La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mardi 7 juillet 2009


"Rien ne me consolait de cette soudaine solitude, pas même le cri des petits rapaces au dessus de ma tête, ni ton souvenir. Je décidais d'élever un cairn, dans cette zone rocheuse de la carrière abandonnée. Une fois élevé sur une de mes " pierres de silence" , le cairn avait fière allure. Il garderait le souvenir de mon passage, ici, et serait le gardien des lieux, pendant plusieurs années, probablement, si les chasseurs le laissaient vivre sa vie . Je me suis mis à ramasser des brindilles sèches. Je les ai disposées au pied du cairn, puis j'ai allumé ce feu de solitude.
Autrefois, à Brest, dans la lande qui surplombait la Penfeld, en compagnie de Lola, tu pratiquais le même rituel, Fils, pour que la nuit soit moins longue, pour qu'elle revienne vite, cette femme aimée, pour combler ton attente, aussi.
Rien ne changeait donc, sous ce ciel plombé. Il me fallait, encore et encore, renouveler ce rituel. J'ai suivi des yeux, cette fumée s'élever dans le ciel, traverser le territoire des petits rapaces et monter à la rencontre de la nuit. Bientôt, elle m'envelopperait,jusqu'à la cécité, sur le chemin du retour.

Roger Dautais
" Murène des falaises "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

lundi 6 juillet 2009



"Une plage, la mer, un port, des ferries, un cordeau, deux cannes pour me servir de piquet,une spirale, une ligne tangente de 90 mètres, voici ce que j'ai à offrir aujourd'hui aux lecteurs du blog d'Emmanuel * puisque cette création a été réalisée pour eux".
Lorsque j'ai filmé cette installation, la mer commençait à monter et sur la photo , on voit bien que la tangente commence à être recouverte par les eaux.
* Voir dans Sites recommandés : Land art environnemental
Roger Dautais
" Land Art in France "
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

- Dis, Raymond, l'hiver, tu penses à elles ?
- Oui, surtout quand il neige.
- Et la nuit ?
- Oh ! Oui, la nuit je pense à elles
- Et en automne, Raymond, lorsque les feuilles des érables, sont rouges, dans le parc ?
- Pareil !
- Pareil, quoi ?
- J'y pense aussi.
- Et quand les primevères sauvages recouvrent les talus, en Normandie, tu y penses aussi ?
- Bien sûr, j'y pense !
- Raymond, dis moi, lorsque les coquelicots poussent parmi les blés, tu y penses à tes étoiles tombées du ciel ?
- Oh !Oui, j'y pense même en regardant les coquelicots.
- Tu y penses toujours, après tout ce temps passé, Raymond ?
- Oui et j'y penserai jusqu'à la fin de ma vie.

Roger Dautais
" Raymond, fidèle mémoire "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Si les pierres pouvaient parler, elles te diraient, ici, ce que j'ai voulu enfouir de moi même, sur cette petite plage Normande, bordée de falaises. Je me souviens, lors de la construction de ce gisant de pierres, d'avoir parlé des constructions Inuït, appelées "Inuksut"avec un inconnu. Cet homme les avait vus dans le grand nord Canadien. Il me disait la chose suivante : Celui qui croise un Inuksut sur son chemin, il ne voit pas simplement un tas de pierres destiné à cacher de la viande ou bien encore, à servir de piège pour la chasse, il y voit aussi la preuve d'une présence de pensée humaine l'ayant précédée à cet endroit
J'ai eu la chance, il y a quelques années, de parler avec un Inuït, sculpteur , venu en Normandie pour élever un Inuksut à la mémoire de ses frères combattants, morts sur une des plages du Débarquement, au Mémorial Canadien de Courseulles sur Mer. Nous avons échangé autour de la symbolique des pierres. Nous étions étonnés, en regardant les photos de land art que je lui présentais de voir combien nos deux pratiques artistiques, pourtant si différentes par nos cultures, comportaient des points communs. Nous parlions bien de ce questionnement autour de la disparition.
J'ai repris ce thème du gisant, je l'ai réalisé, accompagné de véritables rites de crémation dont je parlerai plus tard. Mes gisants, ont été de pierres, de sable, de papiers, de laisse de mer, de bois flottés, de brindilles ou de feuilles, toujours porteurs de cette même question, pourquoi mourir ? Et j'ai toujours ressenti le même respect, la même gêne à leur côté. Je montrerai, un jour, la série des Gisants de Sallenelles, accompagnée de textes expliquant bien ce grand passage qui dans leur représentation, en ces lieux déserts ont rarement laissé indifférents les quelques spectateurs de cette scène. Bien sûr, elles sont loin de mes compositions à base de fleurs ou de végétaux mais elles procèdent de la même démarche : traduire, dans un lieu donné, à un instant donné, des sentiments nés d'une émotion, avec les matériaux trouvés sur place. Le mot éphémère s'applique ici à la représentation d'une fin de vie et me renvoie à ma condition humaine.

