La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

lundi 19 avril 2010




To the sea
...




La terre...on entendait sa respiration ondulante frôler les herbus qui s'accrochaient sur le haut des falaises. La laitance des vagues engrossait les sables mouillés et déposait une bordure de dentelles le long du trait de côte. Le froissement singulier des ailes de vieux cormorans perchés sur une patte, insensibles à la beauté du site, annonçait un coup de vent. Flatteur de houles assassines, il guetterait les vagues nuées des profondeurs sous les masses noires de nuages suspendus et annoncerait l'ouverture du bal. Tout se mettrait à danser et l'on verrait aux terrasses des restaurants de la jetée, s'envoler nappes et couverts dans un bruit de verre cassé.
La terre...de sa respiration ondulante rappellerait à tous, qu'elle seule savait combien de temps durerait cette fête surprenante pour que les hommes oublient un instant leurs rêves de puissance et de gloire.
Entre temps, pieds nus, j'aurai gravé dans le sable, une éphémère et large spirale dont les vingt quatre tours sur elle même rappelleraient la durée exacte d'une journée , avant de l'offrir à la mer.



Roger Dautais

" To the sea"
Land art en Normandie. Août 2006




Plus légère de mots



et la vague

qui se dissipe

en tout ensablement


qui se divulgue

en oubli

sur un ensemble de lèvres


la vague celle

qui distribue le secret

d'une mort confuse.



Mohamed Dib ( Algérie)

"O Vive"

samedi 17 avril 2010




Cairn à la pierre rouge...




Mardi 13 avril 2010, hier j'étais sur une plage de la côte de nacre et j'ai tellement subit le vent du nord qu'aujourd'hui, la météo étant semblable, je décide de travailler à l'intérieur des terres. L'été dernier, passant par là, je remarque que l'un de mes cairns en place depuis quelques années s'était écroulé. Je décide d'aller voir ça de plus près. Je quitte la ville et m'enfonce dans la campagne, traversant des hectares et des hectares de terres labourées qui seront couvertes de blé, d'orge de maïs et même de lin. Je laisse sur la droite, la départementale et continue à pied sur un chemin de terre battue. J'approche de mon ancienne installation réalisée dans un pâturage clos de barbelés sur trois de ses côtés et adossé à une sorte de falaise en pente au pied de laquelle on a déchargé depuis bien des années, terres de déblais et pierres. C'est sur l'une de ces buttes que j'avais élevé mon premier cairn, d'environ 1,20 m. de haut. Il s'est en effet écroulé, mais d'après les traces " on a du lui donner un coup de main. J'ai la surprise de trouver une seconde décharge de pierres sur la seconde butte, avec cette foi, l'espoir de pouvoir en remonter un plus grand. Je choisis mon endroit et commence par tracer un cercle ( il fait 4,60 mètres de circonférence) qui va me servir de base. Les plus grosses pierres font plus de 25 kilos et je les soulève, d'abord à hauteur des genoux puis je les cale sur mon ventre avant de les transporter jusqu'à leur place. C'est une vraie gymnastique en terrain instable, en pente, glissant, où le corps est mis à très rude épreuve. Ainsi toutes les pierres les plus lourdes seront placées dans la partie basse, pour terminer au sommet avec de la plaquette. calcaire . Sa forme ronde m'oblige tout naturellement à tourner autour pour l'élever afin de vérifier à l' œil si les aplombs sont bons et s'il n'a pas de faiblesses qui lui seraient fatales. Il faut être attentif à tout bruit de tassement ou de glissement qui annonce l'écroulement et prêt à faire un bon en arrière pour ne rester dessous. Lorsque je suis, par exemple à genoux au pied d'un tel cairn et que je regarde au sommet, je me sens si vulnérable, si petit, si léger, que chaque geste est fait sans brusquerie, tout en douceur. Ayant atteint la hauteur de 1.50m je pose une pierre rouge en son milieu. Elle sera témoin de mon intention du moment et lui donnera son nom. Je termine le cairn de la pierre rouge, et en fin d'après-midi, il atteindra ses 2.10mètres avec un poids évalué à 4,5 tonnes. Je quitte la butte et l'observe de loin. Il est bien planté sur le haut de la butte de terre, et sa silhouette est assez majestueuse dans ce pâturage. Je prends quelques photos et je quitte les lieux, satisfait et fatigué.


Roger Dautais








Valore

Valeur,


J'attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige , à la fraise, la mouche.
J'attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
J'attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui s'est épargné, à deux vieux qui s'aiment.
J'attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui, aujourd'hui vaut encore peu de choses.
J'attache de la valeur à toutes les blessures.
J'attache de la valeur à économiser l'eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s'asseoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi. J'attache de la valeur à savoir où se trouve le nord de la pièce,
quel est le nom du vent en train de sècher la lessive.
J'attache de la valeur au voyage du vagabond, à la clôture de la moniale, à la patience du condamné quelle que soit sa faute.
J'attache de la valeur à l'usage du verbe aimer et à l'hypothèse qu'il existe un créateur.
Bien de ces valeurs j, je ne les ai pas connues.


