La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 3 novembre 2014

La dérive des sacrifiés :  pour Mémoire du silence
Cairn de  l'embarquement : pour Rick Forrestal
Loup solitaire : pour Danièle Duteil
Brightness : à Guy Allix
Cairn de  l'absence : à Marie-Josée Christien
Le conte en marche des  pierres noires : pour Hélène Phung
La parole donnée :  pour Thibault Germain
L'attente  :  pour Erin
Les  mémoires de Toussaint : pour Epamin'
D'une vie  à  l'autre :  à Paul Quéré
Gnomon du Golfe : pour  Marie
La jonction : pour Joelma.
L'éternel signal  : pour Nathanaëlle
Les demoiselles des Sept Îles : pour Camino Roque
La rencontre : pour Anne-Marie Santiago
Sérénité  :  pour Ariane, Cléa et Emmanuelle


A Marie-Claude...



Lampedusa

J'ai repéré une très grosse pierre qui ne devrait pas tarder  à être cernée  par la marée montante. Dans deux heures, ce sera fait.. Je suis arrivé sur la plage par l'Est. L'océan est gris, l'estran sans un  être humain, le soleil,pâle au travers des nuages.
 Avant  même de commencer  mon installation, je les vois, ces êtres abandonnés de tous, transits de froid dans leurs longs manteaux de nuit. Ils guettent, sans trop d'espoir,  l'origine du monde. Il viendra de  l'Est, le cercle  d'or, mais  il sera trop  pâle pour les réchauffer. Ils ne le verront pas, le soleil espéré, ces  hommes, femmes, enfants,  pétris de brumes qui s'accrochent  à leurs lambeaux de rêves. Les enfants comprennent cette chose : exister ne sera que  provisoire sur ce cailloux. Le silence des adultes les envahit. La mer  bat le rocher. Ils deviennent des souvenirs.
J'ai passé  beaucoup de temps à rassembler les pierres nécessaires  à réaliser cette scène. Je vais les chercher  loin. Je les mets en place, elles tombent, comme des dominos. Je recommence. Le vent ne m'aide  pas. Il est important,  pour moi, de délivrer ce message  à  l'océan,  pour conjurer ces cris de  haine : jetez-les  à la mer. 
L'homme invente, sans cesse,  l'inimaginable, encore  une fois et sacrifie  une partie de  l'humanité. Lorsque je quitte la plage, le gros rocher est entièrement couvert par la mer.

Présences...

Ce n'est pas facile d'appartenir  à la foule des anonymes et c'est pourtant là que tout se révèle. A force d'approcher  l'évidence d'une disparition certaine,  à force de me tenir en  marge du bruit des foules, j'ai retrouvé cette  liberté de  mon enfance rebelle.
Si je capte une belle  lumière, je la partage avec le paysage,  ou, avec l'oiseau de passage. J'aime voir au-delà de ce ce que ma vue  propose. Sans émotions, pas de basculement, pas de passage de la ligne, pas d’éblouissements ni de frissons  possibles.
Les présences ne peuvent s'expliquer ni se fabriquer. Elles sont la preuve du lâcher-prise, de la vraie connexion avec les forces vives de la nature. Aucune  pierre n'est muette, chaque conteur le sait. Parfois, se tiennent-elles dans la retenue, mais c'est tout.Chaque  pierre reçoit, contient et transmet sa part d'univers à qui sait l'approcher,  l'écouter. Ainsi, l'outre monde  peut-il être contacté de cette façon et de  mille autres encore.

Lac

Si  j'ai pris le temps de descendre jusqu'au lac asséché, c'est que ce voyage  a son  importance. Le dessous des choses  parle, l'épaisseur des mots, comme le dessous du niveau de l'eau où je vais installer plusieurs cairns.C'est le royaume de la mort annoncée, mais c'est aussi une chance de prendre place dans cette  immense plaine éphémère. J'y élève trois cairns  : Celui de l'absence, celui du signal et celui du conte en marche des pierres noires.

Presqu'Île de Locoal-Mendon

Un fort vent de 70km heure est annoncé. Il est bien là. Je m'engouffre dans le chemin de Cadoudal et décide de traverser la presqu'île de part en  part. Je remonte le cours de  l'histoire et passe de la légende  à la réalité. Lorsque j'arrive  à découvert sur la ria, le vent me fouette le visage. Je veux  pourtant élever un très grand cairn dans cet endroit magnifique et sauvage. Je transporte de très grosses  pierres  pour en assurer la base et monte l'ensemble  jusqu'à 1;90 mètre. Ce cairn à fière allure et je peux continuer ma route. Il  portera le nom de cairn de l’embarquement.


