La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

jeudi 9 septembre 2010











To the sea,

à mon père...






Samedi 4 septembre 2010, je roule vers le port de Ouistreham. Le temps est couvert. Il souffle un petit vent de nord-Est. Avec un peu de chance, je verrai le soleil dans l'après-midi. Les vacances sont terminées et la plage s'est vidée de se touristes.
Je travaille par 49°17' N et 0°15' O. Je me dirige à l'extrémité Est de cette plage, non loin de l'épi rocheux qui borde le canal maritime d'entrée des Ferries jusqu'au terminal d'embarquement. Il me reste trois heures avant la haute mer, deux, à l'endroit où j'ai posé mon sac à dos pour tracer une spirale. Pour répondre à Eléonore qui m'écrit du Canada, dans un commentaire sur ma précédente page, oui, c'est assez difficile de réussir ce genre de figure qui fera quand même
45 mètres de circonférence lorsqu'elle sera terminée. Je travaille sans repère ni outillage. Je cherche le meilleur endroit en testant la qualité tu sable qui doit, être mouillé, mais ni trop dur ni trop mou. Je ne peux réussir ces spirales sur toutes les plages. Aujourd'hui, la présence sympathique d'un club hippique pour ados, me complique un peu la tâche car les moniteurs qui me connaissent, viennent me visiter et tournent sur le glacis que j'ai choisi. Je peux vous dire qu'une quinzaine de chevaux, même au pas, ça laboure le terrain et je dois, avant de commencer, reboucher tous les trous faits par la sabots de cheval.
En principe, avec la mer à 50 mètres de moi, j'aurai largement le temps de finir avant qu'elle ne recouvre mon travail. Je plante mon talon gauche dans le sable et je commence. Celui-ci, agit comme un soc de charrue. Il faut maintenir le pied dans un bon angle d'attaque. Trop à plat, il ne rentre pas dans le sable et le sillon ne se verra pas. Trop à angle droit par rapport à la jambe , il rentre trop profondément et rendra l'avance, impossible. La jambe droite assure l'équilibre du corps qui est courbé vers l'avant, la tête vers le sol, car je dois vérifier le parallélisme du sillon et le rectifier avec mon pied gauche qui pivotera de droite à gauche, pour rectifier l'erreur éventuelle. La jambe droite, va chercher un appui à 40 cm derrière le pied gauche, s'ancre solidement au sol puis toute la force se reporte sur la jambe gauche qui tire mon pied vers l'arrière. La coordination des ces deux mouvements donne naissance à un rythme qui lui-même s'accorde avec la respiration. La vue ne sert qu'à vérifier le bon déroulement de la manœuvre et pendant cette avancée, je m'extraie du paysage. Très rapidement, les crampes dans les jambes et le mal de dos apparaissent car je ne suis plus tout jeune. Alors, je relève la tête et redécouvre mon environnement, parfois, avec des personnes à proximité que je n'avais ni vues, ni entendues approcher. Il ne faut pas que ces haltes soient trop longues car la spirale doit être réalisée dans un certain temps, sans trainer à autre chose si l'on veut qu'elle soit harmonieuse.
Les idées vagabondent. Je pense à mon père, dans son grand silence blanc. J'entends sa voix. Nous discutons , nous sommes au travail, dans le jardin, comme deux horticulteurs que nous sommes. Je le vois si souvent depuis son départ. J'ai du mal à dire, il était.
Je ne prends guère la mesure de mon travail avant le 18ème ou 20ème tour et puis là, parce que les tours sont plus longs, j'ai cette notion de parcours, de voyage, de création, d'effort, de beauté, de plaisir, de satisfaction du travail bien fait, une sorte de fierté de pouvoir offrir ce cadeau à la mer :To the sea. Je tourne, et compte...22, 23, 24 tours. ça y est, vingt quatre tours comme les vingt quatre heures d'une journée. C'est immense à voir et pourtant, cette spirale ne représente qu'un minuscule point sur cette plage qui, l'été peut recevoir plus de 20 000 personnes. Minuscule comme une vie face à l'univers.
Je prends du recul et j'attends la mer. Elle met 45 minutes pour atteindre le bord de la spirale qu'elle aborde par la droite. Après, c'est le plaisir de la voir remonter le sillon de chaque côté et encercler le centre, puis le recouvrir dans un mouvement de va et vient produit par la marée. Je suis seul et très bien ainsi. C'est ç'est ce moment que le soleil choisit de m'offrir ses rayons qui vont éclairer la spirale et me rendre le travail de prise de vue, plus facile. Je la suis jusqu'aux trois quarts de sa disparition puis je reprends mon sac et quitte la plage sans me retourner. J'ai compté ces spirales jusqu'à la millième et puis j'ai arrêté, ne gardant que le plaisir d'être dans la Nature, à l'œuvre, près de la mer en pensant à ceux que j'aime.



