La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 4 novembre 2009


à Youenn Gwernig


L’inconnu

qu’il me faudra déchiffrer

arrondit en moi

le silence

de sa sphère

Cette aube à l’affût

accueille une autre lumière

où conduit

toute naissance.


Marie José Christien



à Marie-José Christien

Tu vois cet arbre, petit, ils en ont coupé la plus grosse de branches pour en faire un cercueil. Je l'ai entendu gémir. Ils étaient trois pour ce méfait. Ils ont scié une partie de la nuit avec un mauvais harpon, édenté comme Job de Locronan. Bon Dieu, on s'est saoulé au chouchenn en les attendant, ces fils de pute. Nous on veillait le grand, dès fois qu'il se serait réveillé. Ils sont arrivés vers 11 heures. La nuit étai noire comme la mer. On leur a ouvert l'atelier du grand. Ils ont allumé les machines et tranché dans le vif. L'arbre, il n'était pas mort. Un vrai sacrilège. Mais pour le grand, comme disait Jobic, y lui faut un pull over taillé sur mesure. Ah les fi'd'garce, y nous ont coûte cher en gwen ru et du qui tâche. On avait dégotté la vinasse derrière les fagots. Tu connais la Marie, elle voulait plus qu'il picole,vu que le docteur, il l'avait dit. C'est bien simple, les docteurs, tous des menteurs. Ils nous font la morale et des que t'as le dos tourné, y te sautent ta bonne femme,en plus et ils boivent ton vin bouchonné. C'est comme les curés, pareil, eau bénite, goupillon, morale et pis, la soutane entre les dents. On connaît.

Le Grand, il avait dit au bistrot :

- Les gars, si je meurs un jour, tu te rends compte...si je meurt un jour ! enfin, on prenait ça bien, venant de lui. "Les gars, si je meurt un jour, je vous préviens, pas de curé". Et nous, ça nous allait assez bien. Tu comprends, pas de curé, pas de gendarme, pas de docteur. Au calme, quoi.

Ben, il est mort, le Grand et bien mort, dans son atelier fourre tout. C'est moi qui l'ai trouvé, au pied des scies à ruban qu'il accrochait au mur. La machine tournait encore. ça fout un coup. Je savais pas comment arrêter ce machin là, moi.

Je suis allé chercher la Marie, vu que la machine...et je l'ai ramenée dans l'atelier du Grand. Ah le choc, qu'elle a eu. Je lui ai dit tout de suite que j'y étais pour rien, je savais pas arrêter la machine. Pauvre imbécile qu'elle m'a dit, va donc chercher le médecin. J'y suis allé, il est venu. Il a dit:

- le grand est mort. Remarquez, j'avais bien vu qu'il n'était pas dans son état normal. Tout s'est compliqué lorsque la Marie elle a voulu appeler les pompes funèbres pour le cercueil. J'ai appelée les copains et j'ai dit: faut pas les laisser faire. C'est à nous d'enterrer le Grand, à personne d'autre-

Faut aller à la ferme de Hilarion Videloup, son gars d'ferm il nous indiquera un arbre assez vieux, on choisira la branche. On coupera. Y dira rien, avec deux litrons, ça suffira.

Des vrais, perdus,nous aut' que cette troupe. Mais on avait un secret partagé. On connaissait les petits carnets rouges du Grand. Le soir, après la rincette, il nous réunissait autour de la cheminée pour nous lire sa poésie . Et ça, rien que ça, valait bien de lui faire sa dernière boîte, au Grand.

Ils ont bossé toute la nuit et au petit matin, ils sont allés l'offrir à la vieille, sa boîte à bijoux. Ils ont couché le Grand dedans, avec tous ses carnets rouges, ses poésies, rangés de chaque côté du corps. La Marie a embrassé le vieux. Ils ont refermé le cercueil. ils l'ont placé sur le char à ban tiré par le percheron du Videloup.

" Adieu vieille branche, qu'il a dit Videloup en voyant descendre le cercueil dans le trou. S'il avait su que la branche c'était la sienne.

Après, on est allé chez Yvon. On s'est saoulé jusqu'à rouler par terre. Le lendemain , le Guy, il nous a réuni.

Les gars qu'il a dit, le Grand est plus là. Il nous avait habitué à lire de la poésie alors, j'ai pensé que...

Quoi, on a dit.

Ben, il faut continuer dans son atelier. J'ai demandé à la marie, elle est d'accord.

On est allé. On a débouché du cidre et Guy a sorti un livre de Marie-José Christien et il s'est mis à lire :

L'inconnu

qu'il me faudra déchiffrer

arrondit en moi

le silence

de la mer...

Nous, on a pleuré en pensant au Grand, aux textes qu'il nous lisait ici et puis on a bu à sa santé.

C'est ça, l'amitié, chez nous, les Bretons. c'est pas aut'chose.

Roger dautais


Dans cet exercice périlleux, j'ai voulu rassembler, la mémoire de Youenn Gwernig, le talent marie-josé Christien et le travail de Guy Allix, qui par amour de la poésie, passe une grande partie de sa vie à mettre en valeur, l'oeuvre des poètes.

Il me semble, par ce geste vivre une fraternité qui, avec l'humilité de ses personnes , constituent le terreau poétique dont notre époque désinscarnée, à la recherche d'une identité, a besoin de défendre si elle veut gagner sa liberté.

Cette désinvolture, n'entame en rien, le respect que je porte à ces poètes. C'est aussi pour moi, affirmer mon identité Bretonne, ma nostalgie d'exilé et l'amour d'une vie véritable en laissant mon imaginaire rassembler les vivants et le mort dans un dernier fest noz. J'ose espérer qu'il me sera beaucoup pardonné. Que mon délire de manouche rejoigne l'esprit sauvage de Marie-Josée Christien, en ses terres de Cornouailles.

Roger Dautais

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

Née en 1957 à Guiscriff, dans la Cornouaille morbihannaise, institutrice dans une école maternelle, ses textes poétiques, ses collages et ses chroniques sont publiés régulièrement dans une quinzaine de petites revues. A cofondé en 1991 une publication annuelle, Spered Gouez/L'esprit sauvage. Son recueil Lascaux et autres sanctuaires (Jacques André, 2007), dédié à la mémoire d'André Leroi-Gourhan notamment, interroge « la pierre caverneuse où soufflent les esprits énigmatiques de nos ancêtres millénaires » écrit dans sa préface José Millas-Martin.