Roger Dautais



Chambre de
combustion
solaire
                        musique
fission

Le hasard y fait
feu de toutes ses flûtes
La nécessité
bois de toutes ses cordes

Poursuite
musicale
érubescente
d’un vivant probable
Strette
d’une fugue de l’amorphe
Avant l’oreille
Avant l’œil

Avant le point
d’eutexie
de tous les sens

Ou bien encore
noctiluque ovni
au space opéra
des sphères
sonate de l’être
humain

Diastole et systole
du porphyre
au sein de la terre
Extase matérielle

Dans l’aube
cramoisie
le brasillement solaire
tango

Paul Quéré

 ***

LES FOUS





Les fous s’en vont par deux sur la route des songes
Sans regret de la nuit qui bat leurs mains de pauvre
Ils ne sont ni surpris ni las d’être chassés
Tant leur visage est pur et leurs pas insouciants

Ils ont fui la grand ville aux faces redoutables
Aux cheveux arrachés par les mains des trottoirs
Trop de voix les frôlaient et trop d’yeux sans savoir
Où toucher de la vie le cœur ou la cadence

Si vous voyez passer deux de ces gens du rêve
Et le sang barbouillé de joies qu’on ne sait pas
Ne les arrêtez pas car un fou qui s’éveille
C’est un espoir qui meurt.

André Daviaud * 


 *http://andredaviaud.free.fr/

lundi 20 octobre 2014

The last leaf : pour Alain Jégou
Song in the stump : Pour Isabella Kramer
Les cardinales : pour Lula Pélieu
Le guetteur de marée :  pour  Paul Quéré
La transmission  :  pour André Laude
Les demoiselles du Tombolo : pour Ana Minguez Cortella
Perles d'Automne  :  pour Marie-Claude
La tentation du vide  : pour Isabelle Jacoby
Fortuna : Pour Uuna
L'avant dire : pour Joëlle Mandard
L'alerte  :  pour Hélène Phung
Les  oubliés de Lampedusa : Pour Guy Allix *




Leur tour de vers les rend étrangers au monde qui les entoure.De quoi peuvent-ils alors écrire ?
Marie-Josée-Christien *


 Piège
Oh ! cette douceur d'automne, comme elle cache des drames, comme elle endort les consciences. Ce n'est pas le jour de s'étendre dans  l'humus et de rejoindre ceux qui  nous  ont précédés. Plus que jamais, les temps sont  à  la vigilance,  à la veille.

Le passage des Bernaches
 J'ai vu  mes premières Bernaches, sur les falaise de Ty Bihan. Huit, en vol, si proches de la côte que je distinguais leurs yeux. Elles volaient d'ouest en Est, remontant le temps. J'aimais les imaginer en provenance de Russie, du lac Baïkal,  peut-être. Elles m'auront vu, si  près d'elles. Un  immense bonheur cette rencontre. Je les attendais sans savoir si je serai là pour les revoir. Dans une année comme cette dernière, que d'occasions de raccrocher. Elles sont repassée,  une demi-heure  plus tard, dans l'autre sens,  pour aller se  poser  à la pointe de Ty Bihan. J'en ai oublié mes cairns tant la vie de ces  oies m'apportait du plaisir. Elles  sont mises  à nager, très paisiblement avant de reprendre  leur envol vers Locmariaquer.

Mémoires de  pierres
Dans les  pierriers,  l'humidité rend le sol humide et chaque pierre est un piège. J'assure chacun de mes pas,  à la recherche des plus belles  pierres pour continuer  mon histoire. Elles deviennent mes mots. Lampedusa n'est pas près d'arrêter. Je me sers de ces  pierres  pour parler de  l'exil, de ces trafics d'être  humains, des noyades, de l'enfance  brisée par cette vie  imposée. Oui, je suis d'accord, c'est beau l’automne avec ses forêts  multicolores mais ça ne doit pas faire paravent.