Erri de Luca ( Italie-2002)

mercredi 14 avril 2010




Au Vent du Nord...



Lundi 12 avril 2010, le vents du nord souffle et balaie la Normandie depuis deux jours.La température est de 6 degrés et je prends la direction des plages de la Côte de Nacre. J'abrite ma voiture derrière une dune plantée d'oyats . Je me dirige vers la plage. Arrivé au sommet de cette dune, le vent me gifle le visage et le bruit de la mer, pourtant éloignée et basse, me parvient comme un grondement. Elle est blanche de vagues. Je commence ma marche verts le nord est. La configuration des plages a été complètement bouleversée par les dernières tempêtes et les forts coefficients de marée. Il n'y a plus aucune pierre apparente ,ici. Tout a été ensablé. Je me demande ce que je vais pouvoir réaliser par ce sale temps et m'apprête, une fois de plus, à marcher dans le vent sans autre but, tout en profitant du spectacle de cette mer démontée.
Je franchis un premier épi rocheux, dont le but est de stabiliser le sable, puis un second derrière lequel je trouve "une réserve de pierres" que le vent n'a pas encore terminé d'ensabler. Au premier coup d'œil, j'évalue "la cueillette possible" et j'envisage de monter, ici, un petit cairn, en le situant tout en haut de la plage. Je commence à ramasser des pierres. Ce sont des plaquettes calcaires qui vont me permettre, vu leur forme, de monter le cairn de façon assez régulière. La " réserve" étant éparpillée, cela m'oblige à de nombreux va et vient pour le transport et malgré sa relative "petitesse", un mètre de haut, cela représente quelques centaines de kilos. Bien sûr rien à voir avec le cairn que j'élèverai le lendemain en campagne, où cette fois, le poids s'évaluera et tonnes. Une fois le travail terminé, je décide de dédier ce cairn au vent du Nord, qui m'accompagne dans cette installation. Je prends quelques photos et je m'éloigne. Je le regarde une dernière fois du haut de la dune aux oyats. Il est minuscule dans cette immensité et pourtant ce cairn dégage une certaine fierté d'être dans ce vent terrible. A l'heure où j'écris, il aura probablement été abattu à la marée haute qui le recouvrira. Sans vagues, il pourrait être recouvert et perdurer, avec les vagues de ce jour là, aucune chance, ses pierres seront éparpillées, roulées et déplacées au gré de la mer et c'est ce qui me plait dans cet art éphémère appelé le land art.


Roger Dautais





La Terre défaille entre les bras de mer bientôt improbables. Un enfant cherche un paysage ancien sous des galets froids, un enfant cherche un enfant.


Ce ne sont pas des perspectives de la Lune et de Mars si près qui nous éblouissent, mais la fragilité d'une heure sous un arbre dont nous recueillons la mémoire comme une pièce à conviction pour notre descendance qu'avec désarroi nous voyons poser le pied dans le vide.

La route désormais n'a d'issue que d'aller vers toi, ô Espérance.

Julie Stanton ( Québec)

mardi 13 avril 2010






La beauté est une manière de résister au monde,
de tenir devant lui et d'opposer à sa fureur une patience active
.

Christian Bobin






Voila des semaines que je suis pas allé travailler dans un marais et je profite de cette période relativement sèche pour miser sur l'assèchement partiel de celui-ci. La route qui mène au lieu choisi est en terre battue et n'est guère empruntée que par des engins agricoles ou des randonneurs. Quatre vingt hectares de terres à blé, en trois parcelles...autant dire que je ne suis pas gêné par les haies, depuis longtemps arasées par le remembrement. Une fois le point haut franchis, la route serpente jusqu'au au fond de la vallée. Je la quitte pour une marche de quelques centaines de mètres dans un champ où le blé atteint déjà cinq bons centimètres. J'entre dans le bois après avoir franchis une barrière d'orties, jeunes et drues, très urticantes à cette époque. Je suis dans le marais. Le sol est encore spongieux et il faut faire attention aux trous d'eau. Mon objectif est d'atteindre la rivière qui coule à deux cent mètres de là.
Une sorte de renoncules sauvages jonche le sous bois. Je vais m'en servir pour réaliser deux installations, dont l'une dans un trou d'eau s'étant formé au pied d'une souche d'arbre abattu par une tempête. Le fond de cette mare est vaseux. Je ne peux y pénétrer pour déposer les fleurs. Je les installe depuis le bord puis continue en les disposant une à une avec une branche de coudrier, ce qui me prend du temps.
Je reprends ma progression vers la rivière parmi des souches d'iris d'eau qui seront en fleurs, au début de l'été. Je choisis un endroit couvert d'herbes flottantes pour installer une spirale puis je retourne à la cueillette. Les berges de la rivière étant très instables et boueuses, je suis obligé d'installer de grosses branches d'arbre mort dans le fond de l'eau pour accéder à l'endroit choisi.
Autant les plages sont des espaces infinis et ouverts, autant ce marais est clos. Je n'y viendrai pas tous les jours. Il est pourtant intéressant pour sa rivière et pour la lumière qui perce à travers les arbres. De nombreux arbres ont aussi été abattus par les tempêtes sans être débités et enlevés, donnant à la mousse un territoire à conquérir où je peux également trouver source d'inspiration.
Une fois mon travail terminé dans la rivière, je vais, sur le chemin du retour, exécuter deux autres petites installations que je montrerai une autre fois.