Roger Dautais


Les autres installations ont été réalisées quelques jours avant cette spirale, dans un marais que j'aborde après avoir traversé un bois touffu, dont l'orée est défendue par une haie d'ortie bien difficiles à franchir. Après une petite marche, j'atteins une rivière qui coule paisiblement sous les arbres, c'est là que j'ai que j'ai travaillé pendant une après-midi ensoleillée. Je voulais vous présenter ce travail différent du précédent.








L'espace nous excède
L'infini déchire la raison

Offerts à la vraie lumière
Cet azur qui est du noir
Nous restons enchaînés
Étoiles invisibles

L'avion survole la mégapole illuminée
Énorme contrée, myriade de lampes
comme étant de vibrantes pensées

Des hommes se repoussent pactisent s'excluent
Mouvances assises d'une conscience à venir
Miroirs dans la nuit où des mondes mûrissent.



Gaston Puel

L'âme errante 1992






EN RAISON D'UN VOYAGE EN ÉGYPTE, LE BLOG LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS NE SERA PAS ANIME ENTRE LE 10 SEPTEMBRE 14 HEURES ET 21 SEPTEMBRE 2010.
MERCI DE CONTINUER A LE VISITER, A LE DÉCOUVRIR, ET MERCI D'AVANCE POUR VOS COMMENTAIRES ET ENCOURAGEMENTS.

ROGER DAUTAIS

samedi 4 septembre 2010












du sang, des cendres et des larmes...





La pointe du Hoc est mon objectif à atteindre pour aujourd'hui. Je vais essayer de m'en approcher au plus près pour réaliser une série d'installations land art. Je quitte la région de Caen et roule nord-ouest en traversant la campagne Normande. Depuis que nous habitons cette région, je pratique souvent le land art sur ces plages du Débarquement. Elles me sont devenues familières mais jamais je n'oublie qu'elle furent l'objet de combats sanglants menés pour délivrer notre pays et l'Europe du joug Nazi. Cette fameuse pointe du Hoc, située entre Omaha beach et Utah Beach, secteur pris d'assaut par les troupes Américaines, était , selon les renseignements, pourvue d'énormes pièces d'artillerie qui défendaient les deux plages, du haut des 30 mètres de falaises, surplombant une petite plage de galets a peine large d'une quinzaine de mètres.
Deux cent vingt cinq Rangers montèrent à l'assaut de cette artillerie lourd, dans la journée du 6 juin. Le soir même, cent trente cinq de ces hommes avaient perdu la vie. Les officiers, mal renseignés s'aperçurent après les combats que ces fameuse pièces d'artillerie avaient été déplacées de 1,5 km, en retrait, en pleine campagne. Ceci laisse à réfléchir sur le prix du sacrifice humain .
A quelques kilomètres d'Omaha Beach, je quitte la quatre voies, remonte vers le nord , en direction de cette plage historique, oblique ensuite à l'ouest vers le petit village de Cricqueville en Bessin. Le paysage n'a pas changé depuis le 6 juin 1944 et pour peu que l'on connaisse l'histoire de cette époque, il est aisé de reconstituer quantité de scènes sur ce théâtre d'opérations.
La route emprunte la corniche et j'aperçois bientôt le chemin qui mène à la plage. Le ciel est
menaçant. Il fait assez frais et le vent accompagnera ma journée. Je gare ma voiture sur la falaise et je descend vers le rivage L'estran est constitué de dizaines de milliers de cailloux, dont les plus gros affleurent en surface. Une petite pluie fine commence à tomber. Le sol devient aussitôt glissant. La pointe du Hoc est à ma gauche, vers l'est mais caché par une falaise. Mes yeux sont attirés par une très grosse pierre noire de plusieurs tonnes qui trône au beau milieu du haut de cette plage, et je me dirige vers elle, orientant ma progression vers le nord-est. Mes pensées vont à Pier Mayer Dantec, poète entendu le matin même interviewé par Brigitte Maillard sur Radio Alligre et dont la poésie se traduit dans ces pierres de silence élevées pour lui. Je quitte cette première installation et reprends ma progression vers l'est. Je vais élever des guetteurs, plus ou moins grands, solitaires ou en groupe jusqu'à voir la Pointe du Hoc. Ici, le sang versé par les braves n'a pas vraiment séché, les cendres des morts ont amendé la terre Normande et les larmes des héros ont salé la mer. Ici, les cris, les dernières paroles, se sont à jamais inscrits dans les pierres, qui 65 ans après, sont devenues des témoins muets de ces combats. Je suis traversé par la pluie qui s'intensifie et je trouve normal que ce travail devienne plus pénible. Quand il pleut, le regard se resserre, le geste devient plus précis, plus lent, le danger augmente de tomber. Le corps se fait hommage et l'installation, porteuse d'intentions. Les charges sont lourdes à porter et pourtant, j'ai l'impression que ces pierre me comprennent car elles se dressent et restent plus facilement en équilibre que d'habitude.
J'aperçois la Pointe du Hoc, qui appartient maintenant aux Américains. Difficile d'approcher plus près si l'on veut respecter les travaux qui s'y mènent pour consolider cette falaise, qui s'érode et disparaît un peu plus, chaque jour.. Je m'arrête une dernière fois pour l'observer. La pluie a cessé et un soleil généreux vient l'éclairer. Des images surgissent dans ma tête. Pourquoi toutes ces guerres inutiles et tant d'argent dépensé sur une planète qui mériterait d'autres luttes, ne serait-ce que celle pour faire reculer la faim dans le monde.
J'installe trois derniers guetteurs. Ils resteront en place face à la Pointe du Hoc, en hommage aux disparus, avant d'être eux mêmes balayés par les flots.
Je ne reviens jamais indemne de ces expéditions mais comment ne pas y penser, à moins d'être inconscient. Ma petite enfance se déroula dans la banlieue de Saint Nazaire et les bombardements ont du marquer mon inconscient qui se réveille sur tous ces terrains où la guerre marqua les populations pour plusieurs générations. Sans vouloir en parler systématiquement, je pense qu'il est bon de le rappeler de temps en temps.



