La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 26 janvier 2011

Justifier










à Stéphane Hessel

Lorsque j'arrive sur la plage de Ouistreham, je suis accueilli par un vent d'est bien établi . Il faut courber le dos pour avancer et ne pas trop prendre de sable dans les yeux. C'est une marée de 107 de coefficient. La mer est basse, grise sur le devant et d'un vert émeraude qui me rappelle mon pays, la Bretagne. Cela a dû remuer comme on dit, car la plage, habituellement en glacis à cet endroit, est littéralement labourée. Je ferai bien une spirale mais il faut trouver un endroit pas trop remué, d'environ 30mX 30m pour être sûr de faire du bon travail. J'arpente les sables et pousse mes recherches vers le nord est. J'aperçois une zone qui devrait me convenir. J'y arrive assez vite. Je sonde le sol avec mon talon. Le sable est un peu rouge, granuleux et assez souple malgré tout.
Pourquoi donc ici et non pas plus loin, sur une plage de plusieurs kilomètres, c'est vrai, pourquoi? A qui promène son ennui, le sable est identique d'un bout à l'autre, mais pour moi, le sous-sol guide mon choix. Trop compact, je ne peux rien faire, trop mouillé, c'est pareil. Il faut trouver la bonne souplesse. Ici, conviendra donc pour aujourd'hui et je plante ma canne de marche dans le sol pour désigner l'endroit. Je commence le tracer. Les 5 premiers tours me donnent toujours le tournis. Ils sont importants pour le reste de la spirale et guident mon travail. Je cale mon pas sur ma respiration, le corps bandé en arc de cercle pour que toute l'énergie passe dans mes jambes. La gauche fait office de soc, la droite d'appui et de moteur. Je ne lève la tête que pour reprendre souffle, mes yeux comparent, évaluent, calculent, et mes jambes exécutent les ordres. Cette spirale fera 45 mètres de circonférence, une fois terminée, dans un peu plus d'une heure.Il faut tenir la cadence, résister aux douleurs dans les jambes et le dos, suivre le tracé. Un vrai sport. Jusqu'ici aucune âme qui vive à perte de vue et puis soudain, un bruit de roulement, le craquement du sable sous des roues, le bruit d'une voile qui empanne brutalement, glissade, la voile faseille puis...silence. Je lève la tête. Un char à voile vient de faire un 180° parfait à 15 mètres de moi. Je l'ai entendu au dernier moment. Son pilote me regarde. Je le salue de la main. Il me répond. Signe de reconnaissance et de bonne entente. La plage a beau être grande, il vaut mieux qu'il me repère.
Le char repart et disparaît. Il reviendra toutes les 10 minutes. Au départ, rien ne se passe, puis au 22 ème tour, la spirale ayant grandi, l'homme, après son dérapage, descend de son char à voile, enlève son casque et ses gants puis vient me voir. Il est curieux.
- C'est beau ce que vous faites.
- Ça sert à quoi?
- A rien.
- C'est beau quand même, et puis c'est régulier. Vous avez quoi pour calculer ?
- Rien, J'ai intégré le mouvement, juste ça, après je tourne et je trace avec mes pieds.
- Chapeau. Moi, je fais du char à voile pour le fun. J'aime bien entendre le sable crisser sous les
roues. Puis la vitesse, le vent, le soleil, la liberté quoi.
- Oui, moi aussi.
- Vous faites du char.
- non, je disais, moi aussi, la liberté, j'aime.
- Bon, à un de ces jours.
Oui, c'est ça, à un prochain jour.
L'homme a remis son casque, ses gants. Il est remonté sur son char, m'a salué de la main puis il disparu vers le nord ouest, comme s'il allait rejoindre mon pays, la Bretagne.
J'ai terminé ma spirale, je l'ai offerte à la mer et je lui ai dessiné un personnage pour qu'il lui tienne compagnie jusqu'à la marée haute. C'est à ce moment que le Ferry Le Mont Saint Michel a quitté le port et moi, la plage. En passant j'ai retrouvé les traces du char à voile, des courbes parfaites.
J'ai longé les parkings des poids lourds en attente d'embarquement, dans cette zone sous douane, ceinte de deux rangées de barbelés, comme un camp d'internement. Ici, les sans-papiers sont dissuadés de la manière le plus radicale. Il y a 20 ans c'était une zone naturelle et libre d'accès. Les temps changent et les frontières se font dures pour ceux qui ne possèdent rien d'autre que leur peau, leur pauvre vie.
C'est loin du land art tout ça, mais la conscience se réveille parfois rien qu'à la vue de simples rangées de palissades, de barbelés. Mes propres parents eurent aussi à franchir des barbelés pour fuir l'occupant, durant la seconde guerre mondiale et se retrouver en zone libre en ayant tout perdu. Le monde a-t-il fait beaucoup de progrès sur les droits de l'Homme, depuis 70 ans. Il faudrait interroger Stéphane Hessel sur ce sujet car s'il dérange autant de gens, aujourd'hui, c'est qu'il doit bien dire des vérités qui incommodent .
J'ai bien envie de lui dédicacer cette page pour lui dire tout mon respect et le partage de ses idées humanistes.

