La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 12 octobre 2009




à la fille de moi...

aux enfants du monde partis en fumée.




Roman




J'ai retrouvé mon violon.
Ah, mon Dieu, ce que j'ai pleuré quand je l'ai vu partir à veau l'eau, dans ce torrent de boues et d'immondices. Je croyais l'avoir perdu, ce violon qui m'avait été offert par une douce connaissance que je connaissais depuis sa naissance. Elle aussi avait survécu aux eaux de sa naissance et sa mère, comateuse, aussi. Ils, les médecins, l'avaient mise en couvent, en couvercle, en couverture, non, en couveuse, enfin une boîte qui peut servir de cercueil si ça marche mal. Vous savez, ou vous ne savez peut-être pas, que les femmes risquent leur vie pour enfanter et offrir des enfants à la Terre mère. Mais les hommes sont tellement cons, avec leurs médailles, en chocolat ( attention, il en a des vraies ) leur moulin à parole, leurs blabla, leur fôteballe, leur bière, leurs maîtresses.
Vous savez, c'est pas moi qui dirait le contraire, je suis un homme, un vrai, sauf que je bois pas de bière, sauf que j'aime pas le foot, mais j'aime bien Zidane, sans être homo. J'ai pas dit qu'il était homo, le Zidane. Lisez bien, quand même.
Donc ce violon rouge, exacte copie de ceux qui avaient joué la chaconne de Bach, devant les gibet des louves blondes à Auschwitz ( ah, ce nom, qu'est-qu'il est dur à écrire, presque aussi dur que le camp dont le nom éponyme s'écrivit en encre noire sur l'avant bras de tant de mes maman, de mes Mama)
Enfin, je m'égare.
Je ne sais pas, je n'étais pas en vacances là-bas. Maman, si elle y est allée. Elle y est restée avec les enfants d'Ysieux, avec les grand parents de Beaume le Rollande, avec la famille à Raymond, de Montreuil. Ah, celui-la et ses cousins ,ses cousines, ses oncles et tantes chéries, son papa et sa Maman, il a fallu qu'il se fasse remarquer. Pendant la Rafle du Vel'd'Hiv le 16 juilet 1942, il a réussi à s'évader avec son jeune frère, du vélodrôme, à la barbe des hirondelles qui jouaient de la matraque sur tout ce qui bougeait. Invitez-le, il vous racontera son histoire,come il le fait si généreuseme,t, accompagné de sa douce femme, Jeanine.
Dame, la police, ça mate, ça cogne, c'est aussi fait pour ça. Enfin à cette époque ,car de nos jours, je ne les fréquente pas, les hirondelles. Paraît que cà a changé quand même, ils sont mieux équipés. ils ont plus leur cape de Zorro. Ils ont des Tétards...Zetazer; des Zé... Non, des
Tasez, c'est ça, des Taser, sorte de calmant à distance pour raflé récalcitrant.
Bon, c'est vrai, on peut pas être contre le progrès. Mais, est-ce un vrai progrès. Faudra que j'demande à Guy Bedos, y connaît bien Yzieux. Y doit avoir une opinion sur le Tazer. Ca m'étonnerait qu'il aime. Enfin, si vous le voyez, demandez lui de ma part.
Pis de toute façons, la famille à Raymond, ils craignent plus rien , y a plus de Vel d'Hiv. Y'a plus de famille,non plus, tous rectifiés. Tous passés au Ziclon B tous incinérés, les 43 dans les fours d'Auschwitz.
Demandez à la soeur Lilia qui habite maintenant à Sfax en Tunisie. Elle est médecin, comme Luis Ferdinand Céline, médecin aussi " mais" têteur de la louve blonde ,de Paris à Somelweis. Lilia, je l'aime. Je l'aime car elle est une femme épatante et qu'un femme épatante toubib , c'est encor mieux qu'un homme épattant, toubib.Je le lui ai écrit, que je l'aimais d'un amour fraternel mais pas comme ma femme, Marie C. que j'aime d'un amour charnel, très charnel. Il y a quand même une différence. M.C. ça l'énerve quand je lui dit ça,. Elle me dit , c'est comme si j'appelais notre photocopieus, alors qu'elle notre photocopieuse, cest H.P. C'est pourtant pas pareil. Comme les deux soretes d'amour. M.C est la mère de Fanny, qui m'avait offert le petit violon rouge qui ressemblait tant à celui ayant joué à Auschwitz, devant les gibets.
-T'es obsédé par les juifs, me disait un jour, mon beau-frère qui ne savait pas que j'en étais un de juif, et croyait que mon étoile portée autour du cou, c'était le signe du zodiac, vu qu'il en avait un, un zodiac, amarré dans le port de Brest et qu'il avait vu la même étoile, sur le compas. de l'embarcation, vu qu'à Brest, le brouillard... C'est con, des fois, les beauf. Je le sais, j'en suis un, pas de con, quoique. Non, je suis un beau frère, pas un beauf...Jamais, plutôt mourir.

Je suis mort de chagrin pendant presque 2 ans, et c'est long, 2ans. Remarquez, quand on est deux à pleurer, ça la ve le sol de l'apartement. Je pleurais parce que j'avais perdu mon petit violon rouge. J'avais écrit à Epamin, sur son blog des Esperluettes, à Sylvie, très proche d'elle,à Lilia, dans sa belle Tunisie, à Emmanuel, en Auvergne, à qui encore...oui, à...ça me revient , à Shulamit, à Esther, Louise, Maude, Henri, Théophane, Joseph, Nessim et bien entendu à Moïse, mon Papa, qui était aussi mort en Allemagne ,enfin je ne suis pas sûr.
- "T'écris aux morts ? "
que m'avais dit mon beau frère.
- " Ben mon pote, t'es un grand fèlé".

Oui que lui avait dit, fèlé du coeur, mais sur cette blessure, je porte une étoile jaune pour stopper l'hémorragie et ça marche. Y sait pas cet imbécile de Breton, eh oui, il y en a un peu en Bretagne, moins qu'ici, mais y en a des imbéciles. Y savait pas cet homme, que mes morts, nos morts partis en fumée, ceux qui n'ont eu comme tombe que les campagnes de Pologne d'Allemagne ou d'ailleurs, ils sont enterrés dans nos coeurs à nous les rescapés, les survivants. Après, c'est dur d'être heureux. Il y en qui y arrivent et tant mieux, je les envie. On ne peut pas leur en vouloir. Moi, j'écoute Elie Wisel, ou Simone Weill. Je regarde leur regard, brûlant, qu'il
est. Je regarde Raymond dans les yeux. Je vois la fumée des fours crématoires dans ses pupilles de vieil homme approchant les 80 ans. Mais je n'y vois pas la haine qui allume les yeux de la louve blonde, aux milliers de petits louveteaux qui lui têtent ses mamelles, s'empoisonnent à l'idéologie fasciste qui parle du "détail" pour rire et faire rire les cruels.
Ils ont besoin de ça, les cruels, pour bander dans leur froc d'homme . Assez cons , qu'ils sont, pour croire à de telles fadaises.
Ah, c'est pas eux qui joueraient du petit violon rouge. Eux, ils sont juste bons à élever des potences et à y pendre haut et court un Ministre qui ouvre sa gueule trop grande. Vous me trouvez vulgaire. Mais non, la vulgarité c'est d'ouvrir de camps de concentration pour y mettre ma famille, c'est de pendre de pauvres prisonniers, coupables d'avoir voulu fuir l'enfer.
La vulgarité, c'est, porter un uniforme nazi. C'est découper des enfants vivants, c'est inventer le Ziclon B, c'est prendre des photos de monceaux de cadavres. Non les femmes qui se donnèrent aux nazis dans les camps, n'étaient pas des putains. Les putains c'était les autres, en face. Les hommes bottés dans leurs uniformes d'opérette. La division Das Reich qui anéantit Oradour était de cette race pure et supérieure, soit disant protègée deDieu. Gott mitt uns...Tu parles
Mon Dieu, comment une jeunesse actuelle peut-elle s'engager derrière une louve blonde. Ils ont perdu la mémoire qu'ils n'ont jamais eue. Ils sont devenus fous.On peut dire que ce sont des jeunes hommes aveuglés de haine, sans doute, mais le fascisme n'a pas de couleur, ni droite ni gauche, c'est un poison universel. Le fascisme ouvrara d'autres camps, avec d'autres orchestres funèbres, d'autres potences, sil'on vote pour la louve blonde.
Mais leurs élites, les vieux, ceusx qui ont connu cette guerre mondiale orchestrée par Hitler, ils auraient fait quoi de la petite Fanny, du Petit Roger, du petit, Jacques s'ils étaient nés, là-bas, pres de Lyon et qu'une âme naïve les avait placés dans cette école d'Ysieux. Ils auraient fait quoi, avec leurs galoches en bois et leur tabliers, Ils auraient dit quoi, rafflés par la Police de Vichy. Ils auraient dit, rien du tout. Ils auraient fait le dernier voyage jusqu'à la rampe et puis, la douche, pour être propre. Ah qu'ils furent heureux les enfants du "détail" dans ce Paradis Terrestre sans Dieu, puisque Dieu, à l'époque était déjà mort.
Notre paradis, on l'apelait Pichipoï. Essayez d'apprendre ça à vos enfants, Ils vous diront, en vous regardant dans les yeux,
- Papa, Maman, quand -est-ce que je vais à Pichipoï...