Viet-Nam
En prenant de l'altitude dans les falaises, je rencontre une sorte de  bonzaï naturel qui  m'évoque aussitôt les contes enchantés d'Hélène Phung. Je redescend vers le  pierrier et je remonte cinq belle  pierres que je coifferai de têtes avant d'offrir aux  lieux cette halte de voyageurs. Ce bonheur de créer efface ma fatigue,car elle est intense après quelques heures passées  à charrier des  pierres dans ce  lieu, très beau mais dangereux et hostile.

Norge
Vendredi d'octobre, entre deux jours de  pluies continues. J'ouvre ma fenêtre et  l'enjambe, direction  plein Nord.Ma réserve de baies rouges est conséquente mais  il  me manque des hampes de fougères. Qu'elles soient vertes ou d'un brun-orangé, je les trouve, belle. Je connais un chemin qui fera l'affaire.Après ce qui est tombé cette nuit, les terres sont détrempées. Je peux arracher mes fougères  à main nue, sans me lacérer les doigts. Sous un chêne, je fais une réserve de cupules. Après un court voyage d'une demi-heure,j'arrive au  lieu-dit Le champ des martyrs de Brec'h..
 Visite au bois sur le flanc droit du mausolée,  puis tour de la grande prairie. Très peu de  monde aujourd'hui.Je m'arrête sur le  mur d'enceinte. J'aimerais réaliser  un mandala pour Uuna la Finnoise. Les tiges de fougères en constituent la base. Je fait  l'inventaire de  mon  trésor: cupules, graines d'églantier, de rosa rugosa, de choisia ternata, de ruscus. Tout cela est bien coloré. Le centre du mandala est le début d'un rêve qui  me conduira dans le grand nord. Je progresse dans l'installation en  m'éloignant du centre. Le travail, est long,  minutieux, hypnotique. Le vent est  présent. Il  n'a pas d'emprise sur  mon travail. Le voyage est  long mais  j'y arrive. Uuna nous attend, elle est heureuse que le voyage se soit pasé sans encombres. L'existence de ce  mandala, est comme  un bonheur éphémère. Je pense  à la phrase du  poète Norge : " Tout ce qui existe un  instant existe pour toujours ".
Nous entrons  ici dans l'histoire de  l'humanité. C'est drôle et étonnant  à la fois.

Roger Dautais



Les jours firent de toi  ma teinture

 jours firent
de toi
ma teinture où
j’épuisais le monde
lunes mouillées avaient
la rondeur
des sommeils
je comptais les passages
pour que reviennent
la vigne     le bleu
des univers
dessinais
votre cœur.
Des fenêtres qui
bourdonnent
refont la durée.
C’est toujours
vous     une jupe caresse
votre
mélancolie
je vous jette
sommeils laissés
au vent    vos formules
me creusaient et ne sais
qui
à nouveau
m’appelle.

Esther Tellermann *, Afin qu'advienne
* http://fr.wikipedia.org/wiki/Esther_Tellermann
* http://guyallixpoesie.canalblog.com/
* http://mariejoseechristien.monsite-orange.fr/

samedi 4 octobre 2014

Les demoiselles de Carnac  :  pour Maïté (Aliénor)
La passe de  l'Ange  : pour Anne Lemaître
Le rescapé de Piriac : pour Bob Bushell
Guetteur d'estran : pour Tilia
Les  guingois de Brec'h : pour Christian Cottard

Visions et rituel d'automne : pour Danièle Duteil
Loc'h, rive gauche :  pour Pastelle
Les rencontres de Brec'h : pour Elfi


Passerelle  pour le temps:  pour Patrick Lucas
Le grand lever :  pour Hélène Phung
Le chant des saisons  :  pour Marty
Les âmes au fond du lac :  pour Norma
L'espace-temps :  pour Rossichska
Passe Sud :  pour Uuna Syrjäsuo
Identité : pour Marie-Josée Christien





Aux passantes du Chemin des Grands Jardins


Au fond du lac, bordé de chênes, asséché  pour cause de travaux, ce  long cordon  noir qui borde la rive par endroits, me fait penser  à de la laisse de mer. Des milliers de cupules,  ont mariné, passé leur vie sous les eaux et gardé une trace de leur vie au grand air. J'en ramasse quelques-une qui me serviront pour les installations.Le temps s'écoule doucement.