Roger Dautais
" Le gisant de Pierres"

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

dimanche 5 juillet 2009


.../
J.D. - Combien de cairns aviez-vous construit pendant ces 3 semaines du printemps 2007 ?
R-D. - Sur la côte Normande, sept ou huit, je crois.
J.D.- à quel endroit ?
R.D- à 15 km au nord ouest de Caen, dans le Calvados.
J.D. - C'est un gros travail. Quelle dimension faisaient-t-ils ?
R.D. - Entre 2.20, pour le plus petit et 3.30 mètres, pour le plus haut, après il y a eu encore une série de plus petits, mais dans un autre lieu. Il faut compter 2,5 tonnes de pierres par mètre élevé, ce qui veut dire, pour le plus grand, 8 tonnes et demi de pierres charriées. Et, dans ce cas, je dois me servir d'une échelle pour bâtir au dessus de 1,70.
J.D - Ou avez vous trouvé toutes ces pierres ?
R.D. - Sur place, dans un rayon de 30 mètres. Cette année là, de grosses tempêtes avaient provoqué des éboulement de falaise. J'ai exploité ce phénomène naturel d'érosion.
J.D. - Que voulait signifier cet énorme travail ?
R.D. - Il me servait à marquer le souvenir de Morgane, ma petite chienne, noire et feu. Je venais de la perdre. Elle me suivait partout dans ma pratique du land art. Après sa disparition, je n'ai plus travaillé de la même façon. Tous ces cairns ont porté son nom.
J.D. - Que sont devenus tous ces cairns ?
R.D. - Les fortes marées et le mauvais temps ont fait que la mer les a tous abattus, un par un.
J.D. - Vous le regrettez ?
R.D. - Non, pas du tout. Le land art est un art éphémère. Il est normal d'accepter la loi de l'entropie naturelle. J'ai tellement fait de choses depuis trois ans. Et puis, je ne sais plus si, physiquement, j'en aurait encore la force, aujourd'hui. C'était une chose à faire, au moment de sa disparition, je l'ai faite.
J.D. - Avez-vous vu beaucoup de monde pendant que vous construisiez cette série ?
R.D - Pas tellement de monde...Des marcheurs. Ils s'arrêtaient pour me demander des explications. Ils voulaient savoir si cela était solide, quelle hauteur cela faisait, terminé et les prendre en photo. Cela se passait très simplement, vous savez, ce n'est pas un numéro de cirque.
J.D. - Après cette série "côtière et maritime" avez-vous continué, ailleurs.
R.D. - Oui, j'ai continué, différemment, en France mais aussi en Afrique du Nord, dans le Sud du Maroc, le Sud et le Nord de la Tunisie.
J.D. - Avez-vous des préférences entre ces pays.
R.D. - Non, je n'ai pas de préférences, chaque création, chaque rencontre avec les berbères, par exemple, m'ont marquées et ont fait évoluer ma façon de voir le monde de façon, plus fraternelle, encore.
J.D. - Voulez-vous ajouter quelque chose ?
R.D. - Pour ceux qui lirons votre interwiew, je leur dirai d'essayer de pratiquer le land art, là où ils sont, en comprenant bien ce qu'ils font, en respectant la nature. C'est un art universel, un moyen de communication extraordinaire, une façon de s'exprimer, spontanément, qu'il faut expérimenter. C'est une recherche d'équilibre qui, dans notre monde survolté et pressé, apporte calme et sérénité. Enfin, pour moi, voilà plus de 10 ans que celà dure, alors pourquoi ne pas essayer.
J.D. Merci à vous, Roger Dautais, et bonne route;
R.D. Merci. Kenavo !