Non,c' est pas vrai, maintenant on va à Disneyland. C'est plus festif. C'est moins dramatique. C'est plus souhaitable. Et puis la guerre elle n'est plus chez nous, elle est en Afghanistan. On est tranquilles, me dit mon beau frère qui a un zodiac, aussi, " y nous arrivera plus rien, d'ici notre mort. La cave est pleine et nos comptes en banque, aussi".
Enfin, mon petit violon rouge, il est venu s'asseoir auprès de moi, cet après-midi et il m'a joué un air de fête, un air d'amour.
Alors vous pensez , moi quis suis vieux, comme je suis heureux d'avoir retrouvé mon petit violon rouge et sa virtuose qui répond au doux nom de Fanny, belle brune de 34 ans aux yeux de braise. Je l'aime cette braise, cette femme,cette fille, cette petite fille en sa couveuse, cet enfant dans le ventre de sa mère, cette femme qui est, tout simplement, ma fille, notre fille d'amour.


Roger Dautais
Ils m'ont tué, mais je reste envie encore un peu...

Les deux premières " Identité " ces spirales de sable que j'ai réalisées s font 45 mètres de circonférence. La plus au sud le fut sur l'Île de Djerba en Tunisie
Pour la troisième photo et pour le correspondant d'un grand journal de l'Ouest, un quotidien et qui me demanda un jour d'exposition de mes photos dans l' Eglise du Saint Sépulcre de Caen( eh ! Oui ) que la Ville de Caen me prêta aimablement:

- " c'est quoi, ça? ça veut dire quoi, ça ?" en parlant de cette troisième photo, présentée parmi mes 100 oeuvres exposées.

Je peux lui répondre, maintenant que ma colère d'alors, soit passée aujourd'hui, que le truc jaune là, c'est du lin et que je l'ai trouvé au champ des Vico, non loin de l'Abbaye d'Ardennes.
La famille Vico se comporta héroïquement pendant la guerre de 39/45 dans la résistance. Monsieur Vico me fit le grand honneur de participer à mon film PLAGES DE LIBERTE, tourné sur les plages du débarquement en Normandie en l'année 2006.
Pendant cette seconde guerre mondiale,Monsieur Vico, alors tout jeune homme, rejoignit la résistance Normande et se battit avec sa famille , pour abattre le nazisme.

Ce truc jaune en lin, Monsieur le journaliste, est mon étoile, ne vous en déplaise et je ne vous en veut même plus de votre bévue. Il m'importait quand même de vous l'écrire ici.

Pourquoi je représente cette étoile dans mon land art ?
D'abord parce que je m'efforce d'être un artiste libre, ensuite parce que j'aime le lin et les étoiles.


Roger DAUTAIS

" Dans le juste chemin "

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

samedi 10 octobre 2009





To Elizabeth Hatton
...
an Americain artist, on my road



De la lapidation médiatique aux cairns de Morgane




Andy Goldworthy est un très grand artiste. Je ne suis pas inspiré par lui. Je le précise, ici. Lorsqu'il est né, j'avais déjà, 18 ans. l'art n'est pas une question d'âge, sauf dans le land art, tel que je le pratique. A une époque où il est de bon ton de taire son âge, je vous précise également que je suis né en 1942.
Trois ans plus tard et dans les années qui suivirent, certaines ville françaises étaient pourvues de tas de cailloux : Caen, Falaise, Brest, Saint Nazaire. Je suis né dans la " poche de Saint Nazaire".( voir Google ) Il se pourrait bien que ma vocation y prît naissance. Toutes ces villes furent à peu près rasées par les bombardiers Anglais ou Américains. Forcément, ceux qui sont restés sous les pierres ne sont plus la pour donner leur avis. Mais il fallait délivrer la France du fascisme Hitlerien. On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. L'omelette fût très grande dans ces années là.
L'amour n'est pas qu'un tas de bons sentiments, empilés comme dans un cairn.

Lorsque je dis j'aime Goldsworthy, Smithon, Long, Mendieta, ce n'est pas comme si je disais, j'aime Marie-Claude. Pourtant, il s'agit du même verbe.

Pour les pierres, c'est pareil, certains croient qu' en faisant un stage de 2 jours et demi, remboursé par la sécurité sociale, ils sont devenus des artistes de land art, parce qu'ils ont réussi un équilibre de 3 pierres l'une sur l'autre, ils se trompent. Ils peuvent toujours essayer de trouvers des gogo et faire des stages à leur tour, ils deviendront certainement plus riche que moi. Seront-ils autre chose que des commerçants ? ça.
Je n'ai rien contre les comerçant, mes parents on tenu un magasin de fleurs pendant 40 ans, et moi-même fût longtemps commerçant dans ma jeunese.
Moi, c'est Mendieta qui m'inspire et si je ne fais pas la même chose qu'elle, c'est que cette femme, dans sa mort, délivra un message au monde. Trente ans plus tard, ce sont des cadres de chez France Télécom qui sautent par la fenêtre, comme elle. Le désespoir ets universel. Le désespoir est croissant. Sartres écrivait à la une :Il ne faut pas désespérer Billancourt. Les révolutions sont cycliques. Les périodes de ras le bol, aussi. Je suis comme vous, il m'arrive de regarder la télé. Lorsque j'asiste au lynchage d'un politique par ces ex-amis, trop heureux de montrer leur belle gueule à la TV, ça me coupe l'appétit. Lorsque je vois une blonde extrêmeiste nous présenter son cathé d'extrême droite, ça me fait pareil.
Je leur conseille au lieu de lapider un ministre, d'élever des cairns. Ca calme.
C'est pour cette unique raison, ne sachant pas faire autre chose, que j'empile des cailloux pour me déstresser.Si, si, c'est vrai...essayez, ça marche.
La série Morgna's cairns fut élevée en Normandie en la mémoire de ma petite chienne Morgane, disparue, l'année suivante,c'est à dire, il y a quatre ans maintenant.

Je dédie ce travail à l'artiste Américaine , peintre de son état, Elizabeth Hatton, dont je vous conseille de découvrir le talent sur Google.

J'ai déjà travaillé en land art avec une autre artiste Américaine résidant en Normandie, Michelle ass B. Elle me parle souvent de son pays et c'est au travers elle et de ses dires, que j'ai appris à aimer les Américains, enfin, certains, pas ceux du K.K.K.
J'ai aussi connu Melvin M.C. ancien membre des Black Panthers, résidant à Caen et son épouse dans un projet mémoriel, ayant pour thème une commémoration civique, civile et artistique, réalisée en 2008 avec mon groupe d'artistes de PLAGES DE LIBERTE. Nous étions Américains, Anglais, Canadiens, Coréens et Français, réunis sur la plage d'Omaha Beach et accompagnés de Raymond Anisten, le grand témoin du Vel'd'hiv( il en est un des derniers rescapé) de sa femme Jeanine, et de membres de la communauté Israëlite de Basse Normandie, que j'avas associés à la cérémonie. J'aurai du mieux préparer mon coup car la marée me joua un tour et empècha le projet de se dérouler come prévu, mais enfin, nous avons quand même honoré les victimes de la seconde guerre mondiale, tombés à Omaha Beach et enterrés au cimetière Américain de Colleville, ainsi que les victimes Juives de la Shoah
Admettons que je sois un "caillouteur, comme me l'écrit, avec humour, mon amie Sylvie dans les comentaires de la page d'hier, sur mon blog. Mais pas que cela et vous le savez, chère Syvie. Mais d'autres, qui le savent aussi et font semblant d'oublier, ceux qui jetent des pierres, qui lapident, qui m'en envoient régulièrement, dans mon jardin qui est aussi le jardin de Marie-Claude, je leur dis de garder ces projectiles pour en faire, comme moi, un cairn de 7 tonnes. Cela foutra au moins la paix, provisoirement, aux victimes potentilement visées par leurs lazzi, haines fièleuses et autres déclarations intempestives dont on ne se demande plus à qui elles rapportent. Je leur souhaite une belle carrrière politique et un bon week end.
Dans mes cairns il n'y a pas de politique, pas plus que dans les pierres sauf quand elle sont lancées.

Roger Dautais
" Peace and love "
le chemin des grands jardins

jeudi 8 octobre 2009





à Hervé Perdriolle,
en toute amitié...