Roger Dautais







Que dis-je ?
Nous sommes eau !
Et me voici gisant à même les eaux,
petite flaque avec un grain.
Un bout de sueur
m'empêchant de voir, d'écouter, de surmonter
ces mots à la blessure
des rues sombres.

Je tangue avec les guérisseurs
des ombres.
L'oiseau bleu arrive,
plie bagages, les siens, les miens,
et me remet sa faux.


Dorra Chamman (Tunisie)

vendredi 9 avril 2010





à mon père...



Lorsque je franchis l'éperon rocheux qui sépare la grande plage du canal maritime d'accès au port, la mer est déjà la et elle commence à monter sur l'étroite bande de sable sur laquelle, malgré tout, je vais tracer une spirale. Je sais qu'elle sera petite, mais je tente le coup car le glacis est parfait pour ce genre d'exercice. Effectivement, la mer est plus rapide que moi et je dois m'arrêter au 17 ème tour. Bien joué, pour elle. Je m'installe avec mon appareil photo et vais réaliser une cinquantaine de clichés pendant cette montée des eaux. La mer est calme, les vagues petites et régulières. Je vois passer, un petit bateau de pêche, le bateau-pilote du port, un remorqueur, le ferry, un voilier, un autre remorqueur, un chalutier. A chaque passage, la régularité des vagues est brisée mais en quelques minutes, la mer reprend la maîtrise et nous renvoie une série de petites vagues bien ourlées qui vont doucement recouvrir ma spirale.
J'ai pensé, en présentant cs photos que le spectacle se déroulerait à l'envers et qu'un voile d'écume se retirerai doucement jusqu'à donner naissance à la spirale. Ce n'est qu'un rêve de voir à nouveau ce qui a disparu à tout jamais.

Roger Dautais




Vous serez fugitifs

Le chemin de l'incertitude
varie comme nos vies
vagabondes, et nous dépouille
de nos victoires de sable:
butin sans poids,
éparpillé.





Mesure du monde

Que ta raison droite, sa
divine géométrie
ignorent l'obscur, le sinueux

Mais sous ta peau, dans l'univers
et partout s'entrelacent à jamais
viscères vivantes et
anarchie

Sylviane Dupuis (Suisse)

mercredi 7 avril 2010






Trèfle, carreau, cœur, pique...





Un petit vent du nord bien établi, m'oblige à remonter tout en haut de l'estran pour trouver refuge près des falaises. Je commence à monter des équilibres de pierres et le vent les fait frémir, parfois, tomber. C'est un vrai jeu entre lui et moi, un jeu de patience, aussi pour ramasser les pierres après les avoir choisies, une à une. Et les voici qui montent, une à une et terminent comme un carré d'as, trèfle, carreau, cœur, pique. Rien ne va plus, faites vos jeux, c'est le vent qui distribue. Nous sommes au printemps, il faut le savoir car il fait tellement froid que je suis habillé comme en hiver. Un vrai temps à remuer des pierres ou mon enfance n'est jamais loin et les souvenirs très présents des années passées au bord de la mer, entre le plaisir et la mélancolie.

Roger Dautais






Sardaigne

C'est le silence éternel
d'une terre défaite.
Ici on enchaîne au passé
et à ses propres limites.
Ici rien n'arrive.
Personne ne te regarde dans les yeux
et l'air ne change pas de couleurs...
Un ciel humide empesté de moustiques.
Ce sont des hommes
vieux dans l'âme
qui se laissent mourir
sans murmurer
sans un soupir.

Susanne Lucheri(Italie)

dimanche 4 avril 2010



à l'oiseau de mes rêves...



Un rêve, ce peut être d'avoir vu le reflet d'un oiseau dans l'eau, d'être allé le chercher sans le trouver. Le rêve, ce jour là, consista simplement à rejoindre le marais où la scène s'était déroulée puis à bâtir un nid . J'y suis allé. J'ai coupé quelques brassées de de roseaux et je leur ai donné la forme d'un nid. Puis je suis parti vers les buissons de buddleïa qui ornent la rive gauche du fleuve.
J'ai cueilli ces fleurs mauves dont je pensais, que vues du ciel, elles plairaient à cet oiseau. Je suis redescendu dans l'eau du marais, jusqu'à la taille puis j'ai assemblé les roseaux secs en leur donnant une forme de nid et j'ai déposé les fleurs de Buddléïa, au centre. Quand le vent s'est levé, j'ai amarré le nid à une grosse pierre posée au fond de l'eau. J'ai repris la route avant le retour de l'oiseau, mais je sais qu'il est revenu. Je l'ai revu dans mes rêves;


Roger Dautais







La nature
ainsi s'ébruite

s'exprime en une métaphore
de la fonction.