Roger Dautais

Les 4 premières photos illustrent ce billet.


Stéphane Hessel sera interviewé par Brigitte Maillard sur Radio ALIGRE * demain matin, jeudi27 janvier,. à 9h30

* Radio Aligre http://www.aligre.org



Feu !
La coupe est bue

Sanguinolez regards mollement attardés sur le crêpe d'argent
de ce ciel immobile arabisé de branches dévêtues

il était trop tard
Je sors

Et puis je fus si indolent...

Le jour lassé s'embue

Vers quel soleil je penche ?


Louis Calaferte,
Rag-Time 1966


Les pianos sont langoureux
le soir au bord de ma mémoire
quand les souvenirs viennent boire
à l'eau claire des jours heureux

Tournent les jupes de cristal
sur des musiques de nuits vertes
je suis seul danseur au bal
des chambres aux portes ouvertes

Adieu
Adieu

Les hirondelles sont parties
Avec qui jouer la partie ?


Louis Calaferte,
Poèmes ébouillantés, 1983


mercredi 19 janvier 2011



















Au passantes de la Côte de Nacre,
car elles marchent dans le silence, les yeux emplis du soleil couchant...





Je marche sur la ligne de crête des falaises qui dominent la côte. Il fait très froid et le vent du Nord qui me cingle le visage a vite fait de me glacer le corps. Un soleil franc et bien présent encore pour quelques heures, m'encourage à poursuivre cette marche vers la plage. A ce moment, j'ai déjà oublié le monde d'où je viens. Le monde, il est devant moi, largement ouvert sur la mer, l'espace, la liberté d'agir et d'aller où je veux. J'ai dans la tête la musique de Reza Aligholi, celle qu'il a écrite pour le film Parvaz (L'envol) d'Ali Badri. C'est comme ça, la musique, elle te viens à l'esprit dans certaines circonstances, certains lieux, comme ici, aujourd'hui, où je vais réaliser de petites choses anodines aux yeux de certains et qui sont le prolongement de ma vie, simplement. Je descend vers l'estran par un chemin creux. Je suis relativement abrité et sans autre pensée que d'aller à la mer et au bonheur de la retrouver
J'arrive sur la plage. La mer descend. L'estran est dégagé. Les pierres qui changent de place sans arrêt, sont remontées jusqu'aux falaises. Certaines dépassent probablement les 200 kilos et la mer les charrie à sa guise. Je vais réaliser une petite série d'exilés, pierres levées coiffées de têtes. Aussitôt levés, ils sont en marche, silencieusement ils partent vers l'horizon. J'aime ce rêve qui transforme la réalité. Sans lui, inutile d'insister, il ne se passera rien. Autant aller courir les soldes!
Je me dirige vers le sable. Certains endroits sont de creux et de bosses, d'autres, lisses comme une feuille de papier. Lorsque le sable est bien damé, bien essuyé, naturellement, on peut y écrire facilement. J'ai avec moi, cette canne de marche Polonaise qui m'accompagne depuis plus de trente ans. Elle est ferrés, avec une pointe à l'extrémité qui me sert aussi à dessiner ou écrire sur le sol. Je commence à tracer une spirale au carré. Bientôt, je vois dans cette forme, une sorte de cerf-volant de combat Afghan. Oui, c'est un cerf-volant, comme dans le film de Ali. Il est tombé là, à mes pieds mais il va reprendre son envol. Je trace une ligne brisée qui s'en va se perdre vers la mer. C'est le lien, de mon rêve à la mer, puis de la mer au ciel. Je suis étonné du plaisir ressenti par ces gestes simples qui accompagnent mes pensées.
Je quitte le lieu et reprend la marche vers le nord est. Une grosse pierre noire, repose dans une espèce de cuvette parfaite, sans doute pleine d'eau au moment de la marée descendante, mais qui s'est vidée pour m'offrir cette forme que je vais transformer. Que n'ai-je écrit sur la mémoire des routes, celle des pierres, aussi. Je vais dessiner dans le sable des bougies allumées tout autour de cette pierre pour la mettre en lumière, pour l'honorer. Deux femmes en marche, s'arrêtent à une dizaine de mètres de là et me regardent. L'une d'elles me sourit. Elles restent un instant, encore, muettes, puis reprennent leur promenade. Je ne saurai jamais ce qu'elles pensaient à ce moment.
Le soleil s'est caché depuis une demi-heure. Il fait vraiment froid. Lorsqu'il réapparait, je suis attiré par quelques pierres mis évidence par cette lumière exceptionnelle. Je vais réaliser un cairn, tellement petit qu'il n'est là que pour capter le soleil, mais si présent, offert à l'espace, à la mer, au temps, qu'il serait dommage de ne pas réaliser ce pur geste d'offrande à la Nature. Je ne peux être ailleurs physiquement, mais mon esprit est très certainement en voyage. Je lève les yeux au ciel, mon cerf-volant est déjà parti, peut-être à Kaboul, pour leur parler d'humanité, de rêve de paix. Il faudrait que cela en soit ainsi.