 Je pense  à cette personne qui m'a dit: j'ai fait la Chine en dix jours. Comme elle a du souffrir ! Je suis beaucoup plus lent,  puisque je vais mettre  plusieurs jours  pour faire le tour du lac de Brec'h. Il est vrai en prenant mon temps. Depuis notre arrivée,  il y a dix-huit mois, je l'ai connu, très calme, agité, bouleversé par les inondations, accueillant de  magnifiques couchers de soleil d'hiver, brumeux, froid, animé par la présence de  pêcheurs, désert. Mais, en cela,  il ressemble au reste de la nature, en perpétuel,  mouvement, en changement, en mutation. Il faut être aveugle  pour ne pas avoir remarqué toutes ces variations qui rendent ce  lieu attrayant.
Cette étape de ma vie me fait interroger  l'univers au travers de ce  lac. C'est vrai, j'ai peu l'occasion de rencontrer des êtres humains capables de s’arrêter dans leur course, d'écouter, de partager. Tout le  monde  ou  presque, court, s'agite, se connecte, passe  à côté de la nature. Je ne condamne pas ces gens pressés, je constate qu'ils sont prisonniers du système.
Les pierres noires du fond du lac asséché ont entrepris  une reptation nocturne vers ce grand serpent d'eau qui subsiste en son centre. J'en rassemble quelques-unes. Elles sont  lourdes, sèches, ayant perdu toute leur eau. Elles sont parlantes et je capte beaucoup de leur énergie par les mains. La réponse de l'univers semble m'arriver par  là. J'élève un premier cairn. J'ai réussi  à m'exprimer, parler sans ouvrir la bouche, le jour  où j'ai compris le formidable langage des pierres. Leur énergie transcende ma pensée.
Être au monde devrait  éveiller en nous ce sentiment de surprise permanente face  à la nature.
Être suspendu entre naissance et  mort dans une tension  permanente, devrait nous éveiller à cette fragrance de la vie, cette vibration vitale et non nous endormir dans le vacarme de la vie imposée. Évoquer souvent  l'éphémère en oubliant qu'il est  au cœur de ma propre condition  humaine, sans l'avoir compris, serait une imposture.
Alors, tant pis, je n'aurai pas " fait la Chine en dix  jours" mais j'aurais appris à vivre en bonne entente avec  un  lac, qui  probablement, ne m'avais pas attendu pour faire sa vie.

Pendant cette dernière quinzaine, je me suis beaucoup déplacé dans la région et beaucoup marché, accusant une perte de créativité due probablement au moral. J'ai donc ainsi,  pu observer la nature, la mer, les  oiseaux de  mer qui sur cette côte Bretonne sont très nombreux. Se pose la question d'arrêter  ou pas,le land art, dans ces pannes créatives où je ne veux pas forcer ma pratique. Et  puis l'envie de créer est revenue, doucement, le plaisir aussi, de toucher la  pierre, la terre, le sable, l'eau, d'y sentir le temps les posséder. 
La conscience d'exister se cultive et peut se trouver aussi dans ce plaisir  à  manger quelques quartiers d'orange, assis dans les pierriers de Carnac, face  à  l'Atlantique, après une dure séance de land art. La conscience d'exister était en ce dernier jour de  l'été, de penser  à celle que  j'aime et de constater, une fois de  plus, que le bonheur sépare autant qu'il rapproche.

Circulaire et furtif, le jour répète sa leçon. Hier, maintenant, demain. Tout est appris,tout est contenu dans l'instant et cependant le vide s'élargit qui  parle d'abandon.

Roger Dautais




La  lumière pèse à  peine
ma patience du jour
accompagne  l'accomplissement
des saisons

Chaque  mot levé en  moi
peu  à peu.
m'unit
au froissement de  l'invisible


***

Le ciel
embarque un écho
de la terre

le  monde qui circule en  moi
se nomme avec la nuit

il  y brume
par envoûtement.