TO THE SEA;

J'entre dans ma douzième année de pratique du land art. Mon aventure artistique à commencé avec mon entrée au Beaux Art de Rennes en 1960, à l'âge de 17 ans et demi. Comme me disait mon excellent maître et peintre Pierre Alary:
- "foutez-moi le camp vivre un peu et vous reviendrez me voir dans dix ans".
La maturité d'un trait de crayon, la touche d'une brosse à huile sur la toile de lin, le modelé d'un buste en terre, l'anatomie d'un corps, la perspective, la décoration, la publicité, l'histoire de l'art pour le petit paysan que j'étais, représentait une somme de connaissance à acquérir, si monstrueuse qu'elle m'effrayait. Alors j'ai suivi les conseils du Maître et je me suis mis à vivre. Ca va, j'ai bien vécu et je compte bien vivre encore quelques années pour appliquer dans le land art tout ce que j'ai maintenant digéré.
Pourquoi, j'écris cela ?
Pour répondre à mes amis détracteurs qui me reprochent de ne rien faire, d'être un dilettante, voire pire, entendez par là, faire des chose mollement et qui ne ressemblent à rien, de copier, de plagier, de voler, enfin, de vrais amis ricoré, ceux qui vous mettent en forme des 5 heures du matin.
Oui, je sais, je me lève moins vite qu'un boulanger et mais je me couche tôt, vers 11 heures du soir,quand l'écriture me fiche la paix,ce qui ne fut pas le cas cette nuit. Ainsi, mon land art n'est pas du land art, mes photos ne sont pas des photos, ma littérature n'est pas de la littérature et ma poésie n'est pas de la poésie.
Lorsque j'étais jardinier, mes supérieurs (?)me disaientt que je n'était pas jardinier. Ils me disaient aussi qu'ils étaient là pour penser à ma place.
C'est curieux, quand même, et j'ai fini par me trouver transparent. Rappelez-vous l'excellent film du Passe-murailles, on s'amuse bien dans cette peau et mes visites inopinées dans le regard de certains de mes semblables me font lire, une petite gêne quand ils me regardent droit dans les yeux.Mais, quittons cette digression et revenons au land art.

Aujourd'hui, je vous présente quatre photographies de petites installations land art, dont le point commun est qu'elles sont Normandes, réalisées par Breton, végétales, printanières et symboliques.

La symbolique, j'en ai tellement parlé avec mon ami Jean A. architecte devant l'éternel. Nous devisons dans son grand salon, ouvert sur son jardin. Ami des oiseaux, ceux-ci le lui rendent. Ami des impétrants, il les reçoit.
Tout chemin n'aboutit pas. Toute proposition d'adhérer, non plus, mais l'amitié n'empêche aucunement, entre homme de bonne manière, d'échanger. Ce que nous faisons.

Ici, sur les photos présentées en haut de page, cercle, carré, ligne, puis couleurs, et la possibilité de passer un après-midi autour de ces thèmes.
Le cercle introduit la psychanalyse avec le noeud de Borromée, installé cet été, en compagnie de Marie-Claude, mon épouse et assistante, dans les chaos du Huelgoat. Je vous invite à découvrir ce symbole fort lorsqu'il est triplé, dans une des pages de mon blog(Septembre 2009).

Arrêtons ici la réflexion née d'une matinée de travail du côté de Bavent et de la Maison de la Nature de Salenelles, région nord-ouest de Caen, pour laisser la place à un peu de poésie, celle de Guy Allix, qui exista bien avant que je le connaisse et de quelle façon. Je vous invite aussi, à dépasser cette lecture pour découvrir toute son oeuvre, si forte, si humaine, si désespérée.
De ma fratrie, il fait partie, bien sûr, Comme Jean, comme Ali, Sam, Hussein et les autres rencontrés en route.
Nous n'avons plus le temps de rester sous les jets de pierre des adeptes du lynchage médiatique pratiqué par les petits marquis de la politique, ni sous la cravache des sbire en noir de la bête immonde qui excècrent l'art contemporain qu'ils prétendent être un art dégénéré.. Nous devons marcher, tête haut, au milieu du chemin et ne pas craindre les crachats des jaloux.

Le land art est poésie quand la vie est poésie. Je n'attends plus rien, vous le savez bien, censeurs de tous poils. Mes armes sont l'écriture, la parole, la fraternité. Je suis pour la liberté, la liberté d'expression dans tous les pays et le land art est une langue universelle qui appartient à l'humanité. Quels archétypes convoquer à votre table qui n'entrent dans vos concepts et doivent être brûlés pour ne pas polluer les esprits.
L'égalité des segments se trouve dans l'étoile que je porte au cou, cadeau de ma fille Fanny, et ce beau symbole fait parti de moi.
Il me semble avoir réuni ici, certes en désordre, la devise de notre patrie. Mes prières sont de pierres.Je n'en pratique pas d'autres. Le silence des pierres m'impressionne, leurs déplacements, aussi. Quelle force mystérieuse les déplace donc ainsi ? Sur nos côtes, c'est la mer à qui je dois tant que je lui offre régulièrement des travaux de land art ainsi dédicacés:
To the Sea.
Demandez au Commandant du Ferrie LE MONT SAINT MICHEL, à Ouistreham, petit port de Normandie, porte de France vers l'Angleterre. Demandez-lui pourquoi, il me salue du haut de sa passerelle, avec deux coups de sirène de son beau bateau blanc, alors que je trace mes spirales dans le sable. Il vous dira que je suis venu lui expliquer ma démarche d'artiste et qu'il l'a comprise. Les marins sont toujours moins bornés que beaucoup d'artiste. C'est normal, ils prennent plus de risques.
Roger Dautais


Voici Guy Allix :

LAVE FORMELLE II




...la peur à chaque mot
Pressant le flux


Liquide la parole qui te boit.


***


La bouche a d'autres mots à manger
Qui se rappele les vitres
Quand tu seras mort
C'est là que tu parles
A cette odeur de terre puante
Quelques années après


***


Il n'y a plus que le rêve d'un rêve où je passe l'ombre

***

Bonne route, Guy, sur le chemin des grands jardins.
Roger. nuit du 8 au 9 octobre 2009 ,à Hérouville Saint Clair



à Ali Badri,
poète inspiré, sur la route...




aux femmes d'Orient...




Femme fétichée
comme une gazelle

ta course éteint le feu
au passage

Mais le vent fou du désert
ravive

les braises rouges comme
ta bouche

quand
elle mord le vide.

Atteindre
les Pleïades ou Cassiopée

constellations de toi
expulsées d'une vaginale plainte

poignée de sable jetée au ciel
accrochée à la voûte.

L'Orient me fascine
me danse

me transe
m'envoûte

Je retombe, flasque
fétiché à mon tour.


Roger Dautais
Nuit du 7 au 8 octobre 2006


poème composé après avoir vu le spectacle donné par le Theatre de Saadi, d'Ali Badri.
Il est aussi offert à toute la troupe.


DE LA COMPLICITÉ DU MONDE AU SILENCE DES ÉTOILES

Ce n'est pas moi, je le jure, rien que le script, dans la nuit noire de Normandie. L'e reste est dicté par l'Iran et s'écrit dans les sables de Tunisie. Vivre une création poétique d'Ali Badri, poète Iranien et ami, c'est prendre le risque de se perdre. Ali Badri est un grand artiste modeste, que je veux honorer ici, en France, sa terre d'exil et d'adoption depuis plus de vingt ans. Poète, je l'ai dit, auteur, compositeur, interprète, metteur en scène, réalisateur, bientôt cadreur, n'est pas tout dire, car il chant son pays, avec quel coeur !
Ali Badri vit l'exil come une longue plainte silencieuse, dont il ne sortira pas vainqueur. Je considère Ali comme un frère. Vous me direz, quelle famille, eh oui, quelle famille ! Lorsque j'ai parlé avec lui, il y a quinze jours,sur le marché de Caen, à la terrasse d'un café, nous ne faisions qu'un : l'humanité.
Je sais, fraternité, humanité, égalité, liberté, sont des mots qui font rire les imbéciles et il y en a beaucoup trop en France en ce moment. Nous avons projeté ensemble d'organiser une rencontre avec un grand poète de son pays, l'Iran,pour l'interviewer et lui demander un poème en Iranien, avec traduction Française, afin de le présenter sur LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS, puisque ce chemin, continue, grâce à vous à parcourir la planète d'une manière très intéressante.
Parler d'Ali, sans parler de Sam, c'est parler de Dupont (t) sans parler de Dupont (D) de vrais jumeaux de coeur, travaillant la main dans la main dans tous les spectacles. Parler d'Ali Badri sans évoquer Hossein, son frère peintre resté au pays, c'est méconnaître son sens de la famille. Evoque Hossein, sa peintre, très expressive, ses relations avec le monde du handicap, je veux parler des aveugles qu'il arrive à faire peindre. Tout ça est visible dans le film d'Ali Badri, LE ROUGE A RÊVES. Plus grand qu'un documentaire, c'est un témoignage humain sur l'espoir, la croyance en l'homme à se sortir du handicap, à lutter, aussi contre un régime totalitaire qui poursuit et entrave ses artistes quand ils ne chantent pas les louanges du pouvoir. Ca ne vous rappelle rien ? Chili, URSS, Chine, Argentine, France. Même la France ? Patrie des Droits de l'Homme ? oui, à une certaine époque, celle de ma naissance en 1942. Le fascisme accouche de monstres mais ausi d'êtres doués d'un esprit de résistance et talentueux qui ont chois l'art comme arme contre la barbarie. Nous ne serons jamais assez vigilents face à la bête immonde, elle continue à faire des petits.