Retrouvez-là sur le site du poète Guy Allix

http://guyallix.art.officelive.com/invites.aspx

mardi 3 novembre 2009







à Sylvie, Lilia et Emmanuelle



INSOMNIES




Le soleil déclinait. Le petit homme se pencha sur Ana, allongée dans l'herbe, les bras ramenés sous la tête. Elle attendait la nuit.
L'homme consultait un carnet. Il tournait les pages.
_ tiens, écoute ça.
" car je sais qu'il n'allonge ni ne raccourcit la vie,. Je parle du sommeil, de ce que tu m'as écrit, hier sur ta carte de visite. Je me suis permis d'ajouter " du sommeil, tu as fait ton ennemi".

Ça te vas , comme ça, Ana N'ké?
- Enfin, disons, ça ira.

Lyon, était si loin, pour lui, de la Bretagne et Ana, de sa vie Tunisienne.
Il riait à l'idée de ces rassemblement de pies. Sur les berges de la Rance, près de Dinan, en hiver, il en comptait par dizaines à la fois.Toujours à se battre pour un morceau de cadavre. Médecin légiste, il était devenu pie, à son tour.

La logorrhée maniacodépressive, d'Ana, l'emportait comme les eaux d'un fleuve. D'une simple rivière, elle en faisait le Gange, mais il l'aimait tant, cette femme. Rien ni personne n'arrête les eaux d'un fleuve, très longtemps.

- Des siècles, tu me dis...mais, croyants que vous êtes tous, des siècles, n'est-ce pas une goutte d'eau dans l'éternité ?
-Assieds-toi sur le bord du fleuve, regarde passer les cadavres et compte les gouttes. Tu viendra me voir lorsque ton travail de comptable sera terminé.

Ana N'ké vomissait son enfance. Elle se vidait d'un diarrhée de mots .Sidi Bou Saïd, ses ruelles chaudes , les bougainvilliers au parfum entêtant, c'était la carte postale pour les touristes en mal d'enfant à baiser pour pas cher.
Ana haïssait les blancs et ce n'est pas sa condition de médecin de campagne en Avignon qui pouvait arranger quoi que ce soit. S'asseoir sur le bord du fleuve, regarder passer des cadavres, mais, bon dieu, c'était sa vie, tracassée, brisée, agitée. Elle rêvait de faire l'amour au monde entier, pas avec des porcs! Pourquoi tombait-elle toujours sur les mêmes salauds.
Un homme n'était-il qu'un sexe, un tire bouchon ?
Pourquoi, ce pécher originel, pourquoi cette honte, pourquoi cette fille menteuse... sa propre fille.
Ana, dans sa folie avait changé trois fois de nom, d'identité. Rien n'y faisait. Elle dégueulait la lâcheté du monde, le crime, le viol, l'enfance pourrie par ces gros porcs débarqués en Tunisie, pour baiser, baiser, et encore baiser des enfants, avant d'aller retrouver les leurs, épargnés, en Europe. Mon Dieu, qu'elle avait pleuré toutes les larmes de son âme si belle.
Des ruelles de Kairouan aux bas fonds de Tunis, des Montagnes de Matmata, à l'ile de Djerba, elle expiait, elle délirait , elle écrivait, elle dégueulait son enfance.

" dis, mon frère, cette fuite dans la nuit, cet adieu à Sidi bou Saïd, nos bourreaux, était-ce le début de l'histoire. Pourquoi nous, pourquoi expier, se prosterner devant un Dieu qui n'existe pas. Pourquoi tous ces fous, pourquoi Sabra et Chatila. Ô, Liban déchiré comme un chiffon rouge sang.
Sa beauté attirait les hommes, son intelligence aussi . Sa bi-polarité l'emportait dans des délires luxurients. Elle consommait la vie. Elle brûlait sa vie, n'appartenant qu'à elle même. Trois tentatives d'autolyse et trente ans plus tard, en avaient fait un médecin d'exception qui se laissait dévorer par sa profession. Ele était restée malgré tout, la petite Lilia aux pieds nus de Sidi Bou Saïd, avec ses blessures, son chagrin, ses larmes comme la pluie en Bretagne.

L'homme s'était éloigné d'elle. Ana N'ké défit ses longs cheveux noirs, les ramena devant ses yeux et s'assit en tailleur, à l'orientale, dans l'herbe humide de la rive gauche du fleuve.
Elle se mit à peigner longuement et soigneusement ses cheveux noirs. Elle se fit une raie au milieu de la tête. Elle écarta ses cheveux comme on écarte un rideau de théatre.
Sa bouche gourmande s'entr'ouvirt laissant passer un murmure. Ses lèvres bougeaient à peine. Elle se mit à compter.
-Un, deux, trois,quatre,cinq, six sept, huit, neuf.
Sa peau mate, son regard noir, ses cheveux d'ébène, son corps enveloppé, sa voix chaude, composaient sa mélopée.
Petite Juive, elle avait aimé, malgré le drame, la compagnie de ses amis Arabes. Pour Ana, seule la fraternité pouvait sauver la mise de ces peuples ennemis, non la religion qui les séparait.
Elle revoyait Pégase, petit cheval de bois, marionnette accroché à la fenêtre de son enfance. Elle revoyait Moshé, son père. Ce doux géant qui tirait de la langue lorsqu'il écrivait. Comme elle n'avait pas su l'aimer assez.
Pour Ana N'ké, le fleuve n'était que son désir insatisfait des hommes. Elle le savait. Les secondes à compter, les minutes, les heures, les gouttes, des cris d'amour dans sa nuit.
Elle vit passer le premier cadavre vesr onze heurs trente.
- Mon dieu, mais c'est mon père, se dit-elle.
perdant la cadence, elle arrêta de compter. Elle se mit à pleurer, à vomir, encore une fois.
Ana N'ké se précipita dans les eaux du Rhin et coula àpic.
Lorsque Moshé revient sur les lieux du compte, il trouva une misbaha abandonnée dans l'herbe, un petit foulard bleu nuit qu'elle ne quittait jamais et la trace de son corps dans l'herbe foulée.
- Elle est partie, cette fois, bien partie. J'espère qu'elle aura compris la leçon... Toujours ausi tête en l'air avec ses affaires !
Ana N'Ké descendait le fleuve depuis deux jours, livide. Ses cheveux flotaient comme un drapeau de deuil.

