La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

samedi 3 août 2013

Breizh :  à Jefferson.B.Cezimbra

Les guetteurs du  Men du :  à Marie-Claude

Les neuf sœurs d'Aminata :  à Loredana Donovan




Petit cairn en chemin : Pour Isabella Kramer

Identité : Pour Laure

Sur la route accidentée:  à Bob Bushell


Remember : Pour Leeloo

Le grain :  Pour Epamin'

Après  l'orage: Pour Arlette


L'été en solitude : Pour Inês

On the road : to Erika

Les routes improbables :  Pour Danielle

Franchissement : To Teca



et merci d'exister...

Nous venons de parler  longuement au téléphone de peinture, d'expos possibles, de photo, bien sûr et voici que Michel me quitte sur ces paroles: " et merci d'exister".
Cette  phrase me laisse sans voix. Je raccroche. C'est tellement rare, tellement  à  l'opposé de ceux qui, sur ma route attaquent  mon travail, foulent au pied  mes étoiles de David, me demandent d'en débarrasser  mon blog ou mes expos, de les dépolluer, de faire disparaître mes gisants de feu,  ou dernièrement , de ne  plus écrire et ne plus mettre de légende sous mes photos. J'aurai  même vécu une des  peurs de ma vie, le jour  où, sculptant des falaises en Normandie, un couple de furieux m'attaqua avec ses deux  molosses, sous prétexte de  me faire cesser ce travail et de chasser l’intrus que j'étais  à leurs yeux, de cette plage. Ce que je fis. Comment oublier les insultes antisémites reçues le jour  où, sur la grande plage d'Omaha Beach, en compagnies de la communauté Juive de Basse Normandie, alors que j'évoquais les victimes de la Shoah,avec  mon groupe de Land Art.
Pendant ces nombreuses années de pratique du land art, j'avais croisé, bien évidemment beaucoup de monde et parfois été témoin de ces relents de haine qui allèrent jusqu'à m’arrêter dans ma pratique, le temps de " digérer l'insulte".
 Heureusement, je ne compte plus les belles rencontres, la chaleur humaine, les échanges sincères, que ce soit en France  où à l'étranger qui  me  permettent encore aujourd'hui de poursuivre mon chemin même si cela est difficile.
Mais entendre : "Merci d'exister". Personne ne m'avait encore dit ça !
Lorsque la vie cogne trop dur et bouleverse l'existence, lorsque l'on croise la mort, ce sentiment d'exister est si  mince que parfois,  il disparaît.
Je m'accroche  à cette  petite phrase alors que je descend vers la ria d'Auray, me disant, je trouverai  bien quelques fleurs en chemin comme base d'installation. Mais le temps ne s'y prête pas. Une belle brise venant de la mer s'est installée ici ce matin et elle aurait rapidement tout balayé dans un souffle.
Une pluie fine, fraîche, Bretonne  à souhait, s'empare du paysage. Elle en change la lumière. Je tends mon visage pour mieux la sentir et je file vers le sud, en suivant le chemin des ostréiculteurs. La rivière st grise, frisée par les risées successives et le paysage s'inspire de cette ambiance, sous un ciel plombé.
Je suis bien
Quelques voiliers remontent la rivière au moteur en direction de Saint Goustan. Les voix des marins portent loin sur l'eau et je les entend discuter entre eux.
Je soulève mes premières pierres vers 10 heures, après une bonne marche d'échauffement. Je termine vers 12 heures.
Elever des cairns demande du temps et de l'attention.Il faut aimer les pierres ou les laisser vivre leur vie. Mais lorsque le courant passe, chaque prise, chaque déplacement, chaque mise en place, chaque élévation est une aventure où  l'équilibre se partage. Que j'aime ces instants où le bonheur est fait de peu et le monde se résume à l'action d'une vie sur un paysage. C'est sans doute une  illusion mais j'aime avoir gardé des illusions  à la porte de la vieillesse.
J'ai continué mon chemin, observant la partie de  pêche d'une aigrette dont je partage le territoire. Échanges de regards, elle termine son ouvrage, sans peur  puis s'envole.
Plius  loin, je raconte une autre histoire avec d'autre pierres, d'autres souvenirs. Les  neuf filles d'Aminata, la Nigérienne. Aminata, femme touareg dont j'avais connu le fils en  mission dans une préfecture de Normandie.
Je l'imagine arrivée  là, sur cette roche de la Ria d'Auray  pour chanter l'histoire de sa famille  nombreuse et danser  l' Africaine.
Deux Joggeuses passent et s'arrêtent près de moi
- C'est vous qui avez  fait ça ?
- Oui
- C'est beau.
- Merci