à Yvon Poirrier...
"
Le spectacle d'hier soir, s'intitule "Voyage Persan "et je vais tout de suite citer toute la troupe, car ce papier est écrit aussi pour le remercier. Eloïse Salomé qui m'inspira le poème. Yvon Poirier, comédien fétiche d'Ali, dont la présence en scène, est "troublante" de sincèrité. Il raconte, par apparitions successives au public, un conte persan dit en français et d'une grande beauté.

à Karim Habali et Mohamad Talémi...

Karim Habali, au Oud, cet instrument oriental qui vous transporte loin, très loin sur les pistes d'Iran. Mohamad Talémi et son Santur, sorte de Cithare au son métallique, trait d'union musical entre beaucoup de pays puisque la cithare, venu de l'extrême orient, Viet Nam, je crois qui suivit la course du soleil, en se transformant dans chaque continent, l'Afrique, aussi, pour rejoindre l'Europe. Autant dire que ses mélodies parlent du grand voyage.

à Eloïse Salomé...

Je reviens à la danse après avoir évoqué la musique. Aucun homme, c'est mon avis, ne peut rivaliser avec la femme, quand celle-ci danse comme une flamme au beau milieu du feu de camp.
Eloïse, est générosité, volupté, dans ses déplacements, subtilité jusque dans les moindres détails, le corps tendu, maitrisé, pour traduire de subtiles intentions . Elle est dans la maîtrise de son art, arrivée à nous faire oublier son travail tant elle nous en présente l'essence même quand, elle danse en nous racontant une histoire. Une telle présence se mérite et je pense que si elle est en mesure de donner beaucoup,c'est parce qu'elle reçoit beaucoup de la troupe d'Ali Badri.
On voudrait tous se noyer dans son regard debraise mais ses yeux sont, aileurs, comme des sources secrètes, qui gardent un mystère oriental. Respect pour cette grande dame de la danse.

à manue...

J'écris au bout de ma nuit, au bout de mon" sang d'encre" comme tu me l' écris Manue,( je préfère ton vrai prénom, Emmanuelle) .Je t'aime comme tu es, de la même façon que j'aime Eloïse, parce que , l'ami Michel F. de Peros Guirec me le dit, ce sont de belles personnes. J'essaie de me mettre au niveau des vibrations ressenties au contact de vos expressions, Manue dans tes "dires et écrits" tes poèmes, Eloïse, dans votre danse.

à Lilia...

Complémentarité des peaux, des yeux, des voix intérieures, transe ou spasme, sueurs froides ou frissons, mains qui palpent ou guérissent, parfois. Du sel des joues aux larmes qui coulent, comme des petites rivières dans la bouche et les humeurs, aussi. Gros sur le coeur, oh ! oui...Que mon enfance est à fleur de peau, dans ces instants divins. Mon Dieu, toutes hontes bues, tout enfer atteint, toutes fautes d'enfance, avouées, que nous reste-t-il, Lilia, du papier, un peu d'amour de l'humanité pour écrire, une poignée de dattes pour se nourrir, la promesse éphémère d'eau fraîche pour se désaltérer.

à Reza...
Photographe Iranien et humaniste

Le vent, ah, oui, le vent qui porte la mélopée. Entends-tu maintenant, la longue plainte qui s'étire, ondule dans l'espace, née de l'âme d'un chanteur assis au pied d'une porte bleue. Peut-être assis, comme hier, devant un tapis d'Ispahan. Peut-être enturbanné, Pachtoun ou non, guerrier tapis dans l'ombre qui attend la mort et reçoit cette mélopée en plein coeur. Demain, sang figé, regard aux étoiles, bouchée bée, le soleil saluera ton sacrifice. De quelque côté qu'il soit de la lutte, il aura quitté la vie...

à Marie-Claude,
mon aimée, ma femme...


Mélancolie ...Mélancolie des âmes en partance pour l'Acheron , rejoignant l'autre rive des morts, sur la barque de Charon, ornée de souvenirs. Femme aimée, qui dans ton travail, assista tant de personnes âgées et fît passer, accompagnées de ta douceur, au plus juste du limès, des êtres chers en fin de vie. Ne parlez pas d'euthanasie, malheureux, c'est contraire à sa vie de rectitude, de droiture et de fidélité. Ecartez-vous quand elle passe et rendez-lui hommage de cela.

à Ali Badri...

Regarde et pleure sur le fleuve noir d'un peuple opprimé, des femmes voilées, des burka étouffant l'âme de la femme. Entend-tu le Muezzin, au-dessus des tombes blanches de la grande mosquée de Kairouan...Je les entends, ces voix Tunisiennes, je vois ton peuple Iranien, je les imagine ces peuples d'Orient, rassemblés, sans guerre, dans un même chant, le tiens, une même musique, une même danse, celle de la vie. Oh Jérusalem, délivre tes fils de la guerre et de ce mur inutile.Dans ma nuit de solitude, je ne suis qu'un pauvre humain à la dérive, au cerveau éclaté., portant l'étoile jaune autour du cou.

à Sam Badri...

Il faut enlever les sandales, mettre pied à terre, sur la terre, dans la terre. Il faut creuser, retourner, labourer, ensemencer la Terre, comme le ventre d'une femme. Il faut qu'elle crie de plaisir, non de douleur. Et les enfants du monde viendront regarder ta vieillesse, comme ils regarderont mes cendres, bientôt.


à Hossein Badri...

Eteint la lumière. Sort dans la nuit Iranienne. Marche dans le désert, quitte les mots et regarde les étoiles. Les reconnais-tu, tes soeurs, celles qui voyaient souffrir les hommes emprisonnés injustement et qui ne disaient rien...Les mêmes étoiles me regardaient trahir,et mentir, dans le même silence.

à Lucien, Moïse Dautais,
mon père
...

Le sacré est dans le pardon. Nous sommes impardonnables, bannis, jetés à l'écriture, abandonnés des nôtres. L'ivresse des mots me saoule, cette nuit.Tu me dis, l'espoir de vivre tes 93 printemps. Tu sens la mort mais ne lui en veut pas. Tu es mon exemple, maintenant. Je voudrais retrouver mon enfance et ta jeunesse, Papa. Je voudrais mes étoiles d'enfance, la Petite Ourse, la Grande Ourse,dans notre jardin de la rue Paul Sébillot. Je voudrais encore, Orion et Cassiopée et les Pléïades,aussi. Je me voudrais, enfant marchant près de toi, dans le noir d'une nuit glacée, ma petite main dans la tienne, quand elle ne frappait pas, me promener avec toi sur le chemin des grands jardins Je voudrais rejoindre Maman dans son silence blanc. Je voudrais t'entendre dire, une dernière fois, comme hier :
-"regarde là-haut, petit Roger, les Etoiles, la Voie Lactée".
Ah, comme il était gentil mon père, entre les coups. Comme je t'aimais, Papa. Comme je t'ai pardonné, comme je t'aime aujourd'hui, petit vieillard de quatre vingt treize ans. Je t'ai perdu si tôt, mon Papa, que je ne peux me résigner à te voir t'éteindre, maintenant que la haine a disparu entre nous deux.


Pardon de m' épancher, mais ça tu me fais du bien Lilia, à écouter mes mots, derrière le moucharabié. Prépare le thé, bois le à ma santé, à celle de mon aimée. Nous sommes déjà dans le désert, tu sais et le cheval fou attend la cavale blanche dans la grande palmeraie de Douz.
Je suis lié aux tombes. Je suis lié aux tombes berbères de Matmata, par un serment, celui des pierres, tu les sais bien, dans ta clairvoyance. Jy retournerai, un jour, avec Marie-Claude pour voir ses yeux bleus s'émerveiller des montagnes Tunisiennes, de l'hospitalité d'un peuple nomade. Ce sera enfin le temps de se découvrir sous la voie lactée, mais avant, laisse moi quitter cette nuit d'apnées mortelles.
Le jouer se lève, l'enfer est aussi ensoleillé, parfois comme à Guantanamo. Ici la pluie tombera sur la tête d'Ali Badri, comme une bénédiction des dieux Persans.

Je fais un rêve, celui d'entendre ce texte, une fois au moins, lu par Yvon Poirrier. Je fais un autre rêve, qu'il soit traduit en Iranien pour la diaspora Iranienne en reconnaissance de leur culture, de leur âme persane et la musique viendra d'elle même.

Roger DAUTAIS

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

en Normandie, nuit du 7 au 8 octobre 2009




Photos : Installations land art Roger Dautais

1 Occurrences Presqu'île de Crozon août 2009
2 le silence des pierres Plage de Pors Pin Brehec Bretagne Nord
3 le silence des pierres Plage de Pors Pin Brehec Bretagne nord

Textes et photos assujetties au droit d'auteur.
Pour tout renseignement ou achat, s'adresser à
roger.dautais@numericable.fr

mercredi 7 octobre 2009




Trouver une place dans cette écriture à fleur de peau, y déposer un poème de frère à soeur de sang...Mais la consanguinité cache des amours interdites. Maudit-soit tu, toi qui m'inspire;




Un grain de beauté
sur ta peau ambrée
comme ocelle sur l'aile d'un papillon
et le souffle chaud de ma bouche
suffit...
Tu pars...