Dans le cimetière qui surplombait le village de Sidi Bou Saîd, le petit homme, devenu vieux, chercha la tombe d'Ana N'ké. Une femme se pencha à la fenêtre de sa maison bordant le carré des morts.
- Vous cherchez quelqu'un ?
- Oui, Ana N'Ké.
- Retournez-vous, la deuxième tombe sur votre gauche.
- là ?
- exactement.
-Mais...il n'y a pas de nom.
-Pourquoi voulez-vous qu'il y ait un nom, ma mémoire suffit.
-Je ne comprends pas.
- je m'appelle Fatma. Je suis une amie d'enfance de Lilia. Avant, vous savez, Arabe ou juive, pour nous, enfants, c'était pareil. Elle avait eu une enfance terrible, ne l'oubliez pas. Il ne faut pas lui en vouloir de son geste désespéré. Elle était devenue un très bon médecin. La France, ce n'était qu'un péripétie, pour rejoindre un homme. Elle se sera noyée par accident, mais vingt ans après, qui s'en souvient. Qui se souvient encore de la petite Lilia aux pieds nus...

L'homme se pencha sur la tombe blanche et l'enveloppa de ses deux bras.
Derrière les cyprès, la Méditerranée qui les avait rassemblés, n'avait qu'un bleu d'azur à leur offrir en souvenir.

Roger Dautais
Déjà...

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


Photos et installations Roger Dautais

: Le land art... parfois, comme une écriture pour accompagner l'amitié, les sentiments, la vie comme elle va. Désespérer du monde ne veut pas dire être passif.J'ai besoin de retrouve ma respiration, mon souffle, ma liberté et certaines rencontres trop brûlantes, trop passionnées me détournent du chemin des grands jardins. Du miel, je fais des tartines, je m'en nourris. De souvenirs, je garde le meilleur et l'amitié continue à être présente. il suffit parfois de s'écarter un peu.
Le soleil reviendra.
Nous reverrons la Tunisie bien sûr. C'est juré, sur les tombes de Matmata depuis 2008.




à Marie-Claude...


Make love
tu dis
mais love

( Lilia ...)

Tu tires le

rideau
noir

( Folie...)

Cessez pluies

d'or
cassez
le rythme
de chevaux ailés

( Cassiopée ... )

tirez

le petit charriot
de feu

( Matmata...)

Elle est revenue

l'amante
religieuse

Elle sépare
l'inséparable
jusqu'à
demain.


Roger DAUTAIS

La nuit reste éternelle jusqu'à l'aube. Nous irons ensemble, mon amour, au pays du soleil. Matmata nous attend.


Land art : installations May sur Orne, Roche d'Oetre, Caen et photos R.Dautais

lundi 2 novembre 2009



CNOTAPHE

à ceux qui sont partis en fumée, à ceux qui sont parts, abandonnés, à ceux que l'on appelle et qui ne répondent plus, aux morts en cette journée qui leur est consacrée. Seule la Mer pouvait laver notre peine,ce soir


Je me promenais sur le bord du lac de Genève avec une amie. Elle se disait, souffrante. Écrivain de talent, elle craignait que son mal ne contamine ses mots, ma pensée, mon point de vue. Elle prenait l'avion dans trois heures et nous devions rendre la voiture de location avant son envol pour l'Algérie. Sonia était neuro-psychiatre dans un grand hôpital d'Alger. Insomniaque, elle tuait le temps sur des blogs à longueur de nuit et le jour, elle passait son temps à secourir de pauvres hères qui lui dévoraient la vie.

Sonia me prit la main et s'arrêta. Elle me faisait face, et me planta son regard noir dans le fond des yeux. Je la savais, inquiète, fragile. Je la sentais emportée pas ses tempêtes, ses doutes. Elle abordait très mal le tournant de la cinquantaine.
- tu me comprends, Jean
- parfois, non.
- Je sais, mon passé embrouille tout. Tu crois que je devrais raccrocher?
- Bien sûr que non. Tes mots sont forts mais l'écoute est différente. Elle est volatile, un oiseau, peut-être. Elle est labile. A moins que ce ne soit ton discours que tu agites comme un chiffon rouge au nez d'un taureau. Rien ne me gêne dans l'écoute, tu le sais. Je maîtrise cet art.
- La surface de ce lac est limpide et immobile, répondit-elle et rien de semble atteindre sa tranquillité. Tu pense comme moi ?
- ... ?
- Excuses-moi, continue...
- Oui... Entre nous, l'air, la vibration, la couleur de ta peau, les yeux, les lèvres, les dents, les cheveux.
- Tu penses ça ?
- Les attitudes parlent, Sonia, les attitudes, aussi. L'oralité touche l'oreille, porte étroite de la sensualité.

Le temps se couvrait, virait au gris. Jean regardait le visage expressif et mobile de son amie.Il percevait le frémissement des ailes de son nez parfait.
Jean aimait cette beauté forte., cette vitalité débordante mais il s'en méfiait.
Il continua.
- le mot est glèbe, glaise, glaive. Il est du livre, comme toi ou moi. Il est l'indispensable pause des voyageurs que nous sommes. Il est oasis, désert de pierres, Sahara. Il saigne, il est menstrues, bandaison, platitude, érection, comme les pierres levées de Carnac. Noir, ce mot devient lieu de pélérinage, concentrique prière. Le mot est ce que nous sommes, entre culture et faiblesse, révélations et mensonges, entre silences et logorrhées.
- Logorrhées, mes mots écrits ?
- enfin, je veux dire mélopées. Voila ce qu'est le mot, tueur de certitudes, ébranleur de socle. Il est, subversif jusqu'à la concordance, hésitant dans la balance, amoureux de l'ombre ou se tortillant au soleil, nu comme un ver. Il est l'enfant entre tes cuisses, du cri primal à la trahison. Il est le dernier regard lorsque la tête tourne et s'incline, puis se lâche dans un dernier mouvement et tombe pour te quitter.
Il est l'adieu.
Il est la vie
Il est pour nous, l'amitié. c'est pour cela que je l'aime.

Sonia ferma les yeux; Mes morts...ils viennent à moi. Elle serra les mains de jean pour résister à la syncope. Ses larmes coulaient, libres, comme elle.