La femme fait cuire le dernier vendredi
de chaque mois

dans un seau émaillé
des livres de toutes sortes
mélangés à de la farine

qu'elle mange
au bord de la rivière.






Frères
du vent

parlent aux chevaux.

Les esprits
les histoires
accueillent l'enfant.

C'est le merle
qui siffle
dans les marécages.


Jean Daive

Aux éternels voyageurs.




La solidarité des pierres...

Il y a déjà quelques années, j'avais écrit une histoire de pierres, bien malheureuses dans leur pays et qui, par le hasard des rencontres avaient fait la connaissance d'un groupe d'autruches les ayant tirées d'affaire. Drôle d'histoire puisqu'un jour ces autruches en vinrent à leur tour à connaitre les mêmes difficultés. Je vous ai toujours dit que les pierres avaient une mémoire qui remonte à la fin des temps ! C'est ce qui arriva. La mémoire se mit en route et nos pierres tracèrent le chemin capable d'emmener nos autruches vers un pays plus clément, pour y reconstruire une vie meilleure. Il me restait, après tout cela à traduire cette histoire " en grandeur nature et c'est ce que je réalisais en quelques six semaines de résidence dans le parc d'un château normand qui m'invita pour ce travail. Le projet fut bouclé dans les temps malgré une tempête qui détruisit a peu près tout, une première fois. Au grand nombre de personnes qui se déplaça pour venir voir mon travail, je peux dire que ce fut une réussite. Pourtant, je n'ai jamais recommencé cette expérience du conte illustré en "in situ", gardant simplement en mémoire, un temps privilégié de création, un partage avec le public et en même temps l'envie de revenir au land art plus abstrait comme je le pratique maintenant.


Roger Dautais







Pell, Pell… pell, pell e karfen mont
lec’h n’eus trouz na safar
ul lec’hig sioul e traon ar stêr
e frond ar foenn hag ar vent gouez
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz.
Pell, pell e karfen mont
dieub ha dibreder
o nijal ‘vel ur valafenn
e douster avelig an hañv
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz.
Pell, pell e karfen mont
eurus ha disammet
d’en em gavout gant ma zud kozh
e lec’hiou diharz o ene
pell, pell e karfen mont
da vro ma yaouankiz.

Far, Far...

Far, far i’d like to go
where there’s no noise nor din
a quiet place down the river
in the smell of hay and wild mint
far, far I’d like to go
to the days of my youth.

Far, far I’d like to go
with no worries and free
just flying as a butterfly
in the milky air of summer
far, far I’d like to go
to the days of my youth.

Far, far I’d like to go
yet blissfully relieved
to meet again with my old folks
in places where they free to go
to the days of my youth..

Youen Gwernig


vendredi 2 avril 2010


à mon père...

Un jour à Ouistreham, en Normandie
...*





Embellir
ce qui est donné

offert
par la nature...

un lieu fait
de quatre cloisons et d'un toit,

Avec porte et
fenêtres.

Comment embellir
l'éternité ?

Par quoi
commencer ?

" il faut que
quelqu'un
meure."

Jean Daive




Est-ce
un si long voyage

après avoir dit
A

de décliner
tout l'alphabet

jusqu'à
Z.


Jean Daive



Création land art et photos Roger Dautais.

jeudi 1 avril 2010




Quittons la mer un instant...



La ville se défaisait d'un éclairage dépassé et non performant. Ces globes faisaient partie de mon environnement depuis tant d'années que je trouvais dommage de les voir démontés et emportés par un camion benne vers une destruction certaine. J'ai retrouvé le nom de l'entreprise chargée de ce travail et négocié l'abandon de sphères dont j'ai remplis ma voiture et une remorque. Je les ai gardées quelques semaine pendant lesquelles j'ai réalisé des installations éphémères, en milieu urbain et la campagne, sous les yeux étonnés des passants.
Sur ces photos, elles sont installées sur un rond-point choisi pour sa verdure et sa lumière que j'ai pensé mettre en valeur avec ces sphères opales. Je n'utilise que très rarement des accessoires et ceci est une dérogation aux règles du land art. Simple jeu qui ne dura qu'un été.


Roger Dautais





Tu refermes la fenêtre, refermes le monde
qui chaque fois dénoue l'histoire
-sauve l'enfant, sauve la maison de l'enfant-
comme sur les écrans minuscules
des bandes dessinées, jusqu'aux versions latines
et Raine, Barnes, Bishop
tant que tu tiens
des mots entre tes mains
le jardin où ce soir, comme tous les autres soirs
tu t'exposes au passage du vent
raconte vraiment ce qu'est la vie.