Roger Dautais
à Marie-Claude

Le départ est une fuite vers l'au-delà. Nos morts s'accumulent à chaque seconde d'éternité. Nos petites morts blanches ne sont que des répétitions. Hochet divin, dans ta main, hoquet final, s'il faut rendre l'âme, que ce soit dans le plaisir du partir.


***


à Guy Allix...


Pilleurs de tombes, vous me rasez la tête comme vous avez tondu le crâne des femmes infidèles et traîtres qui aimèrent le mauvais côté. Procureurs, vous vous drapez dans la toge du justicier et courez au bordel pour m'y retrouver. Peine perdue, puisque je suis mort. Occupez vous de vos femmes, elles se pâmes dans d'autres bras. On ne vole pas l'âme d'un athée, ni les pieds d'un cul de jatte, encore moins les yeux d'un aveugle. Je vais, sur ma route, seul. Lâchez vos chiens , ils me lécheront la main, je le crois, je suis si naïf. Puisque la bête immonde rôde, dites-lui que je ne suis ni l'agneau, ni le loup, mais un errant à la recherche de son identité, de son peuple. Je ne suis ni le frère de Romulus, ni celui de Rémus,. Je suis le fils de Möise, mon père. Je vous l'ai déjà dit. Ne cherchez pas ailleurs, la filiation, elle est claire.
D'autres levers de soleil inonderont les pentes de Matmata, là-bas dans le grand sud Tunisien, et les tombes avec lesquelles je suis lié, m'enverront les ondes de fraternité. Synagogue, cathédrale, temple ou mosquée, m'offrent leur mur comme appuis et je suis bien dehors, sous la voûte étoilée.
Ne désespérez pas de moi, Frères, ni pierre angulaire, ni équerre, ni fil à plomb pour le gueux que je suis. Socrate me montra, dans un livre, comment vivre nu. Je me tiens à ses conseils, mais il me reste encore quelques fripes.
J'essaie de "conceptualiser " me dire que je possède une grosse tire et des châteaux, que ça ne compte pas, que je suis près de DIEU". Ils font bien le contraire, les fidèles ! Les lieux de culte cachent des dangers, comme la rue, d'ailleurs, demandez aux clochards qui y vivent, aux
sans -abri, aux sans-papiers et il y a de moins en moins d'homme de culte pour ouvrir les abris.
Honneur à ceux, juifs, musulmans, bouddhistes,chrétiens, qui abattent les murs de la honte et ouvrent les bras sur la misère de l'enfant. Honte à celui qui transforme l'enfant en bombe vivante. Aucune politique, aucun dogme ne vaut la mort d'un enfant.
L'amour est un antipoison que nous devrions toujours posséder. Écrire, au jour le jour, comme Lilia, comme Jean, avec la part d'ombre, la part de lumière et la peau qui desquame, lorsque reptile, je sors ma langue bifide. Écrire comme un animal blessé, sur le tronc d'un arbre, dans la savane des mots. Écrire, jusqu'au bout du sang, jusqu'à la nuit tombée, sans chercher la lumière, qui, forcément, reviendra. Lassitude ou désespoir, c' est selon au gré des rencontres. Le mondes est beau aussi quand on possède peu, mais la vie est une chienne qui mord et case sa laisse pour vous attraper au museau, ne l'oubliez pas, chers lecteurs d'un jour.

Roger Dautais
" En espoir de cause "


LE CHEMIN DS GRANDS JARDINS

mardi 6 octobre 2009




à Tito Gonzales Vega,
où qu'il soit...


De l'esthétique morbide d'un papillon de nuit empalé et présenté sur papier Japon, à un collectionneur myope.


Avertissement.

Si la fiction se mêle à mon histoire, c'est pour apporter une note d'humour à ce qui a été vécu. Contrairement à ce que certains me disent ou pensent, ces mots sont bien en-deça de ce que j'ai vécu et des faits qui sont relatés. Je n'écris pas pour choquer mais par nécessité

Les opérés de la cornettes déambulaient dans le hall de la clinique. Un savant infirmier, emblousé de blanc, à la poche de poitrine largement garnie de papiers et de Bic 3 couleurs, se faisait appeler Docteur, dans cette cour des miracles. Son chien, hiatus, placebo à quatre pattes, marquait son territoire en levant la patte sur les aveugles. Le bon Docteur, serviable, dépannait aussi les veuves ou les passantes, sans soucis.
Jean Au Venec, le plus "massif" des patients, avait repéré le manège, lui, le voyant, dont les yeux, grâce au ciel, n'étaient pas passés sous le bistouri. Le genou droit éclaté, par la faute d'un médecin ignorant la force de sa machine électrique à pédaler, Jean Au prenait son mal en patience, d'une main et son mat à perfusion, sur roulettes, de l'autre main. Il contemplait tous ces congénères venus des Côtes du Nord, du Morbihan, de l'Ille et Vilaine et de la Loire Atlantique, autrement dit "la Bretagne" avant que ces imbéciles heureux de la bande à Philippe, ne banissent, jusqu'à ce jour encore, la Loire Inférieure, berceau de ma naissance,de sa terre d'origine, pour la rattacher à je ne sais quoi, où le reste de ma famille continua malgré tout, à faire des enfants.

Si j'ose une parenthèse, nous avons toujours été éclairés par le haut, des ministères vers le ruisseau et s' il en faut une preuve, voici la géniale invention lexicale permanente des mecs qui " pondent" des machines à gaz dans les ministères.
Faisons compliqué ce qui doit rester simple et nous garderons notre job.L'inventeur du "référentiel bondisant" et du non moins" référentiel bondissant aléatoire", je veux parler du ballon rond et du ballon de rugby, ainsi nommés dans les écoles normales, pensaient certainement à me faciliter la tâche d'élève cancre, en inventant de pareilles inepties dont j'ai entendu dire, qu'elles ont marqué beaucoup d'instituteurs. Fort heureusement Zidane, qui n'est pas si bête qu'on le prétend, et n'a pas fait l'Ecole Normale ce qui lui a permis de taper dans un ballon et non dans un référentiel bondissant, puis de nous ramener la coupe du Monde, reste un des saints laïcs préférés, moi qui n'aime pas le football, sauf quand il est bien joué. J'ajouterai que ce jour là , il nous a permis de prendre une cuite au champagne, pour fêter l'évènement, du côté de Morzine avec deux joyeux alpins qui nous logeaient pendant nos vacances.
D'insanes pensées me passent par la tête.
Je les rêve, ces "inventeurs pédago", tournant dans la cour de mon école primaire, à Dinan, avec un bonnet d'âne en chantant "Maréchal nous voilà". Pardonnez-moi ces égarements, les traumatismes de guerre, sont vivaces. Il s'agissait à cette époque bénie, de la Guerre des boutons. J'étais un"Petit Gibus" en culottes courtes et devint ensuite un adepte des "quatre cents coups". La suite, je vous la passe. Mais, revenons au sujet.

Le temps béni de la collaboration et des lettres d'anonymes, battait son plein. Les enfants des écoles, rassemblés sous le préau, entonnaient un guillerette chanson : Maréchal, nous voilà et moi, j'apprenais, aux cours du soir "Coeur sacré de Jésus". Autant vous dire que nous étions loin des génies du slam. Mais, enfin, chacun porte sa croix. On verra tout ça dans 50 ans.
Tout n'a pas disparu, vous savez, la France compte encore beaucoup d'écrivains résistants. Il en faut quand même du courage, pour prendre sa plume et dénoncer "les sans papiers" qui sont les juifs de notre époque. Attendez, quand je dis Juifs, je le dis comme Arabes, ou comme quoi, d'ailleurs ? Mon faciès me permettant d'être confondu avec ces deux populations soeurs, de façon plus ou moins ostentatoire, selon la présence au soleil où ma place, entre les parallèles sudistes du globe terrestre.
Ne me traitez pas de raciste ou d'antisémite, un petit journaliste d'un grand quotidien de l' Ouest de la France, m'a déjà fait ce coup là à propos des étoiles de David qui se retrouvent régulièrement dans mon oeuvre de landartiste. Certains journalistes sont pernicieux, ou alors, ils ne font pas expres( c'est ce qu'il m'avait dit en s'excusant au téléphone, presque à voix basse). J'avais eu, cette année là, beaucoup de mal à obtenir de ce journal à grand tirage, qu'il s'excusa dans ses propres colonnes et j'en suis resté blessé, encore aujourd'hui.

Jean Au, il avait pris le chemin de la contestation, vers 8 ans, sur les docks de Saint Brieuc, comme ouvrier, bien sûr. Aujourd'hui, quelle multinationale accepterait de faire travailler des enfants. Quel blanc accepterait d'acheter des produits manufacturés réalisés par des enfants de couleur au vingt et unième siècle ? Personne. Dans ce trafic d'enfants esclaves, c'est United Color". Il y en aura pour tout le monde,comme disait le grand Coluche.