J.Dubois
" Interview de Roger Dautais sur sa série
des MORGAN'S CAIRN réalisée au printemps 2007 "

samedi 4 juillet 2009


"Telle une fontaine élevée sur tes pas, entre vents et marées, dans l'estuaire de tes escapades.
Qui de l'un ou de l'autre attendait l'heure du retour ? Nous avons arpenté les herbus, couru les grèves, longé les rives du fleuve, du matin au soir, partageant le territoire des oiseaux de mer et notre vie s'est construite autour de ce voyage en commun, jusqu 'à ton départ. Après, vint le temps de cairns en mémoire de toi, Morgane".

Roger Dautais
Morgan's cairn N° VIII

mercredi 1 juillet 2009


Il fait très chaud ce matin. J'ouvre l'un de mes carnets rouges. Je lis.
- Won Kar Wai, vous connaîssez ? - Non. - Mais si, écoutez.
Elle écoute.
- Ah ! Oui , In the moon for love
- Ca vous évoque quoi ? - Je ne sais pas, la pluie, peut-être, des fleurs, aussi. - et puis encore ?
- La nuit, une lumière au néon...Un très joli film...Oui
Elle ferme les yeux.
Dans le marais, trois triangles s'en vont flottant, comme des souvenirs.

Roger Dautais
" Carnet rouge "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


à Marie-Claude.

L'air vibre de chaleur, un zeste d'orange frôlant les vagues, suit la marée descendante. Au bout des suspentes, un parapentiste joue à l'oiseau avec son aile colorée. Il a un moteur à hélice dans le dos. Il m'aperçoit, fait un quart de tour à droite et me survole. Bientôt, il est est à 20 mètres au-dessus de ma tête. Il décrit des petits cercles pour mieux voir la spirale que je termine de tracer sur la plage. Il joint le pouce et l'index de sa main droite et me fait signe que c'est bien. Je le salue d'un geste. Il reprend de l'altitude et se dirige à nouveau vers le bord de l'eau. Mon esprit s'envole. Il ne faudrait pas. C'est toujours comme ça, les rêves éveillés. 1967, 1er juillet en Bretagne, tu es si belle sous ton voile de mariée et tes yeux, bleu de mer... Je trace 12 étoiles sur le sable et je nomme quatre mois, Février, Juillet, Septembre et Décembre. Un carré d'as envolé. 2009, 1er Juillet. Je suis seul, sur cette plage. Tu m'attends, là-bas. Aujourd'hui, encore, pour la circonstance, la mer a pris la couleur de tes yeux. Je t'aime.
Roger Dautais
" jour anniversaire "

mardi 30 juin 2009




"Le miroitement des ombres nues qu'habillait la présente pensée d'un ailleurs proche, m'ouvrait les portes d'une mémoire amnésique"

Roger Dautais
"Mémoire amnésique"

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

lundi 29 juin 2009




Le PORTAIL DU LAND ART présente cet été LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS, visitez le et découvrez avec lui" Le voyage de la sphère ".
Merci à toute son équipe. Retrouvez-les sur :
Site www.landarts.fr
Blog http://actu.landarts.fr
annuaire www.landarts.info

Les photographies et les textes de ce blog ne sont pas libres de droit. Merci de me contacter sur roger.dautais@numericable.fr