Roger Dautais

Seules les quatre premières photos sont en relation avec le texte.Ces installations ont été réalisées le 18 Janvier 2011 sur une plage de la Côte de Nacre en Normandie.





Je suis accablée
Ah ! Je suis accablée
Je vais au balcon
Et je passe mes doigts
Sur la peau tendue de la nuit.
Les lumières du lien sont éteintes.
Les lumières du lien sont éteintes.
Personne ne me présentera au soleil
Personne ne m'emmènera à la soirée des moineaux
Garde le vol à l'esprit
L'oiseau est mortel.

Forough Farrokzâdj
Iran

mercredi 12 janvier 2011














This land is your land... for you and me

chantait Woodie Guthrie...



à mes parents qui reposent en terre Bretonne...




Il gèle.Je marche depuis une heure, sac au dos et je n'arrive pas à me réchauffer. Je vais bientôt quitter la route pour traverser le grand terrain vague qui reçoit parfois les gens du voyage. Je franchis une haie. Me voici à pied d'œuvre. Dans dix minutes je serai à l'ancienne voix ferrée qui mène aux petits marais. Le terrain vague est vide. Les gitans ont décampé, sans doute priés d'aller voir ailleurs...Toujours ailleurs. Un morceau de tissu, pris dans la glace, attire mon attention. Un morceau de robe gitane? Je vais en faire une spirale parmi des chutes de fil électriques. Il faudrait mieux connaitre l'histoire de ce campement disparu. J'ai en mémoire, les paroles de maman, franchissant la ligne de démarcation pendant la guerre : -
Tu sais, nous avons eu si peur, papa et moi. Je m'étais habillée de tout ce que je pouvais porter sur moi. Ils ( les passeurs) nous faisaient nous coucher dans la boue, ramper, sous les barbelés, en pleine nuit. Lorsque nous sommes arrivés de l'autre côté, j'étais en lambeaux. J'avais tout perdu mes habits et Papa
aussi. Ils nous avaient pris tout notre argent. il nous restait la vie... Après, je devins leur premier enfant. Leur peur, je la porte, leur exode, est encore le mien, plus de 68 années après et les terrains vagues, les barbelés, les vêtements abandonnés, déchirés, sont autant de rappels à leur histoire tragique. Une histoire qui se continue, à nos portes, pour d'autres "pourchassés". Quand cela se terminera-t-il ?
Je traverse le terrain vague. Le froid change les bruits, même le chant des oiseaux est différent. J'arrive à la voie ferrée. Bien longtemps que je n'ai vu de train sur cette ligne. Je vais travailler, ici et autour de cette voie de chemin de fer, à la recherche d'inspiration. This land is your land...for you and me. Je fredonne cette chanson de Woodi Guthrie tout en commençant mon travail. Petits cailloux blancs déposés sur le rail usé, comme une trace mémorielle. Mon enfance me rattrape. Plus loin , ce cercle de pierres comme les faisait ma fille dans son enfance. Nos ressemblances. J'avance. Plus loin une fente sur la traverse ressemble à un masque africain que je vais orner de fougères. Il faudrait, aux goûts de certains, arrêter la machine à rêver mais ce n'est pas possible. Ce n'est plus possible. Le hauts murs ont développé en moi ce besoin permanent d'évasion par la création. Vous ne pouvez pas comprendre. Vous n'avez pas vu l'insoutenable. Vous n'avez pas entendu les cris, le grand silence blanc. On n'oublie rien du tout. Cela revient, pendant ces moments de solitude et là, je ne suis bien que dehors, dans la nature, pour la sentir, la voir, la toucher, la laisser m'inspirer, entrer dans la terre avant l'heure. C'est un peu mourir au grand chaos, à cette vie moderne et trépidante qui ne me va pas, que d'aller vers ces moments là. On ne peux pas expliquer cette alchimie si particulière. On dirait que je fais partie du paysage, comme un plongeur en apnée fait partie du monde du silence. C'est un peu ça. Oui, un peu ça.