Jeau Au était une tête de lard, une caboche, un irréductible, un rebelle. Que de défauts, et dire que j'ai les mêmes. Après la boxe, les bagarres de rue, il avait été listé pour le STO.
Jean Au avait abandonné lâchement sa famille qui ne le dénonça même pas, pour rejoindre le maquis de Callac, en plein centre de la Bretagne.
Fort heureusement, la Sainte Vierge et le Sacré Coeur de Philippe Pètennin, veillaient.
Jean Au fut enfin dénoncé, puis déporté en Allemagne, pendant 5 longues années. Heureusement qu'il y a un peu de morale civique dans tout ça.

Bon, je passe sur les "détails" comme dirait le borgne de la Trinité, car, en fin de compte, ce ne sont pas les juges qui décomptent les jours de captivité, alors, laissons cela à ceux qui ont trahi la Patrie de Philippe Pêtennin.

Jean Au revint de captivité, décharné et affamé, pour la fin de ses jours. Rentré au Parti Communiste, sorte de grande armée civile comptant des chefs décorés comme des sapins de noël, et habitant la grande Russie. Jean Au resta soldat de seconde classe, toujours, aussi tétard, cabochard, rude et courageux, comme le Breton qu'il était. Il se maria avec Marie Du et trois enfants vinrent mettre de l'ambiance dans le ménage. Dix huit ans plus tard, je rencontrais ma douce et tendre aux yeux bleus et ensemble nous continuâmes la chanson, en mettant deux enfants au monde, histoire de nous immortaliser.
Jean Au était un Papy en or. Il nous racontait " ces fumiers de la milice" ces balances à Nazi" ces traitres qui avaient envoyé tant de ses frères d'arme au tapis. Fosses communes, pelotons d'exécution, tortures, déportations, camps, fours, fumée pour les Autres, Dandzig pour lui. Ne restait plus de cette époque maudite, qu'une kyrielle de nom dans les livres d'histoire au Mémorial pour la Paix de Caen, lorsqu'il restait quelque chose. Mais pour les "Nuit et Brouillard", nada, rien, une petite place dans la boîte à papilllon de nuit, de quoi faire reluire quelques collectionneurs de mémoire et les montrer aux rescapés. La mémoire des hommes étant courte, parfois plus que leur vie, ils ont tendance à oublir ce qui les ennuie. Il faut larguer casseroles et valises quand on veut faire carrière.
Mais un musée, que ce soit Yad Vashem ou le Mémorial pour la Paix de Caen, ou le Petit Musée de la résistance, construit au centre de la Bretagne , rien ne remplacera jamais, les rires des enfants d'Ysieux dans la cour, le lait d'une maman allaitant Maurice sur le pas de sa porte à Pontchateau, les larmes de Lucien, sur le corps de son frère Capucin, tué dans un bombardement, de son autre frère, déporté, les larmes de Marie, sur son Jean Au, malade, la peur de ma mère sous les bombardements de Saint Nazaire, alors qu'elle était enceinte. La guerre est un paquet de linge sale qui unit toute l'humanité dans une folie monstrueuse, bourreaux, victimes et le temps passe, et les papillons de nuit sont épinglés dans des boîtes pour collectionneur. La fabrique de boîtes à papillons fonctionne toujours, en France. Elles viennent maintenant d'Afghanistan, les bestioles ailées et leurs veuves pleurent toujours dans les chaumières, avec leurs lardons entre les jambes, qui pleurent aussi leur père.Une vie perdue, l'est à tout jamais, belle ou ruinée, joyeuse ou défaite, elle quitte la salle de jeux, éteint la lulière en partant, comme dirait Guy, laisse les autres dans le noir du deuil, enfin, certains,dans l'embarras, pour les autres, je ne sais pas. Tout ce "melting pot", ce magma qui fonde notre humanité pour demain, Jean Au, le portait en lui.
Lui, l'enfant de boxeur, l'enfant de cheminot, l'enfant ouvrier à 8 ans, sur les docks de Bretagne ne se référait pas à Zola, il ne savait pas lire.
Nous n'avons jamais le droit de déroger à la règle. Ecrire sans être de l'Université, est un crime de lèse Majesté. Croyez-moi, les impétrants, c'est l'école qui m'a quittée et non le contraire. La rue m'a élevée, mes parents aussi, bien sûr, mais lorsque j'entends " lâche ton pathos", c'est mon chien que j'ai envie de leur lâcher au cul à ces indélicats. Seulement, voilà, je n'ai plus de chien.

Jean Au, dans le hall de la clinique spécialisée de Rennes, me poussait du coude.

- t'as vu ceux-là, Roger, y sont tous mioc et en plus, parait qu'ils le resteront après l'opération. C'est ty pas du gâchis.
- Oui, Papy, vous l'avez dit.
C'est vrai, nous n'étions que de vulgaires ouvriers, c'est pourquoi ce tutoiement qui peut-être aussi interprété, non comme une vulgarité mais comme une marque de respect.

On l'a enterré, Papy, auprès de sa Marie, dans un cimetièrre avec vue sur la Baie de Saint Brieuc, la plus belle du monde pour lui, le p'tit gars du Léguer. Il n'aura jamais réussi à dire Myope, encore moins à l'écrire. Aucun énarque, aucun général, aucun drapeau, ne suivait son cercueil.Il n'en n'aurait pas voulu. Seul, ses camarades du Parti Communiste, ses Potes de la CGT et nous, bien sûr, beaucoup de nous et une grand partie du village, nous l'avons porté en terre. Nous lui avons mis des pétales de rose sur sa boîte à papillon. Il est la-bas, mais il est aussi près de moi,cette nuit.
J'aurai échangé son courage contre mon petit talent, mais la vie, c'est comme çà, on ne choisit pas tout.

Tito Gonzales Vega était un résistant et un prisonnier politique, d'Amérique Latine. Lorsque je l'ai connu, il présidait l'INCLA, à Paris, du côté de Pantin si je me souviens bien. Un ami d'alors, le peintre Yves Belin, pour qui j'avais beaucoup écrit, lui avait parlé de ma poésie et Tito avait fait le voyage Paris à Vire pour venir me rendre visite dans notre HLM de la rue Georges Pompidou. Ni Marie-Claude, ni moi, ne comprenions cet hommage.
Nous avions parlé, poésie, de la lutte politique, aussi. Mittérand venait d'être porté au pouvoir par le peuple de Gauche. Nous l'avions notre victoire, qu'en avons-nous fait...
Tito m'avait invité à l'INCLA. Anne Vanderlove chez qui j'avais passé quelques jours Dde vacances, en compagnie d'elle et son mari( elle m'apprenait à bâtir une chanson, je n'y suis jamais arrivé) sur les bords de la Marne, m'avait déposé devant l'INCLA, à Pantin ( je crois). Elle connaissait tout le milieu latino en lutte.
D'ailleurs, Anne chantant la lutte, se battait contre le fascisme, comme Joan Baez, le faisait aux Etats-Unis et dans le monde entier.Pinochet sévissait, torturait, assassinait, entouré de ces troupes encadrées d'anciens nazis. Les latino-Américains organisaient la résistance depuis l'extérieur du pays.
Puis, comme beaucoup d'amis,la vie nous a séparés. Tito Gonzales Vega a disparu de mon horizon, pas de mon coeur. Anne rencontra des difficultés, mais aussi, un prince en la personne de Renaud. IL lui "prêta" ses musiciens et lui permit ainsi de refaire surface avec un magnifique 33tours. Sa carrière reprit et ses tournées aussi.
Anne chante toujours et habite en Bretagne, dans le golfe du Morbihan. Manuel Angel Estrella, dont je vos ai déjà parlé, avec qui j'ai correspondu longtemps,continue ses concerts avec Musique Espérance ( voir sur google) l'ami Cuadros, vit en Basse Normandie . Il est devenu peintre après avoir tant donné au théatre. Ixcel, sa fille, fait du théâtre pour enfants avec le Tutito Teatro de Cherbourg. Yvon Lemen lève toujours le point, écrit des poèmes, tisse l'humanité. En somme, la vie, loin de chez soi, mais la vie " ici et maintenant".C'était aussi à l'époque où, Olivier Stirn, Maire de Vire dans le Calvados, m'avait autorisé à peindre une fresque de 50 mètres de long, sur le thème de " l'enfant d'Hiroshima". Un véritable plaidoyer contre la bombe atomique, qui avait aussi fait beaucoup de bruit dans le bocage Virois. Je l'avais présentée à Tito.
Le bâtiment qui la soutenait, un hangar à vaches, sur le champ de foire de Vire, a disparu, comme Jean Au. Me restent en souvenir, quelques photos et un film de France3Base Normandie avec l'interview de Serge Simino qui travaille maintenant à France 3 Paris-Ile de France.
Contrairement à ce que j'entends sur certains plateaux TV, nous ne prenons quand même pas beaucoup de risque, en écrivant, à part d'être ridicule, mais aux yeux de qui, du cercle vertueux des décorés de la TV . Quoique, avec les temps qui courent, les risques pourraient bien ré-apparaitre.
Nous pouvons encore dénoncer les dérives, qu'elles soient du scandale des prisons en France, du scandale des sans papier, de la misère dans laquelle croupissent des millions de nos concitoyens. Si Jeanne Birking continue, elle aussi à se battre pour la liberté de Hon San Su Ki, si Gainsbourg ne pouvait digérer son étoile, si l'inconnu traqué, dormant come un rat dans un trou de terre creusé dans la banlieu de Paris, Ville Lumière, c'est que tout n'a pas été compris dans les intentions proclamées des Droits de l'homme, ou alors, que l'homme n'est qu'un homme, capable du pire et du meilleur. Difficile d'adhérer aux beaux discours quand on a faim. C'est La Fontaine qui le disait. Les rois sont courtisés, ou guillotinés par les mêmes personnes. La paix n'est jamais assurée. La culture est certainement un bon moyen de sortir de la misère, mais le travail aussi, quand il y en a. Combien de tables vides...
Etre artiste,ce n'est rien d'autre qu" être"au monde. Tout le folklore véhiculé par ceux qui croient savoir et brouillent les pistes par d'épais nuages, se trompent. Nous n'avons plus besoin de chapelles !
Fais " trash, toi le prolo", me disait un jour un artiste raté qui trouvait mon land art, trop propret.
Mais le "trash" il y en a déjà tant, partout. J'ai pas envie de me rouler dedans pour plaire aux experts de la "conteporaniéitude". Si je ne suis pas "dedans", je serai " dehors" là, où nos petits enfants, jouent, dans la rue, ce grand théâtre de boulevard qu'est la vie. Dehors, au pied des falaises de Lelouch, dehors sur l'ile de Sein avec mes frères Bretons, dehors dans les montagnes désertes de Matamata Dehors dans les rues de Sfax, avec Lilia, dehors, avec Marie et Gwenola, dans les ruelles de Sidi Boussaïde, dehors, dans les cabanes à Portuguais, avec mon ami José Matouch, le tailleur de pierre, exilé, dehors, avec Ahmed, dans le petit matin chaud de la plage d'Agadir, dehors dans les jardins de l'Alhambra, au pied de la Giralda de Seville, avec Marie-Clude, dehors, les pieds nus, dans les rues de Porto, avec Maria, dehors dans les rues de Paris avec Maria Elena De Ceo Lopez, dehors avec Yang Fang, dans les rues de Pékin, dehors à Stresa au beau milieu du lac majeur, avec ces italiens géniaux, dehors, avec Articia, dans la plaine de Bruges.Il y a de la place et nous voulons aussi,parfois rentrer chez nous, dans ce pays sans toit que l'on appelle la fraternité et qui fait rire les idiots.