Jeu d'été
"Ecarter, d'un large revers de main, les lentilles d'eau, sur la mare. Poser trois brins de roseaux en triangle. Entourer le tout de fleurs de pois de senteurs sauvages cueillis dans la friche située au dessus de la voie ferrée".
Roger Dautais
Le triangle

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

dimanche 28 juin 2009

Pour réaliser cette spirale de 12 m de diamètre, en ce lieu, il faut, du beau temps, et un coéficient de marée assez élevé sans, quoi la plage n'apparaît pas. Elle reste difficile d'accès, voire dangereuse par mauvais temps et très inhospitalière par vent de nord. Mes installations ont une durée de vie de quelques heures, seulement. L'entrée du port est très animée par les aller et venue des chalutiers, des plaisanciers. Le port de Ouistreham est aussi un terminal pour les ferries de la Brittany Ferries qui transportent plus d'un million de passagers par an. Malgré celà, cette plage est très souvent déserte et j'y travaille lorsque les conditions sont bonnes.

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


Comme tu me disais, en te penchant sur moi à Pell well: " il ne faudrait pas exagérer! Pendant ce temps, la mer monte".
Roger Dautais
" Vacances avec elle "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

samedi 27 juin 2009






Toujours ces traces
Invisibles,
Ces battements d'ailes,
Cette vie
Qui passe.
Toujours ces images sans fin,
Ces horizons basculés
Et le cercle de nos certitudes muettes
Pour dernier jardin.

Mémoire fugace d' un trait d'esprit...Mouvantes pensées. Danger des mêmes sable. Silence de la Mer quand elle se retire.Et la vie...Pareille

Roger Dautais
" Toujours ces traces "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

jeudi 25 juin 2009


J'attends l'orage. Je me suis assis au pied du hêtre. J'ai pris le livre de Prévert, au fond de mon sac à dos. Je l'ai ouvert au hasard. Une voiture passe sur la route. Je lis :
FATRAS "
S il n'y avait que sept merveilles "du monde" sur la terre, cela ne vaudrait pas la peine d'y aller voir"
et plus loin
"
Le moindre grain de sable est grandeur nature. Mais la nature n'est pas mégalomane : elle est nature.
Je regarde mes sphères, au pied du grand arbre. Grain de sable ou bien grain de folie ? Dans chacune d'elles, la promesse d'un monde meilleur.

Roger Dautais
" Les sphères "

Dans mon dernier carnet de juin, j'ai noté, hier, au milieu du bois des Bruyères:
"Perdre l'essentiel, pour ne jamais oublier la source."
L'eau ne coule plus entre les pierres, les coupes de bois ont été enlevées, les ronces envahissent les chemins, les châtaigniers sont pleins de promesse pour l'automne, les blés sont verts à l'orée, mais la sècheresse s'installe. Elle a tari la source.

Roger Dautais
" La maison de l' hermine "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

mercredi 24 juin 2009




"Les guetteurs du bief".

Pour Emmanuel Prunevieille, guetteur de l'aube..

"à cet endroit , le fleuve est détourné par un bief, à droite du déversoir, afin de desservir le moulin à eau, situé en aval. L'hiver, ses eaux gonflées par les pluies, rendent le lieu impraticable.Mais chaque été, j'y retourne, lorsque le niveau baisse, pour élever de petits cairns dont la mission est de surveiller le fleuve. Il y a 7 ans, je participais, ici, au tournage d'une scène * sur le land art et j'avais dédié mon travail à Ana Mendieta. Cette fois, encore, il s'agissait de cairns élevés dans le fleuve que j'avais entouré d'une pluie de pétales de coquelicots, emmenés par le courant et se perdant à l'horizon. Je symbolisais ainsi, les menstrues d'une femme qui la rattachaient à la Terre-Mère, avec l'aide du fleuve. Mendiéta, grande prêtresse du land-art latino-américain des années 70 continue de m'inspirer grand respect et sa fin tragique, m'attriste. Chacun de mes voyages, aux portes de la Suisse Normande, réveille en moi, son souvenir".