Nous ne changeons que très rarement les êtres, nous ne pouvons que les aimer ou les quitter.


J'ai écrit ce texte en ce jour des Morts, loin des miens, dans la peine des éloignements des nôtres. Nous avons aussi le droit au respect et aux larmes de silence. Nous ne mesurons jamais la force des mots. Ils peuvent tuer. Ils peuvent aimer, aussi. J'ai choisi la seconde solution. La semaine qui vient sera d'éloignement et de retrouvailles. Il n'y a pas de place entre nous, simplement à côté de nous.

Roger Dautais
"Avant le départ"

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

dimanche 1 novembre 2009




Ce n'est pas pour ce soir, encore...



Ce pourrait
être
une dernière
fois
t'embrasser
sur tes lèvres chaudes...

Ce serait
voir notre maison
s'éloigner
et mon souffle
se tarir
comme une source
du Sahel

Ce serait
clore les occurrences
taire les dires
faire sauter
le melting pot,
perdre le logos,
sombrer

Une colombe
en vol
arrivera demain
porteuse de mon souffle
Demain
j'attendrai encore le soleil.


Moïse Clément

En Normandie le 1er novembre 2009




J'ai le blues...Il est impossible de dire je t'aime. Impossible dans ce monde d'aveugles et de sourds. Ma route est de solitude. Ici, je suis en représentation si loin de l'essentiel...Si loin...Seul le détachement et l'humilité peuvent nous faire avancer dans l'art mais l'exercice est périlleux. Ce que vous croyez atteindre est un mirage. Il y a trop de combines dans l'art. Qui accepte le dépouillement?
Nous sommes grugés. Les apparences triomphent, mais ne le dites pas, vous finiriez comme moi. Pardonnez moi de ne le dire qu'en aparté. Partager la lumière est un danger permanent. J'aime ce danger. Il me constitue.

Le seul moyen de sauver le radeau, est bien de recentre sa dérive vers l'humaine condition. Il ny a qu'à voir pour comprendre ces décrochages dont nous sommes, nous êtres ultra sensibles, les premières victimes. Il n'est pas question se plaindre, mais de résister et la résistance passe par cette proclamation.
Oui, le land art est porteur d'espoir, oui, il appartient à tout le monde et non à un brelan d'as. Qui se met en course pour le maillot jaune oublie que certains courrent sous anphé.
La désespérance qui ne se conclute pas par une mort est une composante de l'art. Qui le conteste.
Mon espoir tient dans le fait d'être aimé depuis très longtemps par une femme d'exception Marie-Claude ce qui n'a pas empêché une Bloggeuse du sud Ouest de me conseiller d'enlever son nom du Chemin des grands jardins, car elle trouvait notre romance ringarde.
Alors je vais terminer cette rubrique par une pensé philosophique et lui dédier

ON NE PEUT ÊTRE ET AVOIR ETE, LA PREUVE
J'AI CONNU DES CONS QUI LE SONT TOUJOURS

PIERRE DORIS



Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

vendredi 30 octobre 2009





à l'absente...
Souvent, tout refaire, pour aimer à nouveau...


Petits écheveaux
de bois
comme ma gueule
ouverte
l'effiloche des jours
et des
écholalies


tout le ciel est tombé noir
dans mon café

ici je pleurais
tu démêlais
tes longs
sanglots


entre tes seins blancs
J'ai posé
un baiser de feu
amoureux

La bamboche
a fini
par me casser et la tête
et le cœur

Petits écheveaux
tournez
montez au ciel d'Orion.


Jeanne veille et
tend
son bras numéroté
Jean-Moïse

n'est plus
que l'ombre de moi.

Ô ma fille
disparue que je t'aimais,
aussi

écholalies

Papa
dis tu pleures,
pourquoi
...

non je t'aime de larmes
mon enfant de nous
reviens

Je pleure.

Moïse Clément
"la nuit, c'est quand tu n'es pas là
"
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


J'aimerai avoir les absences des vieux, les départs, le décrochements de ce monde incompréhensible dont ils s'échappent lorsque ,nous leur montrons notre indifférence, notre savoir, notre jeunesse, notre belle auto " t'as vu Papa, ma grosse auto, ma béhemdoublevé ma mercédasse et son chauffeur. j'aimerai avoir l'absence de ces Alzheimer qui décrochent de notre beau monde de gens stressés, pressés, ce monde m^me qui les a précipité dans la maladie. Ce monde qui déserte, nie et renie :
- nous...? de notre faute...
Nous, mais enfin voyons...Papa
T'as vu ma mercedasse, ma déasse
ma Béhemedoublevé et son chaufeur.

J'ai remis Osez Osez Joséphine sur le lecteur de CD ROM et j'ai continué à filmer ces instants rares, ces vies d'Alzheimer que j'approche si souvent pour les aider.
S'ils s'absentent, je fais le voyage avec eux, s'ils plongent en apnée, je plonge en apnée.
Réaliser un documentaire dans ces conditions demande des compétences. Je les ai. Bien d'autres aussi mais je n'ai pas trop de concurrence, il faut le dire. Le vieux n'est plus à la mode. Je suis de quoi je parle, je suis vieux et à 67 ans, je me l'entend dire et répéter chaque jour.
Ecoutez la chanson de Bashung, vous comprendrez ma démarche de soignant dans ce monde qui vous intrigue tant. Cela vous aidera aussi à comprendre e ce que j'écris, un peu mieux.
2010 sera une année de tournage, pour moi, avec trois documentaires, dont un sera consacré à mon travail professionnel : le land art. Il sera réalisé sur les 90 km des plages du débarquement,et dans la Hague. Je vous en reparlerai en temps utile.

N'oubliez pas mes amis Emmanuel Prunevielle, Grégory Goffin, Richard Shilling, Dominique Gros Alejandro Guzzetti, Articia, Jean Jacques Lion,Guy Allix, Mohamed Siad, Jocelyne Bof, Manue, Epamin'Lilia,Patricyan, HervéPerdriolle, hoboville studio, Anne Vanderlove.
et tous ceux qui sont en lien sur mon site.