Je ne suis pas fini, c'est vrai, mais il y en a tant qui le sont de leur vivant. Tenez, un 4X4, le plus beau du monde, avec vitres noires et tout et tout, vous vous garez, fier, devant le drugstore,vous ouvrez la porte et descendez sans faire gaffe. Vlan, un bus dans la tronche. Même pas Mioc, mort, rectifié, repassé. C'est vrai, c'est moche, mais c'est la vie.

Non, je n'ai pas que des histoires morbides à raconter. j'écris aussi ds livres pour enfants. En ce moment, je vous l'ai dit, je crois, deux sont terminés qui attendent le choix de l'éditeur et un troisième a pris la forme d'un livre sonore, entre autre pour les enfants non-voyants. Vous voyez, tout se tient, dans ce grand foutoir. Vous aurez compris que le mot, résistance, je l'ai adopté et c'est ce que je voudrais mettre sur mes prochaines cartes de visite:

Roger DAUTAIS
Résistant


J'ai posé ci-dessus, des photos de mes installations land art, lacustres, réalisées à Citis
D' Hérouville saint Clair. Je les aime bien, elles sont calmes et le bleu me rappelle toujours les yeux de Marie-Claude, la femme que j'aime et qui veille près de moi.

Roger Dautais

lundi 5 octobre 2009




à Claude Lelouch,

homme de coeur et d'images...



Je suis mort, déjà.
La nuit termine de remplir mes yeux, d'étoiles. Le boulanger n'ouvrira pas ce matin. Il est parti, très loin, avec une chatte andalouse.La boulangère, elle pleure sur ses gros seins, et je les regarde au travers de sa blouse. J'ai six ans, la guerre est à peine terminée. Le rationnement nous rend affamés. La bretagne, elle aussi, a ses ruines, elles sont mes terrains de jeu.La moitié de mes copains ont leur père en prison. Collaboration, alcool, bagarre, à chacun sa croix.
Depuis qu'il est rentré de déportation, le tonton théo est presque muet. Il élève des chêvres, des biquettes dont il donne le lait à boire à mes cousins. Ce sont de vrais paysans. Il est toujours malade, Théo. Il rend tout le temps. Je dis qu'il rend sa mauvaise vie, lui si pacifique, si pacifié et qui n'en veut à personne. J'ai l'impression qu'il a avalé un bout de barbelés dans les camps, en Alemagne, car il crache le sang.
Moïse, son frère, dit qu'il est marié avec une pingre. Je connais déja l''arabie", à cause des copines à Mado, mais la pingrie, connais pas, pourtant, sa femme, ma tante, elle est blanche et grosse.
Je traine dans la rue des bordels. Le 3 ème Rima n'est pas loin. Les filles nous ont adoptés. Je joue aux billes sur le toit des garages avec Maurice. Les toits donnent sur les fenêtres du bordel. Quand Mado fait une passe, elle nous chasse de là.
Maud, qui est la cousine de Maurice est plus grande que nous. Moi, j'aime Esther, mais je ne lui dit pas. Elle a bien 12 ans , comme Maud d'ailleurs, elles sont jumelles. Dans ce temps là, certaines mamans faisaient leurs enfants par deux. Je sais pas pourquoi.
Mado tapine devant le bar de l'étoile, mais elle" monte", dans l'établissement d'à côté. L'été, on fait de la caisse à roulettes dans la rue Sallegourdine, parce qu"elle est en pente, comme le gosier de Daniel, le patron de l'Etoile. Maurice est tranquille, son père est parti toute la semaine. Il est forain et vend des toiles cirées. C'est un brave homme, il lit Mein Kampf ! La mère de Maurice, elle fait monter ses amants par l'escalier de bois qui est au-dessus du placard ou mon père m'enferme. Elle est belle la mère de Maurice, avec ses manteaux de foururre, on dirait une chatte, tellement elle est douce.
Les hommes l'aiment bien et puis, avec elle, c'est gratuit, tandis qu'avec Mado, faut payer. Les vieux de l'autre guerre, la vraie, comme ils disent, ils emploient un drôle de nom pour l'apeller : "putain" qu'ils disent.

Un jour, on est allé avec Maurice, au bar de l'étoile. Mado, elle était assise sur un grand tabouret en bois, devant le bar. Elle sirotait une menthe. "Bonjour putain", qu'on lui a dit, comme ça, pour essayer.. Elle nous a attrapé et foutu une giffle à chacun. Petits morveux, foutez-moi le camp ou je vous égorge, qu'elle nous a dit. Elle avait fait le geste d'égorger, comme pour le mouton, devant la gorge. Une folle.
On est allé, avec Maurice, se plaindre à la Tante Marie, qui elle aussi, était folle , sans le savoir, ce qui est normal. On lui a tout raconté. Elle nous a foutu une beigne et j'ai fini dans le placard. Moïse, c'est mon père, il est venu me chercher là-dedans et il m'a foutu une dérouillée dans la salle à manger. Forcément, j'avais insulté une de ses copines. Pauvre Moïse,comme il avait honte de moi et comme il m'aimait avec ses poings. Je crois que c'est là, oui, c'est dans les années 47, 48, que je suis devenu rebel. Je me disais, plutôt crever que de cèder. Mais à six ans, on cède sous les coups. C'est juste le corps, au début, il s'absente, dans les pommes. Après c'est l'esprit qui se barre.Ce que j'ai pu avoir envie de mourir dans cette putain de vie ! Où il est encore barré ce con que je lui foute une trempe, qu'il disait Moïse. Vous pensez bien que je filais, au moins dans la journée, dans la rue, avec mes copines les tapineuses.
Et dire que maman, elle savait tout ça, sans rien dire, sauf, à la fin de sa vie quand elle a eu son cancer, pour mourir. Là elle m'avait tout dit, mais à six ans, je ne savais pas que je serai devenu grand, comme mon père Moïse, que je serai devenu militaire, caporal-chef au 3 ème Rima et que j'aurai passé mes nuits de jeune homme dans les bordels de Nancy.
Maintenant, au vingt et unième siècle, c'est plus pareil. Il n'y a plus de Mado, plus de bars avec des tabourets de bois, plus de femmes soumises et battues, plus de prostituées, plus de bordels, plus l'alcool, plus de drogue, lus de collabos, plus de prisons, plus de guerres, plus d'enfants morveux, plus de pauvres, plus de quartiers pourris. Non, le monde est beau. Ils nous le serinent à la TV , les beaux journalistes de Paris et puis même quand il pleut de la misère sur nous, ils nous disent que le soleil, il brille. Les gens, gagnent au Loto, le Président grandit la France, les ministres sont bien habillés et sentent bon, les premiers ministres sont à la barre, fiers comme des commandants de ferries, les Mado présentent la météo, parfois deviennent médecin. Ah ! comme je les aime et les respecte, celles là !
Tout est bien dans le meilleur des mondes. Nous avons nos doses de vaccins H1N1 d'arrivés en France. Bon Dieu, de quoi se plaint-on !