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

* le film accompagne le livre Fol'Art aux Editions Syllepse Paris.

mardi 23 juin 2009


Tu tends
tes mains vers le ciel
pour le saisir
et tu n'attrapes
que vide
et déception

Dans le bleu acide
les hirondelles
te donnent
une leçon d'humilité.


Roger Dautais
"au dessus du cairn, l'azur "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

à Sylvain Arbez...


" Le vent est au Nord, la mer est grise, moutonneuse, agitée. Demain, il fera moins beau. Tout le travail de ma journée s'est inscrit des deux côtés de l'épi rocheux qui sépare la grande plage de Ouistreham, du chenal maritime par où, entrent et sortent les Ferries de la Brittany Ferries. Lorsque le coefficient de marée est assez fort, il se dégage une petite plage en forme de glacis, avec une légère pente de 15°, reliant les roches à la mer. Le sable y est un peu granuleux mais souple, donc propice au tracer d'une spirale. Cet après-midi, un vent qui oscille entre force 4 et 5 , rend le travail plus sportif, plus essoufflant et la mer, pourtant si calme ce matin, ajouté au bruit du vent, fait un vacarme du tonnerre.
J'aime cet endroit, un peu dangereux, pour qui ne le connaît pas bien, mais très " vivant ". Seul, un pêcheur partage mon territoire. Il s'approchera d'ailleurs de la spirale, une fois terminée et nous discuterons du sens de ce travail qui représente, pour moi, le temps qui passe, avec entre les parenthèses, le temps présent, en amont, le passé et en aval, le futur. Le paysage marin a cette surprenante caractéristique de changer en une journée, de lumière, de ciel, de configuration du terrain qu'il est presque impossible de prévoir ce que pourrai faire avant de me coltiner aux éléments et je ne ressens jamais cette force ailleurs, à part, peut-être, en montagne. Il faudra que j'en parle avec mon ami, Sylvain, le "Jurassien".

Roger Dautais

" Sur la route des Ferries "
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


dimanche 21 juin 2009



"N'allez pas chercher plus loin que la mer, c'est elle qui m'inspire. J'ai passé des nuits blanches, la tête dans les étoiles, traversé des déserts, je me suis perdu en forêt, j'ai couru pieds nus sur les grêves Bretonnes, en hiver, mais je suis toujours revenu vers elle, cette mer d'où nous sommes issus".

Roger Dautais
" Retour à la case départ"

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Wir leben
von den Entfernungen.

Der Tod

Kommt uns vor

So weit wie der höchste
Stern.

Ein Geschäftiges der natur
setzt Mabe in uns.

Les éloignements
nous font vivre.

La mort
nous paraît
aussi lointaine que la plus haute
étoile.

L'empressement de la Nature
met en nous la mesure.

Extrait de ESPACE SANS PAROI
de Ernst Meinster

Photo: Roger DAUTAIS . "Décembre à part "

"à Marie-Claude"

Au bord de tes yeux,
bleus comme la mer
,
je compte les années
et je t'aime
encore plus.

***


Le solstice d'été
n'arrêtera pas le décompte.
Partir,
n'est pas de mise.
Il faut savoir aimer,
longtemps.
Nous cheminerons ensemble,
Semant le doute

Autour de nous...
Après,
La terre recueillera nos cendres,
Pour qu'il ne reste rien d'autre,
que les saisons.

***

En fin de compte,
il manquera toujours une seconde...
la dernière.

Roger Dautais
"Solstice d'été"

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS 21 juin 2009

vendredi 19 juin 2009


"Toute traversée supplémentaire semble, maintenant, impossible. Aucune réponse ne peut convenir".