Merci d'exister, en quelque sorte. Il faut que je continue cette aventure. Cet après-midi, ce sera La Trinité -sur  mer, ou Carnac,  ou bien ailleurs !

Roger Dautais


Ma vie,
Je peux vous dire en deux mots:
Une cour.
Et un morceau de ciel
où passent parfois
un nuage
et un oiseau qui fuient leurs ailes.

Autobiographie

Mon péché est terrible : 
j’ai voulu remplir d’étoiles 
le cœur de l’homme. 
Et pour cela, derrière les barreaux, 
en vingt-deux hivers 
j’ai perdu mes printemps. 
Prisonnier depuis l’enfance 
et condamné à la mort, 
la lumière de mes yeux 
dessèche sur les pierres. 
Mais pas l’ombre d’un archange 
vengeur dans mes veines : 
L’Espagne n’est que le cri 
de ma douleur qui rêve.

Marcos Ana

J'ai vécu la vie que j'aurais aimé vivre, celle dure mais noble d'un révolutionnaire. Et malgré les naufrages et les déceptions que la lutte et la vie nous réservent parfois, si je devais renaître mille fois, je recommencerais à penser et à être ce que je suis. » 
Marcos Ana

vendredi 26 juillet 2013

Fumiyo song (suite) : pour Fumiyo Suko

Rencontre : à Marie-Claude

Losange : Pour Michel Follorou *

Tro Breizh : à Marie-Josée Christien

Temps suspendu : à Guy Allix

Tapis d'estran  : Pour Alain Jégou

2toile sur le chemin  : à Youenn Gwernig

Le gardien de l'or du temps :  pour Marty

Inuksut :  pour Patrick Lucas

Tempo vert :  pour Sylvie

Parure d'étang:  pour Sasa Sastamoinen

Trois fois plus :  pour Michelle Mass

16 Juillet 1942 : à Raymond Anisten *, fraternellement.
à  mon  père...




Au bord du temps

Le temps exceptionnellement chaud  à vidé la plupart des mares. Je cherche  un  lieu aquatique, complice,  à  l'ombre, ayant échappé à la loi du genre : l'évaporation. Je finis par trouver cette mare d'au tranquille, recouverte de lentilles d'eau que la lumière du  jour atteint en douceur, sans l'éblouir. Je sors de  mon sac  à dos, une poignée de bûchettes préparées en faisant sécher des tiges de fougère au soleil. Mon état de santé m'ayant obligé au repos, j'ai eu le temps de préparer ce petit travail. J'ai vu, jour après jour leur couleur brunir, leur texture, changer, jusqu'à devenir  un bois presque orangé qui  me plait beaucoup.Je les emmène avec moi et nous devenons familiers, compagnons de route. Le temps venu, je les coupe en bûchettes.Aujourd'hui, je sors de ma poche quelques têtes d'hortensia cueillies dans notre jardin.J'aime ces fleurs.
Un jeune merle, joue avec la terre, se foule dedans comme  une poule dans la poussière. Il me regarde. Je lui envoie des signes d'amitié car je vais partager son territoire pendant quelques temps.Il  m'observe puis continue  à chercher sa  pitance avant d'aller se percher dans l'arbre qui  protège la mare du soleil. Il chante.
Présence de  mon  père, toujours, dans ce chant.
S'il avait été vivant, je l'aurai emmené jusqu'ici avec  moi. Quelques  mois avant son départ, nous avions planté ensemble, des bulbes de narcisse et de jonquilles dans ses jardinières, puis des pensées. Il avait 92 ans ne parlait guère plus et s’alimentait mal. Nous l'avions porté dehors, sur une chaise avec Marie-Claude. Je lui avait fait toucher la terre, cette terre qu'il avait cultivée pendant au  moins 75 ans. Il était heureux, sachant très bien, malgré tout qu'il ne verrait pas ces fleurs de  printemps, pousser et fleurir. Trois  mois après, nous l'enterrions par  un jour ensoleillé de février, accompagné du chant d'un  merle.
Se sentir orphelin  à 70 ans passés !