Hélène Dorion
"Ravir:Les lieux"

mercredi 31 mars 2010



To the sea...*


Juste avant le retour de la mer, à l'heure où les ombres s'allongent, je prends le temps de tracer une autre spirale. Travail mille fois répété en des lieux si différents, avec des lumières toujours surprenantes pour le plus grand plaisir de le réaliser comme un hymne à la vie.



Roger Dautais



Ombre des jours à venir.

Demain
On me vêtira de cendres à l'aube,
on m'emplira la bouche de fleurs.
J'apprendrai à dormir
dans la mémoire d'un mur,
dans la respiration
d'un animal qui rêve.


De l'autre côté

Années et minutes font l'amour
Masques verts sous la pluie.
Église aux vitraux obscènes.
Trace bleue sur le mur.
Je ne connais pas.
Ne reconnais pas.
Obscur Silence.


Alejandra Pizarnik Argentine. 1936/1972



* Cette spirale mesure dans les 45 m de circonférence. Temps d'exécution 1 heure 15. Je l'ai réalisée sur une plage normande.

lundi 29 mars 2010



Morgan's cairn N°III, élevé pour elle sur la Côte de Nacre, en Normandie, donné à voir a quelques randonneurs et offert à la mer.
Ce cairn à résisté pendant une semaine à quelques marées avant d'être abattu par la deuxième tempête subie. Quelques années après , cette plage s'est ensablée et toutes les pierres du cairn sont enfouies. Reste la mémoire...

Roger Dautais





Les yeux
parlent ou juste
yeux qui s'ouvrent
rejettent le surplus
yeux
non mots
yeux
non promesses
je travaille avec mes yeux
à construire
à réparer
à reconstruire
quelque chose de semblable à un regard humain
à un poème d'homme
à un chant lointain de la forêt.


Alejandra Pizarnik 1936/1972 Argentine

samedi 27 mars 2010





Aux oiseaux de mer.
..


Nous sommes loin de l'été et je ne sais plus dire s'il reviendra...Sans doute, mais plus comme avant. Je parcourais pour la centième fois le chemin qui devait me conduire aux plages de l'estuaire. La mer montait déjà, qui allait dévier mon chemin si je tardais trop. Pourtant, comment résister à élever quelques pierres, sorte de guetteurs anonymes et éphémères qu'elle se chargerait de mettre à bas dans une heure ou deux. Je suis arrivé jusqu'à la plage et, une fois de plus, j'ai admiré ce paysage que l'on contemple là-bas, avec à gauche l'estuaire
"remué "par un fort courant et la mer grignotant chaque mètre de la plage. Ici, pas de foule, pas de nageurs, les courants sont trop dangereux et sur cette plage déserte, on trouve parfois quelques bois flottés ou autres objets intéressants. Mais là, je n'avais rien trouvé. Je me décidais à rentrer en longeant le trait de côte puis en empruntant la rive gauche de l'estuaire lorsque mon regard fut attiré par une masse noire déposée sur le sable. Lorsque je me suis approché cette forme m'a tout de suite fait penser à ces oiseaux pêcheurs, au plumage noir, qui font sécher leurs ailes en les ouvrant largement au soleil., les cormorans J'avais en poche quelques petites baies rouges que j'ai très vite installées devant lui, comme s'il en devenait le gardien provisoire. J'ai pris une photo et j'ai laissé l'oiseau imaginaire à sa toute nouvelle mission. Nul doute qu'il se sera envolé depuis longtemps.




Roger Dautais

" Le chemin des grands jardins "






Mages elles ignorent la déroute
de dieu et du diable
et qui officie le mensonge
quels filtres proposeront-elles
aux humiliés et aux stigmatisés
de l'histoire
elles qui mélangent les cartes
te font plus de sept nœuds
en lisant dans tes peurs et tes désirs
dans ton espoir et ta cupidité
et se payent de ta poche
le paradis terrestre
leur bonne étoile
et ta grande Fortune.



Myriam Montoya

"Traces"

vendredi 26 mars 2010



Échanges
...



Durant une marche d'approche qui doit me conduire vers des petits marais qui sont devenus accessibles depuis la" décrue, mon regard est arrêté par un arbre, encore enraciné, mais en train de mourir. Le tronc est fendu sur au moins trois mètres et il est de plus , envahi de ronces et de lierre. Un tas de pierres a été constitué au pied de ce même tronc. J'y vois, un échange possible, une complémentarité entre le minéral et le végétal dont la fin inéluctable le transformera en humus, voisin des pierres. Je commence par dégager l'arbre de toutes les ronces, puis je vais " remplir", panser, peut-être, cette grande cicatrice avec ces pierres blanches, en travaillant le mouvement de la base pour lui donner une idée d'ascension. Cela me demande beaucoup de temps mais je m'y tiens car le résultat devrait être intéressant. Une fois terminé, je prends quelques photos et reprends la marche vers les marais sans savoir, si, en route, mon imagination ne sera pas encore une fois sollicitée.