Marie-Josée Christien *

Ces deux  poèmes sont extraits de
Temps morts
Editions Sauvages 2014

* http://mariejoseechristien.monsite-orange.fr/
Gisante, l'ombre d'où tu viens
révèle le paysage comme quand on s'éveille.
Cette nuit, chaque étoile eut une tige
enfoncée dans le cœur de chacun
comme pour y puiser sa lumière
et la laisser retomber jusqu'à nous
qui ne savions la saisir.
Mais toi, tu vins et toute la nuit glissa de ta robe
puis ta robe de tes épaules.
Qui es-tu, maintenant si proche,
quand nous qui croyons être éveillés
ne sommes qu'appuyés à la fenêtre aveuglante
mais toujours fermée d'un songe qui te désire. - See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/jean-fran%C3%A7ois-math%C3%A9-la-vie-atteinte/gwen-garnier-duguy#sthash.1BlX8BEY.dpuf
Gisante, l'ombre d'où tu viens
révèle le paysage comme quand on s'éveille.
Cette nuit, chaque étoile eut une tige
enfoncée dans le cœur de chacun
comme pour y puiser sa lumière
et la laisser retomber jusqu'à nous
qui ne savions la saisir.
Mais toi, tu vins et toute la nuit glissa de ta robe
puis ta robe de tes épaules.
Qui es-tu, maintenant si proche,
quand nous qui croyons être éveillés
ne sommes qu'appuyés à la fenêtre aveuglante
mais toujours fermée d'un songe qui te désire. - See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/jean-fran%C3%A7ois-math%C3%A9-la-vie-atteinte/gwen-garnier-duguy#sthash.1BlX8BEY.dpuf

mercredi 17 septembre 2014

La vague : pour Olivier Mélisse
Bienvenue sur l'autre rive  : Pour Jacques Manceau
Occurrences Celtes :  Pour Laodina Le Gal
Passion rouge : pour Marie-Claude
Boîte  à  mémoires des perdus  : pour Joëlle Mandard
Sangs mêlés de Kernours : Pour Danièle Duteil
Terre d'exil : aux enfants du  monde
Les trois sœurs : pour les sœurs Gwernig
Le secret des  pierres : pour Youenn Gwernig
Scarface : pour Erin
Pierre d'offrande  : à Paul Quéré.
La question: Pour Louis Bertholom.
La réponse du Loc'h: à Marie-Josée Christien
Les  demoiselles d'Omphalos : pour l'inconnu péri en  mer.
Offrande au soleil levant : Pour Rick Forrestal


A Jacques Manceau.


A  l'heure  même  où j'écris ces lignes, ils mettent  un  homme en terre,  loin d'ici. Le passage d'une rive  à l'autre,  il l'a payé, cash, cher. Il était  mon cousin Jacques.
 Pour toi, Jacques, cette dernière spirale du Vieux-Passage, en terre Bretonne. Tu le sais, maintenant, toutes les terres ne font qu'une et chacun selon ses croyance  y trouve la paix, dit-on . Qu'il en soit ainsi  pour toi.

On ne peut quand  même pas imaginer la vie sans la mort. A chaque disparition, je monte en  première  ligne. Je ne l'oublie jamais. Ce qui a changé depuis que nous sommes en Bretagne ? Nous y avons vécu 17  mois. Dix sept de  moins à vivre sur  mon  propre compte.

  Ty Bihan

Le  monde  est beau, sans doute. Il est cruel, aussi. Combien d'exilés envoyés par le fond ces  jours-ci en Méditerranée et  à qui  profite le crime ?
  Je suis sur les roches de Ty Bihan, en ce  lieu difficile d'accès, aux  pierres  lisses, glissantes,  lourdes. Je m'y rends parce que  l'endroit est beau, calme. J'ai des choses  à dire à proclamer devant  l'océan. Pierre après  pierres, je compose le  poème du jour, puis  un autre, et un autre, jusqu'à épuisement. Ils valent bien cela ces enfants du  monde, sacrifiés sur le chemin de  l'exil. Qu'on arrête de  me parler de mes petits  bonhommes rigolo. Je préfère que vous passiez sans rien dire. Cela me convient  mieux.

Île de Berder

Ce qu'ils appellent vagabondage et qu'ils  punissent, n'est qu'un reste de  liberté première d'aller et venir dans la nature, avant qu'elle ne tombe aux mains des  propriétaires. A  moins qu'ils ne soient contraints et enfermés dans des cages,les oiseaux ne se soumettent qu'aux  lois de la nature, ignorant, limites de  propriétés et frontières. J'aimerais revenir sur terre sous la forme d'un  oiseau.
Les demoiselles de Berder ont pris leur envol  pour  l'Omphalos, entre les carcasses du cimetière marin de l’Île de Berder. J'ai expliqué au  photographe  présent qu'il s'agissait  pour  moi, de rendre hommage au marin  pêcheur, tombé la veille d'un caseyeur et disparu en mer, au large de Belle Île. Il a compris  mon geste, ajoutant, n'en parlez pas  à mon groupe d'amis,  ils ne comprennent pas ces choses  là.