Ils sont tous des voyageurs au pays de l'écriture,de la poésie, du land art, de la sculpture, de la peinture, du théâtre, du cinéma, de la vide, de la photo.Ils enseignent nos enfants et résistent au Mammouth et au" dégraisseur", lui-même très gras et fort poilu
Ils rêvent, s'expriment, réalisent, montrent, pour votre plaisir, vos loisirs, et donnent leur vie à l'art, à l'enseignement digne de ce nom.
C'est le monde qui s'absente, pas eux.
C'est le monde qui stresse le monde. C'est le profit des spéculateurs et des cupides qui fait les guerres. Nous n'avons rien inventé de plus intelligent que l'art et la culture ( je n'ai pas dit les cocktails onéreux) pour mettre à bas cette dictature du profit.
Le temps de la Toussaint est pour les chrétiens dont je ne fais pas parti, le temps de célébrer ses Saints, puis d'aller se recueillir sur les tombes des morts.
Où se recueille-t'on quand le corps de la victime s'est volatilisé dans un attentat, perdu en Mer, disséminé sur les sols gelés de la Silésie, ou à Auschwitz après avoir été douché et brûlé ou encore au Cambodge, en Chine...
Baumes la Rolande, cette rampe de lancement franco française n'aurait été que pure invention d'un historien fou ?

Le monde n'est pas un cénotaphe.

Nous marchons sur nos morts.
Nous marchons sur nos vivants,
aussi,
Nous marchons sur la jeunesse perdue. Junkies aveuglés de shit, d'amphé, de coke , d'alcool, voguant de défonce en shoots se servant et payant de leur vie la dîme des temps modernes aux dealers qui prennent la planète en main, et font concurrence aux marchands de canon.

Nous marchons sur les vieux abandonnés,
sur les artistes, souvent.

Oui, la vie est sacrée. Mais la vie est aussi un sacré bordel où tout le monde ne trouve ni son compte, ni à manger tous les jours.

Les blogs dorés ou rose bombon, il en faut mais il faut aussi secouer le cocotier sans se contenter de dire
Ouafff.
Hifff !
O.K D'acc... coco
Comm, d'abb.
Ouaou, c'est cool ton truc.
et puis retrouver son cartable de petit prof qui emmerder tout le monde, après. Il y a des intermittents de la marge. Ils ne trompent qu'eux-même. Y font pas le poids. Ca sent le baltringue de loin.
Je ne les vois pas, ces mecs, là, au charbon.
Il y a du taf, mais certains travaux d'intérêt général, je veux dire, côtoyer les vieux, les jeunes qui ressemblent à rien de "cotoyable", dont on ne peut plus rien tirer, " l'absence " là, toutes les figures de style à la Brice de Nice, c'est pas suffisant.
La morale, c'est pas a moi de la faire, c'est pas non plus à ceux qui prennent la parole sans se moucher.
Où est la vérité. Ele est devant ssoi. Faut ouvrir les yeux et vivre à poil, enfin je veux dire, nu de certitudes. C'est compliqué.

Oui, parfois, je les envie ,ces vieux que j'aime tant, parce que je ri avec eux, nous peignons, parlons, devisons, écoutons de la musique et dans leurs silences, dans mon atelier d'Art Thérapie.
J'apprends mieux la vie auprès d'eux, avec eux,que dans n'importe quel meeting politique à la mode.Le land art mène à tout même à ouvrir les yeux, car le chemin est rude qui mêle à l'humilité comme le dit l'ami Guy Allix, poète initié, le frère retrouvé.

Mon blog est toujours un blog de land art mais il ne sera jamais une galerie si propre que même la gripe H1NI ne peut atteindre le directeur, même la vie,n'y entre pas. Non, ce sra ce qu'est la vie, un mélange de plein de choses, de poèmes, de textes libres, de dédicaces à mes copains, de déclarations à ceux que j'aime, de photos de land art. Je vous l'ai dit mille fois, je possède
25 000 photos de land art, des films, je fais ds expo,je donne des conférence. En fait, c'est un métier d'être artiste, alors pourquoi vous me demandez tout le temps et à part ça, qu'est-ce-que vous faites ?
Prendre 25 000 fois sa belle mère, en photo, ça peut surprendre, mais 25 000 photos de land art, c'est d'abord installer, performer, bâtir, élever des formes, des objets, des végétaux, des matières. C'est, passer sa vie dehors, pendant 11 ans pour moi sans oublier ce que j'ai fait de 0 à 55 ans. 25000c'est beaucoup et c'est rein à la fois. Trop pour regarder mais asez pour avir en moi, de qui reprendre la route chaque matin et savoir que je suis en mesure de m'exprimer.

Je réponds ici à quelques critiques toujours bien vachardes et venant de gens qui, soit sont à leur 2 ème semaine de stage land Art, soit dans rien mais qui savent, soit dans la méchanceté pure et qui vivent eux, dans la combine à nanard, le robinet à subventions ouvert dans leur goule. Ils sont élus, élus pour recevoir,pas pour doner, si...des leçons pour que les autres, nous, on n'approche pas du gâteau. Ceux là qui m'habillent et me taillent des costards, ce n'est plus la peine qu'ils me lisent ou parlent de moi. Qu'ils m'oublient, je les laisse à leur médiocrité de combinard petit bras.
Mes journées sont longues de 5 h du matin à 11 heures du soir. Longues et passionnantes. Je ne vois pas pourquoi j'arrêterai. Je veux monrir, vivant. C'est ce que j'avais écrit à un peintre aujurd'hui disparu, Yvonne Guégan. Nous avons fait un livre d'artiste ensemble, Fol'Art. J'ai souvenir de retrouver cette phrase imprimé dans ce même livre. Yvonne est partie, je continue la route, comme elle le fit, en travaillant jusqu'à la fin.

Roger Dautais

mardi 27 octobre 2009

C'est l'infinitude qui fait lien entre l'art et le réel..*.


Lorsque Christina Barolo nous parle du regard infini, elle dessine les contours de son âme, simplement et permet à celui qui l'approche de la pénétrer.
Il est bien entendu, disons, sous-entendu, que toute œuvre de création implique son créateur. En l'occurrence, sa vision holistique de son être, projeté sur le support miroir de l'âme, une toile, va suffir au déplacement sémantique.
La virginité de l'objet, sa "platitude" même, engage l'artiste dans un process qui met en œuvre un transfert d'ordre psychanalytique.
Christina Barolo, qui peint le cheval, nous parle de son regard, et prend comme alibi Descartes, pour nous parler de la passerelle possible entre le monde animal et le monde des humains, touche au sublime.
Le subliminal s'incarne, et le mot amour prend tout son sens, car Christina Barolo, est une grande amoureuse.
Amoureuse, femme dans sont épanouissement, bien sûr, mais non sans cette faille, cette fragilité qui lui permet d'être une artiste majeure. Sa palette lui ressemble, diaphane, élancée, aristocrate et ses nuances la rendent d'une humanité touchante.
Si la femme existe, elle est, berceau de l'humanité dans son accomplissement de mère. La création est une maternité et qui s'arrêtait au visible et serait à mille lieu de l 'entrée des possibles interprétations. Après, il faut encore la clé. Elle pend à son cou.