Roger Dautais






Land Art


Il arrive que des lumières
éclairent notre part d'ombre
et nous voici
réconciliée avec le monde...
Hors cadre, la vie
nous attend, nous échappe
à chaque tournant...
Qu'une page blanche survienne dans notre nuit
et le vacarme
des incertitudes
recommence,
incessant...
Il questionne l'inconscient, la lumière propose,
l'objectif, fixe, écarte, élude...
Restent les mémoires
à oublier.
Ainsi va la vie.


Roger Dautais


jeudi 25 mars 2010







à tous ceux qui regardent la mer se retirer en silence, avec le secret espoir de la voir revenir, ici...





Comment deviner ce que je vais faire sur cette plage, pourtant connue, avant de l'avoir vue, le jour même. Ici, c'est le domaine maritime, c'est la mer qui commande et me fournira de quoi travailler ou non. Il y a 48 heures, à peine, j'y étais, à pied d' œuvre, avec une météo, acceptable, mais un ciel plombé, donc une lumière moyenne. La mer avait commencé à descendre, mais par ces faibles coefficients de marée, elle n'avait guère bougé, en deux heures et
ma réserve naturelle de pierres mouillées, était encore largement sous l'eau. Je me suis donc mis à la recherche de celles pouvant être levées sur place et des autres, à déplacer pour les présenter dans un ensemble " de guetteurs de marée" tournés vers le large. Je sais bien que de lever les pierres et de les habiller d'une tête leur donne un tout autre aspect, une autre signification, une sorte de vie nouvelle et éphémère. Je le vois bien quand passent les quelques rares marcheurs qui tournent la tête, regardent, photographient parfois avant de reprendre la route. Il est facile d'imaginer quelques dialogues entre cs personnages et aussi facile de se poser la question : de quoi parlent-t-ils ? Ici, j'ai une pensée pour les Guetteurs de Véronique Brill, qui travaille souvent dans les environs de Marseille(mais pas que là...Allez voir son site)
En remontant vers le haut de la plage, je remarque un mouvement de pierres qui part de l'estran et semble pénétrer dans une anfractuosité de la falaise. Je m'approche. Ici, les pierres sont énormes pour la plupart et intransportables pour un homme seul. Cet amas naturel a donc été réalisé par un mouvement de mer et très certainement, des hommes s'en sont servis comme d'un abri naturel pour essayer d'y allumer un feu. Après avoir fait disparaître les traces de leur feu, je me mets à l'œuvre.
Je remarque rapidement que ce mouvement naturel peut- être "remodelé", sculpté, en y apportant quelque modifications et des pierres plus petites. Le sol est vraiment instable. Chaque pas demande un effort pour garder son équilibre, et avec les bras charges parfois d'une lourde pierre, cela demande beaucoup de temps et d'attention. J'accentue le mouvement tournant de la forme, la courbe première, j'élargis la base et allonge l'extrémité qui rentre dans la falaise. Je dessine une arête, avec des petites pierres, sur le haut de la courbe, afin que la lumière souligne au mieux, le mouvement. Personne ne pourrait dire s'il s'agit " "d'une livraison de pierres" sortie du ventre de la Terre-Mère, où d'un retour des pierres vers leur lieu d'origine. Tout ce que je constate, c'est que le mouvement est puissant et met bien en valeur ces pierres blanches que la marée reprendra très prochainement pour les redistribuer sur la plage, à sa façon, sans tenir vraiment compte de ce travail éphémère dont la première qualité, est justement, qu'il le soit.


Roger Dautais





SARDAIGNE


C'est le silence éternel
d'une terre défaite.
Ici on s'enchaîne au passé
et à ses propres limites. Ici rien n'arrive.
Personne ne te regarde dans les yeux
et l'air ne change pas de couleur...
Un ciel humide empesté de moustiques.
Ce sont des hommes
vieux dans l'âme
qui se laissent mourir
sans murmure
sans un soupir.


Susanna Licheri( Italie)

mardi 23 mars 2010



Premier jour de printemps, suite...




Le sol s'échappe sous mes pas. Les pierres sont glissantes, a peine stabilisées par une mince couche d'argile. L'horizon bascule et je m'enfonce dans la carrière. Même les bruits sont atténués dans cet immense cratère. Je vais marcher à la rencontre de cette nature minérale qui va bientôt mettre à ma disposition, des tonnes de pierres à regarder choisir, assembler, élever en équilibre. Rituel et gestes familiers pour marquer mon passage, honorer la nature, baliser ma route. Je continue à descendre et l'horizon se trouve maintenant bien au-dessus de moi, me donnant la sensation d'être enterré vivant. Les pluies des dernières semaines ont créé des réserves d'eau. Je peux voir, dans la glaise, de très belles empreintes de sanglier et de chevreuil, venus s'y abreuver, probablement à l'aube. Avec quelques petits rapaces dans le ciel, c'est peu près les seules traces de vie animale.
Je me lance dans la construction d'une " échelle des jours" à sept niveaux, sur un monticule de pierres et j'ai bien du mal à la réaliser tant le sol est instable. Plus loin, je m'exerce au" balancing rock", cette fois en trouvant le point d'équilibre, assez facilement, le seul problème à surmonter, étant le poids des pierres. Il est temps de partir et je commence ma remontée vers la surface où je vais retrouver un peu de végétation et sortir de cet espace un peu trop silencieux et pesant.