Roger Dautais

Photos 1,2,3,4 site de la Pointe du Hoc, Normandie.
Photos 6,7,8, Bretagne
Photo 9 Normandie






à Marie-Claude



Il faudrait trouver la faille entre les rochers bruns. Il faudrait semer le doute et voir pousser une petite plante. Au bord de tes larmes s'ouvrait un océan d'amour. L'ivresse des profondeurs t'entrainait vers l'au-delà et tes yeux perdaient pied au soleil couchant. J'aurai dû comprendre tes appels mais la distance grandissant entre nous, ton cri devenait muet, mes paroles ne sortaient plus de ma bouche ensanglantée. Mes ongles ont griffé le sol pour te chercher dans les pires cauchemars. Tu n'étais plus qu'un tas d'humus chaud et humide. Je sentais ton âme délaissée s'embarquer sur un radeau de fortune et naviguer au tréfonds des saisons. Je dévorais la neige à m'y noyer.Mon corps ne suffisait plus pour vivre. Je le quittais pour des voyages acides sans idée de retour.
Du plus chaud des printemps, je désertais les jours. Rien ne retenait cette descente. Alors ils sont venus me crier de tout lâcher, tout abandonner. Ils m'ont dit que la route, c'était fini et l'herbe aussi. Ils m'ont jeté dans des culs de base fosse pour que je comprenne et que j'oublie toute cette merde. Je n'écoutais plus rien. Je ne voyais qu'une luciole dans cette nuit d'encre et je me suis mis à marcher vers la sortie.
Les autres, ils étaient morts, ils avaient disparu dans de mauvais trips., les mauvais alcools où le corps rende l''âme avant l'esprit. J'ai vu passer leurs cadavres chariés par les eaux boueuses du fleuve-vie.
J'ai entendu la complainte des veuves,les larmes des gosses. Il fallait comprendre que la vie était au soleil, non dans les ténèbres.Il fallait abandonner une partie pour en reprendre une autre.
Sous la mousse dormait ton corps en léthargie. Corps-humus en attente d'un souffle, d'un signe. Je me suis allongé à côté de toi, prêt à partir mais la vie nous a fait basculer du bon côté. Le tambour du monde s'est remis à battre dans nos poitrines. Il fallait attendre que l'espoir renaisse, qu'une petite pousse veuille bien naître et marquer notre vie. Et puis, elle est venue, enfant de l'amour après le tumulte parce que la vie se présentait comme ça et qu'il fallait continuer à avancer, autrement.
J'ai ouvert la fenêtre pour regarder Orion. Le grand sablier avait tourné et nous offarit une pincée de sable, une petite éternité de vie à se partager. Tu as remis des nappes sur la table et des fleurs dans le vase. Nous avons presque vécu presque toute notre part de sable et j'aimerai que le sablier tourne encore au moins une fois.
Le rêves ne s'arrêtent pas. Bons ou moins bons, ils remontent à leur guise et la vie ne s'efface ni ne s'oublie. Si maintenant j'aspire à plus de sérénité je ne peux oublier mon passé. Nous irons où le destin nous envoie, maintenant, unis pour le meilleur et pour le pire.