Je lis, ici et là, des compte-rendu land-art aussi secs que des PV de gendarmerie. Aucune sensibilité. Rien ne dépasse. Tu as tout, la hauteur, le poids, la circonférence, le relevé par satellite, le nom botanique de tout ce qui est montré et la leçon pédagogique en plus. C'est leur truc. Pas le mien.
Je continue à vivre vraiment à ma façon.
J'ai ramassé des petites boules blanches sur un arbuste, on appelait ça, les groseilles des indiens.
Faut pas les manger, c'est poison. Je m'en sers pour les quelques dernières installations réalisées en sous bois avec de la mousse. Je suis loin de tout et si proche de moi. Se sentir, petit et fragile dans cette immensité, ne veut pas dire que je suis dans la crainte, car au contraire, mes routes sont difficiles, abruptes, rocailleuses. Ça veut dire, avoir conscience de sa place dans l'univers, de ses gestes. Ça veut dire, laisser monter en soi le rêve, et le réaliser"in-situ". ca veut dire, après bientôt douze années de pratique, partir chaque matin avec l'impression de ne pas savoir grand chose de cet art. J'ai l'impression que le mot "humilité" a été rayé du vocabulaire de bien des gens. Après tout, c'est leur affaire, mais ils ne m'intéressent plus.


Roger Dautais




Ces poèmes choisis pour Thibault Germain,
poète avant tout,
peintre,
homme debout...



La Mort

La mort est comme une montagne hors d'accès

Tu crois
que tu atteins
le sommet

Mais tu comprends un jour
que ses pentes ne seront pas gravies

Ce jour là
la mort te loge.




Il en fut.


Il en fut ainsi cet automne
les feuilles ne tombèrent pas
contrairement
mais
les arbres se tenaient verts
et nous par la main
jusqu'à ce que le destin jaune
me pince
au moment où tombaient les feuilles.



Steinunn Sigurdardottir ( Islande)

jeudi 6 janvier 2011





Cette image est sortie du film documentaire dont je vous parle depuis un certain temps

LA MÉMOIRE AMNÉSIQUE

Ce film nous amène au cœur d'un atelier d'art-thérapie. Nous suivons l'évolution de Jeanine, Léa, Marie-Elizabeth, tous atteints par la maladie d'Alzheimer. Sorties de leur apathie coutumière, ces personnes très âgées, reprennent goût à la vie. Elles s'expriment librement, commmuniquent et découvrent les petits bonheurs de la création au travers de la peinture . L'art-thérapeute que je suis et qui anime depuis 9 ans cet atelier installée dans la maison de retraite Rivabel' Âge de Ouistreham en Normandie, vous parle de cette expérience humaine qui a modifié mon regard sur la vie.
En filmant moi-même ces personnes pendant mois dans mon atelier, je vous invite à me suivre sans appréhension et tente de vous faire comprendre mon engagement humaniste et mon point de vue d'artiste.
Le professeur Francis Eustache, neuropsychologue, le Docteur Annick Vandermersch-Aubourg, Directrice de Maison de Retraite, et Marie-Laure Jariel, neuropsychologue, complètent de leurs commentaires avisés, la présentation de cette expérience, d'un très grand intérêt.