Comprendre Christina Barolo, se fait dans un regard, le sien.
J'y ai lu comme dans un livre ouvert et la limpidité de sa souffrance m'est apparue d'une humanité incontestable, tant le doute était présent. Cette humanité, je l'ai retrouvée dans ses toiles.
Voyons le catalogue en ses titres révélateurs :

Le doute évoqué par " Break"

L'intuition se dégage dans "feeling3
La raison s'inscrit dans " Duel3
La pensée se reflète dans " cogito ergo sum"
La connaissance appelle le "Tête à têtes"
Le tryptique de la passion " Coramespri"
ainsi que celui u "bBaptême"
et enfin "l'infini"

et voila ce que Christina Barolo écrivait en exergue de son œuvre peinte :

"Au cours de mes escapades d'enfance, mon REGARD avait déjà croisé celui des chevaux. Je l'ai retrouvé, je n'ai pu par la suite le porter ailleurs, tant leurs yeux avaient à me dire. J'ai été stupéfaite par la profonde et intense réflexion qui se dégageait de tous ces regards. Comme s'ils me renvoyaient à mes propres tourments de fragile humaine. Ces regards miroirs m'ont bouleversé jusqu'à me demander qui d'eux ou moi appartenait réellement au monde animal"...




Humble jeu de cartes, tarots de Marseille ou véritable connaissance de la nature profonde de l'homme, l'œuvre de Barolo est emprunte de la Renaissance Italienne mais aussi d'une modernité issue de l'univers cosmopolite de New York.
Les références flagrantes, sont de l'humanité et porteuses d'archétypes. Elles sont le reflet d'une humilité, je le répète , socle de toute œuvre majeure, face au mystère de l'homme, de sa relation à l'animal, au cosmos, à sa finitude.
Si les Jésuites ont choisi comme devise Perinde ac cadaver, c'est bien que la construction de toute oeuvre passe par la mort, quelqu'en soit son degré de connaissance ou d'initiation. Cette humilité nous rattache en son passage obligé, au retour à la terre-Mère, comme le sabot du cheval au galop, qui malgré sa puissance a lui aussi besoin de cette présence , de cette complicité, de cet accouplement avec la matière qui nous compose.
Tout envol présomtueux mènerait l'artiste,comme Pégase à se brûler les ailes.
A chaque fois qu'elle entreprend une toile, Christina Baroso, va chercher au tréfond de son âme, cette force de tout recommencer, inlassablement, comme un enfant qui balbutie devant sa mère, à chercher le langage pictural qui unira, le cheval-passion au spectateur-passif, qu'elle saura animer par un commentaire judicieux. Le" je ", est présent, le" nous " se conjugue au présent et le" jeu" du casino, de la roulete au black Jackincarne ce qu'elle nous offre à voir sur ses toiles. Une émotion de l'ordre de la Renaissance.
Je n'ai pas d'images à vous montrer de cses toiles, car je n'avais pas prévu d'écrire ces lignes nées d'une conversation téléphonique, mais on doit pouvoir parler de peinture à un aveugle. Si vous pensez que Christinas'était contée de montrer au Casino de Cabourg, pendant les equidays de l'automne 2009, une anatomie du cheval, déclinée en couleurs, ce qui est partiellement vrai, tant elle " possède " le cheval, dans son trait, vous aurez maintenant l'envie de découvrir l'oeuvre à Paris dans une galerie que je vous indiquerai plus tard ou à la galerie artioli Findlay 11east 94th Street New York NY10128.
Vous comprenez mieux ce qui peut me relier à Christina Baroso, lorsqu'en 2006, je créais la série des" Gisants de Sallenelles". Un lon cordon ombilical reliait le défunt à la Mère-Fleuve. En ces temps l'Achéron,fleuve des enfers, chariait des eaux boueuses et le passage d'une rive à l'autre s'effectuait sur la barque dee Charon.
Le land art est "Terra incognita". Le land art est "vibration" et non, ratiocinations de petits vermicaux présomptueux et pédants. C'est une oeuvre d'homme, ni en dessous ni au-dessus, encore faut-il trouver la bonne longueur d'onde. Pour moi, elle s'appelle, l'amour de la vie.

Roger Dautais
" en revenant de Balbec avec Marie-Claude"

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

* William T.Vollman
Chronic 'Arts Septembre 2009

lundi 26 octobre 2009





à celle que j'aime
à son regard bleu qui me chavire



Elle est
venue
l'insolente
pluie d'Afrique chaude
laver mon corps blessé
enlever
tout ce sang.

Jamais
je n'aurai
cru
sa bouche
si délurée.
J'ai crié au ciel
d'arrêter
le supplice

Mais
elle insatisfaite
dévorait
un délice.

La hampe céda
Une petite rivière blanche
se mêla au sang
du delta
métissant
l'amour à mort.







Par terre
gisait
ton corps
méridienne brisée

Fenêtre
ouverte
je t'ai rejoint
d'en haut

Dernier vol
vers l'inconnue.






Rejoindre quoi
Une méduse
un scorpion
un serpent,
un rêve...

Non,
l'amour est ici.
Demain
nos vieilles bouches
usées de baisers
se cèleront, une dernière fois
dans le noir désir d'amants
vieux.





Pierres
de
lune
croissants
orientaux
vagues
de plaisir
au pied
des grottes
humides...

Ici,
femme
tu
résides
ici
ton corps
exulte
et la
nuit
m'escorte
jusqu'au
doute.
Demain, je tenterai le diable.

Moïse Clément.





Je ne change pas de nom pour me cacher, c'est le contraire.
A ceux qui croient comprendre ce que je ne comprends pas. La finitude ne demande pas à être comprise, elle s'accomplit;
Le noir est sorti, ce soir...est-ce vraiment si grave ...