Roger Dautais







Incantation

Ouvre à l'Ombre de l'Homme
Ouvre, ouvre à mon double
Ouvre à l'Ombre de l'Homme
Qui va vers l'Inconnu
Laissant seul dans le Somme
Le corps inerte et nu.

Ouvre à l'Ombre de l'Homme
Ouvre, ouvre à mon double...

Ouvre, ouvre à mon double
Les sentiers broussailleux,
Le jour chemins roubles,
La nuit si lumineux.

Ouvre à l'Ombre de l'Homme
Ouvre, ouvre à mon double...

Mon double viendra dire
Tout ce qu'il aura vu
Aux portes de l'Empire
D'où les morts sont venus.
Ouvre à l'Ombre de l'Homme
Ouvre, ouvre à mon double.


Birago Diop,

Poète Sénégalais 1906-1989.

dimanche 21 mars 2010


à mes deux frères, Jean Pierre et Jacques...



C'est le premier jour du printemps. La météo annonce pluie et vent, avec des rafales de 70 km heure. Il ne pleut pas mais le vent est bien présent et assez fort. Inutile de songer aux petites installations végétales, elles seraient balayées avant d'être terminées. Je décide de me rendre à proximité d'une carrière où je sais trouver des pierres. Je marche à travers champs, suivant les lisières car les terres labourées rendent la progression pénible. Un énorme remblai de 200 mètres barre ma route. Il est constitué de terre et de plaquettes calcaires. Il domine le champ d'au moins trois bons mètres. Je l'escalade. Ce remblai doit être assez récent et le sol est mal stabilisé. Il glisse sous le pied. J'arrive au sommet et découvre que l'autre côté domine un second champ d'au moins six mètres. Malgré le manque de stabilité du sol, je décide d'y élever un cairn. Nul doute, que perché sur la cime, il aura fière allure. Je vais être obligé de l'élever sur une base relativement modeste, car le sommet du remblai ne permet pas autre chose. Je sais également qu'il risque à tout moment de s'écrouler, dès que son poids pèsera sur cette terre instable.
En une demi heure, j'ai épuisé toutes les pierres qui sont à ma portée. Pour les autres, et il en faudra beaucoup, je vais devoir aller les chercher dans les deux pentes, sans tomber. Un vrai sport.
Sur ma droite, un anneau de terre battue sert de piste d'entrainement pour trotteurs, comme on trouve dans la campagne normande. Je vais d'ailleurs bientôt voir passer un magnifique cheval de course attelé à un sulky et son jockey, intrigué par ma construction, ralentit l'allure pour regarder et me saluer d'un signe de la main qui se veut amical. A quelques exceptions près, j'ai toujours de bons contacts avec les gens du pays, lorsque je pratique le land art sur leurs terres.
Le cairn s'élève maintenant à 1,70 mètre lorsqu'une pierre s'en échappe et roule à six mètres en contre bas. C'est un signal. Le sol a bougé et je dois attendre quelques instants pour connaitre la suite de l'évolution,. Restera-t-il debout ou bien va-t-il s'écrouler, ce qui rendrait toute reconstruction impossible étant donné l'état du terrain. Le cairn se tasse, se penche légèrement et s'assoit sur sa base. Je vais devoir maintenant terminer et donner une forme de dôme au sommet. Chaque déplacement est calculé pour ne pas ébranler l'édifice par des vibrations provoquées au remblai qui entraineraient ce cairn à sa fin. Il faut le regarder avec respect. C'est le moment le plus délicat, chaque pierre ajoutée pouvant être fatale. Je tiens, simplement à terminer, à m'éloigner un peu, le photographier, et avec un peu de chance, reprendre ma marche sans qu'il ne s'écroule.
Malgré le vent, le mauvais temps, le sol instable et la difficulté à le réaliser, ce cairn décide de rester debout, pour mon plus grand plaisir. Je reprends ma marche vers la carrière où je vais continuer à vivre cette première journée de printemps en compagnie des pierres. Éphémère...éphémère quand tu nous tiens.


Roger Dautais





L'arrêt du vent


Le vent emporte nos malfaisances,
il fait tourbillonner au-dessus de nous
nos ruses idiotes
puis les laisse tomber à terre
où elles fleurissent.
Le vent rassemble les petites paroles
- allons venez par ici-
quand elles sont humides
et les dépose en haut des arbres accueillants,
puis les répand à terre,
souvenirs desséchés de rien.
Le vent emporte les feuilles déchirées
d'une courte histoire
et, comme elles s'envolent, la page d'une vie
devient lisible, à lire le jour
où tombera le vent
comme une conclusion indubitable.