Roger Dautais
" Passeur de printemps "
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Les photographies et les textes de ce blog ne sont pas libres de droit. Merci de me contacter pour toute utilisation sur roger.dautais@numericable.fr


"J'ai fait le geste de poser, tu regardais ailleurs. Puis, il est venu le temps de repartir ensemble, à la maison. Nous avons laissé, ce jour là, un souvenir aux oiseaux de passage, dans les arbres et sur la dalle de béton".
Roger Dautais
" Indifférence "
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


- C'est par où, le Tibet ?
- Tout droit, lui ai-je répondu.
"L'homme s'est éloigné en marchant sur l'étroite bande de sable située entre la mer et les falaises. J'ai continué mon travail en ramassant des pierres dans les éboulements de roches. Lorsque j'élève des cairns, comme je l'ai encore fait, hier, les promeneurs me font souvent allusion au Tibet. De nombreux peuples sur la terre, élèvent ce genre d'édifices. Mais hier, en bâtissant ces deux cairns, c'est à Matmata, la déserte que mon esprit s'est envolé. Matmata, sud Tunisien, été 2007, accueil berbère et pierres élevées, comme une prière muette, à deux pas des tombes, au milieu des montagnes. J'ai regardé la mer emporter le premier cairn puis j'ai quitté la plage".
Roger Dautais
" Incantations berbères "
Le CHEMIN DES GRANDS JARDINS
Note : Hauteur des cairns, env.2.10m.

à découvrir, deux artiste du land art dont la pratique sert la cause de cet art :
nature-art.blogspot.com/
et http://galerie.sylvainarbez.com/

mardi 16 juin 2009


Lues dans "Fatras" de Jacques Prévert , ces quelques lignes :

Mangez sur l'herbe
Dépêchez-vous
Un jour ou l'autre,
L'herbe mangera sur vous

et puis encore, quelques pages plus loin :

Le temps
Mène la vie dure
A ceux qui veulent le tuer...

"Je me souviens de lui, retrouvé allongé sous un petit menhir, à Omonville la Petite, dans le Cotentin. Un jour de printemps, nous lui avions déposé un bouquet de fleurs de champs sur le ventre pour le remercier d'avoir accroché des étoiles dans notre ciel".

Roger Dautais
" souvenirs pour nous deux"

lundi 15 juin 2009


"J'aime l'idée, dans cette spirale déployée, de cet enlacement qui rapproche le mort du vivant, l'humus, des racines, le regard, de la verdure et le chant de l'oiseau, du ciel. Cycle d'une éternité bien éphémère"...
Roger Dautais
" La vie, en continuant de marcher"

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

samedi 13 juin 2009




Dans son livre "Errance"(édit. du Seuil Oct.2000) Raymond Depardon écrit : "l'homme d'images est habité par le doute et rien ne vient le rassurer. Le champ d'investigation du regard est très large, c'est sans fin".
Je ressens cette inquiétude lorsque je pars pratiquer le land art. Je suis à l'affût et rien ne me prédispose à arrêter ici plutôt que là sur cette immense plage de Ouistreham, où la température un peu fraîche explique qu'elle est à peu près déserte. En lui même, le tracer de la spirale de 24 tours et 12 m de diamètre me prendra 1 heure et demi et il me faut "sentir " le sable sous le talon. Il m'est tellement de fois arrivé de faire demi-tour pour réaliser autre chose de plus petit, que je ne sais pas pourquoi je décide du lieu et attaque le travail, très physique. Très sensible à la lumière, au vent qui "la mange", s'il est trop fort, à la puissance de la marée, tous ces paramètres rentrent certainement en ligne de compte et me mettent dans un état de tension qui ne cessera qu'après ce travail éphémère terminé et offert à la mer. En ce sens, comme Depardon ( que j'admire) c'est dans un état de doute total où aucun des ces éléments ne parvient à me rassurer, que je vais oeuvrer dans cette immense paysage marin, avec un grande sensation de solitude. J'ai, en dix ans acquis une grande maîtrise dans le tracer de cette figure mais celà ne suffit pas non plus. La sérénité ne vient qu'après les photos prises, avec un sentiment de délivrance.