Côte sud de la Bretagne.

Elle m'attend  à la maison, souffrante. Je pense aux longs  mois passés dans cet état. Je l'aime. Je rapproche deux  pierres sur  l'estran, je les lie d'un coton rouge et termine le tableau en posant  une tête sur chaque corps. L'Atlantique  monte. Bientôt ils seront recouverts et ne restera plus que  l'immensité marine et son  horizon.
 Au bout du paysage, existe-t-il plus beau que ton  regard.
 Elle accompagne chacun de  mes pas. Je grimpe sur la falaise. Je reprends le chemin de ronde. Je vais la rejoindre.

S'alléger si  l'on veut vivre. Le trop, parfois, c'est le contraire de la vie.

Mémoires

Pour ne pas perdre  pied, ce Dimanche, j'ai décidé de faire le tour de  mon village, dans le sens  inverse des aiguilles d'une  montre. Brec'h. Ville étape. Pont Romain, sur une pierre de remarque, déjà rencontrée, je réalise autour de pièces métalliques trouvées près d'une machine agricole abandonnée, trois  installations. Je questionne le  lieu et totémise la  pierre de remarque. La réponse ne tarde  pas. Le magnétisme des cours d'eau et de cette voie Romaine,  m'inspire. Trois noms, Bertholom, Christien, Quéré me sont servis par ma mémoire.Ils sont présents, ici.
Je reprends la route. Seconde étape: même ville, Champ des Martyrs. Après une  longue cueillette, je réalise  un boîte  à  mémoires. Chaque  végétal, chaque  matériau a sa  mémoire, éphémère. Le tout assemblé doit raconter, chanter une histoire. Ensuite, je peux partir.

Terrasse de Saint Goustant

Un  petit groupe d'étudiants parle de Hannah Arendt et moi, je lis "La terre  à personne" d'André Daviaud. Pas de rapport direct entre les deux auteurs, sinon, la littérature. Ici, ma solitude se contente d'une tasse de café noir, sans sucre et de quelques pages de  lecture à la terrasse de l'Armorique.
L'été est fini.


Roger Dautais
Pluneret, le17 Septembre 2017


.../
Tout se justifie
en cette  vieille contrée
qui se donne à l'océan
comme  une nymphomane
affamée de sel et d'iode.

" Mes chaussures crissent
un papier froissé
sur les gravillons  blancs
qui  mènent à ta dernière demeure. "

Kermabec terraqué.
effrayé,  presque, habité  pourtant,
 village-passage vers les nuages
et les gerbes de  l'océan
qui s'impatiente.../

Louis Bertholom
 Bréviaire de sel
Editions Sauvages 2013





Bretagne. Ici on ne pense pas, on chante, on danse la pensée. On ne pèse pas les mots, les arguments, on les laisse s’accorder à une mélodie, une musique interne suscitée par le lieu, l’élément, pluie et vent. Le corps la joue, comme les branches de l’arbre, la voile du bateau, le conduit de la cheminée, le rocher battu de la vague. L’âme caisse de résonance ?

Nous nous en remettons à ce chant intérieur, d’ailleurs moins personnel que création commune. Secret de notre silence sauvage.

Il neige. Poésie en hibernation dans le sein chaleureux de la terre qui l’écoute, la sent, lui parle : comme la mère à l’enfant qu’elle porte.

Le silence est une œuvre au noir.

Autre temps, autres lieux, le Bouddha, Lao Tseu et le Bodhidharma, invitaient, eux aussi, à danser la pensée…

Secrète nature, muette nature, le chant intérieur n’est pas personnel. Il est bien commun, viole de Bretagne, violon bigouden !

Etre en harmonie avec l’espace vécu comme une célébration : nous nous sentons, ici, plus près d’un Orient même extrême, que d’un Occident bavard, raisonneur, ratiocineur, dont nous ne pouvons saisir les paroles tant leur flot nous submerge, nous étouffe, nous noie…



 Paul Quéré *

*  http://www.cyclopaedia.fr/wiki/Paul-Quere


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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.