La vie, comme elle va

"S'il suffisait de lire comme dans une bulle de cristal, alors, ce serait, facile.Mais il faut vite déchanter, prendre la route, sac au dos et marcher, toujours marcher pour oublier ce que l'on a déjà fait, ce que l'on va faire. Il faut attendre que la nature nous prenne et nous ouvre sa voie. C'est une progression incessante, pour de si petites choses".
Roger Dautais . Septembre 2009

Un voyage étonnant au cœur du land Art

mercredi 22 août 2012

Trace sur le bitume


A Raymond, où que tu sois...

Cairn de la fontaine Ty Moon.







                                                    





Spirale rive droite

Exil (suite)
Exil (suite)
Cairn Lola
Rapprochement
Carré d'automne
Gisant orienté
Simple trace d'une vie, la mienne

Cairn de la carrière rouge
Toxique
Un jour en Décembre( suite)

















     aux  poètes ...

                                   

Quand même à force  il faudra bien

combien de temps combien de pages

il se fit un silence

 qu'elle soit aumône du temps

Mais pourtant la rivière belle

A la commissure du monde

 Une fois de plus.

 

Pierre Maubé 


 

Les soirs étaient toujours semblables,
la bière avait le goût de la mélancolie.
Un pianiste jouait un jazz vanille brume,
un chat occasionnel me racontait
à voix basse des histoires de famille.

Il faisait chaud dans ce café du Nord,
je regardais brûler dans la cheminée noire
ma jeunesse parmi des bûches écroulées.
Je souriais, j'étais très triste,
les yeux noyés dans les reflets des braises
ou la fumée de la salle voûtée,

les bras abandonnés sur le bois noir d'une table de rencontre,
le corps à la dérive,
l'esprit perdu dans des accords mineurs,
j'étais triste et je ne t'avais pas
encore
rencontrée.


                               Pierre Maubé.

  (poème extrait du Calendrier de la poésie francophone 2010, 

 quelques renseignements :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Maub%C3%A9


Ailleurs encore
à quêter
au labyrinthe hétéroclite
du cœur
ce qui ne peut ne saurait
s'y trouver

Ailleurs
au centre
sa haute chambre de hiéroglyphes
maison hantée

saugrenu paroxysme
lui
zénith et cœur
si cher payé
l'éclair scandaleux
du poème

Je te cherche

et c'est
invitée chez moi
sous un toit de ciel
se tenant là debout
ici et maintenant
cette agonie foudroyée
en robe blanche et rouge


Martine Morillon-Carreau

Poésie l'éclair l'éternité. - éditions Sac à mots, 2012.

Martine Morillon-Carreau
Née en 1948. Parmi ses autres recueils : Dire (Le Petit Véhicule, 1998) ; Midis sans ombre (Librairie-Galerie Racine, 2002) ; Le jardin du porte-plume (Sac à mots, 2005) ; Mais c'est ailleurs toujours (Sac à mots, 2008) ; De l'autre côté ce miroir (Sac à mots, 2005).




mercredi 15 août 2012

A Marie-Claude
Au  pied des confessionnaux de la côte de Nacre
Le commencement
Sweet home
Spirale positive

Trait d'union
Balancement vert
Fracture sociale
Pell Well
Amicalement vôtre



Alliance

Pierre de remarque


Pour Tillia,
Yanis, Marty, Leeloo, Tsuki, Brigitte et les autres...
sur le chemin des grands jardins

