieillir,  sans le regretter. J'ai  pris des risque physiques, j'ai connu des blessures sans jamais en vouloir  à cette nature qui  me remettait en place. Et  puis est venu  le temps où  l'on s'aperçoit que marcher, est plus difficile, escalader,  plus dangereux encore,  porter lourd,  impossible, parce que le corps ne suit plus. On dirait que la ligne droite va s'arrêter, mais qu'avant, il convient de la parcourir jusqu'au bout, le mieux possible et c'est ce que j'envisage de faire.
Alors, j'ai décidé d'aller confier tout cela  à la mer, car je la sais d'une immensité capable d' absorber  toutes les mémoires de la terre.
Quoi de mieux qu'un temps d'hiver, froid,  pluvieux et venteux  pour réaliser ce souhait avant de rentrer  à la maison. C'est ce que j'ai fait, les yeux dans les vagues blanches déferlantes, bercé par cette petite musique intime.
Le vieil homme et la mer,  oui, je sais...mais cette fois, j'ai emprunté  à Hemingway, une conclusion qui  me va bien. ce soir, avant de retrouver tous les miens en Bretagne
Joyeuses fêtes de fin d'année  à tous et  rendez-vous en 2013

Roger Dautais




ENTRE NEIGE ET NUIT

Entre neige et nuit
je glisse murmures lents

l'émanation des ombres
volutes, flammèches, fumerolles
mes aspirations

Tout ce qui s'efface
apparaît disparaissant

ainsi cet arbre, ainsi ton corps
ma main

évasive, soulevée, reperdue

à la lisière du gris
 calme ouvert.

 Ida Jaroscheck
extraits de " Survivances de la neige"  Inédits

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.