Je travaille  à genoux, penché au-dessus de la mare. J'agite  la surface de l'eau  pour écarter les lentilles vertes et je me prépare  un  plan dégagé  pour commencer  à  installer mes flottaisons.
Moment délicat. Une bûchette,  une autre, deux en travers, un carré qui flotte. Une fenêtre ouverte vers l'inconnu,  un  piège  à  lumière,  un éclat de soleil sur cette eau noire. Je continue, les bûchettes s'empilent, perpendiculaires, horizons ouverts aux rêves les plus improbables, verticale assurant la solidité d'une pyramide flottante: "Fumiyo song". Les portes de  l'Orient.
Mes doigts jouent avec le frêle esquif, le transforme en losange, en carré, en rectangle. Je change de forme selon mes envies.Une légère brise ramène les lentilles d'eau  vers le centre. Elles colonisent  l'espace vide, cernent les bûchettes, jouent de leur couleur verte,de leur matière.Je suis en admiration devant un  monde qui ne dépasse pas 50 centimètres de diamètre. Ce monde est le mien, contenant tout ce que je suis, toutes les émotions du moment. Et  pourtant, il s'inscrit dans l'autre  monde, celui qui va terriblement vite, écrase les petits, les faibles, fait la part belle aux puissants et fait gonfler le jabot des grands de ce monde.
Je prends mes fleurs d'hortensia, les sépare en pétales et commence une autre installation flottante. Je raconte une histoire,  mon histoire, à la manière d'un  peintre qui  organiserait une toile, la composerait et la mettrait en couleurs. Elles joues entre elles, se compètent dans ces formes flottantes, mouvantes, instables à cause du vent qui les déplace.
Je pense  à  mon  père qui me parlait l'été dans cette serre  à  multiplication, devenue, lieu de confidence, et qui  me disait sa satisfaction du travail accompli, ensemble, malgré la chaleur accablante.
Le merle...ce chant...cette  présence troublante...
Je prends mes photos que je regarderai simplement quelques jours  plus tard, pour garder  intact cet instant en  mémoire, vécu au bord du temps, dans  un été  où je me demande toujours si continuer le Chemin vaut bien  la peine.

Roger Dautais

* Michel Follorou
expose actuellement des photographies grand format sur le thème des"Lumières Sacrées".
Elles sont présentées à PLOUHARNEL dans le Morbihan, dans le cadre d'un festival photographique qui rassemble des artistes de talent dans quatre lieux : Plouharnel, ïles de Houat de Hédic, et Locmariaquer. Incontournable.
* Raymond Anisten,
 Président fondateur de l'Association des Enfants et Petits Enfants rescapés de la Rafle du Vel d'Hiv du 16 juillet 1942







Tout ce qui va venir
Ne nous dit pas qu'il vient.
 
Tout ce qui va partir
Ne nous dit pas qu'il meurt.
 
Tout ce qui va rester
Crie son éternité.
 
 
     Eugène Guillevic (1907-1997)
     Possibles futurs, "L'Innocent"
     Gallimard, 1996


 
    


vendredi 28 juin 2013



L'autre chemin
La porte de Méaban : pour Salomé Guadalupe Ingelmo
Guetteur de marée : pour Danièle Duteil
Liaison rouge : à Marie-Claude
L'étoile de Rostopchine : à Thibault Germain
Cairn des Pierres Plates
Amour amer : Pour Laure
Vers l'Est  : pour Erika
Quelques secondes d'éternité... Pour Richard Moisan
La mémoire amnésique : à Olivia Quintin

Le silence ses pierres: pour Bizak
L'appel : Pour Teca




Je voudrais hanter l'avenir,  oublier le présent et du passé, simplement être  l'ami. Autrement dit, je cherche l'imposible accord.Me voilà enfin débarassé de l'essentiel.Marcher nu, aller au monde sans pour autant attraper le froid des autres, parvenus.
 Quelle belle destinée...
R.D.Avril 2011

 

Nouvelles de l'Autre Monde...