Production F.A.G.PROG André Guéret LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS Jacques Dautais
Auteur : Roger Dautais
Réalisateurs : Roger Dautais et Jean Jacques Lion
Images : Roger Dautais et Jean Jacques Lion
Son : Valentin Pasquet
Assistantes: Marie-Claude Dautais
et Claudy Nogent Pistritto

Acteurs : Yvon Poirrier
et Cendres Delort pour les fictions intégrées au film

Ce film a obtenu le soutien de

Fondation KPMG
RÉGION BASSE NORMANDIE
CONSEIL GÉNÉRAL DU CALVADOS
CNC( Centre National du Cinéma et de l'image animée)
ASSOCIATION LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS
FAG.PROD André Guéret
Normandie TV

Vous pourrez donc, dans un premier temps, découvrir ce film sur NORMANDIE TV le Dimanche 9 janvier soit à 14 heures, soit à 15H30 ( j'espère pouvoir préciser d'ici là)
puis tous les mardi du mois de Janvier à 15 heures

TNT: chaine20
Numéricable canal 95 ou96
Freebox: chaîne 207
Livebox: chaîne 239
Neuf Box : chaîne
Bbox:chaîne 162
Darty ox: chaîne
Fransat : chaîne 103

Une avant-première sera organisée en Salle, au Cinéma le Lux de Caen, avec la présence du Professeur Francis Eustache, et des deux réalisateurs pour un débat après le film.


Nous avons de bons espoirs pour la diffusion de ce film sur une chaîne Nationale Française, et avec un peu de chance, aussi, au Canada.

Habituellement, je vous parle ici de land art. Permettez-moi d'ajouter deux mots par rapport à ce film.
J'ai rencontré les premiers groupes de personnes atteintes par la maladie d'Alzheimer, dans uns association que s'en occupe très bien, l'Ardapa de Lion sur Mer. Nous étions au début des années 1990.Je les ai côtoyés, j'ai travaillé auprès d'eux, avec eux, je les ai aidé, j'ai appris à les comprendre, à les aimer tels qu'elles sont dans la vie, avant d'ouvrir un premier atelier d'art thérapie, dans le courant de l'été 2002, puis de les suivre dans notre nouvelle Maison de Retraite de Ouistreham de l'ARDAPA Rivabel'Age, . J'ai voulu montrer dans ce film, tout cet engagement humain, d'une équipe soignante dont je fais parti, dire nos espoirs en matière de prise en charge et d'aide, et faire partager cette passion.
Aider les personnes en difficulté est naturel pour moi, mais en faire un film était plus difficile. Aussi me suis-je rapproché d'un professionnel aguerri : Jean-Jacques Lion avec qui nous avons monté une équipe performante pour un résultat dont je vous laisse juge.
Je défends une cause au travers de ce documentaire et plaide pour la mise en place d'aeliers d'art thérapie dans les Maisons de Retraite de plus en plus concernées par l'accueil de ces personnes atteintes de cette Maladie d'Alzheimer.
Je remercie encore une fois, ici, tous ceux qui nous ont aidé pendant près d'un an et demi.
Vous pouvez relayer cette info, si la cause vous parait devoir être soutenue.

Roger Dautais

jeudi 30 décembre 2010













Que cette année vous apporte un peu plus de paix dans le monde, un peu plus de fraternité, de poésie, que la part belle soit faite aux arts et à l'expression et que ce soit notre façon
"d' humaniser "le monde.
J'attends de vous, du rêve, de la créativité, des échanges amicaux, comme cela s'est déjà fait cette année et ce dont je vous remercie.
Meilleurs vœux à tous et bonne année 2011.

Roger Dautais







Épreuve



Ce miroir blanc où tu te jettes
A corps perdu
La cendre à l'œuvre éparpillée
qui t'invente la vie même
et et destine
Ces mots tressés à bout de mort
Cette empreinte piégée de l'errance.