Roger Dautais







TU TE TAIS POUR DEMAIN

et peut-être
aujourd'hui.

Pour le demain le plus lointain
qui soit nôtre pourtant

sous la berge un soleil
invisible accompli
à tes côtés un voyage inutile.

apatride est l'univers
à présent.
Docile la beauté, emplie l'étendue

de l'absence, efface

Le lieu natal
de la lumière.



Gérard Bayo ( Km 340)

mercredi 25 août 2010











Land art : une histoire parmi tant d'autres
...





Dimanche matin. Le temps est maussade, le plafond des nuages et bas, le vent d'ouest fait craindre des ondées. Il fait 16 degrés, ce qui n'est nullement exagéré pour un mois août. Je prends la route et vais compléter la cueillette de baies nécessaires à des installations flottantes.
Je me dirige sur le plateau qui domine ma ville et retrouve facilement le petit étang où je désire travailler. Pas très grand, pas très profond, avec des berges garnies de lantes aquatiques et, cette année, une étendue de nénuphars et fleurs. Je m'habille en conséquence, short, t shirt et sandales en plastique. Petite précaution, je laisse mon sac à dos au sec et commence à descendre avec précaution dans une eau noire, peu engageante. Les berges sont glissantes et il faut y aller doucement. L'eau est assez froide et je vais y travailler pendant deux heures. Ce n'est pas très confortable . Je fabrique un petit radeau de fortune avec des morceaux de bois oubliés par des pêcheurs . Il va me servir de table flottante pour y disposer les sacs de cueillette.
Je suis au beau milieu des nénuphars. Le spectacle est si étonnant que je reste là, pendant quelques minutes à profiter de ce point de vue original. J'entends la voix d'un homme qui donne des ordres à son chien, de façon brutale. Le charme se rompt. Je me souvient du berger allemand, la morsure violente à la face, mon évacuation à l'hopital, les urgence. Tout défile dans ma tête. Et si le chien descendait dans l'eau. Les aboiements s'éloignent, je n'entends plus ni le chien ni la voix de l'homme. Je reprends mon calme et contemple à nouveau les nénuphars. Je vais tout d'abord travailler autour d'une de ces superbes fleurs. Puis je vais décliner les installations que je veux, légères, colorées et flottantes. Ce matin, Marie-Claude a retrouvé des coquilles d'oursins que nous avions préparés, grattés, lavés et fait bouillir pour en faire de petits objets de décoration. Nous avons cela depuis plus e 10 ans à la maison et elle me les donne :"pour le land-art". Je les utilise ici, comme une liaison avec la mer qui après tout, n'est qu'à un vol d'oiseau de cet étang. J'ai froid. Le soleil a fait quelques timides apparitions avant de disparaitre définitivement sous les nuages. La luminosité est tout de même meilleure que ce matin. Je prépare, je coupe, j'installe et les baies rouges, m'échappent, roulent sur les feuilles tombent à l'eau, coulent, avant de revenir à la surface. Il faut du temps, beaucoup de temps avant de réussir quelque chose car le milieu est très instable. Heureusement, j'ai une patience à toutes épreuves lorsque je pratique le land art, moins, dans la vie courante. Il est temps de prendre quelques photos. Je remonte sur la berge et ressens le froid du petit vent d'ouest, toujours présent. Je sors mon appareil photo du sac à dos. Je le règle, le mets en bandoulière sur le dos et descend une dernière fois dans cette eau noire et froide. Glisser et tomber ici et je pourrai dire adieu au matériel. Je m'en tirerai, mais pas l'appareil ! Je me déplace avec prudence, provoquant malgré tout, quelques ondes. Elles déplacent mon travail. Je rectifie, prends les photos nécessaires. C'est terminé. Je pense aux miens. Ils sont si loin. Je suis seul. Je quitte les es lieux. Demain, je serai à la Pointe du Hoc, non loin d'Omaha Beach,avec d'autres souvenirs inscrits dans des histoires de pierres, cette fois.