La grille est ouverte aux quatre vents. Je les pressens sous les arbres. J'entre par là avec de vagues souvenirs d'y être déjà venu.Le ciel est bas, trop bas  pour le mois d'août. Je suis voûté par l'âge. Je courbe le dos, encore plus en ces lieux. A gauche se trouve l'allée périphérique aux gravillons roses. Je passe par  là, longeant les " propriétés privées", surtout privées de visites.Tout c'est écroulé, rouillé, avec des dalles couvertes de mousses, parfois éventrées. On dirait qu'ils n'ont jamais existé, ces habitants du sous-sol. Sur ma droite,  un  petit bois dont les arbres ont traversé les ans et les pierres tombales avec une liberté que je leur envie.Plus une colonne de granit,  ou presque n'est debout.. Je suis passé par là  pour mieux ressentir cet oubli, l'absence de mémoire envers ces disparus et constater qu'aucune trace ne raconte de visite récente.. Dans certaines traditions,  on apprend à déposer de la nourriture sur les tombes pour honorer la mémoire des disparus..J'ai quelques oranges dans mon sac  à dos. Je les dépose sur une tombe anonyme et continue mon chemin.Elle serviront pour tous les autres.Devant moi, je découvre une autre allée aux gravillons rouges. Je l'emprunte et passe par là  pour découvrir l'autre partie de cet étrange enclos des oubliés. De hauts murs le séparent du cœur de la ville. Quelque bancs rappellent que ce lieu accueillent aussi des vivants parmi les morts et que ce sont souvent des vieux qui recherchent ici, un  peu de fraîcheur et  de repos, avant qu'il ne devienne éternel.
Devant moi, la grille d'entrée, seul échappatoire vers la vie. Je pense aux miens qui se sont rassemblés  à Lorient  pour les grandes fêtes Celtiques et qui dansent plein de vie dans les rues de la ville. J'abandonne  l'ombre mélancolique pour des rêves de rencontre avec les vivants.
Le chemin des grands jardins reste  à parcourir,  pour  moi, jusqu'au bout malgré tout, jusqu'aux adieux.

Roger Dautais

                              
J'ai découvert la poésie de Marilyse Leroux grâce  à  mon ami Guy Alix qui la présente dans son anthologie subjective et  c'est avec plaisir que je vous présente l'un de ces textes.


   A Martine Caijo
 
Il fait bon vivre
à l’ombre des jardins
dans le parler des feuilles

et la douceur retrouvée

On pense
à des soleils très purs
capables de nous emporter
au-delà de la haie
parmi les fleurs sauvages
qui n’ont pas de nom

Mais on reste là

à l’abri de son arbre
comme un coquillage
enfoui dans sa terre

Et soudain
une envolée plus claire
nous ouvre le paysage
qu’on attendait.

Marilyse Leroux

 Le fil des jours – Marilyse Leroux – Editions Donner à voir - collection “voix singulières”

mercredi 8 août 2012


Petit bassin du  parc

Occurrences rouges
Rencontre au marais
Elle s'appelait Maud
Sur les pas des sidérurgistes

Cairn  à marée montante

Vies parallelles

Flottaison d'Août
Banc de solitude

Quiétude
Au cœur de la ville

Fracture sociale

Diagonale d'août   

à Patrick Lucas, cette page d'été*

Qui  me rappellera mieux l'enfance que les griffures de ronces et mes genoux écorchés que l'eau froide d'un ruisseau, bienvenue sur mes plaies. J'ai sans doute gardé un pied dans mon enfance mais l'écuelle avec ses deux oreilles où je buvais du lait chaud est bel et bien bien cassée. Belle et bien éteinte la voix de la mer en écume de Saint-Malo du côté du Grand Bé. Il est revenu le temps de la disette et des faux souvenirs d'été en soleil. Il faut laper le sol aride et sec comme un chien abandonné et trouver  un abri avant le prochain orage. L'enfance était ainsi qui annonçait déjà la vieillesse en solitude. Je prends malgré tout la route, tous les jours et cherche l'inspiration dans une marche sans cesse renouvelée et pénible maintenant. Inventer ma vie et vouloir l'embellir par cette pratique du land art, sans doute déjà démodée. Je sens le temps passer et ces dernières années peser  plus lourd sur mes épaules. Le risque est réel, maintenant de m'aventurer seul dans des lieux reculés et incertains, tels que ces grandes carrières désaffectées où j'aimais travailler avec des pierres.Mes installations sont plus petites,  plus modestes, faisant plus appel  à la couleur qu'au volume proprement dit. Je suis, dans cette dimension,  plus proche de mon enfance et cela me plait aussi, mais constater ce qui est perdu en résistance physique n'est jamais bien agréable. Je m'étais dit vouloir continuer le plus longtemps possible cette expérience de land art et je n'imaginais pas cet accident cardiaque. Je continue donc  cette aventure qui  m'appartient de mener  jusqu'au bout, je veux parler de ma vie.