Le soleil  levant réchauffe doucement le golfe du Morbihan. Un kilomètre  à l'Ouest de la pointe de Kerpenhir, je contemple l'Océan. Derrière  moi,  l'entrée du dolmen des Pierres Plates. Sépulture mégalithique  composée de trente huit menhirs de soutien et de douze dalles de recouvrement. Un menhir solitaire en garde l'entrée. Je vais passer quelques temps ici. Une grive  puis  un  jeune merle m'accompagnent dans mes travaux. Répétion d'instantsque j'aime.  J'entre dans cette allée coudée  longue d'une douzaine de  mètres et je m'isole, peu à peu du monde extérieur, perdant mes repères. Je me laisse inspirer par cette atmosphère. Les pierres sont fraîches, presque humides et je les décrypte à  l'aveugle, du bout des doigs, m'impreigne de leur mémoire sacrée, et pénètre jusqu'au fond de la grande chambre. Je m'arrête un instant, suspendu dans un silence absolu. Totalement absorbé par ce monde invisible, je me sens  plutôt bien. Et si la vie s'arrêtait  là ?
Deux ouvertures au niveau de la voûte éclairent un  peu  ma progresion et une pierre levée sur laquelle je peux voir la gravure d'un personnage sans tête, sans doute  une idole qui garderait les lieux. Je suis avec mes doigts le tracer du dessin, rejoignant par ce geste la mémoire de l'homme qui aura gravé ce signe, 5000 ans après lui. Belle émotion.
Je décide d'élever un cairn, dans un premier temps,  à  l'extérieur de ce dolmen  puis de le transporter  à  l'intérieur. Je trouve quatre pierres assez grosses,  dans l'allée et je les porte, dehors, courbé en deux, car la voûte est très basse. J'en ai  le souffle coupé. Je trouve les autres pierres nécéssaires pour monter le cairn, autour du site. Je cueille ensuite, les herbes d'alentour et  de petites branches d'arbuste, au  au Sud,  à l'Est,  à  l'Ouest et  à l'Est de l'édifice, en tournant dans ce sens exactement. J'en fait un petit bouquet représentatif de l'environnement qui sera l'hommage végétal  à ce grand dolmen des Pierres Plates, ainsi qu'aux mémoires enfouies dans ce site. Je le coupe  à sa base pour qu'il  puisse ausi, se poser debout. Le premier cairn est monté au-dessus de l'entrée avec le boquet, puis démonté et les pieres sont portées,  une par  une,  à  l'intérieur du monument. Je progresse difficilement, courbé au maximum et portant chaque grosse  pierre sur la poitrine pour avoir  une meilleure  prise. Ceci me prendra  un peu plus d'une heure.
Je ressens, malgré l'effort,  un bien être profond  à cotoyer ces pierres charges de l'histoire de l'humanité, dont je suis, modestement, la continuité. Magnétisme capté sur cette terre sacrée ou bien encore  plus ? Je ne sais pas. Je vais faire le tour de ce lieu  par la plage et trouver d'autres pierres que j'élèverai avec la même ferveur, le même élan. Mes équilibres sont faciles à trouver, surprenant  même. Des petits bonheurs sucessifs. Je fais le tour de cette petite presqu'île et reviens face  à  l'océan. Dans une anse de la falaise, je découvre une " réserve" de pierres blanches. Cela  me donne  l'idée de reprendre ces "greffes de  pierres" ces pierres en amour qui représentent des histoires à inventer pour celles et ceux qui les trouveront  ou les regarderont. Une fois les couples chosis, je les lie ensemble dans ce paysage grandiose. L'imaginaire fera le reste
Puis je prends la direction du bourg de Locmariaquer. Je vais  à la découverte du Mané en Hroech. Pour une première visite et par manque de temps, je ne fais que descendre dans ce tumulus très impresionnant par sa taille(100 x60 m.) et deviens très rapidement aveugle dans ce lieu, avec une impression de descendre au centre de la terre! Je ne laisserai rien de mon  pasage, ici, me contenant de réaliser une cueillette rituelle en surface, tandis que les oiseaux donnent un véritable concert dans les arbres alentour.