Roger Dautais

P.S. Dans la page précédente du Chemin des Grands Jardins, Nancy Medina, artiste Américaine, habitant le Texas, m'a demandé de lui présenter des installations à base de coquelicots. Je lui dédie bien volontiers, la publication des deux dernières photos ( déjà présentées sur mon blog).








à la femme que j'aime...


Le temps s'égoutte et les mots me manquent pour dire l'absence. Je garderai le secret souvenir du jour où la lumière m'aura quittée. La nuit est une autre raison, une autre musique, un cri. Au travers des champs labourés, je compterai mes pas sans espoir d'arriver seulement à te revoir. Pieds nus, boueux, cheveux et dos mouillés par une pluie d'orage, je te chercherai, fragile,les yeux blancs de larmes. Quel chien saura me tirer de là, quel hurlement déchirera les ténèbres, quel espoir succèdera au naufrage ?
Ici, les nuages se mêlent aux beaux souvenirs et le vent emporte mes lambeaux de peau.Ici, je ne suis qu' épeurissat* à peine évité par les oiseaux. Tu tremblais de vivre et je te donnais ma force. Tu es passée au-dessus de la vague. Je ne sens plus ton odeur de battante depuis que tu es devenue, oiseau.Je rentre en glèbe et j'attends que tes mains me pétrissent. Reste ici, près de moi, nous marcherons ensemble. Prête-moi tes yeux, guide moi jusqu'à l'au-delà. L'aulne vert frémit sans doute et je n'entends plus le froissement de ses feuilles, cette musique intime. Je ne vois plus les ondulations de la rivière, ni ces joncs dont mes mains fabriquaient de minuscules embarcations. L'enfance est revenue habiter mes vieilles années. J'imagine bien le bleu du ciel après la pluie et le vol du héron dans les marais. Mais le ciel s'est noirci et les Pléïades ont disparu à tout jamais avec mon père. Je quitte le pays pour une vie entière. Il faudrait mille funérailles et deux mètres de bonne terre pour enfouir l'avenir.Le meilleur des bûchers ne suffirait même pas à la crémation. Le tambour du monde s'est remis à battre la chamade en secret.
Je sens la vie reprendre et les chemins s'ouvrir. Nos avenirs sont déjà inscrits dans les sables, contre vents et marées. L'illusion d'une vie caduque, la fuite des empreintes à peine posées sur les premiers nuages venus, le chant du coq et trois sorts jetés au premier qui passe n'arrêteront jamais le cours des choses.
J'aimais t'aimer, c'est entendu et l'histoire nous emporte au delà de nous. Donne moi ta main, l'histoire continue bien plus loin qu'ici, mon oiseau.

Roger Dautais

* épeurissat : nom de patois Gallo(romain) employé dans la région de Saint-Brieuc, Côtes d'Armor, pour désigner l'épouvantail à moineaux.

samedi 21 août 2010











à Marie-Claude...