Roger Dautais



*Patrick Lucas, voyageur impénitent,

 membre du club du Grillon.
 à retrouver d'urgence sur son blog :
 onmylucasroads.blogspot.fr/

LE SOURIRE DES ROIS


Le vert de gris se propage
Entre les ongles
Il est temps de douleur
Temps d’ensemencer
Un nouveau jardin




À la lisière des yeux
Il est difficile de se prononcer
Car le temps y bascule
Et la peur assouvit sa faim




Libération au miroir
Les visages s’accouplent en silence
Fera-t-il temps de moisson ?
S’engrangent les mots sous la couette




Le sourire des rois
Accompagne l’infante
Auprès du bois une halte
Des chiens la gardent




Pousser sur le ventre pour en extraire
Liseron et chardon bleu
Expectorer du ciel
Le retrouver entre des mains de partage




Se tenir droit
N’offre aucune garantie
Les nuages
Poursuivent leur course
Les jardins s’éveillent



[…]



Emmanuelle Le Cam,

 Le sourire des rois (extrait) in Les Nus, Éditions Rhubarbe, Auxerre, 2011,
 











mercredi 1 août 2012

éclosion

serpent de friche urbaine

Cairn rive droite

retour  à  l'arbre-mère

sur le chemin

quinte

équilibre

Cairn de l'estuaire
flottaison d'août
Pour Edith et Sarah

l'année famine
spirale positive
Triangles d'or


Les évidences ne sont que pour vous, je cherche mon chemin tous les jours
avant que le rideau ne tombe...


« Chercheur d'ailleurs, coureur d'estran, marcheur impénitent, fabricant d'étoiles, monteur de cairns, tisserand d'instants précieux, ravaudeur de rayon de soleil, dompteur d'écume, tourneur de spirales, voyageur né, , ami des fleuves et des rivières, passant des déserts, enchanteur de coudrier, découvreur d'onde pure, rêveur à la belle étoile, ami d'Orion et d'Horus, artisan des matins glacés, il me semble, de plus en plus, ne pas connaitre grand chose dans ce lien qui me rattache à la nature. La poésie de ma démarche est sans doute dans ce questionnement, cette partie de mon enfance, si présente, qui me fait, chaque jour, plus étonné du jour qui se lève. Je pense avoir besoin de cette naïveté pour être en mesure de jouer encore ma vie dans ces installations. Ceci ne veut pas dire que je vois la vie, naïvement, non, bien au contraire, mais j'espère de transformer cette crainte de l'avenir que l'on nous propose, et prépare en instants "vivables", autrement. Il est vrai que j'y arrive assez facilement, avec cette capacité d'oubli qui est la mienne, au moment de la création, non pas que je sois dans un état second, mais simplement, occupé et croyant au travail que je fais, sans d'ailleurs essayer de lui donner une valeur de qualité, une note. Nul besoin de cultiver ce détachement , il est naturel et je pense, inspiré par la finitude de l'homme.Les photos, lorsque j'en prends, me permettent souvent de découvrir plus justement ce que j'ai réalisé »...
 
Roger Dautais
Extraits de la Mémoire amnésique.


Rites

              à Colomba                                          
Qu’il fasse clair
Ou qu’il fasse nuit
Sur les prairies,
Un jour il faudra
Prendre avec les mains
De l’eau d’un fossé.
Pour qu’en tombe une goutte
Au hasard du vent,
Sur un mur perdu
Entre bois et prés.
Parce que c’est la pierre,
Parce que c’est l’eau,
Parce que c’est nous.
Guillevic ("Terraqué" - Gallimard, 1945)

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Landartiste, photographe, auteur de livres pour enfants, Roger Dautais est aussi un artiste atypique, sensible et attachant.Il a sû, dans la diversité de ses expressions, trouver une harmonie par la pratique quotidienne de cet art éphémère : le Land Art. Il dit "y puiser forces et ressources qui lui permettent, également, depuis de nombreuses années, d'intervenir auprès de personnes en grande difficulté ( Centre de détention pour longues peines et personnes âgées atteintes de la maladie d'Alzheimer) pour les aider par la médiation de l'art.