Roger Dautais



Allée couverte des Pierres Plates
         (Locmariaquer)


Les flots couleur de ciel et de regard

se bercent de vague en vague

dans l'abri

commence invisible

l'autre chemin.


Marie-Josée Christien *

Un poème extrait de mon recueil "Un monde de pierres"





Elle avait étouffé
Sa vie
Sous trop de neige


La musique des  mondes
Lui parvenait
comme d'une lointaine issue

Comme si  l'hiver
Avait eu raison
De tous les soleils

Comme si  le violon
Se brisait
Au fond du grenier

Corde  à pendu
Qui gémit
Sous l'effroi

Face  à  l'immensité
Du gouffre.

Hélène Cadou

mercredi 19 juin 2013

Passion profonde : à Marie-Claude


                              
La vie hors cadre I 
pour Erin
Critiques associés : 
 à Sasa Saastamoinen


Renaissance ( Dolmens de Crucunio )
Pour Guy Allix

La vie hors cadre II
Pour Isabella Kramer
Avant le massacre
La dernière marche
:pour Gwen Buchanan

Fumiyo Song (détail)
Fumiyo Song
 : pour Fumiyo Suko
Dialogue de Crucuno :
 pour Marie-Josée Christien
A l'ombre du Géant (Carnac)
Pour Serge Thébault
Mémoires rouges (Ria d' Auray)
pour Alain Gégou
Nos éternités..
.à Raymond Anisten
à  mon  père...

 Car  il faut que chacun  compose le poème de sa vie.
Youenn Gwernig :