Ce n'est pas difficile de faire un nid. Je pense, tout d'abord, qu'il faut être un peu, oiseau. Ensuite, il faut en avoir envie. Il faut du temps pour trouver un lieu qui plaise, planté de petits arbustes rabougris avec pas mal de branches mortes en dessous. C'est ce que j'avais réuni comme conditions, ce jour de tempête, après m'être mis à l'abri du vent, dans une pinède maritime de la côte de Nacre.
Je me suis mis au travail avec plaisir, assemblant les premières branches en leur donnant une sorte de mouvement tournant et, petit à petit, le nid a pris forme en s'épaississant. Je me suis dit que garnir le fond serait plus confortable pour les futurs habitants et c'est ce que j'ai fait. J'ai tapissé le fond avec de la mousse verte, légèrement jaunie , que j'ai saupoudré de quelques poignées de lichen, lichen, légèrement écrasées dans ma main qui lui ont donné une couleur acceptable.Je n'avais pas d'œufs sous la main. J'ai trouvé sur le sol, trois coquilles d'escargots vides et blanchies par les embruns et l'air salin. Je les ai déposées sur le fond du nid. Cela donnait bien l'idée d'œufs d'oiseau, enfin, suffisamment pour me satisfaire. D'ailleurs, en m'éloignant, je pensais à ce nid et j'y pense encore en écrivant ces lignes. Peut-être que ces coquilles ont fini par se transformer en œuf. Qui sait ? Et puis, la suite de l'histoire...Va savoir ?
Le vent du Nord-Est soufflait beaucoup trop pour envisager de travailler sur la côte et j'entendais le boucan d'enfer me né par la mer qui assenait ses coups de boutoir sur les sables de la grande plage, vague après vague. J'ai laissé le nid vivre sa vie de nid puis j'ai pris, plein Est, me dirigeant vers l'autre bout de la pinède, en traversant les dunes de sables plantées d'oyats, pour rejoindre un bouquet de pins, juchés sur une hauteur, prenant les rafales de vent, ce qui faisait plier leurs cimes. C'est au pied de l'un d'eux que j'ai trouvé cette branche morte. Elle devait être là depuis longtemps car son cœur étai éclaté, offrant à la vue, une plaie béante, d'un brun-marron.
J'ai tout de suite vu l'association vie-mort. Le cycle naturel de la nature, de la superbe fièrement dégagée par ces arbres dans le vent jusqu'au délitement du bois qui donnerait bientôt une couche de plus à l'humus. Je me suis penché pour toucher cette matière en décomposition.C'était doux comme du velours. Je me suis dit : je vais faire un carré. Cette forme géométrique me sert à rasembler des matériaux ou des végétaux et à les présenter en jouant sur la forme, les textures, les couleurs;
Je prends toujours beaucoup de plaisir à réaliser mes installations. Elles ont le don de faire disparaître en moi, le stress quasi permanent dont je m'encombre dans la vie. Les gestes répétés, la réflexion sur la forme qu'elles prennent, sur les asemblages de couleurs, la cueillette des végétaux, mon dialogue avec les pierres, et le rapport que tout ce travail entretient avec le paysage et la nature en général, me calme et m'amène à connaitre de plus en plus, des instants de sérénité.
J'ai donc installé ce carré au cœur brun-rouge, puis je l'ai entouré de deux rangs de pommes de pin, déjà un peu patinées par les intempéries. Je vous avoue que le fait de perdre la vue, en ce moment pour cause de cataracte, me donne sans la rechercher," une vision de peintre" : on dira, une vision complètement floue. J'apprenais à cligner des yeux, avec notre professeur de peinture,lorsque j'étais jeune étudiant, aux Beaux Arts, en Bretagne. Cela nous aidait à comprendre "les passages de couleurs et de lumière dans un tableau.
Plus besoin de cette gymnastique, le flou est permanent, à cette période de ma vie. Il m'a semblé, ce jour là, voir les pommes de pin, colorées d'un gris-bleu des plus subtils, tandis que la mer continuait sont tintamarre assourdissant à quelques deux cents mètres de là, au Nord de ce carré.
Lorsque je pratique le land art, je pense souvent à elle qui m'attend à la maison et je l'appelle au téléphone:
- Allo ?
- Devine qui c'est ?
- C'est toi...
- Tu m'as reconnu ?
- Oui, bien sûr.

C'est un jeu entre nous. C'est plus fort que moi, il faut que je lui raconte. Après, je retourne à mon travail, avant de rentrer.Il y en a qui prétendent que je perd mon temps pendant que eux, les spécialistes de l'art, ils devisent et refont le monde devant leurs beaux ordinateurs. Tout le monde ne peut pas être théoricien et puis, c'est bien aussi, de pratiquer un art qui ne ressemble pas aux autres. Je me dis qu'il n'y a pas de raison que cela se termine,tant qu'il y a de la vie et de l'amour entre Marie-Claude et moi, en attendant le petit tas de cendres


Roger Dautais






Fables.


Tu as ramené une petite chatte,
Parfois elle court pour disparaitre,
Pas sûre que la vie
La tienne dans la main.

D-un bond, et le reflet de la balle
s'échappe de la balle.
Qui joue vraiment joue à côté.

Au bout du petit visage surgit
Même les yeux clos,
Et le monde nous en jette,
En jette par milliers.

Les rue sont profondément dehors, toutes,
Quand le silence des chats n'est que solitude.
Je tremble si je ne t'avais pas.

Les mots, les phrases, cela rassure les incertains.
Ces algues bougent à la surface mais sont tenues
Où on ne voit rien.

La chatte me regarde pour que je sache :
" tu es là ou tu n'es pas là ? "


Ariane Dreyfus





UNE ERREUR DE MISE EN PAGE M'A OBLIGE REPRENDRE TOUT LE TRAVAIL :PHOTOS ET ÉCRITURE DU TEXTE,
J'AI PERDU LES COMMENTAIRES DE
MANUE
NEFERTITI
OLIVIA
ET THIGE, ayant malgré tout réussi à les recopier je les publierai demain. Je leur demande de bien vouloir m'en excuser.