Je reprends mon histoire avec la boulangère.

- Tu voulais quoi, petit...

- Un pain d'quat' liv' M'dame.
- Mais tu vois bien que c'est fermé ce matin.

- J'sais m'dam. Mais j'ai faim.
- Mange une main, garde l'autre pour demain...

Elle n'a pas su dire autre chose au petit affamé que j'étais.
J'ai regardé ma main. Trois semaines après, j'étais devant une psychologue. En fait, des pains, des miches, trop ou pas assez, c'était ça mon problème. J'en suis toujours là!
D'ici, je revois l'enfant que j'étais, repartant chez lui, prendre des coups encore des coups, courber le dos, nourrir sa haine pour ne pas crever tout de suite et rêver, malgré tout de mourir. Les chattes du boulanger, je les connassais bien, à la porte du bordel, Maghrebines ou Bretonnes, Parisiennes ou d'ailleurs. Elles étaient mes mamans, mes rêves. Je ne pouvais rien faire d'autre que de les respecter, les aimer, et pourtant, je suis devenu un homme.

J'aime Edith Piaf, cette gosse des rues qui traîna dans le Vaugueux , quartier mal famé situé à deux pas du port de Caen. Les restau chics ont remplacé les tapineuses. Piaf était une dame. J'aime cette chanson " La Foule" . Elle accompagna mon premier amour, Gaby, la fille d'un Directeur d'école laïque. Ce fut mon premier bal et la première fois ou je perdis ma "fiancée". C'est redoutable , un bal. Ces amours enfantines m'enlevaient du chaos. Sauvé par une femme, enfin , une adolescente, comme moi à l'époque. Nous savions déjà que nous aurions des enfants et combien exactement. Elle m'embrassait avec la langue, je n'avais jamais connu pareil émoi. Notre grand amour dura 3 mois. Elle partit avec un autre, de l'Ecole Normale , où elle entra, l'année suivante. Gaby joua du tuba dans la fanfare de l'école et vint défiler dans ma ville à la fête de la jeunesse. Qu'est-ce que j'ai pleuré en la revoyant. Elle était si belle quand elle jouait du tuba.


Les gens cherchent toujours le rapport qu'il y a entre ceci et cela, le début de cette histoire et la fin, entre 1942 année de ma naissance et le 6 octobre 2009, pourquoi, j'écris la nuit, au lieu de dormir. Les gens veulent tout savoir, mais pour en faire quoi. Et si tout cela n'était qu'une pure invention d'écrivain, impossible je n'en suis pas un. Les experts le disent. Et si je dédie cette page à Claude Lelouche que je ne rencontrerai probablement pas, malheurusement c'est qu'il y a une raison.
Il y a 15 jours ou trois semaines, je faisais parti d'un groupe de "touristes" visitant, avec une charmante guide, les falaises des Vaches Noires à Villers sur Mer. Site remarquable. Je marchais dans ce groupe de 85 personnes , en compagnie de Marie-Claude. Arrêtés pour ecouter un commentaire sur les fossiles, je suis abordé par un homme et sa femme, ils se disent parisiens et habitués du lieu. L'homme me montre une verrière à chapeau pointu, sorte de kiosque à musique, perché sur le haut des falaises, au dessus du vide. l'homme me dit :
- c'est à Lelouch. D'ailleurs, il a sa propriété au-dessus de nous, une grosse maison, genre manoir.
- C'est quelqu'un Lelouch, lui dis-je. Personnellement , je trouve qu'il n'a pas assez été récompensé pour son talent, vous ne trouvez pas ?
L'homme se tourne vers moi et dit
- Il n'a que ce qu'il mérite. D'ailleurs, tous ces films sont pareils.


J'ai éssayé quelques mots et et j'ai vu que j'en avais ferré un de con, un vrai, bien balourd, comme on est tous, parfois. Mais là, j'avais la rage. Marie-Claude qui est plus sage que moi m' a dit
- " laisse tomber".

C'est ce que j'ai fait et nous avons terminé notre excursion sans plus adresser une parole aux parisiens. Je me suis dit, je raconterai cette histoire cela même si ça ne change rien.
Lelouch, Piaf, Mado, Moïse, Maurice, Roger, Jeannette, Edith, et l'autre naze avec son chapeau de brousse kaki sur la tête, là qui bêtifiait et répandait son fiel sur le sable de Villers au pied des falaises des Vaches Noires, c'est quand même l'humanité rassemblée.
Claude Lelouch il ne parle que de cela, de l'humanité, dans ses films.
Je l'en remercie encore, ici.
J'espère que ces quelques lignes lui parviendront, en signe de reconnaissance pour ce qu'il "est" au monde.

Roger Dautais
Les Falaises des Vaches Noires

LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS



à Joseph Elouk,
ce poker d'as...


Trèfle...

J'ai connu des hivers de paroles
gelées
et la mare aussi, avec ses grenouilles mortes.



Carreau...


Enfants cachés de Dréfféac,
petits frères et soeurs de guerre
pour vous, ni étoile ni camp, seulement, l'abandon.


Coeur...


Les moulins de Bilet prédisaient
un avenir
délirant, comme ils avaient raison.


Pique...


Je n'aimais pas le dire, ce mot
l'écrire, m'était pénible
je le crie derrière elle, disparue.


Joke...


Pas de tombe, non, des coquelicots
rouge sang
et le chant d'une alouette comme une couronne.


Roger Dautais
"Souvenirs paysans de ma petite enfance..."



La vie n'est pas une roulette de casino, même si parfois elle en prend l' apparence. Certaines rencontres sont décisives pour l'avancée, d'autres, inutiles. Trop de loups dans la bergerie et la bête immonde rôde toujours. La poésie est vigilance, le chant, divin aux athées, la route à tout le monde. Mais la Chaconne d'Auschwitz;... et pourquoi, pourquoi les enfants. J'ai du mal à regarder certaines fumées blanches s'élever dans le ciel. Les nuages ont une mémoire et pleurent sur les terres brûlées. Frères nous entrerons dans la fournaise, ensemble, unis par un même instinct de vie. Il faut chanter si l'on peut et pleurer et rire et jouer. Il faut des enfants pour la ronde, un peu d'espoir, malgré tout et une étoile pour nous guider.
Je ne peux répondre autrement à ceux qui soulignent mon égarement. Je marche dans le juste chemin.


Oui, je sais, sur les photos, ce n'est pas du land art, mais la vie, pas seulement, non plus. J'ai réalisé ces petites installations avec les éléments d'une mallette de jeux trouvée sur le bord d'une route, en Normandie, pendant l'été 2008. J'ai trouvé cette rencontre, intéressante et elle venait compléter un travail réalisé avec des sphères de plastique servant de réverbères dans ma ville. J'ai nommé tout ce travail : occurrences.
J' ai choisi de le montrer,en cette nuit du 5 au 6 octobre, pour accompagner ces deux textes qui parlent de jeu, de l'enfance juive cachée, de drame, de la jeunesse fauchée en pleine fleur de l'âge et partis en fumée dans les camps. Je ne sais pas s'il y a une bonne façon d'évoquer ce drame.
C'est la mienne, pardonnez du peu.

Roger Dautais
LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS


à celle que j'aime,
Marie-Claude...



Je veux mourir
engrossé de vous
Femmes infidèles.

Je suis de la
même race.

Chien enragé.

Non accouché par vous
de mes pauvres mots.

Allons,
La partie n'est pas finie.
Rions ensemble.


Roger Dautais
nuit du 3 au 4Octobre 2009 en Normandie



Pour Sylvie, Lilia, Emmanuelle, Mérany, Jocelyne,
en reconnaissance et par amitié, aussi,
ce très beau poème :


Personne ne dit mot de l'immense. Cet espace sans arrêt. Ou alors de l'humour, de l'emphase endormissante. Un se verse un verre de vin. L'autre prend à bras-le-corps le corps de l'un. Certains dansent sur la braise. Et les danses Plinn couvrent la lande. Les créatures conçoivent des miniatures pour consolider l'habitat. Le ciel ne nous tombe plus sur la tête. Les petits dieux sont dans les livres d'histoire et font rire les habitants de la contrée voisine. Et l'espace toujours là. L'infini aux placards sans fond fait de nous des cruches d'eau et de sang. exposées à la devanture d'une terre orpheline.

Joël Bastard.
Beule


Vous m'avez oublié...Continuez, je suis constitué de cet oubli. Il ny a rien à expliquer. Il fallait être en Bretagne, à Lanleff, cet été. Nous y étions. Les danseurs du cercle Angéla Duval de Paimpol enchainaient Plinn,jabadao et dérobée de Guingamp. Ils nous ont invité. La-bas nous ne sommes pas des horsains. Tandis qu'ici, même les portes palières se ferment. La vie est riche, malgré tout, de rencontres humaines, je les cite ci dessus.

Roger Dautais

pour LE CHEMIN DES GRANDS JARDINS

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.