Katerina Anghelaki-Rooke

" Des îles et des muses"

samedi 20 mars 2010





Les toutes petites limites...



J'ai repris cette très belle expression de Manue pour titrer ce dernier travail d'hiver. Et quel hiver pour moi! Je suis parti hier, sur le terrain, dans l'intention de trouver un lieu, une idée, une inspiration qui pourrait illustrer cette dernière journée, calme et grise. Pas question de faire du beau, du sensationnel, du joli. Non, simplement comprendre un lieu, un instant de vie, une absence et vivre avec tout ça. Ce sont les pierres qui une fois de plus m'ont attirées. Un magnétisme inévitable, une compagnie, rugueuses mais aimable, un " lieu" à elles toutes seules, capable de contenir toute mon émotion. Travaux qui poursuivent une envie d'avancer encore un peu, travaux qui me poussent à expérimenter ma propre vie dans ce chemin artistique sans balisage, respiration de l'imaginaire qui retrouve souffle et mémoire au travers quelques pierres assemblées, avec le même questionnement et le même plaisir qu'au Maroc, en Tunisie ou au Portugal. Travaux qui me montrent "les toutes petites limites" de mon être, a approcher à comprendre, à tenter de dépasser pour que la vie ne s'arrête pas là.



Roger Dautais





à celle que j'aime et accompagne dans la vie...





Tu aimes la lumière
l'obscurité je la hais
donc quand l'amour
nous a saisi
ni ombre ni peur
n'ont duré.
Main dans la main nous allons
bonjour soleil
bonne nuit lune
accolade fraternelle aux humains
ceux aux yeux bleus
car souviens-toi: tous maintenant
ont les yeux bleus
puisque souvent
iles regardent la mer.

Deni Koulentianos
"Des iles et des muses"

jeudi 18 mars 2010






L'autre monde est bien présent, encore faut-il s'arrêter un instant, se pencher sur lui et attendre la réponse.

Roger Dautais







Ce n'est rien. Je note. Le froid gante ma plume.

Eau glaciale des hauteurs toutes proches
sur le visage et le sentiment immédiat d'être un autre que soi.

Floraison, quelque part, disproportionnée.
La saison casse.




***





N'expliquons rien. Concevons tout. Les avenues
de l'impossible sont sans direction.

Les mots sont encore dans leur bogue. Ici et là
on les extirpe à grand coup de bâton.

Le non que l'on oppose au monde cogne à la vitre
d'un autre monde. Nos refus se répercutent,
les mondes--eux--s'amplifient.


Philippe Denis

"Notes lentes".

mercredi 17 mars 2010



Cénotaphe...



Je marche sur cette immense plaine qui surplombe la ville et je retrouve dans mes souvenirs cette grande usine métallurgique, autrefois installée ici, et rasée brutalement par ce que l'on appelle la conjoncture ! Quelques entreprises ont poussé ça et là et " le plateau" comme on l'appelle ici, est toujours en chantier. D'énormes décaissements de terre ont fait apparaître des pierres et c'est justement ce que je cherche. Je trouve un tas de pierres, mêlée de terre, mais dont je peux approcher aisément.
Il me suffira de les déplacer de quelques mètres vers la gauche pour y trouver un terrain stable et suffisamment plat pour y élever un cairn. Je dispose de deux heures et cela me suffira pour atteindre mon objectif. La base du cairn est tracée avec de grosses pierres et il ne me reste plus qu'à élever l'édifice. Je choisis les pierres une par une, suivant leur forme, leur poids car une seule erreur et le cairn peut s'écrouler. Elles sonnent entre elles, "chantent" dans cet espace vide, s'assemblent, se prêtent, se tournent, comme si elle voulaient m'aider. à 1.40 mètre du sol, c'est l'incident, une grosse pierre s'échappe du cairn, glisse et tombe à terre en entrainant quelques unes avec elle. Le cairn entier bouge, se tasse, s'assoit et décide de rester debout. Je vais tenter et réussir une "réparation" qui va tenir jusqu'au bout. Une fois achevé, il mesure 160 cm, ce qui est relativement petit mais bien proportionné à la taille de la base et surtout à ma réserve de pierres.
Je prends quelques photos. et je m'éloigne. Ce cairn s'inscrit bien dans ce paysage en chantier, non loin du tas de pierre qui lui a donné naissance. Cénotaphe pour une pensée à celui qui vient de me quitter.



Roger Dautais





Patience à l'aulne des veilles serait justification
d'un délai si nos pieds avaient fait
provision de vertiges.

Cette trop humaine science des virgules.


Saurai-je, aujourd'hui, vanter la saveur d'une
poignée
de terre contre les mérites d'un doute ?


Philippe Denis
Notes lentes.

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.