Roger

dimanche 15 août 2010










To the little black cat...


Il y a des jours où, croire à l'enchantement du monde, devient très difficile. Je prends alors la route avec l'idée d'y réussir à ma façon.



Tu te laisses prendre par le calme apparent de l'étang qui noie les poissons comme la parole d'évangile sortie des lèvres d'un pasteur, noie les foules idolâtres, autour de lui, sous un chapiteau bondé.
Les sagittaires fleurissent mauve. Est-ce par liberté ou pour reproduire à leur façon le chant muet des couleurs du monde?
Si je deviens aveugle, il me restera au moins en mémoire ce spectacle, si un ami veut encore bien m'amener dans ces lieux pour les toucher.Qui sera le plus perdant des deux ? L'aveugle au bord de l'étang écoutant l'ami lui parler du mauve des sagittaires ou la foule assemblée, regardant s'agiter le pasteur bedonnant, dans son beau costume de cérémonie, entre deux mauvais guitaristes ?
Quel est ce cirque auquel ne participent jamais les oiseaux, si ce n'est le notre ? Le grand melting-pot, l'immense bordel à ciel ouvert où chacun de nous fourmille parmi ses semblables, à la recherche d'un possible alibi, d'un passe temps avant de trépasser.
L'eau courante d'un ruisseau alimente et tient à niveau cet étang artificiel, sur le bord duquel je me suis arrêté, après une promenade à vélo, en compagnie de ma chienne fidèle, Morgane la Bretonne.
L'autre rive du ruisseau, je peux l'atteindre d'un saut, avec élan. Un peu comme si je prenais de l'avance sur ce qui m'attend, de l'autre côté du miroir. Nous sommes le 18 juillet 1999. L'armada du siècle descend la scène de Rouen au Havre devant des millions de personnes. Des spectateurs que nous avons décidé de ne pas rejoindre. M.C.et moi, n'aimons pas la foule.
Ici, petit ruisseau, petit débit, chant intime de l'eau, étang tranquille.
Là -bas, le fleuve large, gros débit, chants de marins et fiers trois mats. Éloge de la force et de la puissance, avec la mer au bout qui les attend pour les règlements de compte.
Sur les quais, des femmes promises à l'abandon, en larmes que d'autre hommes restés à terre, sècheront, perpétuant la vie des ports.
Deux façons de vivre sa vie , fluviale ou maritime. Mille façons de la voir, d'en prendre plein la vue ou de chercher le calme. C'est une question de choix. Pour moi, ce matin, ce sera le mauve des sagittaires.


Roger Dautais





à Marie-Claude...



Dans l'arrière pays de tes pensées profondes, coule l'eau en lacets, au gré des amours défaites. Filantes,les étoiles, dans tes cheveux épais, longs et noirs de jais, que jamais je n'aurai voulu abandonner pour caresser un autre corps, une autre vie. Mais je savais qu'un jour ne voulait pas dire, l'éternité. L'union de nos corps emportait l'âme et la raison dans un flot , rouge de colère, jusque après le dernier baiser. Signature de fer, brûlure au creux du ventre. Entre nous, les entrailles pendantes, l'agonie des nuits blanches.
Cavale, Jusqu'au rien. Jusqu'à l'infime raideur de ces corps défaits, en morgue. De tes cheveux épars, attendent le départ des étoiles filantes...Des rivières en eaux, des roseaux,coupés puis assemblés, en barque, afin d'y déposer ton corps. Je de viens alors, navigateur solitaire en partance pour l'arrière pays de tes pensées.

Roger Dautais




Ni étrangers ni goy ni gadgé ni horsain. Rien. Rien qu'un petit tas de cendres, futures poussières entremêlées de larles, au pire, d'oubli, au mieux. Qui ne saurait plus dire ici ou là ou peut-être bien , là. Présence fugace de l'image d'antan, vite oubliée dans les vins rouges et rosés servis à la régalade, bus debout, face au large, face à l'éternelle question : qui fait pousser les feuilles d'érable au Canada et les dépose sur le sable des plages, rejetés par la mer?
Hiver, printemps, unis dans cette poignée de poussière,homme et femme, pareils, sans sexe ni repos, sans couleurs ni regrets.
Une seconde, la proie des flots, puis la petite flottaison, juste pour que la raison s'imagine être la plus forte et après, l'étalement, l'ondulante descente dans les abîmes, comme un dernier coït.
Ni étranger, ni goy, ni gadgé, ni horsain, rien qu'une vague...Nous deux, mon amour.