***


Tu devances cette pourriture
Où tu ne sais pas
Une tache s'expose s'éparpille
Se plisse au coin des yeux


...L'errance écarquille le monde et te blesse.


Guy Allix







C'est Maud qui avait été la première, une fois passé l'envoûtement des chagrins débordants, d'ailleurs, très vite oubliés,à rendre visite régulièrement à son ami Maurice, dans les sous bois du cimetière dit "des quatre Nations. Elle avait gardé des mains d'enfant et de ces doigts graciles dont était amoureux la moitié du quartier, elle caressait le sable de la tombe, aussi délicatement que possible pour en refaire les sillons bien parallèles. dans le sable granuleux. Ainsi étaient rangées dans le quartier nord, les tombes des indigents, car même en terre de croyance, on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes. Monsieur Maurice, pour les dames, respecté par "la haute", du temps de son petit commerce, habitait coté "torchon" au boulevard des allongés. A chacune de ses visites, Maud, perchée sur ses talons aiguille qui s'enfonçaient dans le sol, meuble du carré des indigents, lui donnant une démarche chaloupée, apportait un petit caillou qu'elle déposait délicatement sur le sable. Cette délicate attention s'était transformée en cromlech, sans pour autant effrayer le fossoyeur, qui savait la tombe abandonnée depuis longtemps par une famille lointaine. Maud emportait aussi à manger, des quignons de pain qu'elle consommait au-dessus de Maurice. Elle en gardait une partie qu'elle écrasait entre ses mains pour la répandre en pluie fine, sur le sable en prononçant ces paroles
- "Tiens, mon Titi, en souvenir des serines ...".
Puis elle sortait de son sac à main panthère, une fiole remplie d'eau bénite, remplie au bénitier de Sainte Sara, la Patronne des causes perdues. Après en avoir vue une gorgée, elle ajoutait
-... et des serins de Saint Nazaire.
Cette phrase inquiétait quand même le préposé aux enfouissements, bien que , sans état d'âme et pour qui le culte des disparus, relevait de la simple fantaisie ou de la disparition .
Comment pouvait-il deviner, ce brave homme qu' avec le même flacon et la même eau bénite, Maud et Maurice avaient élevé enfant, des familles nombreuses de sereins dans le clandé de Madame Georges, la tenancière de l'Hôtel du Commerce, place de la gare à Saint Nazaire. Lieu béni qui allait devenir la maison d'apprentissage de la jolie et fidèle, Maud. Comment aurait-il pu deviner leur belle histoire d'amour avec toutes ces paroles abstraites:
- Oh, temps qui passe
coule comme de l'eau
dans le bec des oiseaux.
Même grande, entre deux passes, Maud vint dans ce cimetière, verser de l'eau sur la tombe de son Maurice et partager le pain avec lui, comme il lui avait appris, et signer d'une pierre, son passage de femme fidèle, avant de le rejoindre un jour, victime d'un règlement de compte.Je sais bien, on ne raconte pas des histoires pareilles à un tel moment de l'année, mais, vous savez, c'est une histoire vraie.

Roger Dautais









Douleur de mon amour



Et le poème travaille comme la terre
Friable dans la circulation des sèves
Dans la posture de la douleur

Tu partages incessant l'errance rageuse
Tu tiens dans la main ce dernier souffle recueilli
qui fuit déjà entre tes doigts
Incurve la buée sur la vitre

Dans la main l'aimante même qui se meurt
Quand tu voudras simplement épouser la terre
Enfin, terre à venir de ton nom
Quand tu voudrais seulement
Fondre ici les mots de ta nuit.

***

Et se dire qu'il n'en restera rien
Que cet épuisement qui déjà gagne
Rien que rien
Et le soir qui rentre dans la peau
Pas la moindre coïncidence à l'horizon

A quoi bon tenir
Retenir ce qui fuit déjà

***

Tu sais qu'au fond
La mort est le seul partage
Ce qui dira enfin ce domaine

Tu lui donnes déjà ce visage
Qui bat la parole
Comme une enclume
Épelle chaque instant jusqu'à la déchirure;


Guy Allix

Découvrez son site, si ce n'est déjà fait
http://guyallix.art.officelive.com/default.aspx

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.