Aux gazelles...

C'est trop tard pour aimer moins. trop tard ou trop tôt, j'ai choisi l'exil comme terre d'accueil. Il m'arrive d'être déçu, tout le temps et de me dire que moi aussi , je dois être décevant. Dans les interstices de l'amitié, je me glisse et veut pousser comme la mauvaise herbe entre les pavés de l'enfer.
Vos langues étrangères me torturent. je ne suis ni bi-lingue ni tri-lingue. Je suis sensible à la musique de ton corps, à la faiblesse de ton regard qui ramasse le miens. Je voudrais saigner l'éternité, larguer ma peine d'un tranchant terminal et ne plus avoir d'horizon qu'un tourbillon de solitude, un vague hoquet, un trou noir.
Voilà ce que je voudrais pour arrêter le manège,couler ma barque, abatte le Temple, ne plus souffrir.
Tu vois, ma superbe, je ne suis rien qu'une poignée d' herbes folles, une ombre, un grain de sable. J'ai fini mon parcours, ne veux ni rencontres ni conclusion, simplement le zéro éternel, celui qui ne dure qu'un instant.
Ma désespérance se heurte à ta porte qui se ferme.
Écrire est pire que tout et tu le sais.
Je suis, bédouin égaré, priant sous la voute, je suis l'acte final, le cri, l'onction, le blasphème, je suis tout sauf ce que tu ne veux pas : un homme libre.
Laisse moi m'égarer et rêver, laisse moi oublier les coups, les cris déments, les fers, les crachats, je n'ai besoin que de moi pour souffrir.
Aucun de mes souvenirs est factice. Tu ne sais rien de moi et tu prétends m'écarter de ta maison. Le monde est cruel, je le sais. Je ne veux plus du monde, juste voir la bougie s'éteindre et moi, aussi. Mourir sera délivrance, aussi, alors, ne pousse pas. Le destin ne peut que s'accomplir. J'ai mal à mon enfance, elle saigne pour toujours. Je ne voudrais plus cette tentation du noir. Pour eux, ce n'est jamais grave, jamais qu'un trou de plus à creuser. Alors ils poussent et puis ils oublient dans leur confort. La vie, fragile comme une plume auvent, la vie,ce miroir brisé quand elle s'achève. La vie, si belle pourtant, parfois piétinée. Voyez le résultat. Ce n'est pas mieux au nord qu'au sud.
Aimez moi comme je vous aime.


Moïse Clément

dimanche 25 octobre 2009





à Marie-Claude Sevenec


J'aimais

me blottir

entre tes seins
montagne
de tendresse


J'aime
toujours
les promenades
en montagne ...

Tu es l'amour
comme je suis
ton homme.



Tu prenais
le logos

pour fleuve
d'airain.

Il n'était
que langue
experte,
en ton fourreau.

Tu approuvais,
lascive.
Ô, le beau
langage des
lèvres

entrouvertes

murmure d'une
source divine,
breuvage
des Dieux de l'olympe .




à Ana Mendieta



Exo,
nue privait
l'érable rouge

de menstrues.
Tu attablais

tes seins
pour la tétée.

L'enfant brun
hochait la tête,
de plaisir.





à Christina Barolo
,
vivante, vibrante dans la mystique du voyage
...


En chemin
une source chante.

Tu poses ton regard

sur la salamandre d'or
et le miroir
sépare les deux espaces.

Tu es morte à sa
connaissance

simple piétonne en terre de

Brocéliande
qui tourne
pour toi,
l'univers du Graal.

Douze Sébastes
en vol

sonnent l'heure d'amour.

Il est temps
d'aimer
tous les jours.

Au coeur de Balbec,

la mer léchait
le sable
d'une langue de feu.

Un blanc manteau
recouvrait
les chevaux cabrés.

J'aimais cette rencontre
que déjà
nous devions séparer
nos destins.

Au Val sans retour,
les pierres lèvent
la Terre,


le pas
des chevaux blancs frappe
le sol moussu.

Une salamandre
d'or,
attends ton regard
illuminé.

Va
descend de ton cheval

continue ton chemin,
à pied.

Il est des nuits
sans lune

comme couple sans amour... à enchanter.

Ici se tourne une page
ici,
nous avons dit.

A toi

d'écrire le reste,
à toi d'aimer.


Moïse Clément

J'ai écrit ce texte après avoir fait la connaissance de Christina Barolo, de son mari, de ses deux enfants , au Casino de Cabourg (Balbec) lors de son exposition dont le thème tient en ces trois mots.
COGITO ERGO SUM.

Descartes souffla du génie puis se retira dans sa tombe. Restent ici sur ces toiles diaphanes, des couleurs irisées, ds lumières célestes, des demi-teintes azuréennes, une fragrance de l'esprit voyageur, des traces frissonnantes, médiumnité d'une âme d'écorchée vive, un pied dans le précipice de la folle passion.
Etre de passion, artiste d'exception, elle chercait consolation près de la Mer.
La Mer répond toujours en bien à ceux qui l'aiment, la contemplent, la cotoient.
Qu'ils aillent ensemble, longuement sur les rivages de l'amour.

Regard de braise, don suprême ou vision médiumnique, apparitions chamaniques, don d'amour, si le cheval est le meilleur compagnon de l'homme, Christina est la plus fidèle compagne du centaure aux naseaux fumants.
De la chair à l'esprit, elle nous livre là, du suprême, du désespoir, comme un cri d'amour lancé à l'humanité toute entière, que seule une femme, une mère, peut et doit donner pour éclairer notre chemin d'aveuglement.
Lire dans un pareil regard est déroutant. Il est l'âme même d'un esprit d'artiste perdu, d'un exil intérieur, qui balisent une voie royale. La perte est déjà présente, l'amour absolu, la vie sera accomplisement de la Parole. Nos solitudes effraient, alors qu'il n'y a qu'à aimer la vie, avec nous.
Ces quelques lignes vont à son mari, dans l'ombre, aimant. Elles accompagnent mon amitié.