Roger Dautais


Ces trois textes ont été écrits pendant l'été 1999, lors de sorties land art.

mardi 10 août 2010













Les exilés...

à Youenn Gwernig



Je n'ai pas attendu que la nuit vienne, que les étoiles s'allument avec mon feu de solitude, pour chevaucher ma cavale blanche et retrouver mes rêves. Ils sont venus en plein jour. J'ai emprunté les chemins creux, ceux qui déshabillent les racines des chênes et nous apprennent comment ça fait de respirer sous terre. Je me suis approché des eaux dormantes et j'ai posé dessus des radeaux improbables, avec des cargaisons secrètes. J'ai relevé les traces des sangliers, suivi leur route à travers les maïs mouillés de rosée, débouché dans les friches en lisière de forêts et convoqué mes morts. Il aurait mieux fallu parler aux oiseaux, mieux les écouter dans le silence pour mieux les comprendre. Mais le temps me pressait parfois. J'ai traversé des rivières à gué pour connaitre l'autre rive, celle dont on rêve, parfois, sans espoir de retour. J'ai descendu des fleuves, emporté par l'envie d'aller plus loin. Pris de somnolence, j'ai voyagé en dormant, assoupi dans les gravières, pour ne pas perdre une seconde du spectacle de ces corps charriés par leurs eaux tumultueuses.
Sur les grèves gelées, mes pas ont glissé, sont devenus hésitants mais ce n'est pas l'aurore qui aurait stoppé cette marche dans le vent glacé qui rend morveux. Il me fallait passer au-delà, découvrir la mer dans les brumes, écouter le cri des mouettes perdues, entendre le râle des disparus en mer se fondre dans celui des cornes de brume.
Le mauvais alcool m'éclatait la tête et mes yeux se brouillaient devant la danse du feu de camp. Je n'ai pas voulu attendre que les cendres soient froides avant de repartir escalader les pentes dangereuses des falaises. La vie était en bascule, constamment jouée, déjouée, rejouée. La vie était aussi un piège dont il fallait me tirer pour inventer l'avenir..
Je n'ai attendu ni le jour ni la nuit. Je suis rentré dans le temps de hors, celui des exilés,
des " loin de tout".
Oh ! Ne cherchez pas mon pays, il n'existe presque plus hors de moi. Je m'approche de l'indicible, du grand silence blanc, de la trace presque effacée, du souvenir. J'entre dans le temps et la nature m'appelle. Il faudra des paroles de vent, des marches immobiles, des musiques de sourd pour me nourrir. Il faudra que je te rencontre à nouveau, que je croise tes yeux bleus, pour sombrer encore une fois. Il faudra tout oublier et partir sans idée de retour. Il faudra que l'un rejoigne l'autre et traverse le miroir à son tour. Nous marchons depuis si longtemps ensemble, femme des bons et mauvais jours, qu'ils ne comprennent pas nos tempêtes. Nos inquiétudes sont celles des vieux amants. Il faudrait disparaître ensemble, mais avant vivre l'amour jusqu'à l'usure comme un roc à la mer, n'est pas écrit. Il faudrait à nouveau questionner...
Mais je ne sais plus lire dans les tarots ni dans le marc de café. Les intersignes me parviennent à n'en savoir que faire. Le monde change et me pose des questions sans se soucier. Je deviens cendre. J'arpente la dernière ligne droite.
Hier, j'ai laissé quatre cœurs sur les quais de Lorient. C'était les retrouvailles. La Bretagne me chavire comme à chaque fois. Il devrait être là, le vieux Youenn...Mais il est là, mon vieux, tiens, je te laisse le lire...

Roger Dautais








PELL PELL


Pell,pell a karfen mont
lec'h n'eus trouz na safar
Ul lec'hig sioul e traon ar stêr
e frond ar foenn hag ar vent gouez
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz.

Pell, pelle a karfen mont
dieub ha dibreder
onijal 'vel ur valafenn
e douster avelig an hanv
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz.

Pell, pell e karfen mont
eürus ha disammet
d'en em gavout gant ma zud kozh
e lec'hioù diharz o ene
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz



Youenne Gwernig 1994


Au retour d'un voyage à Lorient, en Bretagne, j'ai décidé de dédier cette nouvelle page du Chemin des Grands Jardins , au poète Breton Youenn Gwernig et à ses descendants. J'y présente une série de travaux sur l'exil ( les 3 premières photos) réalisés la semaine dernière sur la Côte de Nacre, En Normandie.

Roger Dautais

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.