Roger Dautais
" La spirale de Sword Beach "

mercredi 10 juin 2009




"Certes, je pratique le land art avec passion, mais ceci n'est qu'un jeu face à la dure réalité du monde, tel qu'il va. Je cherche, dans mes installations, à confronter l'impertinence de mes rêves à la réalité des lois de l'équilibre. J'essaie, dans la mesure du possible, d'établir une correspondance entre idées et matériaux, restant le médiateur de cette alchimie toute personnelle. Tout me parle dans la nature, mais j'aime aussi rentrer à la maison sans avoir fait rien d'autre que de la contempler. Ce n'est que partie remise. Entre l'ombre et la lumière, s'ouvre un nouveau jour, avec d'autres terrains de jeu, des paysages aux allures changeantes qu'il me faudra appréhender, comprendre, arpenter pour saisir le petit détail d'où naîtra l'idée d'une installation, ici et maintenant, "in situ", éphémère, dans la solitude du questionnement, parce qu'à ce moment,ma vie sera là, et pas ailleurs. Restera le geste de prendre la photo et de partir, sans se retourner, sans regret, déjà dans l'idée de bâtir autre chose, plus loin, plus tard. Voilà comment je conçois le land art, tout simplement".

Roger Dautais
" entre l'ombre et la lumière "
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
à Marie-Claude.

Mes soleils rouges ont disparu dans les entrailles de la Terre Mère pendant que mon talon ouvrait le sillon dans les plaines arides, sous les huées des corbeaux. La neige a recouvert la grande cicatrice et le vent glacial a réduit les mottes jusqu'à l'épuisement des pigris affamés par l'hiver. Je suis allé chercher décembre,tout bord de la mer, je n'ai trouvé que des horizons basculants, sous les embruns. Au-delà, bien au-delà de tes yeux, de ton regard bleu, Orion flambait mais les aurores rouges ne calmaient aucune douleur. Un cri déchirant montait dans la nuit, écartait les barreaux de la cellule. La voie royale s'estompait et laissait place au jour. Le tourbillon infernal reprenait dans la solitude et l'effarement, puis, le rien se mettait à battre au tambour des tempes. Nul autre que toi, sur cet horizon basculé, rien que ton image froissée dans mes mains et la secrète pensée de te retrouver dans l'au-delà de ma folie, avant l'arrivée des brutes en blouse blanche.

Roger Dautais
" Aux aveugles "extrait de : Pourquoi je pratique le land art
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS




"Sur la route, le chemin ou l'estran, je me suis toujours laissé inspirer par des cueillettes de hasard qui me permettraient, dans l'instant, de dire l'essentiel avec peu".

Roger Dautais
" les cueillettes de hasard "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

mardi 9 juin 2009


"Je n'ai gardé que le secret d'une blessure et des histoires maintes fois racontées qui me rattachent au passé. Il n'y a pas de frontière entre nuit et brouillard. Je marcherai dans la mémoire, jusqu'à la fin".

Roger Dautais

"à Raymond A. rescapé de la rafle du Vel 'd'Hiv. de juillet 1942 et aux nombreux membres de sa famille , morts en déportation "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

à Marie-Claude

"Patience...écoute,
la prochaine vague
nous apportera bien
un peu d'espoir,
si ce n'est, un autre rêve
que de voir

une vague de plus,
tutoyer
nos pieds nus

et rejouer pour nous,
l'éternelle ronde
des écumes sauvages"

Roger Dautais
"
extrait de : Un jour sans elle en Normandie"
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

" Et voici que sur la rive advient le temps du choix. Un lieu va devenir, dans ce paysage marin, lieu de prédilection. Entre deux eaux, les hautes et les basses, sous un ciel gris comme vase, j'ai tracé le cercle d'herbes et d'algues, de vent et d'attente, non loin des pierres silencieuses, a demi enfouies, qui savent les secrets du fleuve. Elles ont vu ses remous meurtriers quand la mer s'y engouffre. Ici, tout geste devient symbolique et celui-ci se veut, d'apaisement envers la mer, grande prêtresse du lieu, pour l'avenir".

Roger Dautais

" Le cercle vert "
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.