Roger Dautais dit An Eostig

samedi 24 octobre 2009




à Manue, Sylvie et lilia dans sa nuit Mauritanienne

pour Aminata,Touareg Malienne mère courage de 7 enfants
à Karim G. son fils, mon ami
à Katia B.à son enfance égyptienne et heureuse.
à Daniel J. docker, génial peintre, aussi
à François, mon frère croyant... à sa vie congolaise, à notre vraie fraternité.
àMichelle, si proche de nous, si loin de l'Amérique
à Peter Irnick, chaman Inuit, à notre rencontre
à Jean Pierre et Jacques, mes frères
pour tout ce qu'ils m'ont donné, un jour afin que je vive un jour de plus,
à eux ce poème de nuit.






Que le jour se lève
emporte
mes nuits
scories d'Arménie
papiers-charbon
train d'enfer.

Mes wagons
plombés, d'amis
mes boggies
nos terres spoliées
les moulins de Bilet
nos chantiers-béton
et les pleurs des chatons...

Ouvrez
grand les fenêtres
et vos yeux.
Il va sauter...
Il a sauté.
Il est rouge , le sang de la honte.

Suicidés...
Circulez, ambulances
emplissez-vous, morgues blanches.
Nos yeux sont aveugles.
Le Roi passe.


Que jour efface
Mais
il n'efface rien
Que Dieu fasse
mais , il n'est plus.


Au temps des cendres
Il demandait prosternation
et nous, moutons
étions son rêve.

Alors
le soleil s'est levé à l'Orient.
Un sable chaud
une dune
un grain de riz sur l'épaule,
la famine,
l'enfant osseux,
tête grosse,
mères aux mamelles pendantes,
abandonnées des hommes en fuite,

la conquête.
Nous avons mis les voiles vers Orion,
encore une fois,
abandonnés
le sac de riz au dos du faux docteur

miracle,
le jour se lève
Maman
tu tournes dans ta tombe!


Flambez, flambeurs,
nous mourrons de faim
sans votre aide.

Nos mains grifferont le ciel,
et nos visages de veuves
comme autrefois,
comme demain
dans des wagons plombés,
dans des avions affrétés
et vous paraderez.
"Est-ce ainsi que les hommes vivent",
chantait Léo...

Si grande est la faille
entre nous
humains,
trop pour l'un
et l'autre,
rien

Que le jour se lève
emporte mes nuits,
scories d'Arménie,
papiers charbon
train d'ennui,
parce que la nuit
tu veilles,
sœur
d'insomnie.

Moïse Clément



à ma fille
au cœur de ma nuit



La nuit
se lave
le jour se lève et toi
tu rêves,
la Mer veille.

Tes petits doigts,
le sable fin
nos pas de chants.
Enfin,
voilà maman

Nos hivers
les terres brûlées de gel,
au printemps seront
jaunes jonquilles
entre tes mains


d'enfants. Tes yeux
me demandaient
Papa,
la goélette.
Je te disais : là.

Un rideau
des chênes,

une brume épaisse
la cachaient
à tes yeux.

"Papa",
tu disais

"Elle est là.

Oui, ma fille

pour toujours".

"Papa,
tu vas
mourir,
oui,
enfin...je vais essayer,
et toi ma fille...
Aussi".

Ainsi l'amour allait.

"Tu vas essayer

Non,
enfin
je vais

essayer de vivre".

Les jonquilles ont passé

la goélette,
aussi
Pour le reste,

la vie s'en charge
elle est là.


Moïse Clément




à Jérôme...
à notre amitié...à sa culture... à son humour salutaire

Quoique l'on fasse vous avez toujours les "ruineurs de bonheur" les "ayant tout" les ayant droit à tout" qui vous poussent sur le bas côté et passent en carrosse suivi d'une horde de courtisans affamés de miettes de gloire et d'honneur. Une chemise imbibée de sueur , la fragrance de l'odeur d'aisselles de leur roi suffit à leur bonheur. Ainsi transfusés, imbus de leur réussite, ils agenouillent le monde afin que l'avènement de leur petite personne puisse devenir réalité. Aucun charter ne leur résiste puisqu'il faut plaire au roi, au bon peuple, au nom du peuple qui, parait-il, l'applaudit.
Un poème est bien peu de chose par rapport à la violence d'un état qui renvoie des Afghans sans papiers dans leur propre pays, se faire sans doute tuer. C'est la peine de mort à distance, l'echafaud télécommandé. Et vous voyez, les beaux, les parfumés de l'assemblée, avec la raie bien à droite qui applaudissent, histoire de passer à la TV et montrer à leur poulette qu'elle a eu raison de se taper un vieux crouton.
Le monde est beau. Pourquoi ne pas l'écrire. Le risque est bien maigre puisque maintenant, vous avez des observateurs de blog pour rapporter le moindre écart à qui de droit. Il n'y a pas de faute à dire ce que l'on pense en démocratie, c'est le contraire qui en est une.
Se faire un nom sur un tel drame est proprement scandaleux, s'en vanter...alors là, maintenant, qui ne le fait pas est has been. Et puis les petits pecnots que nous sommes, à leurs yeux, qui ne savent même pas que l'intelligence est dans le costume, la pochette aboudante et le parfum onéreux, ne demandent rien d'autre que de voter pour ces gens là. N'est-ce pas ce que nous faisons depuis trop longtemps. Enfin, quand je dis nous...
Tout ça pour dire que pratiquer le land art ou écrire des poèmes, c'est pour eux, la même chose, ça ne sert à rien...Ils s'en tapent. Ce qui compte, c'est préparer un avenir sain, des banques saines, une politique saine, une armée saine, un religion saine, une école saine, une flotte de charters saine. Tiens..." Charter"..."Saine"... ça sonne faux ...comme certains discours.

Avant même que l'hiver ne soit là, j'ai pensé au printemps prochain. Hier, je suis allé planter des bulbes de Jonquilles, en Bretagne. Il faisait beau, grand soleil. Nous avons retrouvé la pluie en Normandie. Le contraire de la météo de TF1.
Décidément, à la Télé, ils ne nous annoncent que des catastrophes et les bonnes nouvelles ils les camouflent. Comme me le faisait remarquer mon beau frère, haut fonctionnaire : t'as vu Luc, comme il est bien habillé. Je lui ai répondu :" forcément,c'est pas lui qui prend l'avion pour Kaboul".
Il n'a même pas ri. Ils ne sont pas drôles dans les ministères et mon beau-frère, il devient, pareil que l'autre. Il a déjà acheté les mêmes cravates.
En fait, le vrai bonheur est de se passer de ces ruineurs de bonheur

Jean Prinsse d'Eû Outroy

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.