Si je regarde une carte d'état major, je constate que mes marches partent toutes d'Auray et se dirigent vers les quatre points cardinaux, avec une préférence  pour le sud-ouest et la région de Carnac. Ayant trouvé une liste relevant tous les dolmens et  menhirs Morbihan, je me suis donné comme but de les visiter,  un par un. Mais je ne peux délaisser, ni la campagne, ni la Ria d'Auray,  ni le littoral. Autant dire que mes journées sont bien remplies et mon avenir aussi. Ces jours derniers, j'ai décidé d'introduire  un  peu de couleurs dans mes créations. Il me faut donc commencer par cueillir ce que je trouve sur  place, puis travailler ces matières en les associant dans des formes qui, elles-mêmes prennent place dans le paysage. C'est un travail assez long mais qui me plait, aussi.Ces gestes de cueillir, j'ai vu ma mère  les pratiquer dans notre grand jardin pour préparer les fleurs qu'elle vendait ensuite dans son  magasin. Cela se pratiquait à la fraîche,  lorsque la rosée perle sur chaque fleur et je trouvais ces instants délicieux, passés à regarder ainsi s'envoler des brassées de couleurs que j'appris  plus tard  à faire moi-même.
Hier, je choisis le lieu dit Le Champ des martyres de Brec'h,  pour sa beauté et  pour sa sérénité. Je ne peux m'empêcher de penser aux exécutions massives qui eurent lieu, ici. En dehors de toute considération politique, étant un farouche adversaire de la peine de mort, je ne comprends pas ces gestes brutaux et cruels.
 Je vais faire de petites installations , aujourd'hui. Je suis sur les marches de droite en entrant dans l'enceinte du mausolée. Je vais représenter une foule, anonyme, dos au  mur de l'incompréhension et qui attend la mort.Je le fais avec des fleurs de digitales retournées.
 Je pense aussitôt aux personnages hantés  de Maqui Xenaxis, fille du grand compositeur que j'avais rencontré  à Caen. Ces personnages avaient cette présence et cette allure horrifiée, résignée. J'avais aimé nos échanges d'idées autour de ses œuvres.. Je continue cette première installation en mettant quelques personnages au premier plan, semblant arriver  pour rejoindre les autres. A cet instant, je me demande quelle fût leur dernière pensée, ici avant de quitter ce monde.
Je file vers une mare d'eau que les dernières  pluies ont fait grossir ces derniers jours. Un jeune merle, s'abreuve. J'approche très doucement. Il me regarde. Je lui parle,  lui signifiant mes intentions pacifique et il comprend. Au  lieu de s'envoler, il va m'accompagner pendant dix  minutes. Je vais installer quelques flottaisons avec l'idée d'écrire une chanson dont les paroles seraient contenues dans des formes de couleurs. L’oiseau  m'observe  à sept  ou huit mètres. Il est jeune, beau, assez fin et sans peur. Nos regards se croisent plusieurs fois.Lorsque je descend dans les marais attenants,  il  me suit et se perche dans la roselière.
Mon  père aimait les oiseaux.
Ce sentiment d'être orphelin, juste à ce moment là...
A soixante dix ans passés !
Le même chant qu'au cimetière...La mort est un déchirement.
J'écris ma chanson et  l’appellerai Fumiyo Song. Il manque un souffle de vent  pour déplacer les triangles et pour faire s'élever la mélodie. Enfin, je crois..
J'ai continué ce matin, sur la Ria D'Auray . Un cairn  pour Alain Jégou,  puis un autre, à côté, au jusant , avec un  petit bouquet de coquelicots, la mémoire rouge, incandescence pour chanter  l'absence... et enfin,  un travail de composition dans un chantier ostréicole. La forme, la matière, le fond, la mémoire, les mémoires. Un exercice utile pour moi, de temps en temps. Dans mon dos, chante l'eau du  jusant, présence hospitalière,  mouvante, fraternelle, symphonie pour  les âmes en  perpétuel voyage maritime.
Les jours d'avant, seront, Crucunio, ses dolmens  a couper le souffle, ce même  magnétisme ressenti, les rituels. Le Géant du Manio, je travaillerai  à son ombre et déposerai une étoile de David  pour mon ami, mon frère disparu, Raymond Anisten, fondateur de l'association des enfants et petits enfants rescapés de la rafle du Vel d'Hiv du 16 juillet 1942, que j'aimais commémorer près de lui qui avait perdu 42 personne de sa famille dans le camp d'Auschwitz. Je pense très souvent  à lui, ainsi qu'à sa femme Jeanine. Chacun vit avec ses propres souvenirs que cela plaise  ou pas !
Carnac, Erdeven, Crucuno, des noms de ville, de village qui entrent petit  à petit dans mon quotidien pour  nourrir mon  imaginaire. J'entends  bien me laisser travailler par ces Terres Sacrées et répondre  à leur appel afin de  faire  mienne cette si belle phrase de Youenn Gwernig :
 Car  il faut que chacun  compose le poème de sa vie.

Roger Dautais



Échec sur toute la ligne
pour les poètes visionnaires
les aventuriers déjantés
les jouisseurs effrénés
peu soucieux de s’éterniser
une fois la date de péremption
du produit perso outrepassée
la vie plombée recta
le rêve écrabouillé
le délire hors-la-loi
plus qu’une obsession
dans le crâne collectif
prendre bien soin de son corps
museler toutes ses envies
et fantasmes débraillés
pour battre tous les records
de plate longévité
ramer morfler suer
se punir pour décrocher
le bonheur de vioquir
cuisses fermes et ventre plat
toutes fuites maitrisées
et pattes d’oie colmatées
zombis légumes gâteux
cadavéreux mais survivants
agrippés à toutes forces ultimes
contre vents et diarrhées
au chiche plaisir d’être là
et d’étaler leurs carnes
en frimant du clapier
démodés répudiés
les destins fulgurants
fichés fichus les allumés
karchérisés les renégats
excommuniés les révoltés
écartés diabolisés entaulés
les clopeurs les picoleurs
les baiseurs les viveurs
jogging aérobic roller
bouffe light et WeightWatchers’
hygiène de vie
salubrité mentale
indispensables pour palier
aux carences et dégradations
booster ses miches
et brider ses pulsions
pour résister au temps


Alain Jégou *



*   Le magazine Littorales sur France 3 Ouest rediffuse samedi 22 à 15H20 le documentaire de Christophe Rey "Le Chant des mers" consacré à Alain Jégou. A ne pas manquer.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.